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Chronique   

Helloween – Live At Budokan


Helloween a enflammé le Budokan de Tokyo en septembre 2023 lors de sa tournée United Forces 2022-2023. Un concert dans une salle mythique enregistré pour marquer le coup et transformer l’essai de l’album sans titre (2021). Avec trois guitares, trois chanteurs, ainsi que Michael Grosskopf à la basse et Dani Loeble à la batterie, le groupe livre un son massif et dense, comme à son habitude. Quinze morceaux qui reflètent toute la force fédératrice des Allemands, de leurs débuts à aujourd’hui.

Le show s’ouvre directement sur un plat de résistance : les douze minutes de « Skyfall » précédé de son intro « Orbit », extraits du dernier disque avec « Best Time » et « Mass Pollution ». Ceux-ci côtoient sans mal les classiques intemporels et indémodables que sont « Perfect Gentleman », « Dr. Stein », « Eagle Fly Free » ou « I Want Out » qui ne manquent pas de mettre le public en effervescence. « Kai’s Medley » s’impose comme un des moments forts du set. En seize minutes, Kai Hansen revisite les pépites que sont « Metal Invaders », « Victim Of Fate », « Gorgar » et « Ride The Sky », offrant une immersion dans les origines du groupe et l’énergie brute de l’époque. Michael Kiske et Andi Deris partagent le micro sur plusieurs titres, illustrant l’harmonie qui règne actuellement au sein de ce line-up XXL et qui transpire au travers de l’enregistrement. Le point culminant ? L’épique « Keeper Of The Seven Keys », une version de vingt minutes où la magie opère à chaque note et où les voix des spectateurs s’entremêlent à celles du groupe. Live At Budokan démontre que le soufflet est loin d’être retombé depuis United Alive In Madrid, témoignage du United World Tour qui avait célébré les enthousiasmantes retrouvailles. Un album live qui allie puissance, nostalgie et modernité, capturant l’essence d’une formation légendaire décidément en pleine forme.

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Cane Hill – A Piece Of Me I Never Let You Find


Le troisième album des Américains de Cane Hill se sera fait attendre. Libéré de son contrat avec Rise Records, le groupe aura navigué quelques mois en indépendant, expérimentant à cette occasion les différentes facettes de sa musique. L’EP Krewe De La Mort volume 1 lui avait permis de s’abandonner dans une violence sombre et frénétique. Quelques mois plus tard, les trois compos proposées pour le volume 2 retrouvaient un certain équilibre, entre puissance et envolées mélodiques. Leur nouveau disque, A Piece Of Me I Never Let You Find, joue cette même carte. Cane Hill y fait preuve d’une belle envie de contrastes au service d’un nü / metalcore d’un noir d’encre, à la fois furieux et émotionnellement (sur)chargé.

La musique de Cane Hill est radicalement épidermique et n’hésite pas à se dédouaner des constructions téléphonées du metalcore mainstream. L’écriture du guitariste James Barnett reste simple et accessible, mais les Américains jouent des ambiances ou encore de l’ambivalence vocale d’un Elijah Witt particulièrement expressif pour proposer un disque captivant. Extrêmement moderne dans sa production, l’album est parfois étouffant. Des morceaux comme « The Midnight Sun » ou « Eye To Eye (Iris) » misent sur un riffing et des vocaux qui prennent aux tripes. Le quartet alterne cependant judicieusement entre morceaux ultra-agressifs et compositions plus éthérées. Witt profite notamment d’instrumentations moins épileptiques pour laisser un chant clair terriblement efficace revenir dans l’équation. Si l’ambiance reste pesante, quelques rayons d’une beauté presque réconfortante percent de ci et là, à l’instar du single « Fade ». Efficace, intense et parfois schizophrénique, ce troisième album amène définitivement Cane Hill dans la cour des grands. Si leurs deux premiers disques laissaient encore transparaître des influences assez claires, le groupe met désormais en avant une vraie personnalité et trace sa route aux côtés des formations les plus intéressantes du metalcore US.

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The Old Dead Tree – Second Thoughts


Malgré trois disques aux qualités indéniables, The Old Dead Tree avait explosé en pleine ascension. Mort et reconstruction constituent cependant l’essence du projet, qui a connu la perte tragique d’un musicien dès ses premières heures. Manuel Munoz aura savamment cultivé le souvenir de son groupe pendant près de quinze ans, le reformant sporadiquement comme pour refuser de le laisser définitivement s’éteindre. Si la flamme s’est dangereusement affaiblie avec The End en 2019, EP en forme d’épitaphe composé de morceaux restés dans les cartons, l’espoir trouve toujours un chemin dans les méandres de l’univers sombre des Parisiens. Ce Second Thoughts inespéré profite de l’expérience acquise par ses musiciens pour renforcer la finesse d’écriture d’un metal progressif qui frôle l’excellence.

Dix-sept années séparent ce quatrième album de son prédécesseur. Cependant, les racines ont été solidement ancrées par The Nameless Disease en son temps. Le groupe avance avec les mêmes envies de sculpter des atmosphères d’un noir d’encre, de construire ses mélodies à grands renforts de mélancolie hypnotique. Mais The Old Dead Tree évolue, en conservant sa singularité, son aisance à naviguer entre mélodies torturées et décharges agressives. La balance penche désormais plus franchement vers les envies prog ou dark rock que du côté des influences death, sans jamais sacrifier la dynamique. Bien qu’à l’aise lorsqu’il s’agit de délivrer des hurlements habités, Manuel Munoz privilégie sans surprise un chant clair poignant à souhait. The Old Dead Tree prend plus que jamais son temps dans ses structures, use des claviers avec délicatesse et s’autorise de longues passades entre rêve et cauchemar. Leur musique, fluide et imagée, n’en est que plus intense lorsqu’elle explose et s’abandonne littéralement dans une force brute et salvatrice. Riche et foisonnant, Second Thoughts est un disque exigeant, qui nécessitera quelques écoutes pour en saisir toutes les subtilités. Il offre en récompense un voyage passionnant. Quel retour.

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Black Curse – Burning In Celestial Poison


Avec ses allures de supergroupe (on y trouve des membres de Primitive Man, Khemmis, Spectral Voice et désormais Spirit Possession), Black Curse avait fait son petit effet en sortant un Endless Wound incandescent et habité en 2020. Évoluant dans les mêmes eaux troubles – death metal old school et putréfié, black metal occulte et raw, war metal – que les Espagnols de Teitanblood, le groupe y remettait au goût du jour le metal le plus extrême des années 1980. Son deuxième opus, Burning In Celestial Poison, s’inscrit dans la même tradition : violence, hermétisme et absence de fioritures. Et tout attendu au tournant qu’il soit, comme son prédécesseur, il force le respect…

En effet, de l’entrée en matière pour le moins agressive de « Spleen Girt with Serpent » aux dernières distorsions de « Flowers Of Gethsemane », pas de baisse de régime pour les Américains. Dans la lignée de son prédécesseur, certes, Burning In Celestial Poison va aussi plus loin, sacrifiant ce qu’Endless Wound avait d’immédiat sur l’autel de l’exploration des profondeurs. Plus viscéral, plus tortueux avec ses quatre chansons (« Ruinous Paths… » et « … To Babylon » sont présentées ensemble dans le livret) d’une dizaine de minutes, ce nouvel opus est aussi plus black metal, empruntant autant au primitivisme de Sarcófago qu’au fanatisme de Katharsis. La production, moins claire que sur l’album précédent et ne lésinant pas sur la réverb, contribue elle aussi à créer une atmosphère hostile et caverneuse où l’auditeur trouve à peine la place de reprendre son souffle (au centre, résolument death metal et particulièrement jouissif, de « Trodden Flesh », au début de « Flowers Of Gethsemane »). Immersif, cohérent et maîtrisé, Burning In Celestial Poison met les nerfs à rude épreuve sans jamais être abscons, et permet à Black Curse d’affirmer sa personnalité tout en s’imposant comme un groupe sur lequel on peut désormais compter.

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Dawnwalker – The Unknowing


À chacun ses inspirations : pour préparer The Unknowing, Mark Norgate s’est entretenu avec des astrologues, des cartomanciens… On vous en passe et des meilleurs. En parallèle, il s’est initié à la méditation et plongé dans une bibliographie plus ou moins ésotérique. Le dénominateur commun ? Voir comment différents types de personnes perçoivent l’univers – de l’Antiquité à l’ère moderne, du chevalier à l’astronaute. Hasard ou conséquence de cette thématique : la mise à l’écart du post-metal, amorcée sur House Of Sand, se confirme. Les grands gagnants sont les influences progressives et ambiantes. De nouveaux collaborateurs, notamment pour la basse et les voix féminines, accompagnent cette transformation, tandis que la production met le cap sur l’analogique façon âge d’or du krautrock et du prog. Du disque irradie la chaude lumière d’une ampoule à incandescence.

Alors certes, les amateurs de montagnes russes trouveront l’horizon un tantinet plat, mais The Unknowing se rattrape sur l’habillage, avec des détails propres à chaque récit. Si le chant saturé a été rayé de la carte, la flûte, elle qui était en congé sur le précédent album, revient en force. Et puis, à y regarder de près, le passé ressurgit lorsque les guitares sortent du bois, ou avec le très « In Rooms 2.0 » « Heaven And Earth ». Des gerbes funky poussent sur ces terres métamorphosées (« Capricorn »), et les arrangements font preuve d’audace (« Sword Of Spirit »). Les voix féminines déclinent les ambiances, comme sur les cantiques grecs de « Mirrorpool », bien qu’elles soient parfois reléguées au rang de lointaines rumeurs. The Unknowing écartèle le cerveau entre musique old school et moderne. Il aurait été intéressant de le voir se défendre sur de longues compositions (à la Ages) plutôt que de devoir tout remballer après l’apéritif ; l’album lui-même – en deçà des quarante minutes – est expéditif. Il n’empêche qu’on y retrouve avec délice ce faux sentiment de sécurité et de plénitude qui dévoile, à son rythme, de troubles replis.

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Doedsmaghird – Omniverse Consciousness


L’imprononçable et sibyllin Doedsmaghird vous semble bizarrement familier ? Vous évoque un certain groupe de black metal norvégien dont le dernier album, Black Medium Current, a remporté tous les suffrages ? Ce n’est évidemment pas un hasard : c’est en effet Yusaf « Vicotnik » Parvez, la tête pensante de Dødheimsgard, que l’on retrouve aux manettes de ce nouveau projet. Accompagné pour l’occasion du multi-instrumentiste français Camille Giradeau, guitariste live de Dødheimsgard, il met sa créativité débordante au service de forces chaotiques que les amateurs de son travail connaissent bien, pour un résultat qui s’annonce intense et pétri d’inquiétante étrangeté…

Car si l’album commence en douceur, le titre du premier morceau, « Heart Of Hell », annonce la couleur : le black metal qui constitue le matériau principal de l’album est résolument sombre, violent et hybride, mêlé de synthétiseurs angoissants (« Then, To Darkness Return) », de beats synthétiques (« Adrift Into Collapse »), de voix tourmentées, et de brefs moments de respiration (« Endeavour », la fin d’« Adrift Into Collapse »). Doedsmaghird est une anagramme de Dødheimsgard, et de la même manière, Omniverse Consciousness dissèque la discographie de son illustre cousin, notamment sa période la plus industrielle du tournant des années 2000, et en réorganise (désorganise ?) les éléments pour en révéler l’intériorité : les replis du cerveau, la logique désarticulée des rêves, voire des cauchemars – l’intensité et la saturation des morceaux font friser presque constamment l’hyperstimulation sensorielle. Il est tentant de voir en Omniverse Consciousness l’envers de Black Medium Current, aux antipodes de ce que ce dernier a d’accrocheur, de clair, de structuré : brut, grouillant, cauchemardesque, ce premier album de Doedsmaghird montre surtout que les opposés, parfois, se touchent, et qu’une harmonie étrange peut émerger du chaos le plus obscur.

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Polar – Five Arrows


Et de six. Si les Britanniques de Polar ont un temps joué un punk hardcore assez commun, leur signature sur Arising Empire s’est accompagnée d’une nouvelle approche musicale. Rien de neuf sous le soleil : bon nombre de formations du même acabit ont amorcé un virage plus mélodique à un moment de leur carrière. La manœuvre pourra être taxée d’opportuniste pour les ultras. Dans les faits, ils restent nettement moins nombreux que le potentiel auditoire auquel Polar peut prétendre depuis Nova (2019) et surtout Everywhere, Everything (2023). Deux disques sérieux qui s’inscrivent à merveille dans le roster de leur label, structure allemande à la direction artistique metalcore next-gen très marquée.

Avec Five Arrows, Polar conserve sa ligne de conduite récente. Le disque coche sans surprise toutes les cases du metalcore à l’américaine. Les allergiques aux Architects et consorts pourront passer leur chemin. Polar en reprend grosso modo les mêmes formules et gimmicks. Ce Five Arrows mérite-t-il par conséquent d’y abandonner une oreille ? Eventuellement, ne serait-ce que pour l’efficacité dont le groupe fait preuve. Une petite étape a été franchie en ce qui concerne la puissance de feu : les riffs frénétiques / breakdowns tapent dur et la production est extrêmement ample. Le groupe maîtrise de plus ses contrastes : le chant clair ne donne pas le sentiment de systématiquement tomber comme un cheveu sur la soupe, les instrus respirent et l’intensité émotionnelle est au rendez-vous. Le melting-pot made in Polar conjugue habilement passé punk-hardcore et envies nouvelles, growl deathcore et discrets ajouts électroniques, phrasé rapcore et passages tire-larmes. Si l’ensemble manque un peu de sobriété, difficile de bouder son plaisir tant les refrains sont accrocheurs. Massif et équilibré, ce Five Arrows s’enquille de A à Z sans sentiment de redondance. Une formation comme Avralize a récemment fait plus original, mais Polar mérite clairement de se voir offrir une plus grande visibilité.

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Body Count – Merciless


Guess who’s back ?! Les pionniers du rap metal made in LA sont de retour, plus « impitoyables » (en anglais : Merciless) que jamais ! Souvent considéré comme LE patient 0 du genre, prélude aux Rage Against The Machine ou autres Limp Bizkit, le groupe de Ice-T et Ernie-C n’a rien perdu de sa superbe après presque trente-cinq ans de service. Au programme ? Un album d’une violence inouïe, toujours habilement contenue dans un écrin aussi enragé que savamment pensé, au service d’une frappe redoutable. Entre le flow impeccable de son légendaire frontman et les guitares saturées et agressives à souhait de ses compères énervés, Body Count ne vieillit pas – ou alors se bonifie avec le temps, au choix.

Ouvrant, après un interlude/intro, sur le titre « Merciless » et son riff aux allures de « Iron Man » du Sabbath, le disque enchaîne les tirs de précision, mais façon bazooka : de l’inquiétant « Purge » (hommage évident à la célèbre franchise cinématographique, featuring George Fisher de Cannibal Corpse) aux couleurs urgentes et véhémentes, à « Drug Lords », réalisé en collaboration avec Max Cavalera (Soulfly, ex-Sepultura), en passant par un « Do Or die » absolument détonant ou encore le single « Fuck What You Heard » révélé il y a quelques mois, le « metal fusion », comme il a parfois été appelé, continue de faire de jolis ravages, et c’est tant mieux. Mention spéciale à l’extra « Confortably Numb », reprise obscure et énigmatique de l’œuvre monumentale des Pink Floyd ; un clin d’œil surprenant mais définitivement appréciable, qui plus est ici proposé avec un invité de choix : monsieur David Gilmour himself. Rien que ça ? En mars 2020, le groupe sortait son album Carnivore, quelques jours seulement avant que la planète entière ne se confine. Résultat ? Une promo difficile, une tournée annulée… En bref, une parution quasi tuée dans l’œuf. Presque cinq ans plus tard, les Californiens comptent bien prendre leur revanche : espérons-leur (et souhaitons-nous !) une issue plus heureuse cette fois-ci.

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Opeth – The Last Will And Testament


Ils l’ont fait probablement quand on ne s’y attendait plus : les growls sont bel et bien de retour dans la musique d’Opeth. Voilà un argument qui devrait ramener au bercail nombre de brebis égarées depuis 2011, comme si une composante vocale déterminait, en soi, la qualité d’une œuvre ou sa capacité à nous émouvoir. Le fait, vu sous le prisme marketing, est anecdotique. Il l’est toutefois moins sous le prisme artistique. The Last Will And Testament est un concept mélodramatique, se tenant dans les années 1920 et détaillant le testament – chaque chanson, à l’exception de la dernière, en étant un paragraphe – d’un patriarche qui révèle de choquants secrets de famille. Un terreau idéal pour voir Mikael Åkerfeldt revêtir différents costumes. Jamais il n’aura fait preuve d’autant d’incarnation, s’amusant à moduler son expression, y compris, donc, dans son registre saturé et, certes, avec l’aide de quelques invités (Ian Anderson, Joey Tempest et sa propre fille).

Cette théâtralité n’est sans doute pas uniquement la résultante du concept. Si, en effet, le death metal est de la partie dans une ambiance des plus claustrophobes (« §1 » et ses voix fantomatiques), le disque s’impose paradoxalement comme le plus prog des Suédois. Un grain de folie s’est emparé du groupe. Le propos musical fait feu de tout bois, de couches orchestrales (la partie orientale de « §5 ») à une myriade de rythmiques (Waltteri Väyrynen est intenable derrière sa batterie) et de cassures facétieuses dans la tradition des pères fondateurs, en passant par une panoplie de sonorités vintage et évocatrices. Chaque élément contribue à l’immersion et à l’intensité du récit, à l’instar des percussions sur le final angoissant et hypnotique de « §7 », avant l’effet de soulagement du doux et joli épilogue « A Story Never Told ». Opeth n’a pas eu besoin d’avoir recours à de quelconques longueurs : les titres n’en sont que plus percutants. Il démontre que le prog est autant un héritage qu’un état d’esprit, une libération. The Last Will And Testament, exempt du moindre défaut, captivant de bout en bout, a tout pour devenir un nouveau classique, voire un nouveau tournant, dans la discographie du quintet.

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Gaerea – Coma


Gaerea ne se considère plus comme « underground » et entend arpenter nos terres au grand jour. Si le groupe n’est pas immunisé contre les changements de line-up, les cagoules et sa musique occultent ce détail et apportent une illusion de stabilité. Pas la peine pour Gaerea de s’encombrer de références mythologiques ou de clichés antireligieux : il y a assez de bazar et de souffrance dans la vie moderne pour faire couler son encre et plus encore. Le guitariste Guilherme Henriques, dont on a pu savourer les growls sur le funeral doom du projet Oak, s’empare du micro à temps plein, offrant un résultat dans la lignée de Mirage mais plus combatif voire death metal. Coma est un cent mètres avec un abîme pour ligne d’arrivée. La noirceur est palpable, mais ne noie pas les mélodies ; une émotion difficile à nommer culmine telle une île volcanique, sur les flancs tourmentés de laquelle ruissellent des larmes de rage.

Certains changements de régime sont un peu comme un coup de frein à main sur l’autoroute, sans parler des retours en force un peu téléphonés. Il arrive également que Gaerea jette le bébé (masqué) avec l’eau du bain, avec des aspects intéressants sous-développés comme le début cérémonieux, malsain, de « Coma » ou celui post-doom de « Shapeshifter ». Heureusement, les trémolos et riffs, citoyens de première classe, donnent des couleurs au déluge. Le penchant post-black est davantage assumé, mais il reste de la marge pour magnifier le minimalisme de ses arpèges pluvieux. Des soupçons de chant clair développent ce propos aux côtés des habituels chuchotements et de discrets chœurs simili-religieux. La maîtrise donne même à la lumière un caractère déterminé ; l’album est direct, jusque dans sa pochette au stylo-bille. Après s’être sculpté avec zèle, Gaerea, mature et moderne, parvient à rafraîchir. Coma mérite une plongée, voire le sacrifice d’une partie de nous-mêmes : si on aura tôt fait d’estimer en avoir mesuré l’intensité, il est moins aisé d’en atteindre le fond.

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  • A Perfect Circle @ Zénith Paris
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