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Chronique   

Klone – The Unseen


Klone est quasiment devenu une marque, avec un tampon « Made in France » et des exports à n’en plus finir. Le relativement agressif Meanwhile remplissait la grille de Bingo du groupe et ajoutait des croix sur la table pour faire bonne mesure ; The Unseen revient à un style plus mesuré et cherche à révéler la signification et la beauté des choses même les plus vides en apparence. Un sentiment récurrent est que ce qui se dit est de haute importance, comme sur « After The Sun » (pas privé pour autant de son potentiel tubesque). Klone se pose comme un conseil de sages qui prend le temps de la réflexion ; le dialogue se fait les yeux dans les yeux, sans se défiler. La production profite de cette proximité pour rappeler que « clinique » peut rimer avec « magique » : le moindre coup de baguette isolé provoque notre saisissement, tandis que le recul de la distorsion permet de plonger dans la richesse des lignes de basse.

Klone aime le point de bascule entre pesanteur et apaisement ; sans forcément partir en growl complet, l’imperturbable Yann Ligner a parfois un pied dans les fondrières. Le groupe martèle par l’exemple qu’on peut proposer des passages lourds sans bâtir une réplique de la muraille de Chine avec des amplis. Quant au familier saxophone, il s’efforce de rester une cerise et non d’usurper le plat du gâteau, enfilant de jolis gants avant de toquer à la porte. Un échantillon aléatoire pourrait susciter l’incrédulité. Des titres pittoresques passeraient presque pour des reprises ; la conclusion apocalyptique, avec son solo démantibulé, de la brumeuse chanson-titre évoque celle de « Paranoid Android ». « Desire Line » se joue des styles, avec une cadence réduite et des arrangements appuyant un cachet légèrement jazzy. L’épilogue glisse sa composante « standard » entre deux pans ambiants ; l’anxiogène section finale étant plus longue que n’importe quelle vraie piste, vous aurez meilleur compte, si vous n’y adhérez pas, d’aborder ce court album comme un EP. Il tire sa personnalité de risques que Meanwhile ne prenait pas forcément et s’il pourra en ressortir comme moins qualitatif qu’un Le Grand Voyage, il n’en hérite pas moins de certains de ses meilleurs arguments. Un tour de force pour un disque de vieux morceaux, jusque-là abandonnés, qui existe avant tout pour clore un contrat avec Pelagic Records sur fond de désamour…

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Sólstafir – Hin Helga Kvöl


Hin Helga Kvöl ou La Sainte Souffrance en français. Sólstafir, passé maître dans l’art de l’émotion à fleur de peau, donne le ton de son huitième album. Son frontman Addi emploie même un simple mot pour le décrire : « seul ». Au programme : vastes étendues désolées et introspection. Après tout, on commence à savoir à quoi s’attendre avec les Islandais… ou pas. « Hun Andar » débute le disque dans une atmosphère familièrement paradoxale – mélancolique mais entraînante, ténébreuse mais réconfortante. Plus loin, on s’évade avec la très contemplative « Salumessa » et les ambiances floydiennes de « Freygatan ». Le groupe continue de nous faire voyager sur les routes entre glaciers et volcans, mais s’autorise quelques sorties des sentiers battus.

C’est ainsi qu’il revient à ses racines black metal sur « Hin Helga Kvol » et « Nu Num Ljosi Deyja » qui nous plaquent au sol par la puissance des blast beats, trémolos de guitare et hurlements. On change de décors avec « Vor Ar » et son final qui met un pied dans les terres du glam rock – impression renforcée par les vocalises de la chanteuse Erna Hrönn Ólafsdóttir – pour l’un des moments les plus entêtants de la discographie du groupe. Autre curiosité : l’ultime morceau, « Kuml », à la fois sensuel, avec ce saxophone façon « BO de film de charme », et méditatif, voire cérémoniel lorsqu’intervient le chant grave et inquiétant d’un autre invité, Sigurjón Kjartansson de HAM. Sólstafir donne, tout au long du disque, de quoi entretenir l’attention de l’auditeur, d’autant qu’il a fait un effort manifeste pour réduire les longueurs : ce qu’il peut perdre parfois en immersion (et ça reste très relatif), il le gagne en impact. Parce qu’il faut être bien vivant pour souffrir, Hin Helga Kvöl est un album plein de vie. Souvent avenant mais jamais totalement dompté, il garde, malgré les écoutes répétées, à l’image des paysages islandais, toujours un peu de ce mystère qui donne envie d’y retourner.

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Tribulation – Sub Rosa In Æternum


Vingt ans déjà que les Suédois de Tribulation tracent une route dont la trajectoire indubitablement ascendante les a menés d’un death metal old school à un mélange de metal et de rock gothique qui leur a valu la reconnaissance du public et de l’industrie. Mais depuis Where The Gloom Becomes Sound, sorti en 2021, Tribulation a connu sa plus grande métamorphose depuis ses débuts : le départ du guitariste Jonathan Hultén, dont la silhouette iconique et les compositions comptaient pour beaucoup dans l’identité du combo, l’a forcé à se réinventer. Une volonté de renouveau qu’on pouvait déjà deviner dans les passages en voix claire de « Vengeance (The Pact) », la reprise de Blue Öyster Cult qui terminait leur EP Hamartia…

Car c’est le changement le plus évident, et ce dès le très gothique (et peu metal) « The Unrelenting Choir » aux allures de manifeste (« Nous nous embarquons pour l’inconnu / Pour voir si quelque chose a grandi / Quoi qu’il en soit, de nouveaux chapitres s’ouvrent ») : désormais, Johannes Andersson chante pour de bon. Si on peut regretter la quasi-disparition de son death growl et de ce qu’il apportait d’abrasif, son style, sombre et bas à la Peter Murphy ou à la Carl McCoy (« Poison Pages »), est une bonne surprise, et épouse à merveille le death rock du groupe. Mort et renaissance sont des thèmes récurrents pour Tribulation, mais ils n’ont jamais été aussi bien incarnés, autant dans la rupture (le très Dario Argento « Murder in Red », « Reaping Song ») que dans la continuité (« Tainted Skies », « Drink the Love of God »), parvenant à être simultanément parfaitement familiers et méconnaissables tout au long du disque. Avec le producteur Tom Dalgety (Siouxsie Sioux, Ghost) aux manettes, le groupe lorgne clairement du côté du rock gothique des années 1980, quitte à flirter avec la pop, quitte aussi à sacrifier beaucoup de ce qui faisait son atmosphère capiteuse, son obscurité et sa singularité, quitte enfin à se retrouver au coude-à-coude avec Unto Others ou Grave Pleasure dans une scène désormais un peu saturée… Tribulation est mort, vive Tribulation ?

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Loudblast – Altering Fates And Destinies


Loudblast, qui célèbre bientôt quarante ans de carrière, réaffirme son statut de pilier du metal français avec Altering Fates And Destinies. Dès le début, la qualité de production impressionne. Chaque instrument est mis en valeur avec précision. Les guitares sont massives et la batterie percutante. L’œuvre semble indissociable de l’histoire du groupe et de Stéphane Buriez qui s’impose en conteur de l’extrême avec son chant agressif et viscéral. La dimension fantastique est présente avec le retour de la mythologie lovecraftienne et, en particulier, un titre tel que « From Beyond II (The Return) ». Un clin d’œil à Sensorial Treatment (1989), mais aussi à Disincarnate (1991) dans le propos musical, avec une partie solo rappelant Chuck Schuldiner, qui prouve que, si Loudblast regarde droit devant, il n’en oublie pas non plus d’où il vient. On retrouve même un brin de malice et de vices charnels en écho à « Cross The Threshold » dans la reprise de Necrophagia « Forbidden Pleasure »…

Surtout, Loudblast ne se fixe aucune barrière et fait ce qui lui plaît. Bien qu’ancré solidement dans l’univers death metal, il offre une certaine diversité de jeu et de tempos. Dans une atmosphère globale lourde, pesante, malfaisante, où l’influence de Celtic Frost est souvent manifeste (« Crystal Skin »), il n’hésite pas à changer de registre au sein des titres. En témoigne « Putrid Age Of Decay » qui fait côtoyer arpèges sinistres et accélérations entraînantes, ou la batterie sans cesse mouvante de « Son Of Nameless Mist » qui répond à des guitares monolithiques. Le tout en abreuvant l’auditeur de mélodies et de refrains dignes de futurs classiques (« He Who Slumbers »). « Fortress » va jusqu’à surprendre avec quelques teintes « bluesy ». Faisant la liaison entre vieille école et modernité, Altering Fates And Destinies est un album aussi complet que cohérent. Il démontre qu’après quatre décennies, malgré les aléas, Loudblast poursuit sa route et continue de n’écouter que ses envies. Plus que l’expérience, c’est cette honnêteté et la passion qu’il n’a jamais perdue qui font encore une fois sa réussite.

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Devin Townsend – PowerNerd


PowerNerd est un bien étrange album. Volontairement composé en à peine onze jours pour forcer Devin Townsend à arrêter de trop réfléchir et à produire une collection de morceaux « fun », sans prise de tête, il a pris ensuite une tournure plus dramatique que prévu – qui se reflète surtout dans les textes –, la perte d’un proche ayant déclenché un afflux d’émotions jusque-là réprimées. Une ambivalence qui n’enlève cependant rien à la fonction musicale qu’occupe cette œuvre dans la nouvelle quadrilogie qu’il inaugure : faire du fan service, avant d’entamer des chapitres plus complexes à appréhender.

En effet, PowerNerd a tout d’une rétrospective. On retrouve dans le morceau éponyme le côté endiablé et explosif d’un « Bad Devil » sur Infinity ; une manière de lancer les hostilités sur les chapeaux de roue bien résumée par le Canadien lorsqu’il s’exclame : « Time for life and rock and roll! ». Changement d’ambiance quand s’enchaîne « Falling Apart » : on est propulsé dans de vastes espaces qui rappellent à la fois Ocean Machine et Terria. « Gratitude », avec ses sonorités réconfortantes et son refrain quasi extatique, n’aurait, elle, pas dépareillé sur Accelerated Evolution. Mais au-delà de ces échos du passé qui offrent un intéressant jeu de pistes, le disque navigue entre des ambiances parfois contraires : la folie facétieuse y côtoie l’émotion solennelle. Dans la première catégorie, on retrouve le honky tonk « Ruby Quaker » qui se transforme brutalement en metal extrême et le fédérateur « Knuckledragger » ponctué de sons électroniques vintage, de percussions tribales et de hurlements primaires. Dans la seconde, « Jainism » est celle qui accrochera le plus l’oreille, tandis que « Young Lover », « Glacier » et « Goodbye » jouent la carte de l’apaisement et de la lumière malgré la gravité des thématiques. Notons que l’excès de sentimentalisme tend parfois à déséquilibrer un album qu’on aurait imaginé plus « rock n’ roll », mais onze jours pour accoucher de quarante-quatre minutes de musique riche et aboutie… Décidément, Devin Townsend nous surprendra toujours.

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Swallow The Sun – Shining


« Après notre dernier album, il m’est vite apparu que l’écriture d’un autre Moonflowers me tuerait. » C’est sur ce constat que le Juha Raivio, principal compositeur et parolier de Swallow The Sun, après deux albums à pleurer Aleah Stanbridge, l’amour de sa vie emporté en avril 2016 par un cancer, a décidé d’avoir « un peu de pitié » pour lui-même. Tout est dans le titre – Shining –, cette pochette blanc immaculé et ces mains ornées de diamants formant un papillon de nuit : il s’agissait d’aller chercher la lumière enfouie en soi. Le single « MelancHoly » en est le symbole le plus éclatant. Certainement ce que le groupe a fait de plus « catchy » à ce jour, il met au jour la prise de conscience que la mélancolie, lorsqu’elle est érigée au rang de culte, peut finir par nous dévorer. Que l’on ne se méprenne pas, la tristesse est persistante dans la musique des Finlandais, mais au lieu de nous enfoncer dans les ténèbres, elle scintille, brille et rayonne. Elle révèle la beauté des moments passés plutôt que le désespoir d’un manque présent et futur. Elle donne la force d’avancer, sans oublier.

Swallow The Sun en devient même éblouissant lorsqu’il termine sur un morceau éponyme diamétralement à l’opposé de « This House Has No Home » qui clôturait le précédent disque. Evoluant dans une sorte de « doomgaze », faisant preuve d’une accointance manifeste avec Alcest, il nous prend par la main et nous réconforte neuf minutes durant. Les derniers mots prononcés résument d’ailleurs bien l’œuvre : « On my shore I’m shining dark ». En effet, les growls et rythmiques plombées ne s’en sont pas allés. Ils sont les nuages noirs à travers lesquels percent les éclaircies, comme dans « What I Have Become » au refrain pop qui crée un contraste saisissant. Et si on pouvait craindre la participation de Dan Lancaster (Bring Me The Horizon, Muse, Enter Shikari) aux manettes, qu’on se rassure : la production ne bouscule pas l’identité de la formation, mais met en valeur juste ce qu’il faut la démarche. A voir maintenant si les fans adhéreront à cette dernière et à ses lueurs d’optimisme. Parions que oui, car le groupe n’en a pour autant pas abandonné ses fondamentaux et la profondeur de son art : la lumière tout au bout du tunnel a simplement remplacé le puits sans fond.

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Jerry Cantrell – I Want Blood


Rescapé magnifique et infatigable de l’aventure Alice In Chains, Jerry Cantrell continue encore aujourd’hui de déverser avec passion ses bulldozers grunge sur le devant de la scène rock internationale, au gré de ses différentes et passionnantes formations. Musicien aussi virtuose qu’il est exigeant, l’Américain semble écrire et composer aujourd’hui avec la même habileté qu’à ses débuts, il y a de cela presque quarante ans. Preuve en est ce redoutable I Want Blood, nouveau chapitre de sa traversée en solitaire dont les embruns fleurent bon les rues crasseuses et aventureuses du Seattle de la grande époque.

Fort de refrains entêtants et diablement efficaces (ce n’est pas « Afterglow » ou « Off the rails », par exemple, qui viendront témoigner du contraire), l’album est de ces objets, pour le coup, complètement identifiés, tant il s’inscrit dans les canons du musicien et dans une sorte de tradition grungy absolument réjouissante pour celles et ceux qui ont grandi au son des grands hymnes du genre. Après une ouverture sombre et hypnotique sur le titre « Vilified », le disque défile au rythme des guitares lourdes et grasses dont Jerry raffole. Les riffs sont détonnants, électriques, frénétiques. « Throw Me A Line », « Let It Lie », ou encore la chanson-titre « I Want Blood »… chaque introduction est une nouvelle occasion de mettre l’instrument en avant et de célébrer le rock’n’roll, qu’importe le petit nom qu’on choisira de lui donner. Malgré une tracklist plutôt courte (mais ne regrettons pas le primat de la qualité sur la quantité, n’est-ce pas), le voyage s’achève sur une fin cérémoniale tout en finesse mélodique, avec l’admirable « It Comes », conclusion parfaite et inspirée de cette belle épopée rock. Coproduit par Joe Barresi, producteur au CV prestigieux (de Tool à Apocalyptica, en passant par Nine Inch Nails, Slipknot, Queen of the Stone Age, Judas Priest, Avenged Sevenfold ou encore Soundgarden), I Want Blood fait également la part belle aux invités de choix, tels que Duff McKagan, Mike Bordin ou encore Robert Trujillo. En deux mots, donc : oh yeah !

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Grand Magus – Sunraven


La constance de Grand Magus a toujours été sa force, délivrant même de façon quasi métronomique un nouvel album tous les deux ans. Voilà pourquoi le relatif silence radio depuis Wolf God (2019) et l’arrêt des activités live en mars 2020, à cause de la pandémie, pouvaient sembler inquiétants. En réalité, les trois gaillards n’étant pas très férus de tout ce qui est virtuel (livestream et compagnie) et ne s’étant jamais sentis forcés à quoi que ce soit – le groupe n’est pas leur seule source de revenu –, ils sont gentiment restés chez eux le temps que ça se tasse. Ce n’est finalement qu’en 2023 qu’ils se sont mis à concocter Sunraven, leur premier album conceptuel.

Le pitch, on le connaît, c’est l’histoire du célèbre guerrier goth Beowulf – rebaptisé Sunraven pour l’occasion – et de son antagoniste Grendel. Le tout remanié à leur sauce pour valoriser une énième fois les notions de courage, de gloire, le sens du devoir, le fait de surmonter les difficultés, etc., avec un brin de philosophie empruntée à Conan Le Barbare (« The Wheel Of Pain »). Qu’on ne s’y trompe pas, le concept ne change pas grand-chose à l’affaire. On se retrouve en terrain connu et même conquis. La machine heavy metal se met immédiatement en branle, tantôt à l’allure d’un bison en pleine course, tantôt marchant d’un pas lourd mais déterminé. « Grendel » nous ferait même danser avec son groove bondissant. Inversement, le sabbathien « The Black Lake » nous renvoie au doom poisseux des débuts de la formation, idéal pour se représenter le sinistre lac où le monstre et sa mère avaient leur tanière. Rien qu’on n’ait déjà entendu, mais ça transpire la passion du riff, avec cette production organique, épaisse, et la voix chaude de J.B. qui fait toute la différence. Surtout, on y croit. On se surprend à s’imaginer affrontant les éléments, tête baissée, intrépide, sur le refrain de « Winter Storms » ou à lever le poing sur la chevauchée héroïque finale de « Hour Of The Wolf » et ses « oh oh » à chanter en chœur façon Iron Maiden. Parce que c’est aussi ça le heavy metal de Grand Magus : une musique dont vous êtes le héros.

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The Offspring – Supercharged


Dexter Holland l’avait promis et ils l’ont fait : Supercharged est bel et bien un concentré de dynamisme, du début à la fin, qui sent bon la chaleur de la Californie. L’album, tout en revisitant les triomphes passés, s’attarde aussi sur les épreuves que la vie impose à ses plus vaillants soldats. L’un des titres phares, « Make It All Right », en est l’illustration parfaite : il évoque la nécessité d’être soutenu par ceux qui croient en soi, surtout lorsque le chemin devient incertain. Musicalement, il replonge dans les sonorités des premières années du groupe, tout en capturant l’essence dont nous parlions plus tôt.

L’ouverture se fait avec « Looking Out For #1 », un morceau explosif qui combine l’urgence anarchique du punk rock et une décontraction propre à la côte californienne. Suit « Light It Up », une pièce directe et sans compromis, comme s’ils avaient soudainement rajeuni de trente ans, tandis que « The Fall Guy » marque les esprits avec un refrain particulièrement puissant et chantant, idéal pour enflammer les concerts. « Come To Brazil » se distingue par son riff d’introduction métallique, offrant une variation bienvenue au cœur de l’album. On entendrait même presque du Iron Maiden des débuts dans certains riffs de « Hanging By A Thread », qui prend son envol grâce à ses mélodies accrocheuses. L’ultime morceau, « You Can’t Get There From Here », se présente comme un pop rock mid-tempo empreint d’une rébellion douce-amère. Un choix judicieux en clôture puisque son refrain facilement mémorisable, et ce dès la première écoute, restera longtemps en tête. Bien sûr, Supercharged ne réinvente en rien la discographie du quintet, sans non plus égaler les bombes des années 90, il est également relativement court (trente-deux minutes seulement au compteur), mais son aura fédératrice voire nostalgique devrait sans peine ravir les fans. Ce disque démontre que The Offspring demeure indéniablement l’un des piliers du punk rock américain.

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Seether – The Surface Seems So Far


Biberonné au hard rock et au grunge dans sa jeunesse sud-africaine, Shaun Morgan a créé Seether à l’image de ses premiers amours, auxquels il reste incroyablement fidèle. Après s’être payé en 2021 le luxe d’une seconde compilation avec un succès commercial qui refuse de s’essouffler, le quatuor dévoile The Surface Seems So Far, son neuvième album : toujours plus d’« hymnes rock » où l’authenticité cohabite avec de vulnérables confessions.

La sincérité de Seether passe fréquemment par l’agressivité. L’album en devient même l’un des plus heavy du groupe : le frontman avoue n’avoir réalisé qu’après coup qu’il était exempt de piste acoustique. Malgré la négativité, il y réside un étrange réconfort, ne serait-ce qu’à travers cette voix si ambivalente (« Semblance Of Me »). Pour peu qu’on lise entre les lignes, on aperçoit une voie de sortie – un espoir d’autant plus saisissable si on le poursuit à plusieurs. Rappelons d’ailleurs que Shaun, après le suicide de son frère, a monté avec son groupe le Rise Above Fest, autour duquel s’organisent des opérations de prévention pour la santé mentale. En lisière de cette énergie errent des titres mélancoliques (« Regret ») et une pincée de nostalgie (le « néo-grunge » de « Same Mistakes »). Les effets vocaux peinent en revanche à se diversifier, et demeurent des variations du style « vieux répondeur ».

Avec un catalogue fourni, difficile de creuser sa niche ! Beaucoup de titres souffriraient d’un duel contre d’autres tirés des archives. Les refrains de « Try To Heal » ou « Dead On The Vine » arrivent comme des cheveux dans le potage après des couplets qui avaient trimé dur pour happer l’auditeur. Il n’empêche que les accroches mélodiques ont colonisé le reste de l’album (« Paint The World ») et maintiennent l’ossature, y compris à l’approche de la conclusion (« Lost All Control »). L’album semble plus qualitatif une fois devenu familier, mais cela peut prendre un temps étrangement long compte tenu de l’apparente immédiateté des compositions.

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  • A Perfect Circle @ Zénith Paris
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