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Interview   

CJ Wildheart : survivre au chaos


CJ Wildheart n’a jamais vraiment appris à regarder en arrière sans y laisser quelques morceaux de lui-même. Ancien guitariste des Wildhearts, il avance depuis toujours avec cette même énergie cabossée et une sincérité à vif. Mais derrière le vacarme et l’attitude, son dernier album solo, DEViL laisse apparaître quelque chose de plus fragile. Un disque introspectif, hanté par le temps qui passe, les regrets, les fantômes familiaux et les blessures qui refusent complètement de cicatriser.

CJ revient ici sans détour sur l’usure émotionnelle de sa carrière, la difficulté de survivre aujourd’hui en tant qu’artiste indépendant, mais aussi sur cette étrange période où passé et présent semblent constamment se répondre. Entre colère contre le monde moderne, nostalgie assumée et lucidité désarmante, le guitariste essaye de remettre un peu d’ordre dans son chaos intérieur avec cette étrange sensation d’être toujours debout, même lorsque tout semble vaciller autour de lui…

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Chronique   

Moonspell – Far From God


Moonspell bénéficie désormais d’un statut qui lui permet de faire patienter son public jusqu’à ce que l’inspiration éclose naturellement. Confronté un temps au syndrome de la page blanche, le groupe aura préféré s’accorder une parenthèse dédiée à des concerts exceptionnels – dans une caverne souterraine avec From Down Below, puis avec un orchestre symphonique pour Opus Diabolicum. Une pause salvatrice en matière d’écriture. Son treizième album Far From God revient à ses premiers amours gothiques tout en témoignant de la finesse de composition acquise au cours de ses trente années d’existence.

La longévité exceptionnelle des Portugais tient en leur capacité à se renouveler et à expérimenter. Des choix artistiques que Moonspell a su assumer sans jamais trahir l’essence de sa musique. S’il revient avec Far From God à un univers gothique mélodique et dramaturgique, c’est bien plus par affinité que par opportunisme. Le groupe vient prouver qu’un lien fort avec ses inspirations originelles ne se rompt jamais. Son cœur torturé vibre toujours pour le romantisme exacerbé, la nuit et les créatures qui se terrent dans les recoins sombres. Et il pulse avec une passion intacte, forte et sincère. Sans jamais s’épancher dans la naphtaline d’une simple resucée de son passé, Far From God parvient à conjuguer astucieusement modernité du son et approche exigeante « à l’ancienne » de l’écriture. Le groupe a souhaité construire son album sur un format resserré de huit titres, préférant la qualité à l’opulence. Mais chaque composition est une pièce unique d’orfèvrerie, un diamant de noirceur enivrante taillé méthodiquement. Les morceaux ne dévoilent leurs sombres arômes qu’au fur et à mesure des écoutes, notamment par un travail poussé sur les ambiances, les contrastes et les claviers (« The Great Wolf In The Sky »). Le chanteur Fernando Ribeiro y retrouve une juste grandeur, sans faire état d’une grandiloquence exacerbée ni s’abandonner dans les circonvolutions pompeuses. Puissant, vénéneux et intense, Far From God est un très grand disque de Moonspell.

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Interview   

Motocultor : l’équilibre fragile d’un festival à taille humaine


Installé à Carhaix-Plouguer, le Motocultor s’est construit comme un festival profondément ancré dans son territoire. Partenariats locaux, mise en avant de producteurs bretons, travail avec les associations : l’événement ne se contente pas d’atterrir sur un site, il s’inscrit dans un écosystème. Côté programmation, le festival assume une ligne éclectique mais exigeante. Metal extrême, hardcore, heavy, propositions plus hybrides : l’affiche mélange têtes d’affiche et groupes plus pointus, avec une vraie cohérence d’ensemble. Le Motocultor reste aussi un festival à taille humaine. La circulation est fluide, les scènes restent accessibles, et la proximité avec le public fait partie de l’expérience.

À quelques semaines/mois de l’édition 2026, Yann Le Baraillec fait le point. Évolution du site, ancrage local, contraintes économiques, organisation interne : il revient sur les enjeux actuels du festival et les pistes de travail pour la suite.

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Chronique   

Messalina – Golden Wounds


Dès ses premiers morceaux, Messalina donne l’impression d’exister depuis longtemps. Pas dans le sens d’un groupe déjà figé, mais plutôt dans cette capacité rare à savoir exactement où il veut emmener l’auditeur. Avec Golden Wounds, le quatuor niçois construit un univers dense, charnel et profondément habité, où les blessures deviennent une matière vivante. Le groupe vient pourtant d’horizons beaucoup plus extrêmes. Et cela s’entend encore dans certaines tensions souterraines, dans cette manière de faire monter la pression sans forcément chercher l’explosion. Ici, la violence reste contenue, presque anesthésiée par moments. Messalina préfère les textures qui rampent lentement sous la peau, les répétitions hypnotiques et les montées émotionnelles progressives aux démonstrations de force frontales.

Impossible de ne pas penser à Deftones, Nine Inch Nails ou Massive Attack dans cette façon de mêler volupté, noirceur industrielle et mélodies suspendues, mais Messalina évite intelligemment le piège de la simple référence nostalgique. Le groupe transforme plutôt ces influences en une musique très organique, où le vide et le silence comptent autant que les riffs eux-mêmes. Le chant joue un rôle central dans cette sensation de désir incarné. Pourtant la sensualité omniprésente paraît presque involontaire, comme une conséquence naturelle des ambiances construites morceau après morceau. Les collaborations avec Dool, Doodseskader ou Kabbel enrichissent encore davantage cet équilibre déjà fragile entre lumière et obscurité. Au fond, Golden Wounds parle surtout de reconstruction. Le titre résume parfaitement cette musique : des plaies encore ouvertes, mais traversées par une volonté de transformer les fissures en quelque chose de beau. Un premier EP fascinant, intime et déjà terriblement maîtrisé.

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Interview   

Savatage restaure son règne


Après un retour sur scène triomphal en 2025, les Américains de Savatage retrouvent l’Europe cet été à l’occasion d’une tournée des festivals. Loin de se réduire à un simple élan nostalgique, le nom de Savatage continue de résonner aussi bien auprès des fidèles que d’un public plus jeune, fasciné par la singularité d’une œuvre devenue intemporelle. Cette impression se trouve d’ailleurs renforcée par la sortie de Madness Reigns From The Gutter (1990), album live inédit capté en pleine tournée Gutter Ballet. À une époque saturée de nouvelles sorties metal, le groupe floridien impose une évidence : certaines musiques ne vieillissent pas, elles traversent le temps.

Reste à savoir si cette formule estivale, entre deux périodes hivernales consacrées aux gigantesques productions du Trans-Siberian Orchestra, pourrait s’inscrire dans la durée. On ne peut que l’espérer. Car Savatage appartient à cette catégorie rare de groupes dont la musique dépasse les effets de mode et touche plusieurs générations sans jamais perdre sa charge émotionnelle. Entre puissance, dramaturgie, influences classiques et ambiance théâtral, son répertoire conserve aujourd’hui encore une force intacte. A l’occasion de ce passage à Nancy, dans le cadre du Heavy Week-End, une chose saute aux yeux : Savatage est toujours bien vivant.

Nous avons discuté de tout ceci avec Johnny Lee Middleton, un an tout juste après notre rencontre au Hellfest 2025. A noter un petit « extra » en fin d’entretien que nous avons retranscrit pour les amateurs de miel…

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Chronique   

Saint Agnes – Your God Fearing Days Are About To Begin


Avec Your God Fearing Days Are About To Begin, Saint Agnes livre son disque le plus abouti. Le plus intense aussi. Un album traversé par la colère, le doute, le deuil et ce besoin constant de reprendre le contrôle dans un monde qui écrase tout ce qui dépasse. Derrière son titre aux allures de prophétie, le disque capte les angoisses d’une époque marquée par le retour des discours autoritaires, des injonctions identitaires et des rapports de domination. Sans jamais se transformer en manifeste, il observe comment ces tensions collectives finissent par s’infiltrer dans les existences les plus intimes. Dès « Good Boy », le groupe installe une tension presque suffocante. Pulsations industrielles, urgence permanente, sensation d’enfermement. Le titre attaque frontalement la soumission moderne : celle du travail, du conformisme, des mécanismes sociaux qui transforment les individus en fonctions. Pourtant, derrière les machines et les rythmiques mécaniques, il subsiste quelque chose de profondément organique.

C’est ce qui rend le disque aussi fort. Kitty A. Austen écrit depuis ses propres failles. Ses textes parlent autant du monde extérieur que des fractures personnelles. « Get Them Out » gagne progressivement en ampleur jusqu’à prendre des allures d’hymne cathartique. L’influence de Nine Inch Nails est évidente dans cette manière de mêler froideur industrielle et émotions à vif. Néanmoins, le groupe conserve sa propre identité. Plus gothique. Plus sensuelle aussi. « The Father, The Son And The Holy Beast » joue constamment avec les symboles religieux, le désir et les rapports de domination dans une atmosphère trouble et magnétique. Mais le sommet émotionnel reste « The Beast ». Kitty A. Austen y raconte la mort de sa mère sans chercher à embellir quoi que ce soit. Le titre se déploie comme une lente traversée intérieure avant d’atteindre une forme d’apaisement fragile. C’est brutal, vulnérable et incroyablement humain. Rien ne semble lisse ou forcé. Rarement une musique industrielle aura semblé aussi vivante.

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Interview   

Yoann Le Nevé (ex-Hellfest, V and B Fest’) : les valeurs avant tout


Pour sa sixième édition, le V and B Fest’ se tiendra du 20 au 23 août à Château-Gontier-sur-Mayenne (53). Avec cent soixante mille entrées en 2025, l’événement est devenu l’un des festivals les plus importants en France. Sa scène Craft assume une identité rock / metal pointue sur une scène dédiée. Cette année, vous constaterez une programmation riche et variée avec des artistes reconnus (Airbourne, Sex Pistols ft. Frank Carter, Alcest, Last Train…) ou dans l’air du temps (Ashen, Urne, Fragile, Gravekvlt…).

Vous vivez à Paris ou non loin de la capitale ? Le V and B Fest’ pose ses caisses ce jeudi soir 25 juin au Dr Feelgood (Rock Beer Temple) à partir de 20h pour une soirée qui s’annonce festive ! Vous pourrez rencontrer sur place l’équipe du festival puisque Damien Jahier (directeur) et Yoann Le Nevé (programmation rock / metal) seront présents. Nous avons longuement échangé avec Yoann hier à Nantes. Cofondateur du Hellfest, Yoann Le Nevé a récemment quitté ses fonctions à Clisson. Il nous décrit son nouveau rôle au V and B Fest’ et évoque l’importance du metal au sein du festival créé en 2019. Le tout sans oublier de revenir, tout au long de cet entretien, sur son expérience au Hellfest qui a été le fil conducteur de sa vie professionnelle.

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Live Report   

Fear Of The Dark : quand la Défense Arena fait disjoncter Iron Maiden


Ce lundi 22 juin, c’est en pleine canicule que les fans d’Iron Maiden s’étaient donné rendez-vous à la Défense Arena pour un concert exceptionnel. Ils ne le savaient pas encore mais, oui, ce moment serait bel et bien hors norme. Un instant unique, aussi dantesque qu’inattendu. C’est dans cette arène gigantesque que s’élance Evergrey. Le groupe suédois est plus habitué aux petites salles. L’ambiance est quelque peu minimaliste : trois écrans diffusent des images en noir et blanc.

Derrière eux, le logo du groupe. Evergrey propose un set très propre, très carré mais somme toute très classique. Si les solos de Stephan Platt (guitare) et Johan Niemann (basse) sont de toute beauté et d’une technicité qui confine au virtuose, force est de constater que la structure même des morceaux est prévisible pour tout fan de metal un tant soit peu mélomane.

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Interview   

Tarja Turunen : Frisson Noir sur partition symphonique


Tarja Turunen n’est jamais rentrée dans les cases et elle s’en moque éperdument, merci pour elle. Trente ans tout pile après la sortie de la première démo de Nightwish, et malgré une discographie impressionnante, celle dont la voix la destinait davantage à fouler les planches du festival d’opéra de Savonlinna que celles du Wacken se considère toujours comme une alien, inclassable et baroque. Alors, les sentiers battus lui étant presque de facto fermés, Tarja trace sa route selon ses envies, prenant un chemin de traverse purement classique ici, coupant à travers chants de Noël là.

Après pas moins de sept ans passés loin du metal symphonique qui l’a rendue célèbre, la soprano finlandaise renoue avec ses racines grâce à Frisson Noir, un album aussi riche en références qu’en invités de poids. À des lieues de la princesse gothique qu’elle se plaît à interpréter sur scène, c’est une Tarja tout sourire qui nous a raconté la genèse de son nouveau bébé, avec ce qu’il faut bien qualifier de mur de disques d’or en arrière-plan de notre session Zoom. Une alien, peut-être, mais une alien qui connaît son public.

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Chronique   

CJ Wildheart – DEViL


Depuis son départ de The Wildhearts, CJ Wildheart s’est construit une trajectoire parallèle loin des soubresauts permanents de son ancien groupe. Album après album, l’Anglais affine une formule qui lui ressemble au travers d’un punk rock abrasif, mélodique et frontal, nourri autant par l’urgence que par un évident savoir-faire dans l’écriture. DEViL, sa huitième réalisation solo, ne déroge pas à cette ligne directrice, mais s’en distingue par une tonalité plus sombre et introspective. Sans jamais ralentir le tempo, ni s’aventurer vers des détours alambiqués, il laisse pourtant filtrer une amertume générale qui parcourt l’ensemble du disque. Celui-ci ayant été entièrement enregistré par ses soins – hormis la batterie confiée à Jason Bowld de Bullet For My Valentine –, le musicien met en avant une production brute pour privilégier l’impact immédiat et une spontanéité presque live, afin de renforcer un sentiment d’urgence permanente.

L’efficacité mélodique demeure au centre des compositions de CJ Wildheart avec des titres comme « Nein, Nein, Nein », « Sometime To Return », « Rotten » ou « Twenty Two » qui tapent là où ça fait mal. On sent que l’univers de The Wildhearts n’est pas loin, mais le guitariste évite le piège de la nostalgie crasse. Il n’hésite pas à durcir le ton sur des morceaux comme « Diva » ou « No More » pour faire ressortir une agressivité particulièrement mordante. Mais c’est probablement « One Of The Boys » qui résume le mieux le message de l’album. Derrière son refrain immédiat se cache un morceau traversé par le doute et l’usure dans le circuit DIY, comme si CJ Wildheart cherchait moins à célébrer son parcours qu’à en exposer les cicatrices. Cette impression persiste jusqu’à « Fade », une conclusion assez mélancolique qui apporte une profondeur inattendue à un album pourtant construit sur des bases simples et directes. Sans chercher à moderniser sa formule ni à courir après la nostalgie, DEViL apparaît comme le disque d’un artiste qui continue d’écrire avec sincérité malgré les difficultés, transformant ses désillusions en hymnes rugueux et accrocheurs.

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  • A Perfect Circle @ Zénith Paris
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