Depuis son départ de The Wildhearts, CJ Wildheart s’est construit une trajectoire parallèle loin des soubresauts permanents de son ancien groupe. Album après album, l’Anglais affine une formule qui lui ressemble au travers d’un punk rock abrasif, mélodique et frontal, nourri autant par l’urgence que par un évident savoir-faire dans l’écriture. DEViL, sa huitième réalisation solo, ne déroge pas à cette ligne directrice, mais s’en distingue par une tonalité plus sombre et introspective. Sans jamais ralentir le tempo, ni s’aventurer vers des détours alambiqués, il laisse pourtant filtrer une amertume générale qui parcourt l’ensemble du disque. Celui-ci ayant été entièrement enregistré par ses soins – hormis la batterie confiée à Jason Bowld de Bullet For My Valentine –, le musicien met en avant une production brute pour privilégier l’impact immédiat et une spontanéité presque live, afin de renforcer un sentiment d’urgence permanente.
L’efficacité mélodique demeure au centre des compositions de CJ Wildheart avec des titres comme « Nein, Nein, Nein », « Sometime To Return », « Rotten » ou « Twenty Two » qui tapent là où ça fait mal. On sent que l’univers de The Wildhearts n’est pas loin, mais le guitariste évite le piège de la nostalgie crasse. Il n’hésite pas à durcir le ton sur des morceaux comme « Diva » ou « No More » pour faire ressortir une agressivité particulièrement mordante. Mais c’est probablement « One Of The Boys » qui résume le mieux le message de l’album. Derrière son refrain immédiat se cache un morceau traversé par le doute et l’usure dans le circuit DIY, comme si CJ Wildheart cherchait moins à célébrer son parcours qu’à en exposer les cicatrices. Cette impression persiste jusqu’à « Fade », une conclusion assez mélancolique qui apporte une profondeur inattendue à un album pourtant construit sur des bases simples et directes. Sans chercher à moderniser sa formule ni à courir après la nostalgie, DEViL apparaît comme le disque d’un artiste qui continue d’écrire avec sincérité malgré les difficultés, transformant ses désillusions en hymnes rugueux et accrocheurs.
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