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Chronique   

Cemetery Skyline – Nordic Gothic


Que se passe-t-il quand des membres de trois formations majeures du death mélo scandinave forment un nouveau projet ensemble ? Ils se mettent au goth rock ! « Ça fait partie de ces choses qui émergent quand vous êtes là à boire quelques bières ensemble et que vous vous dites : ‘On devrait faire quelque chose ensemble un jour !’ Ça arrive tout le temps et, généralement, il n’en ressort rien », nous disait Mikael Stanne (Dark Tranquillity) à propos de ce nouveau super-groupe imaginé avec Markus Vanhala (Insomnium) et Santeri Kallio (Amorphis). Sauf que cette fois, en est ressorti un album, Nordic Gothic, et gageons que ce ne sera pas le dernier…

A l’écoute de l’entraînant et ultra-catchy « Torn Away », on se demande si on ne serait pas tombé sur un disque de The 69 Eyes, tant la ressemblance stylistique est frappante. Mais là où ces derniers avaient pris racine dans le hard/glam rock, très vite, Cemetery Skyline révèle ses affinités plus metal. « In Darkness », ode à la vie nocturne débridée, au milieu de toutes ces sonorités claires-obscures et aigres-douces, gagne en gravité et en grosses guitares. Stanne y chante : « Dans l’obscurité, je suis hors de contrôle. » Au contraire, serait-on tenté de rétorquer, tant le propos est cadré et maîtrisé, trahissant l’expérience des protagonistes. Production moderne, propre et puissante, rythmiques simples mais percutantes, claviers dans les canons du genre, chant plein d’élégance, orchestrations qui font reluire la carrosserie… Peut-être trop d’ailleurs, parfois, à l’image de « When Silence Speaks », jolie ballade qui prend une dimension symphonique ampoulée, guimauve et légèrement hors sujet. Il n’en demeure pas moins que Nordic Gothic est un concentré de tubes potentiels, à commencer par « The Coldest Heart » qui s’assume comme un hommage personnel au Green Man, alias Peter Steele, sans non plus tomber dans le grossier, et a tout pour redonner des couleurs aux mines les plus blafardes. Cemetery Skyline est un projet sans prétention, « pour le plaisir », et c’est peut-être, justement, ce qui en fait une belle surprise.

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Oranssi Pazuzu – Muuntautuja


Depuis ses débuts en 2009, Oranssi Pazuzu n’a cessé d’évoluer, de s’étendre, de muer. En cinq albums, les Finlandais ont habitué leurs auditeurs à l’inhabituel, et à s’attendre à l’imprévisible : à une musique hybride, kaléidoscopique, qui peut à tout instant se changer en krautrock, en black metal, en rock psychédélique, puis, au fil du temps, en musique minimaliste ou électronique. Autant dire que le titre de leur sixième opus, Muuntautuja, qui signifie métamorphe en finnois, leur va comme un gant. De quoi laisser présager un Oranssi Pazuzu au carré, plus sombre, inquiétant et psychédélique que jamais…

Son premier morceau, « Bioalkemisti », a tout du manifeste, à la fois lien avec l’album précédent et ses histoires de manipulation de masse et mise au monde d’une nouvelle créature à la fois organique et synthétique. Beat hip-hop, riffs tordus, voix plus ou moins humaines, mélodies de piano : Oranssi Pazuzu a échangé son psychédélisme 70s pour les textures sonores de la noise et de l’indus, mais opère toujours de la même façon, jouant sur l’inquiétant et le familier, le vivant et la machine, déjouant ce qu’on croit en connaître. Les aspects les plus humains, les plus connus de l’album (les échos de Portishead, Death Grips, Beherit voire Nine Inch Nails) ne sont guère plus fiables que les sons indéfinissables qu’on y rencontre, et même ce qui semble le plus tangible peut se dérober sous nos pieds, emporté par les mutations de Muuntautuja. Les quelques accords de piano de « Voitelu » laissent place à un final noise très abrasif, le répit relatif de « Hautatuuli » est hanté par des voix cauchemardesques, l’ouverture faussement apaisée de « Valotus » se transforme en basse gargouillante. Tout au long des sept morceaux qui composent le disque, sa matière sonore subit des métamorphoses d’une chanson à l’autre, mais aussi au sein d’un même morceau, et surtout d’une écoute à l’autre. D’autant plus intense et immersif qu’il est bref par rapport à ses prédécesseurs, Muuntautuja, malgré sa densité et son inhospitalité, parvient à ne jamais s’aliéner l’auditeur qui, s’il se laisse engloutir, trouve peu à peu ses repères dans les replis. Jusqu’à ce que la créature le recrache, lui aussi transformé…

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Myles Kennedy – The Art Of Letting Go


Lorsqu’il ne s’encanaille pas avec son complice au haut-de-forme ou bien avec son groupe Alter Bridge, Myles Kennedy refuse tout bonnement de se reposer ! A quoi bon finalement souffler un peu, quand on peut continuer de mettre son (grand) talent au service du rock’n’roll ? L’une des plus belles voix de la scène rock US actuelle rempile ici pour une nouvelle épopée en solitaire, la troisième déjà en marge de ses projets annexes. Offrant une suite de choix au très réussi et très bien accueilli The Idles Of March, sorti en 2021, le vocaliste virtuose remporte le pari de faire, si ce n’est mieux, au moins aussi bien avec un The Art Of Letting Go à la philosophie plus « live ».

Du premier single « Say What You Will » et son refrain entêtant au titre final « How The Story Ends », le défilé se veut vigoureux, frénétique et furieusement réjouissant. Mention spéciale au morceau « Nothing More To Gain » et ses allures redoutables à la Queen Of The Stone Age ainsi qu’à la jolie semi-ballade « Behind The Veil » et ses guitares volatiles et hendrixiennes, pour ne citer que ces deux-là. Réalisé une nouvelle fois sous la houppette du producteur Michael Baskette (Sebastian Bach, Mammoth WVH, Slash, Trivium,…), l’album se veut prôner un retour à l’essentiel, au socle même de ce que doit être un album de rock : des riffs précis et efficaces, une section rythmique solide et un chant déterminé, rien de plus. Un parti pris que l’on ne pourra qu’applaudir, de la part d’un Myles Kennedy traceur d’une route artistique jusqu’à aujourd’hui indemne de mauvais choix ; un fait suffisamment rare pour être souligné. Avec un passage éclair et unique en France prévu pour le moment le 23 novembre au Cabaret Sauvage (Paris), est-il encore utile de rappeler à quel point il serait dommage de manquer la fête ? Pour résumer, accordons-nous donc sur ces quelques mots : t’as la classe, Myles !

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Lofofora – Cœur De Cible


Qu’il est bon parfois de vieillir quand on fait du rock ! Déjà trente-cinq ans que Lofofora agite les couleurs de son metal ravageur et énervé, pour le plus grand plaisir de sa horde de fidèles ! Et si la sortie de chaque nouvel album est de ces événements furieusement alternatifs qu’on préfère ne pas louper, celui-ci ne déroge pas à la règle et mord très fort. Après une prestation ô combien détonnante au Hellfest cette année (probablement leur dernière avant un bon bout de temps en terre clissonnaise ? Les festivaliers comprendront !), le quatuor parisien semble avoir la rage intacte. L’indignation persistante. La fureur inébranlable.

Premier single de ce disque très réussi, « La Machette » s’enrichit également d’un clip aux allures de campagne électorale rock’n’roll menée par un Reuno en pastiche de politicard, de quoi annoncer directement la couleur : exit les fioritures et autres dentelles inutiles, l’urgence est au gros son et à la sédition. « Certains me voient trop radical, les autres me trouveront ridicule. En révolte depuis l’école et jamais de ceux qui reculent », scande le leader, comme une synthèse parfaite du combat mené par le groupe depuis ses débuts à la fin des années 1980. Tel un véritable cri du cœur et de l’âme, la bande déverse ses hymnes colériques et agités sur fond de contexte sociopolitique plus que jamais anxiogène et inquiétant, sans pour autant jamais baisser les bras. De l’ouverture explosive et alarmiste « Apocalypse » à la clôture lourde et insoumise « Laisse Pas Faire », la traversée est à l’image du BPM : nerveuse et hallucinée. « Konstat 2024 », « Espoir », « Maladie mortelle »… Chacun des titres vient rappeler que depuis tout ce temps, la justice sociale, la tolérance, l’écologie, la paix ou encore la démocratie restent au cœur des préoccupations des Lofo. Parce qu’ils y croient dur comme fer. Et parce que la menace un peu plus grandissante chaque jour de leur spoliation leur est – et nous est – tout simplement insupportable.

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Opium Warlords – Strength!


Il a toujours été difficile de savoir à quoi s’attendre avec Opium Warlords, le projet solo de l’inimitable et prolifique Sami Albert Hynninen, Albert Witchfinder de Reverend Bizarre dans une vie antérieure. Avec ses albums souvent (très) longs, mélangeant doom et musique expérimentale, où toutes les idiosyncrasies du musicien peuvent s’épanouir, Opium Warlords peut mettre les nerfs de ses auditeurs à rude épreuve (on se souvient encore du narcotique et cauchemardesque Nembutal sorti en 2020), et ce n’est pas avec Strength!, son sixième effort, que la tendance va s’inverser…

Car en effet, de la force, il en faut pour aborder le patchwork labyrinthique de « pussy techno, sludge, industrial pop, hardcore punk, drone, pulsations chamaniques, noise, heavy metal, rock gothique old school et musique militaire » qu’on nous promet. Double LP composé de vingt-quatre chansons pour un total de près de quatre-vingts minutes, Strength! contient, dans le détail, ce qu’Hynninen a pu faire de plus accessible, et dans l’ensemble, de plus exigeant. Les quatre faces ont leur cohésion interne et forment une grande fresque décrite comme une lettre d’amour/haine à l’Europe, et c’est bien ce qu’on entend tout au long de l’album, qui passe à la moulinette de l’outsider art les styles les plus préoccupés par l’histoire européenne et ses fantasmes d’Übermensch – néofolk, musique militaire et même une touche de black metal sur « Parasites » – avec, en fil rouge, une sorte d’indus minimaliste et sarcastique à la Laibach, et évidemment, la voix protéiforme et immédiatement reconnaissable de l’artiste. Ascenseur émotionnel (on passe du malaise au rire franc, de la vraie beauté à l’ironie cinglante) et stylistique (l’auditeur est pris à revers à quasiment chaque chanson), Strength! a quelque chose du collage postmoderne avec jeux de mots impayables (« Faschionista », « Amazing Race »), parodies (« Erotomania », sorte de pastiche de Sisters Of Mercy), samples, répétitions, et surtout indifférence manifeste aux desiderata de son auditeur. L’efficacité de Strength! dépend grandement de la bonne volonté de ce dernier : assommant pour les uns, ce sixième album, plus « crépuscule des idoles » que « superbe brute blonde », se révélera unique, ingénieux et corrosif pour les autres.

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Ultra Vomit – Et Le Pouvoir De La Puissance


Ultra Vomit est de retour avec son Metal Comedy Rock et ça fait du bien en cette rentrée automnale. Fetus & Co posent les bases d’emblée en nous promettant du riff et du hit avec « Kings Of Poop », sorte de philosophie proctologique introductive aux influences jacksoniennes. Les quatre Chevaliers du Zodiaque complètement dégénérés arrivent encore à surprendre, que ce soit avec une thématique animale rappée (« Le Coq »), une autre parasitologique imaginant Ghost en mode blackened death metal (« Toxoplasma Gondii »), un hommage traumatique scolaire ambiance gore (« The Gruge »), une ode au café à la sauce Sepultura (« Tikawahukwa ») ou carrément un festival coloscopico-metallique : « GPT » aux nouveaux relents de Rammstein, le punk pop « Mollo Sur Le Caca » ou « A.N.U.S » qui revisite le style d’Indochine avec un final hollywoodien.

Bref, on ne sait plus où donner de la tête dans ce tourbillon hystérique. D’autant qu’ils sont venus avec du renfort : les thrashers espagnols de Crisix nous font mosher sur des tapas madrilènes, tandis que le chanteur de Mass Hysteria s’invite sur son propre hommage pour le plus grand plaisir des mousseux et des mousseuses. Notons également une voix féminine sucrée sur une BO de manga heavy rock aussi infectieuse que délirante (« Dead Robot Zombie Cop From Outer Space II »). L’ingéniosité artistique d’Ultra Vomit est même poussée à l’extrême sur « Doigts De Metal » où Fetus se substitue à Orelsan, ou lorsqu’un soupçon de Johnny Hallyday s’incruste dans le power metal caricatural du titre simili-éponyme. On pourrait croire que les joyeux lascars avaient tout donné pour les coups de maître qu’ont été Objectif : Thunes (2008) et Panzer Surprise ! (2017). Force est de constater que le robinet à vanne est encore loin d’être épuisé. C’est sûr, ça ne vole pas haut, mais il faut un sacré talent pour réussir à faire de l’humour potache avec autant de classe et de professionnalisme. Et Le Pouvoir De La Puissance, c’est de la dopamine en barres : un album qui devrait être remboursé par la Sécurité sociale !

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Kalandra – A Frame Of Mind


À pied d’œuvre depuis plus de douze ans, Kalandra a récemment vu sa notoriété exploser, dopée par des tournées avec Wardruna ou Leprous. Après avoir signé, dans un style plus ambiant, la bande-son d’une extension de jeu vidéo, Kalandra revient à une sortie « classique » pour A Frame Of Mind. Folk, pop et prog s’y mêlent pour prouver que la Norvège et la Suède peuvent aussi réchauffer les cœurs.

La plupart des paroles (quelquefois en norvégien) émanent de la chanteuse Katrine Stenbekk. Leur credo – incarné par le titre d’ouverture – est de donner la force de faire face aux tourments pour s’en libérer, et cet album met l’accent sur l’épreuve qui consiste à trouver sa place. On ressent dans cette voix quelque chose de druidique. Les harmonies ajoutent du mordant, ou laissent supposer l’existence de doubles sens. Même les vocalises sont porteuses de messages, d’intentions – parfois plus encore que les mots. La formation est adepte des fins de morceaux en apothéose : ce qui prend racine au coin d’un feu vacillant peut, à terme, fendre la terre ou les cieux. A Frame Of Mind renforce ces aspects avec des guitares plus incisives ; « Bardaginn » a même un penchant guerrier.

Kalandra s’accroche à l’état d’esprit des débuts : faire de la musique pour soi-même, ce qui favorise les prises de risques. « The State Of The World » a des airs de chant traditionnel, ou d’hymne au groupe lui-même, forgé pour une triste époque. « I Remember A Time » propose une pop folk dépouillée à un point étonnant, tandis que « Hytta » joue la carte de l’immersion, avec des sons d’une paisible vie courante – le genre de choses qui aurait pu conclure un album d’Anathema ou de Steven Wilson, mais porté dans une verdure détachée du temps. Avec une audace mesurée, A Frame Of Mind offre son lot de titres imparables et une poignée de pièces plus novatrices qui révéleront leurs atouts après deux ou trois passages. Maintenant que les rouages sont lancés, nul ne semble en mesure de stopper cette nouvelle sommité nordique.

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Aluk Todolo – Lux


2024 est une année chargée pour Aluk Todolo : en plus de célébrer ses vingt ans d’existence, le trio sort son cinquième album, Lux. Il aura fallu pas moins de huit ans pour que ce successeur de Voix (2016) prenne forme. Il faut dire que la musique du groupe a quelque chose du mélange instable : abritée sous le terme à la fois nébuleux et évocateur d’occult rock, instrumentale et minimaliste, viscérale et habitée, incandescente en live, elle est insaisissable, quelque part entre le black metal, le krautrock, le jazz et le rock psychédélique et/ou noise.

Si le début de leur carrière était sous le signe de l’obscurité, notamment avec le ténébreux Finsternis (2009), c’est la lumière – lux, en latin et en trois lettres – qu’évoquent (invoquent ?) cette fois-ci les trois musiciens, en deux fois trois pistes aux intitulés mystérieux, dont l’allure de clignotement évoque en fait une structure rythmique. Car plus encore que par le passé, c’est la batterie d’Antoine Hadjioannou qui pose les fondations de chaque morceau, qui, à partir d’un rythme plus ou moins inconfortable, se déploie en boucles ou échappées de basse (Matthieu Canaguier), en arpèges, en dissonance, ou en explosions de guitare (Shantidas Riedacker). Si le concept semble abstrait, la musique ne l’est pas : chaleureuse, presque haptique grâce à une production entièrement analogique, par rapport à la fluidité de Voix, elle a sur Lux quelque chose d’anguleux et de prismatique. Au centre de l’album notamment, sur les troisième et quatrième pistes, certains motifs de guitare sont suffisamment hypnotiques pour hanter durablement la mémoire et les montées et redescentes, avancées et arrêts laissent le souffle coupé. Avec Lux, Aluk Todolo se montre plus que jamais maître de la tension et de la détente, de la transe et de la pulsation – de l’illumination, donc, peut-être, qui, à défaut d’être garantie, a rarement semblé si tangible.

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Forgotten Tomb – Nightfloating


Sorti de sa caverne, loin du monde et de la populace, Forgotten Tomb revient cracher son hostilité avec un onzième album qui célèbre, malgré lui, vingt-cinq années de misanthropie. Les Italiens ont annoncé que Nightfloating rendrait en quelque sorte hommage aux différents courants stylistiques traversés au fil du temps, laissant ainsi imaginer aux plus nostalgiques un retour à un black dépressif radical ou à un blackened doom extrême. Cependant, c’est davantage dans le passé proche que ce dernier puise son énergie.

De ses débuts, Forgotten Tomb ne semble conserver que ses cris hargneux et une colère qui n’a cessé de croître avec le temps ; colère que l’on retrouve dans les textes insatiablement mortifères de son frontman, Herr Morbid. L’éponyme titre d’ouverture éclaire le chemin telle une torche : très accrocheur, porté par un son massif et oscillant paradoxalement entre riffs rock mélodiques et vocalises acharnées sur un black metal latent. Les dynamiques « A Chill That You Can’t Taint » et « Unsafe Spaces », dont la batterie hérite plus du hard rock que du metal extrême, confirment la tendance : Forgotten Tomb poursuit l’effort entamé sur Nihilistic Estrangement, où la revendication pure des origines du style est abandonnée au profit de mélodies entêtantes, influencées par les années 70. De son prédécesseur, Nightfloating reprend également ses aspects les plus méditatifs, avec quelques arpèges de guitare et des synthés pouvant rappeler la démarche des Suédois de Shining. Cette hybridité se révèle aussi sur « This Sickness Withered My Heart » qui incarne bien la richesse et la liberté musicales assumées par le groupe : tonitruante à son lancement, elle se permet des incartades mélancoliques, avant de s’envoler dans une seconde moitié entraînante puis atmosphérique. C’est cette même liberté qui amène la formation à proposer un instrumental dungeon synth presque incongru avec « Drifting ». Après la sinueuse « A Despicable Gift », qui s’accapare à elle seule un quart de l’album et n’hésite pas à répéter certains riffs pour empêcher toute échappatoire à son vice, les quarante et une minutes de Nightfloating semblent expéditives. Riche de son souci du détail et de ses solos inspirés et disséminés, l’opus a néanmoins un goût de « reviens-y » pour une nouvelle échappée, là où l’ennui des musiques aseptisées n’a pas sa place.

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Mike Tramp – Songs Of White Lion, Vol. II


A soixante-deux ans, Mike Tramp n’a plus rien à prouver. Il sait se faire plaisir et faire plaisir à son public. White Lion lui a fait connaître le succès à la fin des années 1980 et est resté dans la mémoire collective de tous les afficionados du style. Après un premier volume reprenant certains grands titres réinterprétés (« Wait », « When The Children Cry », etc.), le chanteur danois réitère avec le guitariste Marcus Nand, son compère de longue date. Ce dernier a effectué un travail phénoménal – notamment au niveau des solos –, fidèle à ce qu’avait composé le légendaire Vito Bratta (« Don’t Give Up », « Lonely Nights ») qui a complètement disparu des radars depuis 1992, à la mort du lion blanc. Tramp n’a plus la même tessiture vocale qu’il y a quarante ans, les tonalités des morceaux apportent une coloration nouvelle au répertoire. « Out With The Boys » revêt, par exemple, un côté plus heavy et springstinien que sa version sur Mane Attraction.

Les deux musiciens sont accompagnés de Claus Langeskov (basse) et de Kenni Andy (batterie) qui n’ont rien à envier à la section rythmique originelle. Tramp est également suppléé par Johnny Gioeli (Hardline) et Emily Garriock Langeskov aux harmonies sur les refrains, avec un apport pêchu non négligeable. Le plus bel exemple se trouve sur les chœurs d’« El Salvador », une chanson montrant une facette encore plus heavy rock que sur Fight To Survive. Claudio Pesavento, avec ses lignes d’Hammond B3 et de piano, optimise des morceaux tels que « All You Need Is Rock’n Roll » et ses consonnances plus bluesy que sur Pride. Tramp brille toujours autant sur les ballades : on retrouve cette touche de l’artiste solo qui parcourt le monde avec sa guitare acoustique. « Farewell To You » prend une tournure plus country, tandis que « Till Death Do Us Part » a perdu son clavier originel tout en restant le mid-tempo que chérissait MTV à la grande époque et « The Road To Valhalla » brille par sa mélancolie. Ce volume II fait du bien et est le meilleur prétexte pour voir Tramp, en duo avec Nand ou en version groupe au complet, animer notre madeleine de Proust. Plus que de la nostalgie, c’est une « safe place » qui nous dit que l’on n’a qu’une vie !

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  • A Perfect Circle @ Zénith Paris
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