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Chronique   

Slash – Orgy Of The Damned


Une orgie de damnés. Slash nous la propose ici avec du blues et du rythm’n’blues. Le guitariste avait en tête sa liste de reprises et de chanteurs. Il était évident pour lui que Brian Johnson d’AC/DC et sa tessiture vocale colleraient à « Killing Floor », un titre de Howlin’ Wolf, le premier extrait blues punchy dévoilé. La suite ? Un très beau festival sonore. Slash assure les guitares sur tout son album mais avait aussi très envie de partager la six-cordes avec Gary Clark Jr. sur « Crossroad Blues » de Robert Johnson, et quel duo ! Iggy Pop est à l’origine d’« Awful Dream » de Lightnin’ Hopkins. Le parrain du punk et Slash l’ont enregistré en miroir de l’original. Tout le monde ne joue pas la même chose en même temps, sans arrangement spécifique, et ça donne quelque chose de fort avec cette production minimale.

Côté RnB, « Papa Was A Rolling Stone » (The Temptations) était une reprise que faisait Slash’s Snakepit seconde mouture. La voix passionnée de Demi Lovato en osmose avec les rythmiques du guitariste emporte l’auditeur dans cette atmosphère groovy très seventies. Idem pour la reprise de Stevie Wonder, « Living For The City », dont l’interprétation de Tash Neal (The London Souls) rappelle justement le génie aveugle. Slash se fait plaisir sur les solos – constat applicable à tous les titres de cette orgie. Chris Robinson (The Black Crowes) échange la menace chantée par John Kay (Steppenwolf) sur le titre antidrogue « The Pusher » contre un autre type de cri désespéré. Plus dynamiques sont les chanteuses Dorothy Martin et, surtout, Beth Hart qui s’approprient respectivement les standards « Key To The Highway » et « Stormy Monday ». Paul Rodgers rend justice à « Born Under A Bad Sign » (Albert King) et Billy Gibbons (ZZ Top), avec son travail à la slide et sa voix rauque, fait de « Hoochie Coochie Man » (Willie Dixon) un moment particulièrement marquant. Orgy Of The Damned est une madeleine de Proust pour Saul Hudson. Le plaisir en toute simplicité, avec une Gibson et des amis.

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Kerry King – From Hell I Rise


Au fil du temps, il était devenu l’assurance tous riffs de Slayer. Mais à la disparition supposée et déclarée du groupe, Kerry King n’avait pas caché son intention et son envie de ne pas disparaître avec lui. Il faut dire que le monsieur est un peu du genre à se fracasser les orteils sur un coin de commode chaque matin en se levant. Alors pour canaliser sa rage, le guitariste a retrouvé son exutoire favori : la musique. Désormais accompagné du chanteur Mark Osegueda (Death Angel), du bassiste Kyle Sanders (Hellyeah), du guitariste Phil Demmel (ex-Machine Head) et de Paul Bostaph à la batterie (peut-être ex-Slayer, on ne sait pas mais en tout cas il n’est pas allé le chercher bien loin), il a enregistré en deux semaines l’album de la résurrection.

Produit par Josh Wilbur (Korn, Avenged Sevenfold…), From Hell I Rise a naturellement un son d’enfer : clair, profond, percutant. On sent dès l’intro (« Diablo ») et les premières décharges vengeresses de « Where I Reign » que tout ce petit monde s’est bien fait plaisir. Mark Osequeda est brillant au chant, les deux guitaristes ferraillent comme des damnés et la rythmique semble filer sur des rails quel que soit le tempo. On oscille entre le thrash bille en tête (« Idles Hands », « Everything I Hate About You », « Crucifixation »…) et le heavy speedé violent (« Residue », « Trophies Of The Tyrant », « Toxic »…), le tout ponctué de quelques passages atmosphériques qui font froid dans le dos (« Tension »). Les thèmes abordés sont traditionnels : la religion (Kerry n’aime pas), le gouvernement (il déteste) ou la guerre (c’est mal). Bien sûr, ce n’est pas complètement Slayer, mais c’est un soin palliatif de premier ordre pour ceux à qui les maîtres du thrash manquent tant (en attendant mieux peut-être puisque des concerts de reformation sont prévus). En tout cas, on ressort de ces treize titres vaincu par K.-O. Et cette fois, on ne s’en plaindra pas.

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Pain – I Am


Comme Peter Tägtgren himself aime à le rappeler : l’ADN de son projet musical réside dans ce savant mélange entre hymnes dansants et sonorités plus agressives. Une synthèse une nouvelle fois réussie grâce à une pelletée de titres catchy à souhait, qui feront le plus grand bonheur des amateurs du genre. Mais attention : qui dit catchy ne dit pas « ramolli » pour autant, bien au contraire. Furieusement offensif, ce nouvel album fait avant tout la part belle aux sonorités indus froides et virulentes, sur fond de refrains mélodiques inspirés et fureurs techno redoutables.

Révélé au grand public il y a maintenant plusieurs années, le festif « Party In My Head » ouvrait alors les hostilités d’une grand-messe metallique comme Pain sait l’organiser. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que si la suite s’est fait un peu prier, elle demeure néanmoins définitivement à la hauteur des attentes que le titre avait pu faire naître chez les fans. Entre les pseudo-ballades « Fair Game » et « My Angel » (sorte de romance sombre en duo avec l’actrice française Cécile Siméone), la gothique « Don’t Wake The Dead » que n’aurait pas reniée Paradise Lost époque Host ou encore les frénétiquement jubilatoires « Revolution » (un morceau, comme celui précédemment cité, composé par le fils de Peter, également batteur pour la formation), « Push The Pusher » ou « Not For Sale », pour ne citer qu’elles, le festin est aussi copieux qu’il est varié. Mention spéciale au surprenant mais très réussi « Go With The Flow » et ses sonorités new wave à la Depeche Mode (une filiation pleinement assumée et revendiquée par le principal intéressé), qui n’est pas sans rappeler certaines épousailles musicales des Teutons de chez Electric Callboy… Bref, « il n’y a pas de limites avec Pain », pour reprendre les termes du maestro Tägtgren. Le moteur restant avant tout l’envie de créer, célébrer, (d)étonner. Un album à écouter fort, très fort même, en attendant les festivals de cet été !

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Sebastian Bach – Child Within The Man


Sebastian Bach aura mis le temps : dix ans pour revenir avec Child Within The Man. Le premier single « What Do I Got To Loose ? », coécrit avec Myles Kennedy et le producteur Elvis Baskette, sonnait déjà très… Skid Row. Un très bon signal sonore sur ce qui attend l’auditeur. Bach, à la présence vocale indéniable, se donne à fond. Idem pour Devin Bronson (guitares), Todd Kerns (basse) et Jeremy Colson (batterie). Le titre d’ouverture « Everybody Bleeds » donne le ton de la direction artistique de l’album : un heavy rock old school dans le fond, mais aux tonalités et à la production modernes dans la forme. « Freedom », avec les lignes démoniaques de John 5 (Mötley Crüe), enchaîne et secoue les cervicales. Parmi les invités, on retrouve également Steve Stevens (Billy Idol) qui déchire tout sur le heavy sleaze punkoïde « F.U. » et Orianthi qui apporte sa sensibilité guitaristique particulière à « Future Of Youth ».

Bach, aidé de Baskette, apporte un soin particulier à tous les refrains avec cette interprétation mélodique et agressive qui fait sa réputation. Le chanteur est toujours impressionnant après quarante ans de carrière. En témoigne « (Hold On) To The Dream » qui débute en forme de fausse ballade sur des vocalises passionnées, comme autrefois « Wasted Time » (album Slave To The Grind), avant de partir dans un mid-tempo accrocheur et lourd. Le groupe enfonce le clou avec « Hard Darkness » sur lequel il explore un metal plus sombre, plus syncopé, aux riffs presque indus. « Vendetta » est la chanson la plus moderne, avec sa section centrale dramatique et son final musclé, tandis que « To Live Again » est celle qui surfe le plus sur l’ADN 80’s du frontman : une power ballade typique de l’époque hair metal où les fans agitaient leur briquet dans les cieux d’une salle de concert. Child Within The Man résume tout sur le plan psychanalytique : Bach réveille en nous l’enfant qui headbangue avec sa veste à patchs et son bracelet clouté. Cet album est un polaroïd en onze images sonores de ce qui se faisait de mieux dans les années 80 animé dans une vidéo des années 2020.

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Darkthrone – It Beckons Us All…….


Au fil de ses trois décennies d’existence, Darkthrone s’est imposé comme une pierre angulaire du metal extrême, imprévisible parfois, entêté, sombre et revêche toujours. Avec la régularité qu’on leur connaît, un an et demi à peine après la sortie de leur vingtième opus Astral Fortress, les Norvégiens reviennent avec It Beckons Us All……. Enregistré au Chaka Khan Studio d’Oslo comme ses deux prédécesseurs, il s’annonce dans leur continuité, c’est-à-dire comme un mélange de doom, de death, de heavy et de speed metal solidement ancré dans un monde où le black metal de la deuxième vague n’existe pas : les années 1980…

Et en effet, les allusions à ces deux albums ne manquent pas, des points de suspension du titre et de la pochette « cosmique » qui rappellent Eternal Hails……. à « Eon 3 » qui cite en ouverture le riff d’« Eon 2 », en passant par les touches de claviers 70s. Cette fois-ci, les riffs, épais et fuzzy, qui comme toujours ont la part belle chez Darkthrone, sont particulièrement mis en valeur par la production, qu’ils soient imparables comme au début de « Black Dawn Affiliation » avec son intermède en voix claire (Fenriz, qui a récemment donné de la voix dans son autre projet Coffin Storm, chante en effet sur plusieurs morceaux), ou doom sur le ténébreux et lancinant « The Bird People Of Nordland ». Relativement uniforme à première vue avec son tempo lent-mais-pas-trop presque permanent, au fil des écoutes, l’album se révèle plus nuancé, tantôt prévisible (le très Celtic Frost « The Heavy Hand »), tantôt truculent (le long et cyclothymique « The Lone Pines Of The Lost Planet ») : les musiciens y revisitent leurs influences, mais aussi leurs débuts. « And In That Moment I Knew The Answer » ne détonnerait pas aux côtés d’un « Snowfall » et on entend presque de lointains échos de A Blaze In The Northern Sky dans le passage de D-beat et les solos de guitare crissants de « The Bird People Of Nordland ». « Heavy is the head that wears the crown », grogne Nocturno Culto dans « The Heavy Hand » : du haut de son trône sombre, le duo continue de porter haut les couleurs du « vieux metal », ce trou noir qui nous aimante tous, avec le savoir-faire et l’opiniâtreté qui le caractérisent.

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Blackrain – Hot Rock Time Machine


Blackrain signe un retour dans son passé avec Hot Rock Time Machine, un album composé de réenregistrements de dix chansons précédemment sorties sur les albums Lethal Dose Of (2011) et It Begins (2013), ceux-ci n’étant pas disponibles sur les plateformes de streaming. Un bon moyen d’insuffler une nouvelle vie à des morceaux qui ne méritaient pas de tomber dans l’oubli, en y apportant un son actuel et une belle énergie, moins juvénile, plus maîtrisée. La frappe précise et libératrice du nouveau batteur Franky Costanza et la technicité de mixage d’Hannes Braun (Kissin’ Dynamite), avec qui le groupe poursuit la collaboration suite à l’expérience d’Untamed (2022) réussie, n’y sont certainement pas pour rien…

Le classique des sets live « Overloaded » ouvre le bal, avec un Swan Hellion qui montre à quel point il a gagné en maturité et en précision au chant. Les chœurs et solos ont été retravaillés, amenant plus de profondeur et de puissance au rendu final. L’album enchaîne les titres punchy, festifs et diablement accrocheurs (« Wild Wild Wild », « Young Blood », « Dead Boy », etc.) ne dépassant (presque) pas les quatre minutes, le tout avec une facilité déconcertante, à croire qu’ils étaient faits pour la même œuvre. La ballade « Nobody But You » prend une tournure largement supérieure à l’originale, notamment grâce à une production plus ample et enveloppante. « Revolution » revient, elle, à ses origines, jusqu’à son nom initial, de manière plus simple et épurée mais toujours organique et renforçant sa dimension western avec sa mélodie sifflée. Blackrain offre de quoi patienter en attendant un album en 2025 et (re)découvrir certaines pépites de son vieux répertoire. Hot Rock Time Machine transpire l’amour pour le hard/glam/sleaze rock des années 80, tout en gardant une optique évolutive dans laquelle se mêlent nostalgie et modernité.

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Inter Arma – New Heaven


S’ils se sont fait connaître comme un groupe de post-metal dans la lignée de Neurosis, les Américains d’Inter Arma ont depuis fait du chemin. Élargissant leur palette à chaque album, incorporant sludge, death metal, passages psychédéliques voire acoustiques, le tout dans un esprit résolument progressif, ils sont passés maîtres dans l’art de n’être jamais vraiment là où on les attend. Après le ludique et léger Garbers Days Revisited, un album de reprises aux allures d’intermède, avec New Heaven, son sixième opus, le groupe renoue avec l’univers étouffant et corrosif de Sulphur English, continue la descente aux enfers, et en ressort régénéré…

L’optimisme lumineux du titre de ce nouvel album ne trompera en effet personne : les musiciens ont traversé suffisamment d’épreuves – pandémie évidemment, changements de line-up, accidents, catastrophes naturelles ou non, deuils – pour parler de « malédiction Inter Arma », et ça s’entend. À rebours de beaucoup de groupes, au fil des disques, leur musique se fait en effet plus sombre, plus torturée, intrigante mais hostile. Bref comparé à ces prédécesseurs, tenant sur un disque, New Heaven utilise la partition en deux faces à son avantage. En face A, Inter Arma repousse ses limites et immerge l’auditeur dans un melting-pot angoissant (death très dissonant sur « New Heaven », touches de black metal sur « Violet Seizure » et « Desolation’s Harp » avec ses arpèges à la Deathspell Omega, heavy metal dans les solos et l’instrumental-accalmie « Endless Grey »). En face B, on se retrouve en terrain doom-sludge plus familier, mais une fois de plus, le groupe nous prend de court avec le long crescendo qui laisse le souffle coupé de « Gardens In The Dark » et un final folk plus apaisé certes, mais aussi franchement désespéré. Dense, ténébreux et habité, à défaut de paradis, New Heaven offre une véritable célébration des vastes possibilités expressives du metal.

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Accept – Humanoid


L’art de la guerre est un concept que les Allemands maîtrisent plutôt bien. Pour preuve, celle qui a été initiée chez Accept dure depuis 1987 et le départ du chanteur Udo Dirkschneider pour former U.D.O. Depuis, c’est envoi régulier de missiles sous forme de petites phrases assassines dans les médias et échange d’agents doubles (les musiciens passant d’une formation à l’autre). Si Udo semble avoir emporté l’âme du groupe, le nom est resté aux mains du guitariste Wolf Hoffmann. A lui d’en faire bon usage et de ne pas commettre l’album qui ferait tache à côté de Balls To The Wall, Restless & Wild ou Metal Heart.

La nouvelle arme de la bande à Wolfie vient de sortir : elle s’appelle Humanoid. Et elle semble privilégier l’efficacité par rapport à la modernité. La grosse machine à riffs est de sortie (avec trois guitaristes dans le line up, c’est la moindre des choses) et mitraille en rafales. « Diving Into Sin », « Frankenstein » ou « Southside Of Hell » sont heavy, solides mais sans imagination. Du pur heavy parfois rapide, sans plus. On retrouve bien quelques chœurs typiques comme sur « Man Up » ou « Nobody Gets Out Alive » mais sans atteindre un « Princess Of The Down » ou « Russian Roulette ». Pour les amateurs de « hooohoo » grandiloquents, c’est désormais chez Sabaton, Hammerfall, Powerwolf ou… U.D.O. que ça se passe. Certes, Mark Tornillo fait plutôt bien le job avec sa voix éraillée, mais il reste à des années-lumière de son prédécesseur. Et puis au milieu de cet océan de riffs plombés, il y a le coup d’épée dans l’eau : « Ravage Of Times », une ballade essoufflée, inutile et qui porte bien son nom. En définitive, Humanoid est un album de heavy metal traditionnel correct mais certainement pas un grand album d’Accept. Et c’est une sacrée différence.

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Melvins – Tarantula Heart


Un album des Melvins qui n’a rien à voir avec ses – trente et un, excusez du peu – prédécesseurs, rien que ça : voilà ce que nous promettent l’inénarrable Buzz Osborne et ses acolytes pour Tarantula Heart, leur cuvée 2024. Prolifique et protéiforme, le groupe a en effet eu l’occasion d’explorer une foule d’humeurs et de combinaisons en quarante ans de carrière, sans jamais perdre sa patte, un mélange immédiatement reconnaissable de lourdeur, d’humour absurde et d’inventivité. Il est vrai que la configuration de Tarantula Heart est atypique : comme Osborne nous en parlait il y a quelques années, cet album trouve son origine dans une tournée faite avec Ministry début 2022, durant laquelle le trio a enregistré des sessions de collaboration improvisée avec Roy Mayorga, le batteur des vétérans du metal indus…

C’est ce dialogue entre Mayorga et Dale Crover qui constitue la colonne vertébrale de cette tarentule étrange : en stéréo, les deux musiciens se répondent, se challengent et s’épaulent au cours de cinq titres à la géométrie variable et aux intitulés sibyllins. À partir de ces enregistrements (non édités !) et à grand renfort de riffs et d’ingéniosité, Osborne a en effet bricolé des chansons uniques – coloration grunge pour « Working The Ditch », motifs virevoltants sur « She’s Got Weird Arms » et plus chaotiques sur « Allergic To Food » – puis invité le guitariste Gary Chester à leur apporter la touche finale. De ce processus singulier émergent des morceaux diablement efficaces à la production immersive, menés tambour battant, à la fois très Melvins et autre chose, à l’image du (très) long « Pain Equals Funny » qui prend le temps d’ouvrir l’album sur des sonorités familières avant de muter à mi-parcours en jam noisy et désarticulé. Là où Bad Mood Rising résumait à merveille ce qui fait l’identité du groupe, Tarantula Heart quant à lui illustre son incomparable capacité à se réinventer.

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High On Fire – Cometh The Storm


High On Fire est une valeur sûre : mené depuis vingt-cinq ans par l’inimitable Matt Pike, c’est grâce à sa fiabilité et son efficacité peu communes que le groupe s’est imposé comme incontournable dans une scène stoner/sludge/doom pourtant touffue. Pour célébrer ce quart de siècle, les Californiens sortent leur neuvième album, Cometh The Storm : même si Electric Messiah (2018) leur a valu de nombreuses accolades dont un Grammy, ils ne semblent pas décidés à se reposer sur leurs lauriers…

En effet, revigoré par la présence d’un nouveau batteur, Coady Willis, le groupe emploie les grands moyens : un format de près d’une heure et une production signée Kurt Ballou qui met en valeur une batterie particulièrement percutante et donne aux riffs une épaisseur jouissive (on n’a jamais entendu High On Fire aussi « gras »). Si « Burning Down » a la lourdeur et la lenteur de The Art Of Self Defense, on retrouve dans le bref (et bien nommé) « The Beating » le punk et un peu de l’obsession pour Lemmy d’Electric Messiah, et des échos de « Dopesmoker » de Sleep dans le riff ultra-fuzzy de « Darker Fleece ». Sur cette toile de fond familière, l’aisance des musiciens brille : Pike s’illustre par ses solos (« Trismegistus ») et ses riffs évidemment, mais aussi par sa voix, tantôt abrasive, tantôt plus mélodique ; Willis apporte une palette rythmique plus large (les percussions de « Cometh The Storm ») ; même les nouveaux talents du bassiste Jeff Matz, qui s’est mis au saz, un luth turc, sont mis à profit sur l’intermède inattendu « Karanlık Yol ». Cette influence moyen-orientale est présente dès « Lambsbread », le premier morceau de l’album : toute rafraîchissante qu’elle soit, elle rappelle aussi « To Cross The Bridge » de Blessed Black Wings… Au fil de Cometh The Storm, High On Fire excelle à l’exercice d’équilibriste auquel tout groupe confirmé est confronté – se montrer digne du son qu’on a créé d’un côté, se renouveler de l’autre : c’est dans ses propres racines qu’il trouve de quoi se réinventer.

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  • A Perfect Circle @ Zénith Paris
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