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Chronique   

Madam – Thanks For The Noise


Sauvagement nichées entre les L7, Bikini Kill ou encore les White Stripes, les trois furies de Madam signent enfin leur premier album, après deux EP aux promesses plus que réjouissantes. Car oui, cela fait déjà quelques années (2017 !) que l’ardeur de ce power trio agressif et redoutable gronde et retentit sur les scènes rock de France et de Navarre. Originaires de la ville Rose, Gabbie Burns (guitare/chant), Anaïs Belmonte (batterie) et Marine Masachs (basse) ne se connaissaient pourtant pas avant de créer le groupe, pour la plus grande surprise de tous celles et ceux qui ont déjà été témoins de leur incroyable complicité en concert. Le rock’n’roll les a rassemblées et une chose est certaine : le destin a parfaitement bien joué son rôle.

Fortes (mais certainement pas rassasiées !) de plusieurs tournées d’ores et déjà gargantuesques, les Madam semblent non seulement faire l’unanimité partout où elles jettent leurs décibels ravageurs mais également être parvenues à faire souffler un vent de fraîcheur essentiel et salvateur sur une scène qui peut parfois tourner en rond et vivre dans le souvenir masculiniste et poussiéreux de ses pères fondateurs. Qu’à cela ne tienne, le groupe sera le témoin d’une prise de conscience progressiste de plus en plus prégnante – bien qu’encore largement insuffisante – dans notre société, sans pour autant en être le fer de lance. La révolution sera tout à la fois discrète et hargneuse, bruyante et silencieuse. Douze titres, c’est le temps maximum qu’il faudra aux plus récalcitrants pour se laisser convaincre par la frappe dévastatrice de ces trois Toulousaines. Douze capsules hallucinées (plus une outro de quelques secondes), subversives et agitées, où les guitares se font impatientes, les mélodies tout aussi charmantes que provocantes. Du premier titre « La Meute » et son riff macabre à la Rob Zombie au détonant « Battleground », en passant par les jubilatoires « The Ride », « To The Moon », « She’s Gone », « Dance », ou encore « Broken City », tout paraît prétexte à l’agitation, à la danse, à la fête. Petite exception à mi-parcours, avec « Open Letter », titre incantatoire épuré aux allures sensuelles et chamaniques, le temps de reprendre son souffle entre deux séances de pogotage frénétique. Merci Madam pour le bruit passé, présent et surtout… à venir !

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Benighted – Ekbom


Faut-il encore présenter Benighted, fleuron de la brutalité à la française, après plus de vingt-cinq ans de bons et violents services ? Si le groupe s’apparente moins à un café parisien qu’à un bouchon lyonnais recalé lors de son dernier contrôle sanitaire, il n’en offre pas moins une vraie place au français, avec trois pistes d’Ekbom aux paroles – étrangement poétiques – intégralement dans la langue de Molière. Un Molière de la dernière heure, crachant du sang et tout le tremblement. Les victimes du syndrome d’Ekbom se persuadent d’avoir le corps envahi de parasites malgré le démenti formel apporté par des examens physiques. Cet album fait ainsi défiler des vies pleines de souffrance et d’anxiété, où le moindre instant de repos se monnaye au prix fort.

La densité provient davantage d’un remplissage calculé du spectre sonore que d’un véritable « bourrinage ». Il en découle une certaine forme de beauté, pour qui se met dans l’idée de la percer à jour. Des inflexions de vitesse donnent de la profondeur à la violence perçue. Le groove n’est pas en reste, tantôt sobre (« Nothing Left To Fear », qui s’accorde même un break au synthé), tantôt avec un soupçon d’originalité (« Metastasis »). Différentes techniques vocales sont à l’œuvre, avec une pléiade de satellites gravitant autour du pig squeal. Chacune bénéficie en outre d’infinis degrés de modulation. Les codes du genre collent à la peau de Benighted, quitte à voir la formation se heurter aux parois d’un cadre assez apparent, comme à celles d’une cellule capitonnée. Pas de chamboulement en vue, mais cela a le mérite d’assurer la maîtrise du sujet. Ekbom risque de faire figure d’épreuve olympique en concert pour tous les membres (« Flesh Against Flesh »), mais c’est de saison. Il ne laisse pour autant pas l’auditeur sur le carreau, pourvu qu’il soit réveillé. Benighted, encore et toujours, s’écoute de préférence debout, ou en tout cas avec une certaine liberté de mouvement – mouvements potentiellement chaotiques au demeurant –, plutôt qu’avachi dans son lit (d’hôpital ou non).

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My Dying Bride – A Mortal Binding


Il y a des groupes dont la simple mention évoque non seulement un son, mais aussi tout un univers esthétique. C’est le cas de My Dying Bride, vétéran du doom death à l’approche résolument gothique, dont les lents riffs ornés de mélodies élégiaques sont immédiatement associés à des images d’églises en ruine et de fleurs fanées. Après plus de trois décennies de carrière et quantité d’épreuves traversées à la fois en tant que groupe et en tant qu’individus, les Anglais sont en effet passés maîtres dans l’art de tailler des monuments vastes et ambitieux à la tristesse : leur quinzième opus, A Mortal Binding, démontre qu’ils n’ont pas perdu la main…

S’il a été réalisé dans des circonstances moins éprouvantes que son prédécesseur, The Ghost Of Orion, l’humeur y est pourtant tout aussi sombre. Les riffs funèbres du prolifique Andrew Craighan posent les fondations sur lesquelles les growls (omniprésents sur l’ouverture old shcool « Her Dominion ») ou la voix aux inflexions tragiques d’Aaron Stainthorpe, ainsi que les claviers, arpèges et divers crissements bâtissent l’atmosphère de chaque chanson. Qu’elle prenne la forme d’une explosion de désespoir (« The 2nd Of Three Bells ») ou de plus de retenue (les passages maussades, presque Triptykon de « Unthroned Creed »), c’est en effet l’émotion qui est au cœur de la musique de My Dying Bride, qui n’hésite pas à littéralement sortir les violons pour appuyer son propos (l’épique « The Apocalyptist »). Rien de bien nouveau, certes, sur A Mortal Binding : on n’y est jamais vraiment pris de court et on y est bercé par une lenteur perpétuelle un peu narcotique jusqu’à sa fin-couperet. Mais c’est ça, finalement, qui fait le charme paradoxal de My Dying Bride : le réconfort de se savoir en terrain connu, enveloppé d’une mélancolie parfois étouffante, parfois grandiloquente, mais toujours familière. « L’apocalypse est toujours à l’horizon », rappelle Stainthorpe : à une époque où les raisons de se sentir nostalgique ou endeuillé ne manquent pas, A Mortal Binding invite une fois de plus à vivre sa tristesse à fond, et prouve qu’il vaut mieux la magnifier que la refouler.

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Night Verses – Every Sound Has A Color In The Valley Of Night


On ne va pas se leurrer : l’instrumental, il faut que ça soit bien fait, sinon on s’ennuie ferme. Heureusement, Night Verses s’accommode bien du départ de son vocaliste, et propose des compositions qui, si elles semblent dans un premier temps partir dans tous les sens, n’éclatent pas en vol. Quelques invités viennent également poser quelques mots sur les airs bouillonnants de ce Every Sound Has A Color In The Valley Of Night, tandis que le bassiste Justin Chancellor (Tool) injecte du mysticisme sur « Séance ». Les trois virtuoses semblent porter des perfusions de caféine et faire une crise d’épilepsie par morceau : si farfelue soit-elle, cette description convient tout particulièrement au batteur Aric Improta, bourreau de travail plein de surprises, du genre à bondir pour poser le pied sur une peau…

Night Verses alterne contemplades post-rock et courses-poursuites endiablées dans des paysages futuristes. Si le palm mute est présent, pas de quoi crier à une invasion perpétrée par le djent ; ce n’est ici qu’un outil parmi d’autres, et on trouve dans Every Sound des mélodies à revendre. Les sons étranges pullulent, mais on en arrive à penser que les membres pourraient présenter n’importe quoi avec style et aplomb. Les guitares trépignent et bourdonnent, et les effets électroniques pimentent un peu plus la prestation. Les coutumiers samples vocaux ne sont pas conçus pour qu’on en saisisse chaque mot : ils ne sont que de lointains échos d’humanité imbibés de la folie ambiante. Plus direct que le foisonnant From The Gallery Of Sleep et ses interludes noctambules, Every Sound charge en ligne droite et ne manque pas d’attirer l’attention dans son sillage de destruction. Rejouable encore et encore, il est comme ces efforts sportifs exaltants qui donnent le goût d’en faire toujours plus… malgré les risques.

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Saturnalia Temple – Paradigm Call


Saturnalia Temple est une entité en constante mutation. De ses débuts il y a près de vingt ans à un premier album, Aion Of Drakon, sorti en pleine vague metal retro/occult rock au tournant des années 2010, suivi par To The Other puis Gravity, le groupe s’est régulièrement réarrangé autour de son leader, Tommie Eriksson (Lapis Niger, ex-Therion), tout en restant absolument fidèle à ses principes fondateurs : lourdeur, répétitivité hypnotique et psychédélisme. Pour son quatrième album, c’est épaulé des frères Åhman (Pågå, ex-In Solitude) que revient le musicien. Intitulé Paradigm Call, ce nouvel opus promet ténèbres, et potentiellement illumination…

Si le titre du bref instrumental qui ouvre l’album, « Drakon », établit une continuité avec les premières sorties du projet, il introduit aussi le cadre conceptuel de Paradigm Call (occultiste, Eriksson appartient à l’ordre magique du Dragon Rouge), avant un « Revel In Dissidence » aux allures de manifeste. Écrasant, presque oppressant, il déroule au fil d’un riff entêtant les imprécations d’une voix inquiétante, growls qui se diffractent en échos mais dont le propos est clair (« Magick will / The only truth / The only path that emancipates »), puis un long solo psychédélique et habité. Et tout au long des huit morceaux de l’album, c’est cette même formule qui est déclinée (l’instrumental hypnotique « Kaivalya »), revisitée (en compagnie de Paul Delaney de Black Anvil sur « Among The Ruins »), ou approfondie (la basse paradoxalement abyssale d’« Ascending The Pale »), portée par une production qui met en valeur l’épaisseur et la corrosivité des riffs d’un côté, la chaleur et la clarté de la batterie de l’autre. Plus qu’à d’autres groupes de stoner doom, c’est à Black Sabbath, tout simplement, qu’on pense tout au long de l’album : chaque chanson en offre une distillation méthodique. Même si l’ésotérisme du propos peut laisser de marbre, au fil des écoutes, la musique enserre, enchante, (s’)altère : c’est là, finalement, que la magie opère.

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Monkey3 – Welcome To The Machine


Cinq ans après Sphere, Monkey3, apôtre du stoner psychédélique spatial, fait ses armes sur un nouveau terrain de jeu. Sa discographie est accoutumée aux sphères célestes, mais il les traverse généralement sous un angle ésotérico-philosophique ; pour cette cuvée, place à la science-fiction. Pour aborder le thème – presque lassant ? – de l’intelligence artificielle, Monkey3 fait appel à des références allant de L’Odyssée De l’Espace à Matrix, en passant par 1984. Loin du plancher des vaches, une IA a réduit les humains en esclavage. Un « voyage vers l’inconnu », plus sombre, qui déroule une intrigue trépidante sans recourir au chant. On n’entendra que quelques samples façon cosmonautes qui planteront prestement le décor en pleine figure.

« Ignition » fait la jonction avec Sphere, avec quelques brèves sensations de déjà-vu. La rupture survient sur « Collision », dont un gros tiers pourrait servir de beat hip-hop. On explore les ténèbres et le mystère, avec un côté assez vidéoludique, rappelant des sensations souterraines ou d’infiltration. La spiritualité revient avec « Kali Yuga » : la pire des quatre ères, dans l’hindouisme, d’un cycle éternellement répété, faite de conflits et de péchés. Le morceau met en musique le fait que derrière ces millions d’années de pénitence se trouve la promesse de jours meilleurs, même si on ne sera alors probablement plus présent. Pas de quoi festoyer non plus du côté de « Rackman », qui pourrait passer pour du doom sur sa première partie. Bien qu’il ne soit pas aisé, dans le style dans lequel Monkey3 évolue, de faire enfler la tension comme dans un film à gros budget, le quatuor y parvient : on ne sait pas trop comment, mais ça fonctionne. Il n’y a pas grand-chose de très joyeux dans Welcome To The Machine, et pourtant on en redemande. À vous, maintenant, de décider quelle issue cette l’histoire réserve à l’humanité.

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Einar Solberg – The Congregation Acoustic


The Congregation, malgré sa popularité, n’est pas l’album de Leprous sur lequel on aurait parié pour une réinterprétation en live piano-voix. Einar Solberg en est conscient, mais qu’à cela ne tienne ! Pour corser le tout, cet enregistrement est d’une honnêteté désarmante, sans corrections en postproduction. Le contraste est d’autant plus marquant que plus de la moitié des pistes de Live At Rockefeller Music Hall (2016) provenaient déjà de ce même album, avec une énergie radicalement différente.

Einar Solberg se donne à fond, paraissant prendre des risques quant à la pérennité de ses organes vocaux. Entre dérapages contrôlés et charges frontales, les mots pourfendent l’audience, nous laissant hagards (« Moon ») ; le fameux passage guttural de « Rewind », transposé en chant quasi lyrique, devient à la fois onirique et glaçant. La prestation pourrait devenir « gueularde » au moindre faux pas, mais c’est ce péril qui rend ces expérimentations glorieuses. La solitude sous les projecteurs présente des avantages. Einar peut prendre des décisions à la volée, loin de l’habituelle science chirurgicale du groupe, et nous voilà suspendus à ses gestes. Le changement de paradigme rend certaines excentricités du The Congregation original subitement touchantes et délicates (« Triumphant »). Le piano reste taciturne, excepté dans des encarts qui modèrent la pression émotionnelle. L’audience n’a généralement à se concentrer que sur l’un des protagonistes.

L’uniformité du ton offre à cette expérience son cachet, mais sèmera chez les moins intéressés les graines de la monotonie. Ceux qui ont du mal avec la voix d’Einar vivront très bien sans cet album, mais au moins pourront-ils s’en rendre compte rapidement. Les autres auront tout à gagner à accorder une écoute à cette curiosité aux allures de pierre polie à la main.

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Hauntologist – Hollow


C’est à Jacques Derrida qu’on doit le terme d’« hantologie », qui décrit une œuvre bâtie sur des traces du passé et dont la traduction, « hauntology », a eu un certain succès auprès de critiques musicaux britanniques. Est-ce que c’est là que le duo Hauntologist a puisé son inspiration ? On ne peut que le supposer, mais ces nouveaux venus peuvent en tout cas compter sur leur passif pour attirer l’attention : Mgła et Kriegsmaschine pour le batteur Darkside, Mgła aussi (en live) pour The Fall. Et avec son titre évocateur, Hollow, et sa pochette tout en givre, brume et ville décatie, c’est bien l’absence et la morosité que ce premier album semble mettre à l’honneur…

Même à l’aveugle, le pedigree des musiciens est évident : « Ozymandian » et « Golem » ressemblent à s’y méprendre à des chansons de Mgła. Mais à partir de l’instrumental « Waves Of Concrete », Hauntologist prend de la distance et commence à mériter son nom : la mélancolie de cet intermède ambient ne quittera plus l’album. Elle hante (on y arrive) le black metal de « Deathdreamer » et « Autotomy » et gagne du terrain au fil des très post-rock « Hollow » et « Gardermoen », jusqu’à tout envahir. Minimaliste, à la fois glaçant et hypnotique, « Car Kruków » qui referme l’album sur une poignée d’arpèges et une voix en polonais conclut sur les corbeaux, la forêt et la mort – le black metal qui revient où on ne l’attendait plus ? – comme seules échappées possibles hors d’un monde moderne usé et fatigué. Malgré des juxtapositions un peu abruptes et au-delà de son côté « remix ‘doomer’ de Mgła » avec son pessimisme et son imagerie d’ex-bloc de l’Est bétonné et délabré (après tout, le « spectre qui hante l’Europe » qui avait inspiré Derrida, c’était le communisme), le post-black d’Hollow n’est pas une dilution de ce que le black a de plus abrasif, mais une manière renouvelée de lire ses états d’âme dans ce qui nous environne.

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The Black Crowes – Happiness Bastards


Avec Happiness Bastards, les frères Robinson reviennent avec un line-up remanié à l’exception du bassiste Sven Pipien, à travers dix nouveaux titres qui sont une parfaite synthèse de leurs influences, à savoir les Faces, les Rolling Stones, Led Zeppelin, Humble Pie ou le Allman Brothers Band, et cette touche singulière du corbeau. Les Black Crowes célèbrent également ici quatre décennies de carrière depuis leur formation à Atlanta sous le nom de Mr. Crowe’s Garden. Le premier single dévoilé « Wanting And Willing » a ce groove caractéristique et des lignes mélodiques rock n’ roll des années 1970 rappelant leur titre « Jealous Again ».

Rich, avec un son saturé « dirty », et ses acolytes revisitent d’ailleurs les marqueurs musicaux spécifiques de cette période avec des guitares slide, de l’orgue Hammond, une section rythmique entraînante, une touche groovy et funky par moments, et un ascenseur émotionnel dans les lignes vocales de Chris (« Cross Your Fingers » ou « Dirty Cold Sun » et ses maracas). Sur « Bedside Manners », ce dernier fustige une ex avec ses paroles – « Si tu ne veux pas de mes diamants / Ne secoue pas mon arbre » – alors que son frère fait rugir sa slide de façon sauvage. « Rats And Clowns » rappellera un peu MC5 avec son chant et ses riffs punkoïdes. On retrouve aussi sur cet album du blues old school, nous plongeant en plein Tennessee (« Bleed It Dry »), avec une touche country dans les harmonies vocales de l’invitée Lainey Wilson (« Wilted Rose »). Les chœurs sur « Follow The Moon » apportent de la profondeur au chant accusateur de Chris Robinson couplé aux riffs organiques de son frère. Happiness Bastards est le regain d’une passion artistique qui ne s’est nullement atténuée après quatre décennies de haut et de bas. Les Black Crowes signent un grand moment musical. C’est bon de les retrouver !

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Zakk Sabbath – Doomed Forever / Forever Doomed


« Quelle joie le rock’n’roll ! » chantait Didier Wampas, enivré des moments de fête que la musique rock sait nous procurer. Et c’est précisément la sortie d’un tel album qui vient une fois encore à nous le rappeler. Le plus classe des tribute band de Black Sabbath – « the only band with the balls to pay tribute to Black Sabbath properly » comme on peut lire sur l’affiche promo du disque – reprend du service pour notre plus grand plaisir (coupable ?). Partenaire comme on le sait du Prince des Ténèbres himself sur de nombreux albums et tournées, Zakk Wylde persiste et signe son hommage aux légendaires pionniers du heavy metal, dont les hymnes ésotériques et tutélaires semblent encore faire l’unanimité aujourd’hui. Accompagné de Blasko à la basse et Joey Castillo à la batterie, le guitariste américain puise cette fois-ci dans les deux immenses classiques de la discographie du sabbat, Paranoid (1970) et Master Of Reality (1971), afin d’en proposer une relecture certes attendue mais néanmoins rondement exécutée.

Il n’est pas chose aisée en effet de passer derrière la bande à Iommi ; pari cependant remporté haut la main par ce Sabbath 2.0 qui peut s’enorgueillir d’être parvenu à proposer un son dépoussiéré et revigorant, offrant une nouvelle mise en lumière de ce corpus fabuleux. Le postulat de départ n’ayant après-tout jamais été de dépasser le maître, mais simplement de célébrer son répertoire magistral et ô combien essentiel à la culture metal, et plus largement musicale, du XXe siècle. Et c’est bien là que l’on notera la différence avec un énième tribute sans intérêt : Zakk Wylde fait du Sabbath, à sa façon à lui ; c’est à dire en respectant profondément l’œuvre de base tout en veillant à l’enrichir de sa propre touche heavy, de son timbre, de sa couleur… des éléments qui ne sont autre, finalement, chez le musicien, que les résultats directs du testament artistique de Black Sabbath. Bref, la boucle est bouclée. Une proposition assez consensuelle en somme, avec juste ce qu’il faut pour apporter un vent de fraicheur diabolique, sans pour autant dénaturer les chansons originelles et alors froisser les fans. Doomed Forever / Forever Doomed n’est que succession de chefs-d’œuvre tubesques à la sauce Wylde et fait un bien fou, rappelant, s’il était encore utile de le faire, que l’héritage du combo maléfique de Birmingham est loin, très loin, d’être menacé. Hail Sabbath !

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