
Né dans les flammes de la seconde vague black metal norvégienne, Dimmu Borgir a toujours revendiqué une voie différente. Accusé d’avoir « trahi » l’underground, il ne s’est pour autant jamais vraiment plié non plus aux codes du mainstream. Et à rebours d’une époque qui réclame omniprésence et immédiateté, la formation de Shagrath et Silenoz n’hésite pas à s’accorder du temps. Grand Serpent Rising est ainsi livré huit ans après Eonian. Pas de quoi affaiblir l’anticipation ni leur statut de ténors du black symphonique.
Pluie battante, cordes funèbres, voix narrée comme accueillant l’auditeur dans le royaume des morts, « Tridentium » évoque un film gothique baigné dans une froide colorimétrie bleutée. L’intensité monte progressivement jusqu’à l’explosion de double pédale, dans une ouverture cinématographique aux allures de rituel occulte. L’un des grands mérites de l’album réside dans son équilibre retrouvé entre violence et orchestration : les éléments symphoniques servent les compositions au lieu de les étouffer. « Ascent » démarre au quart de tour, rappelant l’ère Puritanical Euphoric Misanthropia. Shagrath y alterne growls épais et cris plus perçants avec éloquence. Le retour ponctuel du norvégien, absent depuis 2008, apporte une touche d’authenticité sur « Ulvgjeld & Blodsødel » et « Slik Minnes En Alkymist » à la noirceur épique saisissante. L’ambiance est pesante, presque suffocante par moments, sans perdre l’impact émotionnel. « Repository Of Divine Transmutation », avec son ouverture acoustique aux teintes médiévales avant la déferlante sonore (dont un riff au rythme binaire qui n’est pas sans rappeler les compatriotes de Satyricon), illustre cette dynamique mouvante. Plus lente, presque cérémonielle, « Phantom Of The Nemesis » glace immédiatement le sang, tandis que l’instrumentale « Gjǫll », majestueuse, lumineuse, apaisée, vient clore l’œuvre tel un générique de fin. À plus de soixante-dix minutes, Grand Serpent Rising aurait sans doute gagné à être légèrement resserré. Pourtant, la qualité de l’écriture, la richesse des arrangements et la production limpide maintiennent l’attention. Sans atteindre les sommets intouchables des années 2000, Dimmu Borgir signe un dixième opus plus épuré et recentré, rempli de rebondissements et captivant comme un bon blockbuster d’horreur fantastique.
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