
Dernier jour de ce nouveau marathon des musiques saturées ! Ce dimanche, le Hellfest met à l’honneur une scène moderne, avec notamment Falling In Reverse, Lorna Shore ou encore Knocked Loose. Côté têtes d’affiche, c’est la nouvelle version de Linkin Park menée par Emily Armstrong qui aura la lourde tâche de clôturer la journée. Après leur récente annulation en Suisse, les Américains ont semé le doute jusqu’au bout… Mais cette fois, ils seront bel et bien présents ! Les gothiques trouveront leur bonheur sous la Temple, tandis que les amateurs de death bien gras pourront quant à eux se déchaîner sous l’Altar. Nous vous racontons cette ultime journée du Hellfest 2025 dans nos colonnes !
Suivez l’édition 2025 du Hellfest avec notre fil rouge au jour le jour : jeudi 19 juin, vendredi 20 juin, samedi 21 juin et dimanche 22 juin.

01h30 :- 🎙️ Podcast : Le dernier débriefing de l’équipe éditoriale de Radio Metal, juste après les concerts de clôture…
00h45 : LINKIN PARK / Mainstage 1
Le doute aura plané pendant tout le week-end. La présence de Linkin Park en headliner final de cette édition 2025 semblait sérieusement compromise après une annulation des Américains pour raison de santé deux jours plus tôt en Suisse. Assez mal reçus lors de leur précédent passage au Hellfest, le groupe tente ce dimanche 22 juin sa seconde chance. À la différence près qu’ils se produisent ce soir devant un public conquis d’avance, et ce malgré le manque de constance vocale de leur chanteuse Emily Armstrong. Il apparaît clairement que cette dernière n’est pas au meilleur de sa forme et que l’annulation de la date en Suisse a été contrainte par son état, qui reste fébrile. Mais reconnaissons-lui le professionnalisme de monter sur scène et de tenir la barre malgré tout, là où d’autres formations se seraient défilées pour des motifs moins recevables – le souvenir Manowar reste très prégnant dans les mémoires des festivaliers. Inévitablement, cette dernière assure le set de façon un peu statique, souvent agrippée à son pied de micro. Indiscutablement, son chant n’est pas aussi remarquable que souhaité, bien que passé quelques morceaux de chauffe il se montre tout à fait acceptable.
Cet état de fait montre combien Linkin Park repose sur un leader charismatique. Bennington en son temps, Armstrong aujourd’hui. Si Mike Shinoda est le chef d’orchestre talentueux que l’on connaît, sa personnalité humble et extrêmement sympathique – ce que l’on constate une nouvelle fois à l’occasion de ce concert – se doit de contraster avec une aura magnétique et torturée. Un jeu de yin / yang déséquilibré pour cette prestation, Shinoda faisant tout son possible pour compenser l’approche plus mutique de sa moitié artistique, qui joue clairement de la volonté du public à reprendre le moindre refrain en chœur pour s’économiser autant que possible. Le sextet, connu pour sa facilité à remanier ses setlists d’un concert à l’autre, semble par ailleurs avoir expurgé du programme des morceaux exigeants en matière de screams, à l’instar de « Crawling », « Cut the Bridge » et « Casualty ». Il ne fait cependant pas l’impasse totale sur son registre le plus énervé et livre avec énergie les morceaux de bravoure transgénérationnels que sont « Lying From You », « One Step Closer » ou « A Place For My Head ». Linkin Park pourrait également sombrer dans une certaine forme de facilité et se contenter de jouer ses gros hits. Il fait cependant le choix de défendre également des albums reçus négativement, dont l’injustement mésestimé A Thousand Suns, dont sont extraits les mid-tempos « The Catalyst » et « Waiting For The End ». « Lost » est LE moment fort du spectacle. Engagé en piano-voix, ce morceau de l’ère Bennington dévoilé de façon posthume résonne avec une vraie puissance émotionnelle, Emily Armstrong parvenant à en retranscrire toute la beauté mélodique malgré la situation. La scénographie est énorme et travaillée, construite autour des jeux de lumières et lasers qui tranchent avec les déluges de feu en façade envoyés tout au long de l’après-midi. Linkin Park est-il capable de mieux ? Bien évidemment. Mais Linkin Park a tenu sa position de tête d’affiche, avec sérieux, offrant à cette occasion une dernière parenthèse en dehors du monde réel avant le dur retour au quotidien. Merci.
00h15 : EISBRECHER / Temple
L’ambiance est à la nostalgie lorsque nous nous engageons sous la Temple pour la der des der de cette édition 2025. Nous avons une pensée émue pour les bénévoles en charge du nettoyage du site en voyant le sol jonché de morceaux de pichets en plastique, pauvres malheureux certainement sacrifiés lors des rites noirs ayant pris place depuis quatre jours devant cette scène. Eisbrecher fait face ce soir à Linkin Park, position plutôt compliquée, et nous allons vous expliquer ci-dessous pourquoi nous ne sommes pas du tout déçus de notre choix. « Everything Is Wunderbar » éclate et Alexx Wesselsky apparaît, bourré d’énergie, avec un déhanché subtilement viril et une voix d’une puissance électrifiante. Showman dans l’âme, sa DA est simple : une chanson = un accessoire ou vêtement ajouté ou retiré (sous les sifflements sensuels du public, évidemment). Le capital sympathie du bonhomme est tel qu’il en éclipse, sans le vouloir, ses camarades artistes, s’imposant par son humour et son charisme en tant que grand gourou de la soirée. C’est ainsi qu’on le verra habillé en militaire, jouant de l’harmonica sous un chapeau de cow-boy, ou encore portant des couvre-chefs loufoques d’un titre à l’autre.
Supériorité germanique oblige, il s’exprimera dans un français plus que très bon entre chaque chanson, aidé de son accent et de son intonation presque caricaturaux, qui feront rire un public enjoué. L’heure est à la dénonciation, et sur la chanson du même nom, on le verra taguer d’un symbole peace & love les mots « WAFFEN WAFFEN WAFFEN » (« armes » en allemand) peints sur une toile, argumentant que le groupe est résolument anti-guerre. « This Is Deutsch » le verra prendre place tel un politicien face à un pupitre, puis, plein de ressources qu’il est, il se plaira à jouer quelques notes de cor. Cet homme a-t-il des limites ? Côté musiciens, ça envoie la patate sévère, pas de répit ni pour nos oreilles, ni pour nos jambes qui sautent en rythme d’elles-mêmes. Les slams sont infinis, et dans le pit, ça casse des nuques. Pour un final en apothéose, le groupe décide de faire interpréter La Marseillaise à son auditorium adoré, avant de balancer un « À la prochaine ! » arrivé bien trop vite à notre goût. Bref, on est sortis avec la banane jusqu’aux oreilles. Comme quoi, pas besoin de pyro démesurée ni de problèmes avec la justice pour tout défoncer à l’allemande, comme il se doit. Rideau !
23h10 : FALLING IN REVERSE / Mainstage 2
Ah, Ronnie Radke. Le fameux, l’unique. Le controversé… Malgré les polémiques, la venue de Falling In Reverse restait très attendue cette année. Il suffisait de voir la foule amassée devant et autour de la Mainstage pour le croire. 21h55 : lorsque les premières notes de La Vie en rose d’Édith Piaf résonnent, l’excitation parcourt le public. L’image de Ronnie, captée en direct dans les coulisses, apparaît alors sur les écrans géants. Plutôt calme, concentré, il s’avance lentement vers la scène pour délivrer une entrée sobre, immédiatement lancée par « Prequel ». Très vite, le concert prend une tout autre tournure, Ronnie rappelant que, derrière ses airs rustres, il n’en reste pas moins un véritable showman. Les tubes s’enchaînent : « Zombified », « I’m Not a Vampire », « Bad Guy », « The Drug in Me Is You »… Chaque titre dynamise la foule, chaque refrain est repris en chœur. Ronnie, égal à lui-même, affiche une touche d’arrogance assumée, toujours en maître de la mise en scène.
Également présent sur la setlist, le titre « Just Like You », morceau aussi provocateur que cathartique, dans lequel Radke proclame haut et fort être ce que certains ne cessent de lui reprocher : un « trou du cul ». S’il estime en être un, il l’assume fièrement. À la fin du morceau, il quitte brusquement la scène. Le doute plane alors dans le public. Est-ce que c’est déjà la fin ? Est-ce que c’est une mise en scène ? Personne n’ose quitter les écrans des yeux, on veut voir Ronnie revenir. Car on a beau le critiquer, on en redemande. Et Ronnie en a bien conscience. De retour sur scène, le groupe continue d’enchaîner ses tubes, sans jamais s’essouffler. Vient le moment fort de « God Is a Weapon », interprété ici en duo virtuel avec Marilyn Manson, dans une atmosphère particulièrement sombre, pesante. Pour conclure ce show millimétré, c’est « Watch the World Burn » qui fait office d’apocalypse finale. Un chaos maîtrisé, une déflagration d’énergie, un Ronnie Radke en pleine possession de ses moyens, cabotin et magnétique. Que l’on l’adule ou qu’on le déteste, force est de constater qu’il sait captiver, provoquer et marquer les esprits.
23h05 : DETHKLOK / Altar
IL ÉTAIT TEMPS ! Quelle fut notre surprise, puis notre excitation, lorsque le Hellfest annonça son affiche complète, dévoilant alors le logo de Dethklok en tête d’affiche de l’Altar le dimanche. Beaucoup d’espoirs donc pour cette toute première venue – l’une des premières sur le vieux continent – que l’on n’attendait plus, et une question : à quoi ressemble donc un concert de Dethklok ? Un concert de Dethklok, ce n’est ni plus ni moins qu’un grand spectacle à la sauce death metal, arrosé d’une bonne rasade de second degré. La prestation démarre par un avertissement adressé aux personnes épileptiques (qui ne sera pas de trop), puis par une petite mise en scène cartoonesque annonçant le retour du groupe. La clameur est monstre et le public est prêt comme jamais à accueillir les quatre musiciens, dont on ne distinguera que la silhouette durant tout le set grâce à un jeu de lumière adapté. Pour l’anecdote, les photographes n’étaient d’ailleurs pas autorisés à shooter sur le performance (désolé pour Sylvain qui a appris l’info à 5 minutes du début du set !) C’est avec un énorme « Deththeme » que le concert débute, suivi de près par « Briefcase Full of Guts ». Très vite, on comprend que l’écran géant en fond de scène sera l’élément principal du concert. Il sera utilisé à son plein potentiel avec la diffusion systématique d’un clip animé en rapport direct avec le titre joué, les musiciens devenant presque anecdotiques au final.
Au-delà de l’aspect très visuel de la prestation, la setlist est particulièrement savoureuse, avec des morceaux foutrement efficaces dans une configuration live. Il faut dire qu’en envoyant « Mutilation on a Saturday Night », « Bloodlines », « Awaken » ou encore « Hatredcopter », difficile de ne pas, à minima, mettre les cervicales à contribution. Si on devait être un peu tatillon, on pourrait dire qu’un « Burn the Earth » n’aurait pas été de trop dans la setlist… Mais une heure, c’est court ! Le public aura également droit à deux petites interludes bien barrées mettant en scène le personnage de Facebones, venu donner quelques tips : d’abord sur l’hygiène à avoir pendant un concert, puis sur la consommation d’alcool et de drogue. L’humour sarcastique signé Brendon Small. Ce dernier s’est par ailleurs entouré de musiciens assez remarquables pour l’occasion. Ainsi, on retrouve le bassiste Pete Griffin et la guitariste Nili Brosh, tous deux secondant sur des backing vocals, et bien évidemment cette légende qu’est Gene Hoglan, reconnaissable entre mille derrière son kit de batterie. L’ambiance atteindra son paroxysme lorsque les premières notes de « Murmaider » se feront entendre, la foule participant activement à crier « Check ! » comme le veulent les paroles. Généreux et ultra-divertissant sur tous les points, ce show de Dethklok peut aisément figurer dans le top 10 de tous les concerts ayant pris place sous ce chapiteau, toutes éditions confondues. On ne pouvait rêver meilleur cadeau pour clôturer ce week-end sous l’Altar.
22h00 : THE KOVENANT / Temple
Bienvenue au concert de The Kovenant, groupe mythique formé, entre autres, par Nagash, ex-Dimmu Borgir, en Norvège en 1992, sous le nom initial de Covenant. Quel est le (seul ?) point commun entre le power metal et le black metal ? Les deux genres s’offrent souvent le luxe d’avoir une chanteuse de talent en présentiel sur scène pour assurer les chœurs. Et ce soir, la voici : Sarah Jezebel Deva, couronne sur la tête et parure bleu roi, apportera par sa voix lyrique et envoûtante une fraîcheur et une authenticité au déroulé de cette messe un peu particulière à laquelle nous avons assisté. Installée à l’arrière pour une grande partie du set, elle donnera cependant parfois l’impression de s’ennuyer un peu. Attention, c’est l’instant jugement sur le physique : Hellhammer, impeccable derrière sa barrière de fûts, dénote pas mal avec la DA des autres membres du groupe vêtus de noir et arborant du corpse paint, tandis que lui semble être venu en cosplay pirate — peut-être cette liberté est-elle prise car le batteur n’a plus rien à prouver à personne ? Allez savoir. La setlist se compose essentiellement de l’album Nexus Polaris, et bien qu’il s’agisse là d’un disque mythique, son déroulé live n’accroche pas tout à fait l’entière attention du public. Ne vous méprenez pas, le concert est plus que bon, mais il reste très contemplatif et donc, par opposition, peu vivant. Nagash donne pourtant tout ce qu’il a, dodelinant de la tête au rythme des BPM et ouvrant grand les bras de satisfaction. « New World Order » sera le seul titre flirtant avec le côté indus si caractéristique du groupe, le reste ayant été focus sur le symphonique. Une heure s’est passée, et au moment de prendre la classique photo de fin, le leader nous lâche un petit troll surprise : « Tout le monde sourit et dit Jésus ! ». Et après, on essaie de nous faire croire que les blackeux sont tristes, non mais.
21h55 : CYPRESS HILL / Mainstage 1
Cypress Hill fait du hip-hop. Passé ce constat, deux choix : on peut aisément profiter d’un autre concert – Walls of Jericho est au même moment tout à fait apte à délivrer une ration déraisonnable de décibels –, ou camper devant la Mainstage 1 afin de sécuriser sa place pour Linkin Park tout en laissant ses voisins passer un bon moment. Il n’est pas forcément utile de rappeler en hurlant que c’est du rap. Tout le monde le sait, ou à minima le constate. Le débat sur ce choix artistique de la part de l’organisation du Hellfest est intéressant, mais autant le mener à un autre moment que lorsque B-Real et ses comparses viennent proposer une interlude « désaturée » devant un public majoritairement réceptif. Rien de surprenant : Cypress Hill n’est pas un groupe de hip-hop lambda, et a depuis ses premières heures tissé de solides liens avec les musiques alternatives à guitares. C’est notamment le cas via différents side-projects, mais également au sein de leur propre répertoire avec l’aide du bassiste-guitariste de Fear Factory, Christian Olde Wolbers.
On ne cachera d’ailleurs pas notre déception face à son absence ce soir, alors même qu’il vient de participer à l’enregistrement d’un concert symphonique pour l’album Black Sunday. Muggs semble également avoir mis les voiles sans que cela ne soit vraiment annoncé, les Latino-Américains tournant actuellement avec DJ Lord, qui ouvre le concert sur un mix à base de The White Stripes et Metallica. Cypress Hill va articuler son show en deux grands moments, en se limitant à ses disques les plus emblématiques pré-années 2000. La première moitié est purement hip-hop et déroule un chapelet de classiques costauds : « I Wanna Get High », « Dr. Greenthumb », « Hits from the Bong » ou encore « I Ain’t Goin’ Out Like That ». Si Sen Dog commence à marquer le coup niveau âge, l’intenable B-Real, spliff au coin du bec, est toujours égal à lui-même. Le gaillard balance son flow nasillard avec une énergie constante et communicative.
À partir de Cock the Hammer, le set prend une tournure nettement plus rock. Les grattes sont bien là, même si elles sont samplées. Cypress Hill, tout comme Muse deux jours plus tôt, se fend de quelques extraits d’hymnes cultes, dont le « Bombtrack » de RATM, mais ressort surtout de ses cartons poussiéreux le furibond « Can’t Get the Best of Me ». Un morceau qui n’avait plus été joué depuis 2002 et déroule le tapis rouge à l’inévitable [Rock] Superstar final. On aurait aimé un ou deux titres plus récents – pourquoi pas un morceau enfumé de l’hallucinatoire « Elephants on Acid » –, mais Cypress Hill valide de notre point de vue son examen de passage au Hellfest.
20h45 : HEALTH / Valley
Le Hellfest n’a pas été avare sur les choix de programmation audacieux cette année. Tenez, encore un exemple : alors que la Temple se dévoue à l’électro et aux ambiances dark, Health se retrouve écarté sur la Valley ; fort heureusement, sans chevauchement stylistique malencontreux. Ce n’est pas la première fois qu’un groupe typé électro se retrouve sur cette scène : Perturbator, Killing Joke ou encore Godflesh y ont déjà fait des leurs. Mais depuis, la Valley a déménagé et abandonné son chapiteau pour une scène ouverte, frappée par le soleil pendant des heures. Pas vraiment un endroit pour les fans de sons industriels, qui préfèrent l’obscurité. Heureusement, le soleil est sur son déclin, et c’est dans une belle lueur orangée, tamisée par des ombres grandissantes, que jouent les Californiens. Pour ceux qui avaient déjà eu la chance de les découvrir en 2022 sur une Mainstage bien trop grande pour eux, c’est l’occasion de les retrouver dans de meilleures conditions, la configuration de la Valley donnant un côté plus intimiste avec sa scène à hauteur du public. Jake Duzsik se réjouit d’ailleurs, lors de l’une de ses rares interventions, que la chaleur soit plus supportable (après tout, on ne s’appelle pas Health si on ne se soucie pas de la santé de son public !). La vraie chaleur va venir des nuques, fort sollicitées pendant cette heure d’électro/indus expérimental, tant il est impossible de résister à chaque coup de canon tiré par la batterie de Benjamin Miller, secondée par les beats lourds de John Famiglietti.
Le chant de Jake Duzsik est comme toujours impeccable, apportant cet aspect vaporeux au concert. Pour un peu, on s’imaginerait presque déambuler dans les rues de Night City – et c’est presque le cas quand le groupe joue le titre « Major Crimes », bien connu des fans de Cyberpunk 2077. Le public apprécie plus particulièrement la reprise de « Be Quiet and Drive (Far Away) » de Deftones, un choix qui parle forcément au public du Hellfest. Jake prend une nouvelle fois la parole vers la fin du concert, en s’excusant de ne pas être encore habitué aux festivals metal et de ne pas avoir la verve des autres groupes pour ce qui est de créer un lien avec le public entre chaque morceau, mais nous assure qu’il est très content d’être ici, ce à quoi la foule applaudit chaleureusement, avant que les Américains n’achèvent leur set avec « une chanson qui convient mieux à ce festival » : l’ultra-martial « DSM-V ». Tandis que ses acolytes quittent la scène, John Famiglietti se jette en slam depuis les barrières, et passe de longues minutes à étreindre les festivaliers présents les uns après les autres, pendant que le reste du public le salue d’une dernière salve d’applaudissements. Comme le dira plus tard un certain Sébastien Rassiat, connu comme le cofondateur de l’émission Joueur du Grenier, mais aussi grand fan du groupe croisé à la fin du festival : « Health, c’était trop bien ! ». Avis partagé, cher Seb.
19h45 : REFUSED / Mainstage 1
À chaque fois que Refused a été sur l’affiche du Hellfest, il passait en vedette sur la Warzone. Mais quand les natifs de Umeå ont annoncé la séparation définitive après cette tournée, les programmateurs ont décidé de placer le groupe en Mainstage ce dimanche. Un beau cadeau que l’on soupçonnait d’être possiblement empoisonné : un accueil en demi-teinte pourrait ne pas donner à Refused la dernière communion qu’un si grand groupe mérite. L’arrivée de la bande de Dennis Lyxzén suscitant peu de réactions fait craindre le pire. Très vite, on s’aperçoit que l’on va assister à deux concerts : celui de ceux qui se sont placés dans la fosse et celui de ceux qui sont restés plus loin. Commençons par ces derniers : pour eux, Refused n’est qu’un groupe placé là en attendant Linkin Park. Le son n’est pas terrible de loin et beaucoup de gens ont du mal avec le discours extrêmement politisé du blond qui chante. Heureusement, à la fin, il y a eu la musique où ça crie « Can I scream! », c’est cool. Voilà.
Pour ceux plus proches de la scène, l’expérience est tout autre. Dennis arrive tranquillement tel un dandy mondain, vêtu d’une chemise en flanelle rose et en costume de cérémonie. S’il a toujours été extravagant, il semble moins possédé qu’à l’habitude, avec désormais une attitude se rapprochant des facéties d’un Pelle Almqvist de The Hives – un ajustement probablement dû à son accident cardiaque survenu l’année dernière. Le décor est minimal pour une Mainstage, seul le backdrop se veut imposant – il est orné de la phrase « This is what our ruling class has decided will be normal », histoire de confirmer les accointances militantes des Scandinaves. Après une intro qui, clairement, servira de balances aux ingés son, le premier pétard est déclenché avec « Rather Be Dead » et son roulement de caisse claire libérateur. Avec l’absence de seconde guitare, le son est moins imposant mais met la basse plus en avant, ce qui correspond à un show davantage rock et punk. La setlist est bien sûr majoritairement composée d’extraits de The Shape of Punk to Come, mais on est agréablement surpris de retrouver des titres comme « Elektra » ou « Rev 001 », issus du répertoire plus récent, ainsi que « Pump the Brakes », premier morceau du premier album des Suédois. On a eu droit aussi au retour d’un petit clin d’œil à l’édition du Hellfest 2019, où Refused avait été placé face au concert d’adieu de Slayer et avait remixé son « Deadly Rhythm » avec le riff emblématique de Raining Blood.
La nostalgie n’empêchera pas Refused de tenir son discours aligné avec ses engagements de toujours : discours pro-LGBT, rappel du caractère indispensable de la lutte des classes, et bien sûr soutien à la Palestine, qui s’est manifesté par un drapeau palestinien chopé dans le public puis installé sur un des amplis, et par un chant « Free Palestine » qui a reçu un accueil enthousiaste du public proche de la scène, mais bien plus mitigé du reste de la MainStage du Hellfest. À la fois un délice pour les fans qui ont pu suivre le groupe dans ses 30 ans de carrière et un non-événement inaudible pour la plupart des autres qui n’attendaient que « New Noise » : ce dernier concert de Refused au Hellfest aura été un bon résumé de la carrière et de la perception publique d’un des plus grands groupes de punk hardcore de l’histoire.
19h40 : PRIEST / Temple
Une messe étrange s’est déroulée sous la Temple, menée par des prêtres aux allures des Daft Punk version dark. Les néons ont remplacé les cierges, les notes planantes de synthé ont résonné dans l’atmosphère et la scène s’est soudainement transformée en nightclub. Priest et leur synthpop presque mystique ont hypnotisé les fidèles venus communier sous les stroboscopes. Un rituel électro occulte, où l’on danse plus qu’on ne prie — mais toujours avec ferveur.
18h45 : KYLESA / Valley
18h40 : MOTIONLESS IN WHITE / Mainstage 2
Les allergiques à Motionless In White pourront au moins passer le temps en dénombrant le nombre de « fuck » balancés par Chris « Motionless » Cerulli, PDG menant une entreprise gothico-futuro-metalcore à sa gloire. Son groupe est un bulldozer mainstream qui délivre une prestation où le moindre propos ou mouvement semble exécuté dans un timing pré-écrit. Les écrans de fond de scène affichent donc majoritairement des images de Chris Motionless, frontman qui aligne sans jamais hésiter les traditionnelles tirades à base de superlatifs « bigger than life » et reste en sweat – probablement parce que c’est plus stylé – alors qu’il fait encore plus de 30°. Et pourtant, difficile de bouder son plaisir face à ce blockbuster mastodonte aux refrains fédérateurs. On sait dès le départ ce que l’on va voir : des constructions simples à base de riffs un peu neuneu, des effets dans tous les sens et une surabondance de « blegh ! » bien dégoulinants.
Motionless In White, c’est le spectacle de metal à l’américaine dans toute sa dimension outrancière, quitte à tricher avec le naturel pour doper la dynamique. Les lignes vocales sont trop propres pour être totalement sincères, le chant clair ne dérapant à aucun moment. À moins que Chris Motionless ne soit le metalcore-god, comme le laisse suggérer la mise en avant un brin abusive de sa personne. En neuf titres, le groupe se concentre uniquement sur ses trois derniers albums, ce qui est raccord avec le méga-show pyrotechnique proposé en cinquante minutes pile-poil. Autant dire que le budget mazout accordé à cette société de démolition auditive afin d’alimenter leur rideau de feu n’est pas vraiment éco-responsable. « Eternally Yours » propose la pluie de confettis et les paroles directement sur les écrans afin de garantir le karaoké de rigueur. Téléphoné, mais efficace.
18h00 : EAGLES OF DEATH METAL / Mainstage 1
Ils s’appellent les Eagles Of Death Metal, mais ici, point de death metal. Le groupe distille plutôt un hard rock ensoleillé, traversé de touches bluesy, avec une énergie communicative et une générosité débordante. Pour le public français, leur nom reste associé à la tragique soirée du 13 novembre 2015, un souvenir que Jesse Hughes, le chanteur, n’a pas éludé. Il a tenu à rendre hommage en déclarant que s’il y a bien une chose que la France lui a apprise en dix ans, c’est que rien ne peut tuer l’amour et le rock’n’roll. Et de l’amour, le groupe en a donné à foison. Véritable bête de scène, Jesse Hughes n’a cessé d’arpenter le proscenium pour aller au plus près du public, multipliant les « I love you » entre deux riffs, allant jusqu’à descendre dans la fosse pour serrer des mains. Ce concert s’est rapidement transformé en une célébration de la vie et de la connexion humaine. À l’américaine, sans fioritures mais avec panache, le groupe a débarqué sur scène avec un sens du spectacle assumé : Jesse Hughes, clope au bec, a fait son entrée sur fond de « We Are Family » de Sister Sledge, clin d’œil appuyé à cette relation fraternelle qu’ils entretiennent avec leur public. Un moment à la fois drôle, touchant et fédérateur. Plus tard dans le set, ils ont rendu hommage à une autre légende avec une reprise habitée de « Moonage Daydream » de David Bowie, comme pour rappeler que les racines du rock puisent aussi dans les étoiles.
17h55 : LORNA SHORE / Mainstage 2

Après une venue en 2023 sous une Altar bondée, le fer de lance du deathcore à la sauce sympho se voit propulsé en Mainstage 2 pour un set de 45 minutes. Instinctivement, on se dirait « ça va passer en après-midi, il y a moyen que ça fasse un flop », surtout face à toute la fanbase de Linkin Park qui a déjà investi les lieux… Il n’en sera rien. Encore une fois, les Ricains ont rameuté beaucoup de monde, dont probablement des curieux qui ne sont pas prêts à se manger le groupe le plus extrême du week-end à se produire sur une Mainstage. Menés par un Will Ramos tout droit sorti de la Fashion Week, le contraste avec la performance vocale est assez déroutant. Autour de lui, les musiciens sont presque totalement éclipsés par son charisme et sa sympathie bien affichée. C’est encore plus flagrant pour le guitariste Andrew O’Connor qu’on ne sent pas impliqué, malgré un niveau technique indéniable. Pas énormément de scénographie, si ce n’est quelques effets pyrotechniques, ainsi que l’utilisation de lumières stroboscopiques ingénieusement calées sur les tapis de double inhumains délivrés par Austin Archey. Depuis le concert de 2023, le nouveau single « Oblivion » a été dévoilé et se fera logiquement entendre, tout comme « Pain Remains » ou l’incontournable « To the Hellfire », qui a contribué au succès du groupe. Will Ramos n’hésitera pas à prononcer quelques phrases dans un français plus que correct, du style « je veux voir le bordel ! » en pointant du doigt la fosse. Et le bordel, il obtiendra, pendant absolument tout le concert. Circle pits, walls of death, marée de slammeurs, c’est la totale, et ce sans forcément que l’ordre soit explicitement donné. Il semblerait bien que Lorna Shore ait encore franchi un cap, mais jusqu’où iront-ils à ce rythme ? Attention, car la marge avec la lassitude du public n’est pas si grande.
17h50 : SHAÂRGOTH / Temple
Une vague noire rageuse s’agglutine contre les barrières bien avant que le concert ne commence, et on sent une tension dans l’air alors que les musiciens, déjà couverts de noir, s’occupent des derniers préparatifs. Le facétieux Scarskin déambule, adressant des mimiques farfelues au public impatient. Et puis le concert commence, et les Shadows hurlent à l’arrivée de leur maître. Les cinquante minutes qui suivent – trop peu pour vraiment rendre honneur au groupe – voient s’enchaîner slams, walls of death, circle pits et même une séance d’aérobic version indus, où le Shaârgoth fait sauter son public de droite à gauche. Bruno K’lose lance des étincelles avec sa guitare, le jeu de lights est impeccable, et les sinistres Mantis veillent sur les troupes. On attendait le retour du groupe au Hellfest après leur excellente prestation en 2019, et clairement, ils ont pris de l’ampleur. L’affluence sous la Temple et la setlist proposée ce soir n’en sont que les signes les plus évidents : les Shadows ont faim, et ils sont prêts à propulser Shaârghot parmi les futures têtes d’affiche de la scène française. Du coup, on s’est retrouvé à bout de forces quand est venue l’heure de suivre Fleshgod Apocalypse…
16h50 : MESSA / Valley
Passé par le Hellfest en groupe émergeant en 2022, Messa revient cette fois-ci en future pointure de demain. Cette même année, Messa avait sorti un album doom exceptionnel avec Close qui avait défrayé la chronique. La Valley est donc bien remplie pour accueillir de nouveau les Italiens qui viennent défendre The Spin, paru lui très récemment. La tournure plus rock est assumée sur ce disque qui a une belle part dans la setlist du jour. Le son est excellent, ce qui permettra à la charismatique chanteuse Sara d’envoûter son audience avec son chant magnifique. Bien que The Spin s’inscrive dans une autre dynamique, porté par des riffs péchus et peut-être moins évasif que son prédécesseur, ses mélodies sont incontestablement taillées pour le live. La performance du jour est une parfaite démonstration que ce style de doom est loin d’être mort ; mieux encore, il se porte à merveille. Bien que Sara paraisse bien ténébreuse sur scène, elle ne pourra s’empêcher d’afficher un large sourire quand elle remercie le public d’être venu en nombre, avant de lancer le dernier titre précédé d’un « tchine-tchine ». C’est un nouveau passage réussi pour Messa au Hellfest et nous avons hâte de les revoir à l’automne en ouverture de Paradise Lost, dans des configurations plus confidentielles.
16h30 : GUILT TRIP / Warzone
Fer de lance du renouveau de la scène venue du Royaume-Uni comme leurs compatriotes de Pest Control, Guilt Trip s’est fait les dents cette année en assurant la première partie de la tournée européenne de Architects, de quoi atteindre une certaine forme d’assurance. Pourtant, au début de son concert sur la Warzone, le groupe apparaît comme relativement statique, surtout du côté des deux guitaristes – on a le temps de remarquer que l’un d’entre eux porte le T-shirt des Français de Sorcerer, avec qui les Anglais ont publié un morceau en duo l’année dernière. C’est que les Britanniques savent qu’ils ont un atout dans leur manche, et pas des moindres : ils ont dans leur répertoire parmi les meilleures compos du plateau de la journée, dont un inédit qui aura retourné la fosse. Ainsi, avec l’ambiance et l’excitation qui montent crescendo dans le public, le groupe remue de plus en plus, en particulier le chanteur et la bassiste. Le guitariste lead en profite même pour piquer l’ego d’un pit de plus en plus agité : « This is really the Fest of Hell or what ? » Cette agitation culminera avec la reprise en version hardcore du Davidian de Machine Head, évidemment très appréciée en ces lieux. Guilt Trip peut se targuer d’avoir fait un concert solide, dans la moyenne de ce à quoi on a eu droit sur la Warzone ce week-end, et qui prouve la consistance de l’affiche du Hellfest côté hardcore et affilié.
16h20 : UNTO OTHERS / Temple
À l’automne 2024, les Américains d’Unto Others sortaient leur quatrième album, Never Neverland, poursuivant leur pérégrination sur les traces des groupes de goth rock/dark metal à la Moonspell. Leur place à la Temple est donc toute trouvée, et le public commence enfin à se rassembler plus massivement. Il est toujours frustrant de voir jouer de telles formations de jour (en dépit du bénéfice du chapiteau qui assombrit les lieux), mais Unto Others est parvenu à nous faire oublier le soleil pendant trois quarts d’heure. On en avait bien besoin.
15h55 – 🎙️ Podcast : Interview avec BLACK BILE.
15h15 : POPPY / Mainstage 2
L’avis de Mickey : « Vraiment pas grand chose à dire sur ce concert… À part peut-être J-pop + Neo Metal + Gothic lolita = Chocapic. »
15h12 : SIGNS OF THE SWARM / Altar
Ce dimanche se veut assez généreux du côté du deathcore/metalcore. Le mouvement est tellement en vogue ces dernières années qu’on pourrait en programmer sur toutes les scènes que le festival ferait quand même sold out (ou pas). On se retrouve donc face aux Américains de Signs Of The Swarm, énième formation à placer dans la colonne « nouveautés » du Hellfest. Rien de très original dans le style, aucune recherche d’un concept un peu étudié, c’est juste une débauche de brutalité et de technique sans grand intérêt mais plutôt bien taillée pour le live, avec un frontman qui joue bien son rôle de chauffeur de salle. Le groupe s’essayera à une reprise de Rob Zombie, à savoir l’ultra tube « Dragula », dans une version qu’on jugera assez moyenne. Le Hellfest se doit de faire une place au deathcore en invitant des noms assez en vue. Avec ce concert de Signs Of The Swarm, on dira qu’une case a été cochée. Next.
15h10 : PRAYERS / Valley
Ambiance cuir et gangsta à la Valley pour ce concert de cholo goth. Le cholo goth, qu’est-ce que c’est ? C’est le style assumé du duo Prayers – qui aujourd’hui se transforme en concert solo, seul Rafael Reyes étant présent –, style qui se décrit comme un mélange de darkwave des années 80, de hip-hop de la côte ouest et de différentes sonorités électroniques. Mais où est le metal là-dedans ? Pas de grosse caisse qui tambourine, pas de guitares grattées frénétiquement, juste Rafael, sa table de mixage, son modulateur de voix et des effets sonores kitsch à souhait. On se croirait transporté dans une soirée techno un peu sombre plutôt que dans un concert de metal. De note côté, ce choix de programmation nous parait grandement discutable pour cette édition 2025…
14h35 : PAIN OF TRUTH / Warzone
Alors qu’ils étaient encore hier à Paris, au cœur d’un plateau royal avec Speed, Jivebomb et Gorilla Biscuits, les Américains se retrouvent ce midi à Clisson, passant ainsi de la moiteur d’une salle comme le Glazart au gigantisme du Hellfest. Que ce soit le plan de scène mettant à l’honneur un gigantesque rottweiler gonflable ou l’entrée digne d’un match de la WWE sur fond de Simon Says de Pharoahe Monch, on sent que le concert sera stupide et bagarreur, et c’est exactement ce qu’il s’est produit. Pain of Truth fait dans le hardcore (légèrement) metalisé ; ça se traduit concrètement par des riffs cliniques, un rythme martial et un rappel constant des origines new-yorkaises du groupe. Un peu comme si Pain of Truth avait retenu ce qui est strictement essentiel dans les principes du NYHC et en avait fait son identité. Il en résulte une véritable leçon d’efficacité, que même les problèmes de son du bassiste n’ont pas su enrayer. Pour dire à quel point tout le monde était à l’aise, le chanteur s’est permis de donner un cours personnalisé de two-step à un novice dans la fosse – et ça nous a semblé bien plus utile que le « workout » montré au Metal Corner. Le public a visiblement souscrit à l’enseignement prodigué par Pain of Truth, et c’est une bonne nouvelle : cela confirme que le New York Hardcore est plus vivant que jamais.
14h35 : ALUK TODOLO / Temple
La Temple continue d’accueillir quelques petites formations expérimentales dans son antre. Voici les Français d’Aluk Todolo, qui s’exécutent pour proposer leur sauce instrumentale, aussi étrange que fascinante. C’est un exercice assez particulier pour la formation, habituée aux petites salles intimistes, dont la mise en scène repose justement sur ce cadre restreint. Sur l’immense scène du Hellfest, ils parviennent pourtant à créer leur petit cocon, toujours avec cette fameuse ampoule qui scintille au rythme de leur musique. Antoine Hadjioannou, à la batterie, semble littéralement possédé par sa propre musique, les yeux presque retournés dans les orbites. Le public est clairsemé, mais cette expérience semble convaincre les curieux venus s’aventurer. Espérons que ce coup de projecteur bienvenu incitera les spectateurs à se plonger d’abord dans Lux, leur dernier album, puis à se déplacer en salle close pour profiter pleinement du show du groupe.
14h20 : BLACKGOLD / Mainstage 1
Bienvenue au bal. Au bal ? Au bal masqué ohé ohé ! D’or et de noir de la tête aux pieds, Blackgold est venu proposer un nu metal basé sur le style des années 90, thème qui sera abordé tout au long de la journée sur les Mainstages. Le chanteur est monté sur ressort et balance un « Allez Hellfest, on n’a pas fait toute cette route pour qu’il n’y ait pas de mosh pits ! », la foule s’exécute alors aussitôt. Les riffs bodybuildés mixés aux scratchs si particuliers fonctionnent bien, accompagnés de douces basses à vous provoquer un pneumothorax. Entre deux « jump, jump, juuuuump ! », le batteur quitte son poste pour donner de la voix sur la reprise d’« I Ain’t Going Out Like That » de Cypress Hill. Les Américains auront donné un show plus que musclé, et c’est ce qu’on attendait. +1 pour la dame de la sécu qui me sort quand même : « C’est étonnant, c’est très rap mais c’est sympa finalement ! ».
13h45 : UNE MISERE / Altar
À l’image de Solitaris l’année passée, Une Misère apporte en Altar un brin de Warzone avec son hardcore teinté d’influences death metal. Originaire d’Islande, le chanteur nous lance d’entrée : « We’re not made for this heat », et forcément on compatit. Petit détail intéressant, on retrouve comme guitariste Daníel Máni Konráðsson, qui officie aussi au sein d’Aborted, et dont on connaît bien la vigueur sur scène. Pas de bassiste, on s’en tient à un quatuor complété par le second gratteux, qui assiste ponctuellement sur le chant, et un batteur décidé à marteler comme un bœuf tout en invectivant la foule avec de grands gestes. Il n’y a pas à dire, depuis que l’Altar s’autorise ce genre de petite fantaisie niveau programmation, on sent un renouveau et un regain d’intérêt pour ce chapiteau qu’on voyait être progressivement déserté. Argument de plus pour continuer sur cette optique dans les éditions à venir : ce concert de Une Misère fut sacrément ravageur, dans la fosse et sur scène. Le chanteur ira jusqu’à s’ouvrir le front en se frappant avec son micro, se rendant compte de sa connerie pendant tout le reste du set, qu’il passera à s’éponger. Non, l’Islande ne s’arrête pas aux éruptions et à sa scène black metal. En cherchant bien au milieu de toute cette roche volcanique, on peut tomber sur ce genre de pépite tout aussi bouillante.
13h40 : NOVELISTS / Mainstage 2
Novelists prend la relève d’Ashen sur la seconde Mainstage. Le public reste globalement le même, il n’y a plus qu’à faire quelques pas de côté pour une nouvelle (grosse) rasade de metalcore made in France. Aucune surprise au moment de faire les comptes : Novelists est parti à la conquête du monde. Présent sur l’intégralité de la tournée warm-up, le groupe propose grosso modo les mêmes morceaux, dans un ordre modifié. Inutile donc d’espérer profiter de titres extraits des trois premiers albums. Le Novelists 3.0 a vu son ADN réécrit suite à l’arrivée de Camille Contreras. Il est à ce titre saisissant de constater avec quelle aisance elle s’est intégrée et emparée du projet, sans expérience professionnelle préalable, lorsqu’on la voit évoluer sur la scène gigantesque du Hellfest devant une assemblée qui répond au quart de tour à la moindre de ses sollicitations. Un probable effet de sa simplicité rayonnante et de sa capacité déconcertante à conjuguer les émotions, qu’elle infuse sur des morceaux comme « Coda », « Mourning the Dawn » ou « Say My Name », sur lequel Pierre Danel semble cependant rencontrer des difficultés techniques.
Mélodique, fédérateur mais parfois complexe dans son écriture, Novelists profite de l’ampleur et de la puissance de frappe d’une façade son monumentale pour livrer un très gros spectacle, option flammes en supplément bonus. Les Français conservent trois morceaux de l’ère Déjà-Vu, album sur lequel chantait Tobias Rische, au programme : Terrorist, Heretic et Smoke Signals. Trois hits que Camille Contreras maîtrise sur le bout des doigts et qui font toujours leur effet en live. On aurait aimé que Novelists mise également pour cette date sur l’un des nouveaux titres de leur récent album Coda – au hasard, le redoutable Maldición de la Bruja – mais en l’état, le concert était déjà de qualité pur premium. Leur nouveau disque vient de sortir, mais on a déjà hâte de découvrir la suite.
13h30 : ASHEN / Mainstage 1
Ashen frappe fort. Très fort. Les Parisiens ont récemment reporté la sortie de leur premier album Chimera au mois de septembre prochain, mais ils ont bossé leur set avec un remarquable sérieux. Du rang d’espoir, le groupe passe brutalement dans la catégorie supérieure en alignant huit ogives nucléaires aux guitares bien compressées. Ashen joue en plein jour, ce qui ne les empêche pas de soigner l’aspect visuel, notamment en profitant de l’écran de fond de scène pour projeter des animations. Le groupe sait surtout déjà comment se mettre le public dans la poche. Que l’on aime ou pas le metalcore calibré et parfois bardé d’effets proposé sur la petite demi-heure qui leur est accordée, il est impossible de contester la maîtrise du groupe en matière de présence scénique.
Clément exprime son « plaisir incommensurable de jouer sur une scène légendaire », et cela se sent. Le frontman est partout : sur l’avant-scène, à gauche, à droite, plié en deux vers le public. Le groupe invite à la surprise générale Will Ramos de Lorna Shore, lunettes roses en cœur vissées sur le nez, pour une confrontation à deux chanteurs qui tabasse les esgourdes. La formation enchaîne avec une reprise électro-metalcore de « Smells Like Teen Spirit » surprenante, avant de parvenir à faire scander un « eyh » le poing levé au public bien au-delà de la régie son. Rebelote à peine quelques minutes plus tard lorsqu’il s’agira de poser le genou à terre. En trois morceaux de fin de run – dont le tout neuf Cover Me Red –, la machine de guerre s’emballe définitivement, provoquant circle pits sur walls of death. Mention spéciale au gars qui participe à l’ensemble des mouvements de foule grimé en tyrannosaure gonflable. Le futur est en marche pour Ashen.
🎙️ Podcast : Interview avec ASHEN.
13h00 : GOUGE AWAY / Warzone
Dans un plateau très axé sur le défi physique, la venue de Gouge Away fait office de proposition alternative avec son hardcore infusé de grunge. L’ambiance n’est donc pas au mosh savamment chorégraphié mais à l’énergie brute et émotionnellement évocatrice, les Américains n’hésitant pas à inclure des passages plus lancinants dans leur set. Après tout, ce groupe n’est pas nommé d’après un titre des Pixies pour rien. N’allez néanmoins pas vous imaginer que c’est une session sieste sur la Warzone ; la chanteuse n’a pas enfilé son maillot de foot et mis sa jupe-short pour rien. Gouge Away reste une formation de hardcore, sait foutre des coups de pression pour motiver un public de curieux et surtout est capable de moments destroy rappelant les heures les plus chaotiques du In Utero de Nirvana. Un show intrigant comme on pouvait s’y attendre, mais surtout une authenticité salvatrice dans un milieu sans doute parfois trop attaché à ses codes.
12h55 : THE CEMETARY GIRLZ / Temple
La Temple prend des airs de club gothique en ce dernier jour de Hellfest. Toujours prêt à mettre en avant la scène française, le festival nous a ramené un trio fort sympathique de deathrock du nom de The Cemetary Girlz. Le groupe existe pourtant depuis un moment déjà, mais ne parvient pas à rassembler beaucoup de monde malgré une ambiance rock sombre appréciable de bon matin. Mais c’est un fait : le dimanche matin, surtout après plusieurs jours de chaleur ininterrompue, les festivaliers se font timides avant l’heure du déjeuner.
12h30 – 🎙️ Podcast : Interview avec SEPTARIA.
12h20 : BLOOD COMMAND / Mainstage 2
Blood Command déboule à l’heure du repas pour imposer son « Adidas-core » frénétique sur la Mainstage 2. Initialement inscrit dans une pure mouvance punk-hardcore, le groupe – qui pourrait être endorsé par la marque à trois bandes au vu de son style vestimentaire – titille depuis l’arrivée de sa chanteuse australienne Nikki Brumen les aficionados de metalcore. Pour autant, le combo n’a rien perdu de sa folie. Porn-staches immondes, coupes mulet, chaussettes remontées jusqu’aux genoux, Blood Command avance en mode zéro complexe. Leur frontwoman plus particulièrement a vraiment un grain. Elle se roule par terre les jambes levées, raconte n’importe quoi, se crache dessus (!) et tortille du derrière non-stop. Non sans oublier de délivrer son paquet de mandales en moins de 2’30. Si l’on s’étonnera de l’absence de leur dernier single en date « All I Ever Hate About Is You », pourtant très efficace et disponible depuis deux mois, Blood Command passe en revue l’intégralité de ses sorties récentes. « Je n’ai absolument aucune idée de ce qu’il se passe là-dedans, mais j’arrive », annonce la chanteuse avant de se jeter dans le pit pour interpréter « We Could Be Heaven » portée par la foule. Elle achève ce set rafraîchissant et surtout spontané en string à paillettes. Un gros délire.
11h40 : CALCINE / Warzone
Le groupe parisien ouvre ce dimanche à la Warzone avec le même mot d’ordre que l’affiche de la veille : bagarre. Calcine connaît ses classiques, déclenche ses séances de 2-step comme personne, et affiche une diversité rare dans son hardcore — à l’image des t-shirts portés par les musiciens, de Inter Arma à Portrayal of Guilt. S’il est un peu dommage que les influences hip-hop ressortent moins en live que sur disque, on s’est tout de même jetés avec plaisir dans le premier mosh de cette dernière journée.
11h00 : Si vous cherchez les membres de Radio Metal sur le site, ce sont ceux qui ressemblent à des zombies. « Vous êtes fatiguééés !! — Non, on n’est pas fatiguéééés !!! »
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Rédacteur en chef : Jean-Florian Garel
Rédaction : Mathilde Beylacq, Aurélie Cordonnier, Benoît Disdier, Mickey Guevara, Arnaud Phay & Wolflord
Photographes : Nicolas Gricourt & Sylvain Leobon








































