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Chronique   

Karnivool – In Verses


Inspiré depuis ses débuts par Tool, Karnivool suit une voie similaire en matière de « retour attendu après une longue absence ». Presque treize ans nous séparent d’Asymmetry ! La formation, jamais bien éloignée du cœur des amateurs, ne s’est cependant pas fait prier pour tourner. Si l’influence de Tool subsiste, notamment lorsque la basse affleure, Karnivool ne retient pas ses coups lorsqu’il s’agit de partir en d’autres directions. On pensera parfois à Soen, ou encore – via ce chant assez perché – à Haken. Tantôt charmeur, tantôt rebelle ou appelant à l’aide, le vocaliste serpente sur une large palette d’émotions, digne d’interprètes multiples. « Conversations » doit également une partie de sa profondeur à un flux verbal savamment maîtrisé.

Des mélodies accrocheuses sortent de nulle part et repartent tout aussi rapidement, autorisant le groupe à explorer diverses contrées et à étonner. « Aozora », bombe d’énergie et d’entrain, dispose de plusieurs niveaux de lecture. Les signatures rythmiques insolites sont difficilement dissociables de Karnivool ; en témoigne l’entame d’album feutrée mais pêchue. On en vient à se demander : « Est-ce super accessible ou super tordu ? » Il y a assurément plusieurs écoles dans le prog ; il ne faut pas s’attendre à trouver ici la pompe d’un Dream Theater : ce n’est tout simplement pas le créneau de Karnivool. « Reanimation » ou « Opal » s’apparentent en premier lieu à des ballades, mais font monter la tension comme le négocierait Leprous. « Salva » n’est pas la moindre des surprises, développant davantage le caractère du morceau introductif, avec pour apothéose un refrain procurant une profonde sensation d’apaisement. On y déniche en bonus un petit côté Pain Of Salvation, sans oublier la singulière sortie d’album aux allures de cornemuse. In Verses est une galette de jouvence, loin d’un radotage de vieux briscards. Il procure le plaisir des mélodies sans la culpabilité de se délecter de quelque chose de sommaire. Une fois n’est pas coutume, on a vaincu sans péril et pourtant triomphé avec gloire.

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Interview    Radio Metal   

Archvile King : récit d’une bataille désespérée


archvile king aux heures desesperees repas de corbeaux radio metalÀ travers un conte musical intense, Archvile King dresse un tableau acerbe du conflit et des batailles vaines. Le projet solo de Baurus dévoile en ce début d’année un nouveau récit sombre, porté par un black metal mélodique marqué par la maturité du temps. Formé en 2019, Aux Heures Désespérées, deuxième album du projet, s’impose comme une œuvre plus accrocheuse et plus lisible que son prédécesseur. Baurus y poursuit un concept qui dépasse largement le cadre musical. Archvile King s’inscrit dans un univers fictif cohérent, peuplé de personnages d’un autre âge qui, inévitablement, parlent de nous. Ce nouvel épisode narre l’ultime bataille des hommes face à l’abject Roi des Vers, figure centrale présente depuis les débuts du projet. À travers des textes écrits en français, Archvile King explore la futilité de la guerre, les doutes, les péchés et les illusions du soldat placé au cœur de ce deuxième disque, tout en mettant en lumière les fausses convictions qui nourrissent sa chute.

Pour développer avec nous ces récits et les inspirations diverses qui en sont à l’origine, le compositeur d’Archvile King répondra à nos questions en direct dans l’émission Repas de Corbeaux sur Radio Metal. Nous reviendrons sur les premières années du projet et sur la manière dont Baurus perçoit aujourd’hui ses propres personnages. Sans pour autant gâcher le plaisir de nos interprétations personnelles du récit, il livrera quelques clés sur ce qui l’a amené, en tant qu’artiste, à développer cette histoire aux allures de conte médiéval. Nous aborderons enfin — et surtout — les contours musicaux de ce nouveau disque, dont l’expérience se destine pour l’heure exclusivement à une découverte en studio.

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Live Report   

Motocultor Across Europe Tour 2026 : de la mongolie jusqu’en absurdie


« De toute façon, la page du fest n’en parle pas, la page de la salle non plus… faut pas s’étonner s’il n’y a personne un dimanche soir. » Voilà comment la soirée a commencé. Pourtant, malgré une communication discrète et un froid humide typiquement hivernal, la date de la tournée Motocultor Across Europe 2026 avait tout d’un rendez-vous à part. Ce soir, deux stands de merch jouent des coudes : celui du merchandising artistes, bien achalandé, et celui du Motocultor, qui passe un peu plus inaperçu malgré un staff de haut vol pour accueillir les plus curieux. Pas de Rocher 1200 cette fois-ci, mais une plus petite salle intimiste mais curieuse, ce qui rend l’ambiance bien singulière pour commencer l’année au doux son de notre style de musique préféré.

Sur l’affiche, l’éclectisme promis par la tournée prend tout son sens. Amateurs de découvertes, il y en a pour tous les goûts. Power, pagan, core et prog sont à l’affiche, de la voix claire et du chant saturé, des groupes que nul n’aurait regroupés qui s’arrêtent en terres bordelaises avant de repartir, quelques jours plus tard, chercher le soleil après un combat face à la rudesse de l’hiver européen. Nanowar Of Steel s’impose ce soir comme tête d’affiche, et il est certain que, plus que les corps meurtris, les Italiens sauront réchauffer les cœurs et les esprits. Alors sans plus attendre, allons de découverte en découverte pour une soirée improbable, disparate, mais résolument fidèle à l’esprit Motocultor.

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Chronique   

Ant Nebulä – Stars Aligned Machine


Sleeppers s’est éteint discrètement. Cet acteur majeur de la scène rock française tanguait dangereusement, mais portait la promesse d’un septième disque qui ne restera qu’un projet chimérique. Du moins sous l’étiquette Sleeppers, puisque le guitariste-chanteur Emmanuel Bonnaud s’offre avec Ant Nebulä une forme de renaissance dans la continuité. Le musicien poursuit son aventure en affichant une approche de l’écriture qui ne trompe pas. Le premier album de son nouveau projet, Stars Aligned Machine, synthétise en onze morceaux tout un pan du patrimoine indé / noise hexagonal.

Stars Aligned Machine exhale un parfum rugueux, authentique, purement 90’s. Il transporte entre les murs suintants d’un bar rock mal éclairé, le temps d’un voyage puissamment hypnotique. A l’instar des Burning Heads, le frontman Mammouth – et par extension son groupe – affiche une philosophie d’ouverture. Qu’importe l’étiquette, tant que l’ensemble transpire, racle et percute. Ant Nebulä rappelle inévitablement le côté nerveux d’un Helmet, s’aventure occasionnellement vers les terrains stridents d’un Sonic Youth, peut s’épancher dans l’aridité des sonorités propres à Queens Of The Stone Age. Des velléités rock qui s’expriment à travers une première moitié d’album construite autour de morceaux directs et efficaces (« White Noise », le mélancolique « Ghostlike »). Mais Ant Nebulä voit plus loin. Il est la résultante de plusieurs décennies de culture alternative au sens large, et mue sans jamais trembler ni hésiter vers les horizons les plus aventureux. Le groupe fait preuve d’audace et d’inventivité, bidouille, expérimente. Les sonorités dub, steppas et électroniques s’invitent ci et là, sans jamais prendre le dessus. « Ninth Life », superbe étendue planante qui évoque inévitablement Tool, ose laisser un champ libre total aux lignes vocales éthérées de Deborah du groupe Herein. L’album est autant riche de mélodies soignées que d’aspérités. Il est le manifeste d’un musicien dont la créativité ne semble jamais se tarir.

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Interview   

Soen compte sur sa sincérité


La force n’est pas toujours là où on croit. Pour Soen, elle est dans la vulnérabilité, dans la capacité à se reposer sur les gens, à dépendre d’eux, à compter sur eux, et donc à assumer ses faiblesses. C’est là le message de Reliance. Un nouvel album aux contrastes accentués où l’on retrouve un groupe toujours aussi attaché à l’humain, à l’organique et à la sincérité qu’ils promeuvent comme valeur, jusque dans leur manière de se présenter sur scène et en photos.

Nous en discutons de long en large avec le chanteur Joel Ekelöf – d’humeur légèrement caustique ce jour-là, il nous avait prévenus – et le batteur Martín López, duo de têtes pensantes de la formation suédoise. Un entretien plein de sincérité, justement, où les deux musiciens se dévoilent un peu plus, avouant avoir du mal à trouver leur place dans un monde polarisé, où le raisonnable et la nuance tendent à disparaître, ou évoquant l’impact sur leur personnalité de leur éducation catholique.

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Chronique   

Puscifer – Normal Isn’t


Puscifer est en constante réinvention. Né de l’imaginaire délirant de Maynard James Keenan, le projet s’est structuré autour de Mat Mitchell et Carina Round. Le trio expérimente et redéfinit à chaque album les contours de sa propre musique, désireux d’amener une expérience transcendante. Normal Isn’t est une œuvre d’art précieuse, dont l’univers devrait progressivement se dévoiler au fil des écoutes ainsi que des compléments visuels – dont un roman graphique – envisagés dans le cadre de cette nouvelle ère.

Le Puscifer d’Existential Reckoning s’est partiellement éteint, pour renaître de ses cendres sous une forme nouvelle. Une mue habituelle et nécessaire, qui s’articule autour d’alter ego inédits et d’une orientation musicale voulue en miroir aux troubles, incertitudes et violences de la société actuelle. Puscifer matérialise, avec cette petite poignée de nouveaux morceaux, un espace alternatif hors du temps, une bulle d’évasion aussi sombre qu’enivrante. L’approche musicale s’y veut teintée de post-punk et d’enluminures gothiques 80’s, références qui invitent à une transe hypnotique guidée par les lignes de guitare de Mitchell. Si l’album reste le fruit d’expérimentations multiples et audacieuses, il installe des structures rock plus concrètes que son prédécesseur. Mitchell pose souvent les guitares en fondations solides (« Public Stoning » , « Normal Isn’t ») avant de s’amuser malicieusement avec l’électronique autour. La règle n’est pas pour autant immuable. Rien n’est jamais clair ni défini chez Puscifer, qui s’autorise à multiplier les couches de lecture voire à effacer les repères au profit de machines vrombissantes ou d’étendues suspendues (le fabuleux « Pendulum »). La musique de Puscifer se ressent plus qu’elle ne s’analyse. Le travail vocal de Keenan et Round relève, à ce titre, davantage d’une symbiose que de calculs. Les deux artistes se complètent pleinement, virevoltent, se superposent harmonieusement. Normal Isn’t est un disque touché par la grâce, un diamant étincelant d’une créativité décomplexée et résolument maîtrisée.

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Interview   

Witch Fever face à ses zones grises


Avec Fevereaten, Witch Fever signe un disque qui ne cherche ni à rassurer ni à se laisser enfermer. Souvent résumé un peu vite sous l’étiquette « doom punk », le quatuor britannique poursuit en réalité une trajectoire bien plus personnelle. La lourdeur est au service de l’intention, la colère n’est plus une explosion immédiate mais une matière travaillée, persistante, presque structurelle. Plus aéré, parfois plus lent que Congregation, ce nouvel album n’en est pas moins écrasant.

Witch Fever explore des thèmes profondément intimes — traumatisme, religion, contrôle, refus du pardon — sans jamais chercher la catharsis facile. Dans un contexte culturel obsédé par la guérison et la clôture, le groupe revendique le droit de ne pas pardonner, de rester en alerte, et de transformer cette rage en force durable. Rencontre avec un groupe qui assume l’inconfort, revendique ses contradictions et refuse de lisser son propos.

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Chronique   

Elwood Stray – Descending


Elwood Stray s’est fait son trou avec son premier album Gone With The Flow. Un titre évocateur, le combo ayant profité de l’essor massif du metalcore et de la vigueur de la scène allemande pour se plonger dans le courant. Reste à rejoindre la flotte de tête afin d’intégrer les quelques formations qui parviennent à imposer la cadence. Descending, son deuxième album, devrait consolider sans difficulté la position du groupe. Il lui manque cependant encore la petite étincelle qui pourrait faire la différence.

Il est parfois préférable de connaître une évolution constante qu’un démarrage en trombe. Les Allemands sont en phase ascensionnelle, et couchent sur bandes une série de morceaux aux contrastes soignés. Porté par l’alternance des registres clair / screamé des chants de Fabian Petz – également guitariste – et Maik Nerkorn, Elwood Stray joue la carte d’un metalcore assez traditionnel, académique dans son approche mais non dénué d’assurance. Il matérialise surtout à travers sa musique une catharsis sincère. Un point certes commun voire indispensable à bon nombre de formations étiquetées « metal moderne », mais qui permet aux morceaux de Descending de toucher, à défaut de véritablement chambouler. Elwood Stray a peut-être perdu avec ce second disque un soupçon de fougue hardcore, de juvénilité explosive. Il contrebalance avec un équilibrage particulièrement juste entre mélodies accrocheuses et furie explosive. Dans la droite lignée des cadors du genre, il déroule un enchaînement de refrains qui virevoltent et marquent à plusieurs reprises (le bondissant « Shattered », « Genesis », hit évident qui aurait gagné à être positionné plus tôt dans le tracklisting). Elwood Stray a toutes les cartes en main. Dans l’état actuel des choses, il associe harmonieusement ses envies et influences pour s’offrir un album solide, quelque part entre post-hardcore, metalcore et metal alternatif. La puissance et le cœur y sont assurément, et Elwood Stray prouve avec Descending qu’il dispose du potentiel pour taper plus haut.

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Interview    Radio Metal   

Nornes : lamentations doom venues du Nord


nornes interview radio metal podcastFondé dans le Nord de la France en 2017, le groupe de doom metal Nornes a dévoilé fin 2025 son premier album, après deux EP remarqués sur la scène spécialisée. Thou Hast Done Nothing confirme que la formation mérite toute l’attention des amateurs de metal mélancolique. Puisant aussi bien dans le doom traditionnel que dans les riffs tranchants du death doom, les Valenciennois revendiquent l’héritage de My Dying Bride et de Bell Witch. Pour autant, le groupe ne s’enferme pas dans un hommage aux mélodies trop appuyées, comme on pourrait le redouter. Au contraire, les compositions de Nornes nous entraînent dans une sorte de cathédrale abandonnée, où l’esprit se complaît à s’abandonner pleinement.

Aujourd’hui, Nornes a trouvé sa propre bâtisse au sein du label Sleeping Church Records, qui abrite plusieurs cadors de la scène hexagonale, dont Barabbas. Si les messes lugubres du groupe se sont jusqu’ici tenues principalement dans les Hauts-de-France, cette formation doom death possède de sérieux atouts pour se faire entendre sur le reste du territoire et au-delà de nos frontières. Nous ferons connaissance en direct avec les chanteurs et guitaristes Adrien et Rom dans notre émission Repas de Corbeaux lundi soir. Les musiciens de Nornes y présenteront l’esthétique singulière du projet et partageront avec nous leur goût prononcé pour les lamentations du doom.

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Interview   

Bent Sea : pour l’amour du grind


Passé de Scarve à Soilwork, puis à Megadeth, sans même parler de sa multitude de projets et travaux de session, Dirk Verbeuren a eu une carrière remarquablement ascensionnelle. Il le doit avant tout à sa discipline, à sa persévérance, bien sûr à son talent, et peut-être à une toute petite pincée de chance, comme il le reconnaît lui-même. Mais ce qui caractérise le batteur belge, c’est aussi son humilité, intacte après toutes ces années. Il a beau avoir touché au firmament du metal, il n’a jamais quitté la base, l’underground. La preuve avec le trio grind Bent Sea, dans lequel il joue la guitare en plus de la batterie. Un projet très personnel qu’il a fondé pour tester sa propre créativité, crier son amour pour le grindcore et, accessoirement, évacuer ses frustrations envers « l’humanité qui fait connerie après connerie », sorte de complément de son autre exutoire Savage Lands davantage centré sur l’action positive.

Après la série des Instagrind qui l’a vu collaborer avec pléthore d’artistes de renom, Bent Sea a publié en fin d’année dernière son nouveau méfait : The Dormant Ruin. C’est donc à cette occasion que nous nous sommes entretenus avec le musicien à l’enthousiasme communicatif. Il évoque avec nous l’origine du projet et sa passion pour une musique plus riche et créative que certains veulent le croire. Généreux en anecdotes, il rentre dans des sujets qui lui tiennent à cœur, comme l’écologie, et d’autres plus intimes. Bienvenue dans le monde de Verbeuren.

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  • A Perfect Circle @ Zénith Paris
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