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Live Report   

Refused : la mort n’a jamais été aussi vivante


Il y a des fins qui résonnent comme des débuts. Pour Refused, c’est presque une tragédie. Celle d’un groupe condamné à être en avance sur son temps. En 1998, à la fin d’une tournée éreintante, les Suédois jetaient l’éponge en prononçant la phrase devenue culte : « Refused are fucking dead. » À l’époque, The Shape Of Punk to Come, disque visionnaire et déroutant, avait été un échec commercial. Personne n’avait compris qu’ils venaient d’inventer la grammaire du punk moderne.

Quelques années plus tard, l’album devient culte, cité comme influence par des générations entières. Le groupe se reforme, repart en tournée, publie de nouveaux disques. Toujours en décalage, toujours trop radicaux pour leur époque. Cette fois, c’est bien la fin. Refused tire sa révérence avec une ultime tournée européenne. Et à l’Élysée Montmartre, tout sonne comme un adieu plein de panache.

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Chronique   

Evoken – Mendacium


Depuis une trentaine d’années déjà, les Américains d’Evoken distillent un doom sombre, lent, et teinté de death, bref – funèbre. Mais toute monumentale qu’elle soit, leur musique n’est pas monolithique pour autant : Evoken utilise tous les moyens à sa disposition pour créer une atmosphère à la fois spacieuse et étouffante. De quoi en faire l’une des valeurs sûres du style, chacun de ses albums revisitant ses fondations et en explorant une nouvelle nuance. Sur le rêveur Hypnagogia, sorti en 2018, Evoken était à son plus mélodique, ne délaissant pas les percées de lumière. Sur son successeur qui se sera fait un peu attendre, Mendacium, le groupe se montre au contraire fidèle à ses racines, majestueux, classique à sa façon, et résolument ténébreux.

Car si à sa façon, Mendacium est lui aussi du côté de l’entre-deux et de l’illusion – « mendacium » signifie mensonge –, cette fois-ci, le groupe lorgne plus franchement du côté du cauchemar, qu’il prenne la forme de riffing dense et écrasant (« Lauds ») et de growl menaçant, ou d’intermèdes d’arpèges vaporeux (« Prime ») et de clavier inquiétant (« Vesper »). Il y a quelque chose des premières sorties du groupe, mais aussi de My Dying Bride ou Type O Negative, bref, des années 1990 dans ces longues chansons où la clarté de la production crée des espaces aux dimensions démesurées – difficile de ne pas recourir à la métaphore des cathédrales gothiques –, pleins d’échos qui désorientent, pleins de vide aussi. De quoi se plonger dans les pensées peuplées de démons, voire de l’absence de Dieu, du moine tourmenté dont le disque raconte les atermoiements au fil des prières qui rythment la journée et qui donnent aux morceaux leur titre. C’est peut-être ce thème qui, en plus du son death/doom, rappelle Blood Vaults de The Ruins Of Beverast, dont ce Mendacium semble être un cousin éloigné. Riche, traditionnel dans le bon sens du terme et maîtrisé, très atmosphérique, Mendacium a de quoi faire les délices non seulement des fans du genre, mais aussi de tous les auditeurs à la recherche d’un caveau sombre et gothique où passer l’hiver…

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Live Report   

Killswitch Engage : un marathon incandescent


Quatre groupes dans la même soirée. Autant dire que le Bataclan avait des allures de petit festival. Employed To Serve, Decapitated, Fit For An Autopsy et, pour finir, Killswitch Engage. Un enchaînement qui laisse peu de place au repos et promet une montée en puissance jusqu’au set final.

La présence de Killswitch Engage avait une saveur toute particulière. Le groupe américain tourne pour défendre son nouvel album This Consequence, sorti en début d’année. Un disque qui assume une facette plus accessible, parfois plus mélodique, mais qui garde les bases solides du metalcore. C’est ce mélange – riffs lourds et refrains accrocheurs – qui a fait du groupe l’un des pionniers du genre au début des années 2000. Des albums comme Alive Or Just Breathing ou The End Of Heartache ont ouvert la voie à toute une scène. Depuis, Killswitch Engage a alterné changements de chanteurs, tournées mondiales et disques devenus incontournables. Aujourd’hui, Jesse Leach est de retour au micro et porte cette nouvelle ère avec conviction.

Le Bataclan n’affichait pas complet, mais l’ambiance n’en a pas souffert. La salle, moins compacte qu’à l’accoutumée, offrait même un confort appréciable. Et dès les premiers instants, le public a montré qu’il était prêt à chanter, pogoter et répondre présent jusqu’au bout.

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Chronique   

Wings Of Steel – Winds Of Time


Dans un monde saturé de productions estampillées « -core », certains irréductibles s’attachent encore à raviver la flamme du heavy metal originel. C’est précisément ce que propose Wings Of Steel, groupe formé en 2019 par le chanteur suédois Leo Unnermark et le guitariste Parker Halub. Remarqués avec leur EP éponyme puis Gates Of Twilight en 2023, ils reviennent déjà avec Winds Of Time, un disque autoproduit. Pas de compromis : deux amis rencontrés à l’école de musique vivant ici leur rêve d’enfant, avec un heavy racé, puissant, qui conjugue tradition (beaucoup) et modernité (un peu).

Dès le morceau-titre, le ton est donné : plus de dix minutes progressives à la Queensrÿche des toutes premières années, entre agressivité et mélodie, portées par un solo vibrant de Parker et par la voix haut perchée de Leo (qui rappelle celle de Vagelis Maranis de Sanvoisen, pour ceux qui se souviennent). Un choix risqué, à contre-courant des formats actuels, mais assumé et réussi. La suite prend le contrepied avec « Saints And Sinners », brûlot de moins de trois minutes à la manière d’un Judas Priest survitaminé, où chant aigu et refrain hymnique s’allient parfaitement. « Crying » et « Lights Go Out » ralentissent le tempo et révèlent une facette plus sensible, rappelant les power ballads au parfum MTV des grandes heures. Bien que Leo démontre des capacités indéniables, son chant manque parfois de variations, atténuant légèrement l’effet recherché, même si l’instrumentation le met constamment en valeur. « We Rise » ramène une dimension arena rock. Taillé pour être scandé poing levé, il ne laisse pas le temps d’acclimatation à la conclusion « Flight Of The Eagle » : cette pièce aux guitares plaintives et au chant chargé d’émotion termine l’album sur une note mélancolique et grandiose, comme une ouverture vers l’avenir après cette dissertation en huit parties. Avec Winds Of Time, Wings Of Steel livre une œuvre ambitieuse et sincère. Aux antipodes des tendances, le trio choisit l’indépendance et l’allégeance aux canons du passé, avec une certaine exigence. Le résultat n’est pas, pour autant, un simple exercice nostalgique : c’est une véritable déclaration d’intention. Le heavy metal a encore de beaux jours devant lui.

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Live Report   

Les Foudres du Metal 2025 : une soirée du tonnerre


Organiser une première, c’est toujours un exercice d’équilibriste. Il faut poser des bases, définir des règles, inventer une identité et espérer que le public suive. Pour cette première édition des Foudres du Metal, entièrement consacrée à la scène française, le pari était immense. Comment célébrer tout ce qui fait la richesse du metal hexagonal, de ses musiciens à ses artisans de l’ombre ? Et malgré quelques accrocs, le résultat est là : une soirée à la fois drôle, fédératrice et symbolique.

Sur scène, un duo d’humoristes bien trouvé, Dedo et Harold Barbé, introduit la soirée. Les deux comiques les plus connus du metal pour faire patienter avant l’entrée en scène de Thomas VDB et son style inimitable qu’il va entretenir tout au long de la soirée. L’ancien rédacteur de Rocksound et premier président du fan club de Korn alterne vannes absurdes, clins d’œil générationnels et autodérision. Le ton est juste, c’est à la fois accessible, complice, mais respectueux.

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Interview   

Sinsaenum : dévasté mais toujours vivant


« Dévasté ». Ce mot, choisi comme titre du troisième album de Sinsaenum, résume l’état d’esprit de Frédéric Leclercq après une série de pertes personnelles : son père, Joey Jordison, leur ami Mumu… Si l’album semble empreint de deuil, il puise en réalité dans des compositions amorcées bien avant ces drames. In Devastation marque une nouvelle étape pour le groupe, avec un style affiné, des touches progressives et mélancoliques, mais toujours cette brutalité viscérale qui définit son identité.

Fred Leclercq, capitaine d’un navire peuplé de leaders, s’est autorisé une liberté totale dans la création. Sans pression, il a intégré chant clair, violoncelle et harmonies inattendues, porté par une volonté simple : se faire plaisir. Commencé en 2019, le disque a traversé les tempêtes personnelles et les aléas de l’industrie musicale. Comme nous le confie le musicien dans cet entretien, In Devastation est une devenu une sorte d’introspection. Il nous livre les contours de ce qu’il nomme comme une « deuxième naissance ».

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Live Report   

Warm-up Roazhon Rage : marathon de bruit et de fureur


Enragés Production / Rage Tour souffle sa trentième bougie. Initialement née sous la forme d’un label à l’activité du groupe de punk hardcore Tagada Jones, la structure aura rapidement diversifié ses activités et se profile aujourd’hui comme l’une des agences majeures de booking en matière de metal et de punk. Une grande partie des groupes qui ont marqué la scène française ces dernières années ont à un moment intégré leur roaster, qui regorge de références underground comme plus reconnues. Afin de marquer ce jalon important, Rage s’est donc approprié le complexe constitué du Liberté et de l’Etage, en plein cœur de Rennes. Pour cette soirée d’ouverture, le rez-de-chaussée est intégralement dédié aux stands de merchandising, aux disquaires et à la restauration. Un bel espace pour déambuler entre les concerts, qui s’enchaînent dans la salle du dessus.

La grosse soirée du lendemain verra les groupes occuper les deux espaces concerts – avec notamment Ultra Vomit et Tagada Jones en haut de l’affiche. Ce premier soir propose pour sa part un florilège de formations ancrées de longue date dans le milieu alternatif. L’ensemble des formations sont placées sur un pied d’égalité, avec un temps de jeu de quarante minutes. Rendez-vous était pris à 19 heures pétantes pour une date à guichets fermés.

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Chronique   

Sabaton – Legends


Legends. Un titre prometteur, presque programmatique pour Sabaton. De retour avec Thobbe Englund à la guitare, les Suédois élargissent cette fois leur champ de bataille aux personnages du passé devenus légendes – des templiers à Gengis Khan, en passant par Napoléon. Particularité de ce neuvième album, tous les membres ont pris part à l’écriture, même si Pär Sundström et Joakim Brodén en demeurent les maîtres d’œuvre.

Dès « Templars », on est en terrain conquis : un « hit » au rythme appuyé, calibré pour le live. Percutant mais attendu : l’empreinte Sabaton est tellement marquée qu’il est doublement difficile de se renouveler. « Hordes Of Khan » relève la cadence et permet à Brodén de jouer davantage avec sa voix, soutenu par des chœurs virils, des guitares épiques ainsi qu’un Hannes Van Dahl imposant derrière sa batterie. Plus loin, « Crossing The Rubicon », « Lighting At The Gates » et « I, Emperor » soulignent la grandiloquence des récits contés, les fameux « R » roulés du chanteur renforçant le trait. Le groupe continue de conter l’Histoire en musique façon blockbuster : spectaculaire, pédagogique, parfois un brin naïf. « Maid Of Steel » flirte avec le power-speed metal tandis que « Impaler », plus sombre, introduit une atmosphère menaçante : un contraste bienvenu dans un ensemble (trop ?) uniforme. « Apprenez l’Histoire en vous amusant » semble toujours être la devise, au risque de lasser ceux qui espéraient poursuivre l’évolution après le duo discographique sur la première guerre mondiale. La formule a beau fonctionner, l’épopée tend à tourner en rond. « Till Seger », entièrement chantée en suédois, conclut le disque avec une atmosphère celtique légère et joviale, pour – enfin – un peu de fraîcheur. Avec une thématique aussi vaste, autant historiquement que géographiquement, Legends avait toutes les cartes en main pour faire voyager, en Egypte, à Rome, au Japon, etc. Au lieu de cela, Sabaton se contente de faire du surplace. Dommage. Reste qu’il séduira les fidèles, amateurs d’hymnes et de chœurs aussi héroïques que pompeux. Un chapitre efficace, mais pas vraiment légendaire, inscrit dans une longue saga.

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Live Report   

Igorrr : chaos baroque à Bordeaux


Nous voici, en ce premier jour d’octobre, maintenant bien ancrés dans l’automne. Cette saison, si beaucoup l’apprécient – à juste titre – pour son atmosphère globale réconfortante et ses couleurs chatoyantes, les metalleux à qui les festivals paraissent déjà loin l’aiment quant à eux pour le lancement des tournées de leurs groupes favoris.

Et ce soir, Bordeaux ne fait pas exception. Pour faire office de démarrage, le Rocher de Palmer accueille ni plus ni moins que la première date de la tournée européenne et britannique d’Igorrr, fierté française, en compagnie des very special guests que sont Master Boot Record et Imperial Triumphant. Dès l’entrée au sein du Rocher, outre les complications logistiques du matériel informatique de la salle, le running order est quasi sur toutes les lèvres, puisque le public dispose d’une demi-heure seulement pour prendre possession des lieux avant de devoir se positionner pour Imperial Triumphant, étonnamment placé en première première partie d’une soirée promettant de nombreux rebondissements.

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Chronique   

Battle Beast – Steelbound


Trois ans, ce n’est pas énorme selon les standards actuels pour délivrer un nouveau disque. Sauf pour les fans de Battle Beast qui ont été séduits par un Circus Of Doom que certains considéreront comme un sans-faute dans son genre. L’attente était donc teintée d’exigence. Avec Steelbound, l’auditeur embarque pour un voyage entre riffs traditionnels (« The Burning Within ») et un power metal survitaminé, presque agressif (« Last Goodbye »), dans la lignée de ce que les Finnois ont l’habitude d’offrir. De ce point de vue-là, pas de surprise. Pas plus que les teintes ancrées dans l’univers théâtral du groupe, parsemées tout au long du disque. Les solos de guitare sont tranchants, toujours au service de l’efficacité, tandis que la voix de Noora Louhimo reste une arme redoutable pour percer l’esprit et s’y installer. Entre rugissements guerriers et envolées lyriques, elle incarne plus que jamais la force fédératrice du sextuor.

A mi-parcours, l’interlude « The Long Road » fait monter la tension pour propulser « Blood Of Heroes ». Un titre épique et héroïque qui rappellera à quel point le groupe porte bien son patronyme : une véritable bête de guerre. Une bête qui n’a pas froid aux yeux, comme le démontre un « Twilight Cabaret » qui donne dans la flamboyance d’une salsa metal endiablée – timbales à l’appui ! « Angel Of Midnight », pour sa part, flirte avec les accents pop que l’album de 2022 avait déjà su appuyer, tout comme « Speedbound » et sa rythmique martelée, comme si Sabaton s’était pris de passion pour les dancefloors disco. Quant à « Riders Of The Storm », qui mêle fond électro et chant de taverne, elle a tout pour devenir un hymne taillé sur mesure pour être repris en chœur lors des concerts. Oui, Battle Beast ose les gros sabots et est sans vergogne. « Subtilité » ne fait pas partie de son lexique. « Kitsch », Steelbound l’est certainement, mais aussi sacrément énergique et accrocheur. N’est-ce pas là l’essentiel ?

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  • A Perfect Circle @ Zénith Paris
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