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Interview   

Igorrr : l’âme et la machine


Quand il s’agit de parler d’Igorrr, c’est presque toujours Gautier Serre qui s’exprime. Mais cette fois, changement de perspective : Marthe et JB prennent la parole. C’est la première année qu’ils se prêtent à l’exercice de la promo, et cela donne un éclairage différent sur une machine artistique déjà bien installée. Ils restent les « petits nouveaux », mais leur regard apporte une fraîcheur et une sincérité rares.

Leur parcours explique en partie cette complémentarité. Marthe vient du chant lyrique, qu’elle cherche à sortir de son cadre traditionnel. JB arrive du metal extrême, dont il maîtrise les codes et l’intensité. Deux mondes très éloignés, mais qui trouvent dans Igorrr un terrain commun. L’un apporte une noirceur abrasive, l’autre une lumière singulière. Ensemble, ils incarnent cette tension permanente entre brutalité et raffinement, chaos et beauté.

À travers eux, Amen prend une autre dimension. L’album n’apparaît plus seulement comme la vision démesurée de Gautier, mais comme le fruit d’une aventure collective. Marthe et JB racontent l’apprentissage, les doutes, les ajustements, mais aussi la liberté et l’excitation de faire partie d’un projet unique. Leur parole met en avant ce qui fait la force d’Igorrr aujourd’hui : une identité en mouvement, nourrie par des sensibilités différentes, et toujours prête à repousser les limites.

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Live Report   

Lacuna Coil : retrouvailles parisiennes


Les Italiens reviennent sur le devant de la scène avec un empire sans sommeil qui leur permet une halte en terres parisiennes, terres qu’ils n’avaient pas foulées depuis un sacré moment. Des nouveaux morceaux, donc, à défendre en concert pour le plus grand plaisir de tous, surtout que depuis 2019 et Black Anima, le groupe n’a pas sorti de nouveaux sons (on exclut Comalies XX), conséquence claire de la pandémie coronavirus. Nouvel album, groupe peu vu ces derniers temps dans la capitale, voilà de quoi rendre cette soirée intéressante.

En première partie, les Etats-Uniens de Nonpoint. Qui ça ? Vous ne connaissez pas ? Pas de panique, entrez avec nous dans la salle du XVIIIe, on fait les présentations, on a un peu de temps avant que la fête ne commence.

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Chronique   

Soulfly – Chama


Engoncé depuis quelques années dans une surproductivité étonnante, Max Cavalera brouille à tel point les frontières entre ses projets musicaux qu’il en devient presque difficile de les différencier. Soulfly se retrouve de fait coincé entre les agendas de Cavalera (ex-Cavalera Conspiracy), Go Ahead And Die et la résurrection de Nailbomb. En résulte Chama, un recueil de dix morceaux efficaces à défaut de véritablement raviver la flamme Soulfly.

Faute de pouvoir exploiter le nom Sepultura, Igor et Max Cavalera ont dernièrement consacré leur énergie aux réenregistrements de leurs premiers faits d’armes. Une démarche relativement vaine qui semble avoir reconnecté le frontman avec le son primitif et agressif de ses débuts. Chama opère donc, en partie, un bond de quarante ans dans le temps et articule son concept autour du voyage spirituel d’un enfant issu des favelas auprès des Indiens de l’Amazonie. Si Totem avait pu profiter de l’apport du producteur Arthur Rizk pour réinjecter un peu de subtilité dans l’écriture du groupe, Chama gomme plus franchement influences world et mélodies pour exacerber la brutalité et les vociférations barbares. Cavalera semble ici désireux de retrouver encore plus pleinement l’essence death / thrash et les vibrations crasseuses de la fin de l’adolescence. Les riffs sont tranchants, tantôt effrénés, tantôt massifs, et occupent presque tout l’espace, quitte à reléguer au second plan les excellentes envolées leads de l’album précédent. Quelques réminiscences néo (« Storm The Gates », « No Pain = No Power »), des ambiances travaillées (« Indigenous Inquisition », « Soulfly XIII », « Chama ») et des flots de percussions ancestrales percent occasionnellement ce magma furieux, mais les contrastes restent moins marqués que par le passé. Le batteur Zyon Cavalera s’accorde aux envies expéditives de son père en adoptant une production étonnamment rêche. L’approche brute est appréciable, bien qu’il manque au disque une certaine forme d’insouciance. Chama n’est pas un mauvais album et se parcourt même sans difficulté, d’autant plus que le timing total est ultra-serré. La radicalité de son atmosphère, qui flirte parfois avec la noise, en emportera certains, tandis que d’autres le trouveront juste quelconque.

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Live Report   

Alcest et Bruit ≤ : l’élégance à la Française


Le public s’est visiblement déplacé de loin pour acclamer Alcest. Solidement ancré parmi les fers de lance du post-black / blackgaze européen, le groupe avance depuis ses débuts sans faux pas. Son dernier album Les Chants De l’Aurore a une nouvelle fois su enchanter et captiver un auditoire ultra-fidèle et passionné, qui répond désormais massivement présent à la moindre sollicitation du groupe. En atteste cette première date d’une tournée française conséquente, pour laquelle une interminable file d’attente se forme devant la salle bien avant l’ouverture des portes. Ce soir, l’organisateur Garmonbozia offre à Alcest le premier sold-out d’une tournée qui devrait globalement se jouer à guichets fermés. Et c’est amplement mérité.

Le public de Rennes (et d’ailleurs) profite de plus de ce fleuron de la scène française dans les meilleures conditions possible. L’Antipode est en effet la plus belle salle de la capitale bretonne. En plus d’être bien agencé, le lieu bénéficie en effet d’une acoustique exceptionnelle. Cerise sur le gâteau, ce sont les extraterrestres de Bruit ≤ qui ouvrent le bal.

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Chronique   

Monkeys On Mars – Monkeys On Mars


Le bien nommé projet Monkeys On Mars rassemble, sans omettre le moindre membre, les effectifs de Mars Red Sky et Monkey3. Ces musiciens se défendent vigoureusement d’avoir proposé un split : cet EP de salutation est une œuvre synchrone, sans bordures ou partage des pistes. Spontanément, on craint de se retrouver simplement face à un disque qui sonnerait comme si quelqu’un avait soudainement décidé de poser une voix sur du Monkey3 ; heureusement, tant s’en faut. D’ailleurs, seule « Seasonal Pyres » s’accommode du chant de Julien Pras (Mars Red Sky), peut-être plus affinée encore que d’ordinaire. Ce recul transparaît globalement dans l’EP, pas surchargé malgré le nombre de membres et la double section rythmique, et les compositions restent cadrées. On essaye certes instinctivement de trouver « quoi vient de qui », mais cette sortie gagne à être abordée avec un esprit neuf.

Le space rock demande en permanence une certaine adresse, tant ses sonorités elles-mêmes peuvent friser le poncif. L’atmosphère est ici saisissante, notamment en section centrale de « Seasonal Pyres », avant une bonne grosse finition plutôt fun et davantage « terrestre ». Le fait que les claviers – aux sonorités ponctuellement exotiques – soient parfois lointains ne signifie pas pour autant qu’ils sont incapables de participer à proprement parler, voire de mener cette danse collaborative. Avec sa façon de mettre tranquillement en place son décor de polar, « Hear The Call » attend par instants un peu trop pour entamer les scènes d’action, mais la récompense est plus qu’honorable. Il n’aurait pas été choquant d’entendre, sur ce titre instrumental, des cris post-metal. Mars Red Sky vient consolider les capacités narratives de Monkey3, permettant notamment d’entreprendre avec style un sublime dialogue en guise de conclusion. Après ces vingt-quatre minutes, on en redemande – mais surtout, on devine que tout n’a pas encore été dit entre ces lurons dont les orbites étaient prédestinées à se croiser. Gageons que ce coup d’essai ne sera que le début de cette aventure galactique.

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Interview   

Revocation dans le cauchemar technologique


Après avoir vertement critiqué la religion et la politique, David Davidson s’attique désormais à de nouveaux dieux et maîtres, technologiques ceux-là. L’IA en est forcément la tête de proue, dépeinte comme une monstruosité, presque comme l’une de ces horreurs qui jonchent les récits de Lovecraft dont le musicien est friand, sur la pochette de New Gods, New Masters, nouvel album de Revocation. On ne s’étonnera pas non plus d’y retrouver un vibrant hommage au réalisateur David Cronenberg, maître du body horror, pour pousser un peu plus l’angoisse… en s’amusant.

Musicalement, ce neuvième album ne déboussolera pas les fans et poursuit l’évolution très graduelle du groupe, à base de death metal technique infusé de jazz et d’une multitude d’influences. On pourrait passer des heures à décortiquer les subtilités musicales des morceaux de Revocation, mais laissons ça aux théoriciens pour plutôt laisser Davidson nous donner quelques clés de lecture du disque, notamment du point de vue thématique.

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Chronique Focus   

Coroner – Dissonance Theory


On commençait à ne plus y croire. Depuis sa reformation il y a quinze ans, en 2010, Coroner a pris son temps, franchissant lentement les étapes. Rappels en quelques dates. En 2011, Tommy Vetterli exprimait déjà son envie de faire un nouvel album, mais précisait qu’il allait devoir convaincre ses camarades qui, eux, n’avaient pas joué depuis plus de dix ans. En 2012, Ron Broder avouait que Marky Edelmann ne souhaitait plus enregistrer d’album et que si cela devait arriver, ils devraient prendre un autre batteur. Chose faite en 2014 avec l’arrivée de Diego Rapacchietti. En 2016, les Suisses déclarent être entrés en studio en vue d’une sortie en 2017. L’album est finalement annoncé pour 2020 et sort… en 2025. Il faut les comprendre, outre un Vetterli accaparé par ses activités de producteur, fort d’une discographie passée novatrice, modèle d’évolution constante, devenue source de vénération et d’influence – souvent post mortem –, les attentes autour d’hypothétiques nouvelles musiques atteignaient des hauteurs stratosphériques, proportionnelles aux années écoulées.

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Live Report   

Ashen : la chimère prend vie


Complet, filmé et hypnotique, le premier concert en tête d’affiche d’Ashen à La Maroquinerie avait tout d’un mini couronnement. Deux ans après y avoir joué en première partie d’une soirée dominée par Landmvrks et ten56., le groupe parisien revenait cette fois en maître des lieux, porté par la sortie de son premier album Chimera en septembre et une prestation remarquée au Hellfest.

Difficile de passer à côté d’Ashen ces derniers mois. Le groupe est devenu omniprésent, notamment sur les réseaux, où ses campagnes de publicité ciblées inondent les fils Instagram. Une stratégie assumée, parfois perçue comme racoleuse, mais qui témoigne surtout d’une ambition claire : imposer leur nom, leur son et leur esthétique dans un paysage metal français encore trop discret à l’international. Une démarche cohérente avec leur identité visuelle soignée. En effet, ils se distinguent avec des clips impeccablement produits, imagerie « chimérique » léchée. Tout cela éveille forcément la curiosité, comment traduire le concept de l’album sur scène ?

Dans une Maroquinerie déjà bouillante avant même l’arrivée des musiciens, l’atmosphère sentait la grande soirée à venir. Des allures de test grandeur nature pour une formation qu’on voit partout, et qui sera prochainement de retour en première partie de Three Days Grace.

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Interview   

Perturbator : la face cachée du Verseau


Depuis plus de dix ans, James Kent trace sa route sous le nom de Perturbator. D’abord associé à la vague synthwave, il a rapidement su dépasser l’étiquette pour développer un univers qui lui est propre. Derrière les claviers et les nappes électroniques se sont peu à peu invités le chaos, la violence et des thématiques plus sombres, transformant ses albums en miroirs d’une époque troublée. Avec The Age Of Aquarius, il signe un disque qui marque un tournant. Moins centré sur l’introspection, plus ouvert sur le monde, il y aborde frontalement la question des conflits, de la futilité de la guerre et de l’incertitude collective. Une évolution logique pour un artiste qui n’a jamais cessé de chercher à repousser ses propres limites, sur le plan tant sonore que visuel.

Celui qui préfère généralement rester dans l’ombre, capuche rabattue, s’est présenté cette fois en face à face. L’occasion de discuter de vive voix de son nouveau chapitre, de ses inspirations et de la manière dont il regarde aujourd’hui le monde qui l’entoure.

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Live Report   

Refused : la mort n’a jamais été aussi vivante


Il y a des fins qui résonnent comme des débuts. Pour Refused, c’est presque une tragédie. Celle d’un groupe condamné à être en avance sur son temps. En 1998, à la fin d’une tournée éreintante, les Suédois jetaient l’éponge en prononçant la phrase devenue culte : « Refused are fucking dead. » À l’époque, The Shape Of Punk to Come, disque visionnaire et déroutant, avait été un échec commercial. Personne n’avait compris qu’ils venaient d’inventer la grammaire du punk moderne.

Quelques années plus tard, l’album devient culte, cité comme influence par des générations entières. Le groupe se reforme, repart en tournée, publie de nouveaux disques. Toujours en décalage, toujours trop radicaux pour leur époque. Cette fois, c’est bien la fin. Refused tire sa révérence avec une ultime tournée européenne. Et à l’Élysée Montmartre, tout sonne comme un adieu plein de panache.

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  • A Perfect Circle @ Zénith Paris
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