Trente ans après ses débuts, AFI opte pour une rupture nette. Depuis ses années hardcore et punk lycéennes jusqu’aux grandes heures post-punk et alternatives des années 2000, le quatuor californien s’est construit dans l’art de l’évolution. L’ancrage dans une esthétique sombre n’est pas étranger au groupe, mais cette fois, l’écart paraît plus radical que jamais. Silver Bleeds The Black Sun… efface toute trace de l’énergie primaire qui subsistait encore sur les derniers albums pour plonger dans un bain gothique et éthéré pur. Ce basculement, amorcé depuis Bodies, trouve ici son aboutissement. Les arrangements s’avèrent précis, la production ample et immersive. Surtout, la voix de Davey Havok semble parfaitement adaptée à cet exercice. Plus posée, elle épouse sans effort les ambiances rêveuses et crépusculaires qui structurent le disque.
Adopter ce comportement caméléon traduit une prise de risque assumée. AFI refuse de s’installer dans le confort de ses acquis, quitte à désarçonner une partie de son public. Une démarche courageuse, mais qui ne convainc pas toujours. Ainsi, si cette orientation respire la passion et l’adhésion sincère à un univers cher au groupe, elle interroge. Difficile de reconnaître la patte AFI. Havok, jadis immédiatement identifiable par ses aigus nerveux et ses inflexions théâtrales, se fond dans des lignes vocales plus génériques. Le single « Behind The Clock » illustre ce paradoxe : séduisant, mais lissé. Sur « Holy Visions », le lyrisme appuyé flirte avec l’hommage, voire le pastiche, plus qu’avec l’appropriation d’un style. Et c’est là que l’album pèche. Silver Bleeds The Black Sun… affiche une unité sonore et une ambition esthétique indéniables, mais il lui manque cette tension, ce grain de déséquilibre qui portait les meilleurs moments de sa discographie. Plus citationnel que novateur, l’album s’inscrit dans un mouvement de fascination pour le goth et la new wave. Un disque passionné, mais qui laisse un goût de déjà-entendu.







































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