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Chronique   

AFI – Silver Bleeds The Black Sun…


Trente ans après ses débuts, AFI opte pour une rupture nette. Depuis ses années hardcore et punk lycéennes jusqu’aux grandes heures post-punk et alternatives des années 2000, le quatuor californien s’est construit dans l’art de l’évolution. L’ancrage dans une esthétique sombre n’est pas étranger au groupe, mais cette fois, l’écart paraît plus radical que jamais. Silver Bleeds The Black Sun… efface toute trace de l’énergie primaire qui subsistait encore sur les derniers albums pour plonger dans un bain gothique et éthéré pur. Ce basculement, amorcé depuis Bodies, trouve ici son aboutissement. Les arrangements s’avèrent précis, la production ample et immersive. Surtout, la voix de Davey Havok semble parfaitement adaptée à cet exercice. Plus posée, elle épouse sans effort les ambiances rêveuses et crépusculaires qui structurent le disque.

Adopter ce comportement caméléon traduit une prise de risque assumée. AFI refuse de s’installer dans le confort de ses acquis, quitte à désarçonner une partie de son public. Une démarche courageuse, mais qui ne convainc pas toujours. Ainsi, si cette orientation respire la passion et l’adhésion sincère à un univers cher au groupe, elle interroge. Difficile de reconnaître la patte AFI. Havok, jadis immédiatement identifiable par ses aigus nerveux et ses inflexions théâtrales, se fond dans des lignes vocales plus génériques. Le single « Behind The Clock » illustre ce paradoxe : séduisant, mais lissé. Sur « Holy Visions », le lyrisme appuyé flirte avec l’hommage, voire le pastiche, plus qu’avec l’appropriation d’un style. Et c’est là que l’album pèche. Silver Bleeds The Black Sun… affiche une unité sonore et une ambition esthétique indéniables, mais il lui manque cette tension, ce grain de déséquilibre qui portait les meilleurs moments de sa discographie. Plus citationnel que novateur, l’album s’inscrit dans un mouvement de fascination pour le goth et la new wave. Un disque passionné, mais qui laisse un goût de déjà-entendu.

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Radio Metal   

Repas de Corbeaux : la messe des récits noirs


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Depuis sa création, Radio Metal tient à donner la parole aux artistes afin qu’ils puissent développer leurs idées et réflexions derrière leurs créations. Il en résulte, depuis plus de dix-huit ans, des interviews approfondies qui font de notre site internet une véritable bibliothèque pour les amateurs du genre. C’est dans cette même logique que s’inscrit la nouvelle émission Repas de Corbeaux, qui fera sa grande première ce lundi 29 septembre 2025. Elle s’adresse aux passionnés des scènes obscures, souvent reléguées sous les tentes des grands festivals ou dans des salles plus intimistes.

Proposant des playlists musicales articulées autour d’un concept ou d’une notion, mais également des entretiens centrés sur la vision personnelle des musiciens, Repas de Corbeaux sera aussi un lieu d’échanges avec les acteurs souvent en coulisses. Ceux qui apprécient nos chroniques ou qui se plongent dans nos entretiens, à l’antenne comme sur le site, se retrouveront naturellement dans ce nouveau format. Lire le descriptif…



Interview   

Refused est mort, vive Refused


En 2025, Dennis Lyxzén se penche une nouvelle fois sur les soubresauts de son propre parcours artistique, cette fois à travers la dissolution retentissante de Refused, groupe phare du hardcore suédois. Au-delà des cris et des guitares frénétiques, la rupture de ce dernier soulève une interrogation intemporelle : à quel moment un collectif visionnaire cesse-t-il de résister aux pressions internes, externes, et aux dérives du succès ? Avec une lucidité acérée, Lyxzén revient sur les dynamiques qui ont conduit à l’arrêt brutal – le second – d’un tel projet, exposant les paradoxes et les fractures intrinsèques d’une formation qui, tout en changeant le visage d’une scène politique musicale, s’est vue rattrapée par des forces insaisissables : ambitions divergentes, épuisement et transformations sociétales.

Produit à la croisée des chemins entre lutte idéologique et introspection personnelle, le récit de Lyxzén ne se cantonne pas à la nostalgie d’une époque révolue : il décortique la nécessité de se réinventer, l’impact de la renommée sur la substance d’une œuvre, et la difficulté de conserver une identité contestataire face aux nécessaires compromis. Porté par les courants de l’histoire collective aussi bien que par les brisures individuelles, Dennis Lyxzén invite à vivre et à comprendre Refused et sa séparation au-delà des apparences : non pas comme une fin, mais comme, à la fois, une célébration et un point de départ pour repenser l’engagement et la création musicale.

A noter que la tournée d’adieu de Refused passera par l’Elysée Montmartre de Paris et l’Aéronef de Lille, respectivement, les 8 et 9 octobre prochain ! (Billetterie ici)

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Chronique Focus   

Igorrr – Amen


Avec Amen, Igorrr franchit une nouvelle étape. Cinq ans après Spirituality And Distortion, Gautier Serre pousse son projet vers une noirceur plus dense, tout en laissant davantage d’espace à ceux qui l’entourent. L’album reflète autant la vision obsessionnelle du compositeur que l’énergie de ses compagnons. Marthe Alexandre et Jean-Baptiste Le Bail y incarnent cette tension permanente entre brutalité et éclat, chaos et raffinement.

L’ouverture avec « Daemoni » installe immédiatement ce climat. Basses telluriques, chœurs menaçants, riffs massifs. La musique prend des allures de rituel, presque religieux, mais sans dogme. La spiritualité suggérée par le titre se retrouve sous une forme organique, enracinée dans la matière sonore. L’enregistrement des chœurs dans une église n’était pas qu’un effet. Il s’agissait de capturer l’écho naturel, cette réverbération qui élargit la musique pour qu’elle prenne aux tripes. Cette puissance se retrouve dans « Infestis », morceau où l’ombre domine. JB y guide la musique vers des territoires plus torturés. Sa voix extrême se mêle aux chœurs pour évoquer un monde dystopique, rongé par un esprit maléfique et rythmé par des cadences mécaniques. L’impression est implacable, presque étouffante. Mais la noirceur ne règne jamais seule. Les interventions plus aériennes de Marthe évitent la saturation et insufflent un souffle différent.

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Live Report   

The Gathering célèbre Mandylion


Dix minutes ! C’est le temps qu’il a fallu à The Gathering le 13 décembre dernier pour remplir huit mois à l’avance le Doornroosje, salle de concert de mille cent places à Nimègue aux Pays-Bas. La formation de metal-rock néerlandaise venait alors d’annoncer deux concerts exceptionnels pour célébrer le trentième anniversaire de son album culte Mandylion, avec le retour sur scène d’Anneke van Giesbergen, sa chanteuse historique, pour l’occasion.

Résultat, devant ce succès fracassant, le combo avait programmé dans la foulée deux nouvelles dates qui seront elles aussi complètes en une heure. Près de quatre mille cinq cents places auront donc été vendues en à peine une heure dix ! Avant que ne soit rajouté plus tard, dans la même journée, un cinquième et ultime concert, qui affichera lui aussi très rapidement complet pour un événement historique s’étalant donc du 27 au 31 août.

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Chronique   

Amorphis – Borderland


Conserver sa pertinence artistique après plus de trois décennies de carrière nécessite une remise en question permanente. Bon nombre de formations éludent simplement la difficulté en tournant inlassablement sur leurs anciennes productions et en ne livrant que sporadiquement de nouvelles productions. Amorphis a pour sa part toujours fait preuve d’une belle régularité, le groupe laissant évoluer au fil des années son écriture naturellement. Légèrement moins frontal que son prédécesseur (Halo, 2022), leur quinzième album Borderland se profile en nouvelle pièce d’orfèvrerie finement ciselée.

Amorphis a pris le temps d’expérimenter, de laisser sa musique respirer et s’enrichir très progressivement, au gré des albums. Les inspirations originelles purement death melo restent puissantes et présentes, mais les Finlandais ont depuis longtemps laissé infuser dans leur musique une ribambelle d’influences disparates qui leur permettent aujourd’hui d’avancer avec une identité musicale bien reconnaissable. Borderland déroule à ce titre dix étendues musicales épiques et denses, certes accrocheuses mais nécessitant plusieurs écoutes attentives pour en relever toutes les subtilités. Amorphis reste l’artisan consciencieux d’une certaine grandeur presque prog, naviguant à l’envi entre les passages heavy (le très efficace « Bones »), les rythmiques et refrains entraînants (le bien nommé « Dancing Shadow »), les envolées folkisantes et les claviers grandiloquents. Le groupe renoue ici avec une « chaleur » musicale prégnante, là où Halo pouvait faire état de plus de noirceur. La technicité reste au service de la musicalité et des émotions, le sextet enchaînant les pièces aventureuses mais pas trop, aux mélodies travaillées mais lisibles, entremêlées avec une fluidité déconcertante. Le très habile Tomi Joutsen y appose son numéro de versatilité vocale avec une totale aisance. Bien qu’intervenant plus volontiers en chant clair, ce dernier n’en oublie pas de disposer avec précision de solides interventions en growl. Amorphis est loin de se réinventer, mais livre un album extrêmement élégant. Une symphonie en dix actes pour une cavalcade à travers les terres nordiques.

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Interview   

La Dispute : réflexion dystopique


En 2021, personne n’était au volant de la Tesla maudite. En 2025, La Dispute reprend les commandes de son véhicule artistique et y injecte une problématique politico-sociétale capitale : qui pilote réellement nos systèmes modernes, un esprit éclairé ou un Big Brother omniprésent ? Composé de quatorze morceaux regroupés en cinq actes, No One Was Driving The Car dresse le portrait d’une société débridée en abordant des thématiques intrinsèquement liées au fléau sociétal que l’ère post-industrielle a entraîné. Le groupe parvient à axer sa réflexion sur un panorama de phénomènes explicitement politiques, donnant à réfléchir sur la fiabilité d’une figure compétente tenant solidement les rênes des systèmes politiques actuels. Des blessures psychiques aux évolutions technologiques, les consciences des membres de La Dispute se sont éveillées afin de diriger son cri contre la cupidité, la corruption et autres maux sans visage qui façonnent les faiblesses de ce monde.

Entièrement autoproduit à partir d’instruments analogiques au cœur des tréfonds australiens régis par une forêt nationale de la Nouvelle-Galles du Sud, La Dispute ne délaisse pas son aura conceptuelle et parvient à prouver que le terme de « limites » leur est inconnu. Les influences qui transcendent la substance du disque puisent leurs forces au sein de l’univers cinématographique de Paul Schrader, éclipsant les genres littéraires qui dessinaient autrefois l’identité de leurs albums. En vue de la multiplicité des intérêts constituant et motivant l’innovation même défendue par No One Was Driving The Car, nous avons eu l’honneur d’échanger avec l’intense et viscéral Jordan Dreyer afin de mieux saisir la portée d’un tel projet immersif. Comme personnifiée, l’œuvre de nos Michiganais ne se contente pas d’une simple écoute, mais se vit et se lit pleinement.

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Chronique   

Les Tambours du Bronx – The Wild Pack


Les Tambours du Bronx sont un collectif unique. Un groupe à géométrie variable qui a su se réinventer afin de sortir du carcan restrictif de simple « phénomène à base de percussions massives » pour explorer les tendances musicales. Teintés indus depuis le remarquable MMIX, les Tambours opèrent en formation metal sous l’étiquette W.O.M.P. – pour Weapons Of Mass Percussions. Une itération récente qui a donné naissance à deux albums, dont le récent Evilution. The Wild Pack se profile en petit « add-on », complément court mais loin d’être anecdotique.

Évoluer, ou disparaître. Le projet des Tambours aurait pu rapidement tourner en rond, le concept percus de base affichant inévitablement un côté redondant. En intégrant ces quinze dernières années des musiciens et chanteurs, le groupe s’est offert une seconde carrière. Les morceaux proposés sur ce format EP frappent fort, aussi bien en matière d’ampleur que de musicalité. Les roulements et enchaînements rythmiques sont redoutables, le métronomique Franky Costanza doublant l’armée de frappeurs de bidons de sa précision chirurgicale. La production assure une mise en valeur aux petits oignons de ces battements industriels et mécaniques, tout en installant un équilibre judicieux avec les éléments « classiques » d’une formation metal. Les chanteurs – dont le polyvalent Renato Di Falco – enregistrent des lignes vocales rugueuses à souhait, quasi punk, qui fusionnent à merveille avec les ambiances tribales et puissantes des nouvelles compos. L’apport de l’électronique est par ailleurs indéniable, les samples apportant tout leur sel aux horizons apocalyptiques de « We Need Godz » ou la version edit de « Evilution », véritable invitation à danser sur les ruines d’un monde à l’agonie. Les Tambours prouvent une nouvelle fois qu’ils sont maîtres d’une formule étonnante : faire des percus en y injectant un fond metal, et non jouer du metal avec un renfort rythmique. Si les guitares et la basse permettent aujourd’hui aux Tambours de proposer de véritables morceaux, la rythmique reste plus que jamais le cœur du projet.

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Interview   

Ashen : essai transformé


Ashen se donne les moyens. Le groupe a défini sa direction artistique, sa ligne de conduite. Avec son premier album Chimera, les Parisiens concrétisent les ambitions affichées depuis leurs débuts. Le disque est puissant et massif, mais également très personnel et hanté par les démons de son frontman Clément Richard. Le groupe adopte par ailleurs une vision artistique à trois cent soixante degrés, alliant son et visuel afin de donner corps au concept de transformation d’une créature hybride qui sert de fil rouge à ce premier album. Cette générosité débordante est clairement palpable lorsque les musiciens présentent dans l’entretien qui suit la genèse de leur projet, leurs idées et inspirations ainsi que leurs méthodes de travail.

Ashen s’est de fait offert une entrée fracassante sur la scène metalcore, et l’avenir lui ouvre désormais grand ses portes. Le groupe était d’ailleurs partout au cours des derniers mois : après une prestation remarquée au Hellfest, il a trouvé sa place en ouverture de pointures internationales (August Burns Red, Papa Roach) et poursuivra à l’automne 2025 avec une première série de dates en tête d’affiche. Le futur est en marche.

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Chronique   

Nine Inch Nails – Tron: Ares


Si Nine Inch Nails se fait rare, Reznor et Ross n’ont jamais été aussi actifs. Les deux musiciens signent des bandes originales en série avec des résultats souvent inspirés, parfois plus anecdotiques lorsqu’il s’agit d’œuvres de commande. Le chant de Reznor se fait cependant rare et convoité, puisque seule la pièce maîtresse « Compress / Repress » sur l’OST de Challengers en avait bénéficié ces dernières années. La musique du film Tron : Ares change légèrement la donne en osant une hybridation entre le son typique du combo et ses récents travaux pour le cinéma.

Nine Inch Nails n’avait pas associé son nom à une BO depuis les compositions grinçantes du jeu vidéo Quake. L’association entre l’ambiance du chef-d’œuvre de John Romero et l’orientation artistique du NIN de l’époque rentrait parfaitement en résonance. L’aspect futuriste et synthétique de Tron, franchise culte de SF avant-gardiste, s’accorde avec la même évidence aux inspirations désormais très expérimentales des Américains. Disney l’a bien compris, et déroule avec cette soundtrack un argument massue pour son blockbuster dopé aux néons rouges et aux teintes obscures. Nine Inch Nails en capture l’identité visuelle avec maestria. L’immersion est rapide, totale. En à peine quelques pièces instrumentales, le duo impose ses images épileptiques et saturées, dépeignant un univers hypnotique et menaçant dominé par une technologie sans pitié. L’ensemble est particulièrement dense – près de soixante-dix minutes –, labyrinthique et à dominante électronique. Proche dans sa construction des volumes Ghosts, l’OST regorge de samples, de loops et de motifs mélodiques en écho mais ne sombre que sporadiquement dans les teintes indus d’antan. Les horizons se saturent et vrombissent occasionnellement, notamment lorsqu’il s’agit d’introduire la voix de Reznor, fantôme dans la machine qui signe ici quatre compositions magistrales. Soit quinze minutes de pur NIN hantées par un chant aussi gracieux qu’insidieux. Quinze minutes qui justifient à elles seules le sceau « Nine Inch Nails » sur cette bande originale de haute volée.

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  • A Perfect Circle @ Zénith Paris
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