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Interview   

Moonreich : le goût de l’amertume


Du haut de ses quinze ans d’existence, comme tous les adolescents de son âge, Moonreich n’est plus tout à fait le même que quand il était enfant. Il ne suit plus forcément les règles de ses parents, entendez par là le black metal frontal d’un Marduk avec qui le public lui trouvait de nombreuses affinités. Depuis Fugue, Moonreich aborde un style plus ouvert et plus épuré, faisant fi des codes et de la tradition chère aux puristes. S’il n’est plus tout à fait le même, c’est aussi parce que son compositeur Arthur Legentil a changé de nombreuses fois de line-up, même s’il a toujours été la tête pensante pour l’écriture, trouvant une alchimie tout à fait différente pour le live. Ayant toujours délégué le chant sur les planches, il porte désormais la double casquette en concert en assumant pleinement le projet sur ses épaules.

Cinq années séparent Amer de Fugue, le temps pour le musicien de faire une pause sur le metal extrême et d’explorer d’autres choses. Comme il nous le confie dans cet entretien, ce qui l’intéresse dans sa démarche est toujours de surprendre son auditorat. Ainsi, quand il propose sa réinterprétation de « Broken » de Depeche Mode sur le précédent EP Wormgod, l’artiste va évidemment sur un terrain inattendu pour le fan, mais finalement compatible avec l’ouverture musicale qu’il revendique. Amer garde donc ce sens de la surprise, en nettoyant les imperfections trouvées sur Fugue, tout en allant plus loin dans l’exploration de nouveaux horizons musicaux. Cependant Moonreich a une identité et un nom à préserver, bien que ce dernier ait pu être changé d’après les confidences du musicien, le matraquage caractéristique du groupe est toujours au premier plan. Arthur Legentil revient pour nous sur l’histoire récente du groupe, sur l’esthétique du black metal, sur ses inspirations diverses et même sur une possible reprise insolite d’un célèbre duo français.

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Chronique   

Phil Campbell And The Bastard Sons – Kings Of The Asylum


Phil Campbell rempile pour un troisième l’album et il embarque une fois de plus avec lui ses trois rejetons (logique, sinon le groupe ne s’appellerait pas Phil Campbell And The Bastard Sons), ainsi que le nouveau chanteur Joël Peters, remplaçant de Neil Starr, dont la voix rocailleuse se mêle parfaitement à l’ensemble et fait de lui le choix idéal. La joyeuse troupe propose un disque qui sent bon le hard rock plein d’énergie sur fond de progressions harmoniques qui rappellent indéniablement l’héritage laissé par Motörhead. Mais attention, Phil Campbell ne se contente pas de simplement recopier ce qu’il faisait aux côtés de Lemmy Kilmister. Ici, il s’assure toutefois d’ajouter une touche de modernité, flirtant même par moments avec des notes presque heavy metal. C’est le cas sur le titre « Schizophrenia » et son intro rentre-dedans, portée par une batterie et un riff percutants.

Sur « Strike The Match », il fait trembler sa guitare et délivre un solo dont lui seul a le secret, un de ceux digne de ses plus grandes heures de gloire, ce qui prouve que notre cher rockeur n’a rien perdu de sa superbe. Sur la chanson titre où l’ambiance se fait plus subtile, bien que toujours frappante, le solo y est cette fois électrisant. Bien sûr, il se devait quand même bien de rendre hommage au groupe de légende qui l’a vu évoluer pendant trente-deux ans, avec les morceaux « The Hunt » et « Show No Mercy », les plus « motörheadiens » dans leur construction et leur mélodie. Il va sans dire que Kings Of The Asylum est un disque de pur et solide hard rock qui arrive comme un coup de poing dans les dents. Et loin de faire mal, on veut bien en redemander.

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Interview   

The Soft Moon : créer pour Exister


Depuis son premier album en 2011, The Soft Moon a parcouru du chemin : avec son post-punk teinté de cold wave, le projet de Luis Vasquez s’est imposé comme l’un des fers de lance de ce revival 80s au côté de groupes comme Lebanon Hanover, Drab Majesty ou She Past Away. Plus de dix ans et quatre albums plus tard, Vasquez a joué sur les scènes du monde entier lors de performances intenses et électriques, notamment en première partie de Depeche Mode et Nine Inch Nails, et élargi sa palette à des tonalités plus variées, mais toujours froides et volontiers industrielles. De quoi lui ouvrir les portes du Roadburn et même celle du Hellfest, à l’affiche duquel il était cette année.

C’est au Roadburn justement, quelques heures avant son concert sur la scène principale, que nous avons retrouvé le multi-instrumentiste pour parler d’Exister, son dernier album en date. À la fois dansant et introspectif, on y retrouve les paroles aux allures de confessions de Vasquez, qui y explore les replis douloureux et les conséquences d’une enfance difficile. Fidèle à sa musique, aussi sincère que réservé, le musicien, église enflammée tatouée sur une main et menotte attachée à l’autre, est revenu avec nous sur ses débuts et les transformations traversées par lui-même et le projet, de la culpabilité et l’auto-détestation à la prise de confiance.

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Chronique   

Saturnus – The Storm Within


Les tempêtes constituent un thème parfait pour un groupe dont la carrière compte plus de changements de line up que d’albums, mais qui, solide navire, a su traverser vents et marées en conservant sa qualité et son identité stylistique. Un thème que le groupe ne traite pas comme peut le faire Ahab : il ne s’agit pas ici de faire le récit de naufrages et des mille périls qui guettent le marin mais, selon un angle romantique qui sied à cette formation de death-doom à la sensibilité gothique, de relier tempête naturelle et tempête intérieure.

L’album commence par ses deux plus longues pièces, qui laissent la musique ménager ses effets. Au fil de leur lente et magistrale progression, la guitare lead déploie ses lignes lancinantes ou égrène avec le clavier ses mélodies comme on épanche sa peine, les rythmes pesants contiennent le fardeau des tumultes à venir, rafales de growls caverneux et de riffs saturés qui s’abattent, tel le malheur sur l’âme humaine. Après un « The Calling » plus direct et massif, c’est « Even Tide », ballade lacrymale tout en cordes et piano dans laquelle Paul Kuhr de Novembers Doom se joint à de belles harmonies vocales, qui fait office de calme après et avant la tempête. Les onze ans séparant The Storm Within de son prédécesseur ont vu le départ des deux guitaristes du groupe. Un remaniement qui, sans affecter la musique en profondeur, n’est pas sans effet puisque l’apport de Rune Stiassny avait marqué Saturn In Ascension, parsemé de soli bien plus rares dans The Storm Within. On y remarque d’autant plus ceux qui fendent « Closing The Circle » de leur élan plaintif et d’une touche gilmourienne. Quelques échos de The Silent Enigma d’Anathema résonnent dans ce superbe album fait de flux et de reflux, d’accalmies et de bourrasques, et dont chaque détail et chaque articulation semblent avoir été mûrement réfléchis.

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Avant-Première   

Steven Wilson : premières impression sur The Harmony Codex


Nous avons eu la chance d’entendre en avant-première le prochain album de Steven Wilson, The Harmony Codex, dans des conditions souhaitées par le musicien anglais : en son Dolby Atmos et dans le noir pour profiter au mieux des infinies subtilités de ce format qui ajoute à la diffusion sonore une dimension verticale, pour une immersion complète.

Il n’en fallait pas moins pour avoir un premier aperçu aussi juste que possible de cette œuvre longue et foisonnante qui confirme que Steven Wilson ne fera jamais deux fois le même disque. Prenant le contre-pied complet de The Future Bites, The Harmony Codex étend ses pistes sans restriction, déborde d’instruments variés (cuivres, cordes frottées, machines…) et se veut, plus que jamais, cinématographique, comme l’explique le musicien : « J’aime l’idée que la musique soit capable d’englober des changements d’humeur de la même façon qu’un livre ou un film peut le faire : la joie, la tristesse, la colère… On peut mêler tous ces sentiments dans le cadre d’un album et j’ai toujours conçu la musique de cette façon. »

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Chronique   

Xasthur – Inevitably Dark


Pour Scott Conner, alias Xasthur, déjouer les attentes semble devenu un acte créatif en soi. Après avoir longtemps incarné le black metal US versant DSBM, le musicien a changé de nom et de style en 2010, prenant avec Nocturnal Poisoning un tournant dark folk, avant de retrouver après trois albums son patronyme initial, sans revenir au black metal. Finalement, après deux albums entérinant la mue de Xasthur en un projet néo-folk, mené par un Scott Conner clamant que sa période black metal était derrière lui, celui-ci revient avec un album hybride qui intercale des compositions de black atmosphérique et d’acid folk. Les secondes, tapissées de délicats entrelacs de guitares, convainquent plus que les premières, assez pauvres et marquées par le son désastreux d’une boîte à rythmes, mais toutes se caractérisent par une répétitivité rendue encore plus manifeste par l’absence totale de chant.

L’intérêt de l’ensemble tient surtout à l’association des styles. Le passage du black au folk s’opère sans heurt et le synthé, présent dans les deux univers, les lie en infusant une touche entre dark ambient (style qui occupe trois morceaux à part entière) et dungeon synth. Il en ressort un album parfois déconcertant (les embardées presque enjouées de « Concrete Mattress » et « Worse Than The Good Old Days », le black jazzy de « Stigmatized Grave » et le death metal de « HellRot »), mais qui parvient à une certaine cohérence. Son titre, Inevitably Dark, résume le propos de son auteur : un seul élément définit Xasthur, sa noirceur. Malheureusement, sur ce plan justement, le résultat est assez éloigné des ambiances ténébreuses que le musicien a su créer dans le passé. L’album est beaucoup moins dépressif qu’atmosphérique et au long de ses vingt-trois morceaux, c’est plus souvent l’ennui que la tristesse qui guette.

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Interview   

Vandenberg et sa cuisine musicale


La résurrection du groupe Vandenberg en 2020, avec un premier album en trente-cinq ans, en compagnie du chanteur Ronnie Romero, était un petit événement en soi dans le monde du hard rock. Seulement, la sortie du disque en pleine pandémie aura fortement freiné l’élan du groupe : pas de tournée possible. Et pour couronner le tout, pour des raisons de conflit d’emplois du temps, il a fallu qu’ils se séparent de Romero. Retour à la case départ, ou presque. Mais quand on s’appelle Adrian Vandenberg, avec son CV et son talent, on n’a pas de mal à dénicher les meilleurs chanteurs du circuit hard rock. C’est ainsi que le Suédois Mats Levén (Yngwie Malmsteen, Therion, Candlemass, etc.) est venu prendre la relève, lui qui, il se trouve, est fan de longue date et a toujours voulu travailler avec le guitariste.

Voilà donc la nouvelle incarnation de Vandenberg (complété du bassiste Randy van der Elsen et du batteur Koen Herfst), plus prometteuse que jamais et qui s’est déjà consolidée en live dès fin 2021, avant de produire Sin, un album plus heavy mais aussi avec lequel le passé d’Adrian au sein de Whitesnake refait largement surface. Le musicien francophile, ayant autant un amour pour la musique que pour la peinture, la cuisine et le vin, nous parle de tout ceci depuis le Quercy Blanc où il adore se rendre dès qu’il peut.

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Chronique   

Vulture Industries – Ghosts From The Past


Peut-être trop difficile à placer dans une case clairement délimitée pour susciter l’intérêt qu’il mérite, Vulture Industries égraine avec patience ses albums depuis 2007. Issu de Bergen, capitale norvégienne du black metal, le groupe partage avec ce style l’exploration de la noirceur et l’alliance d’un certain inconfort et d’une vraie beauté émotionnelle. Sans être réellement avant-gardiste, le style du quintet repose sur le croisement des genres (progressif, country lugubre, gothique, metal, chanson…) et sur une théâtralité qui doit autant au charisme vocal de Bjørnar Erevik Nilsen qu’aux arrangements volontiers cinématographiques et baroques.

Fruit d’un long processus de création et d’une période d’instabilité, cet album relativement court agrège des compositions très variées, mais les entraîne toutes dans un même flot, une tendance plus directe, plus rock et finalement plus sage que celle de ses prédécesseurs. Après la vigoureuse et presque allègre entrée en matière « New Lords Of Light », qui renferme en son cœur un break au style rock gothique, et l’énergie du pourtant lourd et doomy « Saturn Devouring His Young », la suite manifeste une humeur globalement morose mais traversée d’éclats fantaisistes : guitare western, trompette et saxophone aux accents presque circassiens sur « Deeper » puis solennels sur le magistral « Tyrants Weep Alone », accordéon sur « Not By Blood, But By Words »… Une originalité instrumentale qui ne doit pas faire oublier une fondation à la fois lourde et groovy établie par d’entraînants riffs de guitare et lignes de basse. Le tout compose un tableau sombre, relevé moins par des lueurs d’espoir que par les saillies d’un esprit revenu de toute illusion et tirant, non sans une douce folie latente, des observations acides du lamentable spectacle du monde.

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Interview   

S.U.P. : prison de rêves


Si S.U.P. semblait sortir bien discrètement son huitième album, le bien nommé Octa, il était pour le moins très attendu par ses fans puisque dix jours après sa sortie, plus tardive que prévu, il a dû repartir au pressage ! Il faut dire qu’au-delà de son statut d’institution française dans le modeste milieu du metal, S.U.P. ne ressemble à personne d’autre, et cela depuis l’emblématique Anomaly de 1995. Le groupe lui-même a bien du mal à se définir, flirtant aussi bien avec l’univers de la cold wave que de la scène gothique, Octa n’hésite pas non plus à piocher, plus encore que par le passé, dans l’agressivité de Supuration qui restera pour le coup définitivement enterré. Qualifié comme avant-gardiste en son temps, le groupe a encore bien des choses à dire et une nouvelle histoire de science-fiction à nous raconter, autour de sa vision de prison du futur où les prisonniers se retrouvent enfermés dans les rêves et cauchemars des autres.

Si S.U.P. a bien sûr affiné sa recette avec le temps, il n’a dans son âme pas fondamentalement changé. L’idée introspective du projet et ses riffs hypnotiques et addictifs sont toujours bien là. Octa a une facilité d’écoute telle qu’il pourrait être un bon album d’ouverture vers la discographie du groupe de presque trente ans, en rendant hommage à son passé aussi bien qu’en s’illustrant dans des expérimentations nouvelles. Le guitariste Fabrice Loez nous raconte la démarche du groupe pour ce huitième opus, développant également ce désir d’indépendance et la découverte de l’autogestion pour la sortie d’un disque, et parcourant avec nous le fil narratif de cette nouvelle histoire de science-fiction proposée par le groupe.

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Chronique   

Church Of Misery – Born Under A Mad Sign


Riffs sabbathiens et serial killers : la formule de Church Of Misery est bien connue des fans de doom. Depuis leur premier album au titre qui annonçait on ne peut plus explicitement la couleur, Master Of Brutality (2001), les Japonais ont enchaîné avec régularité les variations sur ces mêmes thèmes, et leur septième opus, Born Under A Mad Sign, s’il s’est fait un peu plus attendre que les autres, Covid-19 oblige, ne déroge pas à la règle… Selon Tatsu Mikami, le bassiste et compositeur du groupe, les deux choses les plus importantes dans le rock sont le groove et le riff, et en effet, avec près d’une heure au compteur, Born Under A Mad Sign offre quantité des deux. Difficile de résister à l’ouverture de « Most Evil (Fritz Haarman) », par exemple : la basse comme la guitare dégoulinent de fuzz et la simplicité du riff fait mouche. À l’image des héros de ses chansons, le groupe ne s’embarrasse guère de fioritures, mais des solos particulièrement inspirés (la bien nommée « Freeway Madness Boogie ») ou l’orgue Hammond de « Spoiler » viennent relever l’ensemble de touches délicieusement rétro.

Si Church Of Misery partage donc indubitablement la passion des années 1970 de leurs collègues du stoner/doom, pas question d’en adopter le peace and love : l’album s’ouvre sur un coup de feu et la voix abrasive de Kazuhiro Asaeda est lourde de menaces. Fritz Haarman, à qui revient cette fois-ci l’honneur de la pochette et qui a inspiré La Tendresse des loups à Ulli Lommel en – on vous le donne en mille – 1973, était certes assassin et cannibale, mais ce n’est qu’un exemplaire de la longue collection de criminels patiemment accumulée par le groupe au fil des années. Avec Born Under A Mad Sign, on est donc en terrain connu, certes, mais personne ne satisfait à la fois nos désirs plus ou moins avoués de bons vieux riffs et de true crime avec autant de panache et de conviction que Church Of Misery.

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  • A Perfect Circle @ Zénith Paris
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