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Live Report   

Machine Head : Le mouvement perpétuel


« An Evening With Machine Head », une promesse que les Parisiens n’ont pas prise à la légère ; en effet l’Olympia affiche complet pour ce samedi soir qui s’annonce fiévreux à souhait. Assez logique, Machine Head reste un acteur majeur du metal avec tout de même dans les trente années d’activité et une dizaine d’albums studio dont le récent Unatøned sorti en avril 2025, preuve que la bande de Robb Flynn est toujours vivante.

Albums studio qui seront tous invités ce soir, il faut dire qu’en près de trois heures, il y a du temps pour s’amuser. Trois heures ? Oui, vous lisez bien, c’est en effet la promesse de cette soirée. Généreux, n’est-ce pas ? A l’approche des soixante ans, Robb semble avoir totalement confiance dans ses capacités. Trop confiant, le chanteur ? Allons voir cela tout de suite. « Bohemian Rhapsody » qui ravissait l’audience jusqu’à présent arrive à sa fin.

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Interview   

Lord Of The Lost en nuances de noir


Lord Of The Lost, voilà un groupe qui nous occupe régulièrement par ses nombreuses sorties et sa force de proposition intarissable ces dernières années. Mais, si vous avez encore faim, la formation allemande a de quoi vous rassasier une bonne fois pour toutes avec Opvs Noir, une trilogie de trente-trois titres dignes d’un buffet médiéval sonore, le tout servi sur un plateau d’argent option trois volumes étalés sur trois saisons : été, hiver et printemps. Le Vol. 1, paru durant la douce canicule aoûtienne, présentait un fond sombre, torturé, plongeant dans les méandres de l’âme humaine tandis que le Vol. 2 contrastait par sa sortie au cœur du froid de décembre et l’aspect salvateur de la noirceur. C’est au milieu du printemps que le Vol. 3 final a vu le jour, plus doux mais tout aussi puissant, tel un bourgeon engaillardi par l’hiver. Fort de pas moins de quinze featurings, l’œuvre globale, sans aller jusqu’à signer un retour du groupe à son époque Judas, s’inspire du panel d’émotions humaines à trois cent soixante degrés, les plus violentes, profondes et intenses.

Il était évident que nous irions creuser encore un peu dans les profondeurs de ce triptyque mystérieux et profondément attachant. Nous avons donc une nouvelle fois rencontré le protagoniste principal derrière Lord Of The Lost, Chris Harms, le jour même de la sortie du Vol. 3, pour clore ce chapitre comme il se doit. A quelques heures de son concert à Paris, ce dernier, toujours aussi fier de son dernier bébé à trois têtes, nous parlera d’amour, de ses funérailles, de voyage dans le temps mais surtout… d’introspection. Alors, Opvs Noir a-t-il une fin heureuse ? Réponse à découvrir en lisant les échanges qui suivent.

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Interview    Radio Metal   

Galibot : au nord, c’étaient les corons


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Galibot, ces enfants du Nord de la France, ont parcouru du chemin pour sortir de la scène souterraine depuis leur lancement en 2023. La jeune formation a tout pour devenir un incontournable de la nouvelle vague des groupes de metal à concept. Ce sont d’ailleurs leurs récits, basés sur une réalité historique, ainsi que l’esthétique visuelle qui les accompagne, qui ont dû taper dans l’œil des Acteurs de l’Ombre. En effet, Galibot rend hommage aux travailleurs acharnés de l’industrie minière. L’association entre le charbon et le black metal s’est opérée naturellement dès le début, poussant le projet à évoluer et à développer son histoire. En 2026, après avoir proposé une nouvelle édition de leur premier album Euch’mau Noir, Galibot présente déjà son deuxième disque, Catabase. Si l’influence de Mgła ou Forteresse reste perceptible, le groupe n’hésite pas à injecter des éléments issus de la scène moderne. Catabase apporte ainsi quelques gimmicks de la scène hardcore contemporaine, ainsi qu’une production actuelle, renforçant son opacité.

Pour autant, Galibot conserve l’identité sombre et infernale du Nord de la France qui le caractérise. Alors que le projet s’affine et se structure, il se confronte davantage à la scène en parcourant la France. Nous avions échangé avec le groupe lors de la sortie de leur premier album, le trio fondateur nous ayant alors accordé l’une de ses premières interviews. À l’aube d’une nouvelle série de concerts et de la sortie de ce nouvel opus, les musiciens nous font le plaisir de revenir à nos micros. L’entretien sera l’occasion de revenir sur le chemin parcouru en un an et demi : du line-up désormais élargi à cinq musiciens à la rencontre avec un label qui croit en leur ascension, en passant par les nouveaux récits portés par ce deuxième album. Galibot sera en direct sur Radio Metal dans notre émission dédiée aux récits du metal sombre, Repas de Corbeaux.

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Live Report   

1914 : Inévitable guerre


Inévitablement politisé, ce concert ? Ancré dans l’actualité, plutôt. Et pour les Ukrainiens de 1914, l’actualité, c’est la guerre dans leur pays. Très étrange ce groupe qui a fait de la guerre son thème artistique et qui, en 2026, vit lui-même très concrètement un conflit dans son propre pays.

La guerre, la mort, les morts, facile à écrire tranquillement installé dans une vie qui profite des concerts pour ce qu’ils sont, un partage et une liesse basés sur la musique. Facile à écrire quand, peut-être, Trump, l’Iran, le détroit d’Ormuz et le prix de l’essence à la pompe ont détrôné la guerre aux portes de l’Europe. Que restera-t-il des spontanés et solidaires « fuck Russia » lancés par quelques fans dans l’euphorie du moment ? Compliqué de répondre, de ne pas se sentir impuissant, dépassé face à cette géopolitique des fous et des puissants, de ne pas être happé par son propre quotidien. Comment changer le monde ? D’ailleurs notre propre paix est-elle celle de notre voisin ? Vous avez quatre heures, mais il est 19h45, le trio Katla, originaire du Danemark ouvre le bal.

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Interview   

Dust In Mind et l’échange d’énergie


Structuré autour d’un équilibre entre plusieurs identités, Dust In Mind opère aujourd’hui une transformation bien plus profonde qu’un simple virage musical. Avec HCNO, le groupe se reconfigure autour de son point d’origine : son fondateur reprend lui-même le chant principal. Un basculement loin d’être anecdotique, parce que la voix est le premier point d’entrée, ce changement redéfinit la perception du projet — plus direct, plus exposé, presque plus vulnérable.

Ce repositionnement ne se limite pas à une question de timbre. Il influe sur toute la construction de l’album. Pensé comme un parcours continu, HCNO suit une trajectoire émotionnelle précise, où chaque morceau s’inscrit dans une progression. Une logique de récit qui colle avec cette prise de parole plus personnelle, comme si le projet revenait à sa source pour mieux se redéployer. Derrière cette évolution, le collectif reste pourtant central : l’identité se construit toujours dans l’échange, l’ajustement, la recherche d’équilibre. Cette mutation se prolonge naturellement dans le live. Loin d’un simple enchaînement de titres, le groupe travaille son set comme une expérience globale, avec une narration, des respirations, une montée en tension pensée pour être vécue d’un bloc. Une manière de traduire sur scène cette idée centrale du disque : trouver sa place, puis la partager. Dans cet entretien, Damien Dausch revient sur ce changement de rôle, sur la manière dont cette nouvelle voix a redéfini leur écriture, et sur la construction d’un projet désormais pensé comme un tout, du studio à la scène.

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Chronique   

Skindred – You Got This


Si la fusion hétéroclite et indomptable de Skindred trouve désormais sa place dans un paysage musical bigarré, le groupe fut le précurseur d’une certaine forme de crossover musical improbable. Son approche teintée world et ragga d’un rock énergique avait en effet à l’origine de quoi dérouter. La formule ne surprend aujourd’hui plus vraiment, mais a su conserver son efficacité originelle. You Got This, neuvième album du combo gallois, témoigne pourtant d’un léger essoufflement.

Skindred avait surmonté le départ de Dan Sturgess, bidouilleur pertinent qui avait donné au groupe un coup de fouet en développant les enluminures électroniques. Il aura malheureusement enregistré il y a quelques mois celui de Daniel Pugsley, bassiste fondateur en charge des synthétiseurs et samples. Il est difficile de définir précisément son implication sur l’album, mais l’ensemble se montre plus léger que d’ordinaire. Skindred a souvent usé de compositions éthérées pour aérer ses disques, positionnant malicieusement des interludes acoustiques voire complètement reggae afin de laisser retomber une dynamique générale à base de gros riffs et de machines vrombissantes. You Got This multiplie cependant les titres « à la cool » qui semblent ici davantage traduire un manque d’inspiration que de réels choix artistiques (« Broke », « Give Thanks »). L’album peine de fait à imposer son fil conducteur, à maintenir une tension. D’autant plus que les Gallois s’embourbent dès le second morceau dans une pseudo-feel-good song anecdotique (« Can I Get A »). Le trio rattrape malgré tout la donne avec une grosse poignée de hits marqués de son savoir-faire pour les riffs percutants. Il s’avère certes désormais moins prompt à multiplier les couches de machines, mais conserve son mojo lorsqu’il s’agit de soigner les refrains groovy. Benji Webbe maintient la barque à flot et reste pertinent, alternant phrasé rappé et mélodies ultra-chaleureuses avec une aisance intacte. You Got This est certes un « petit » album de Skindred, mais il présente encore assez d’arguments pour maintenir la flamme vivante.

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Interview   

Godsticks fait le vide


Darran Charles n’est pas un optimiste. En tout cas, pas en ce qui concerne le monde pour lequel il estime que la situation « va considérablement empirer ». A ce titre, il ajoute : « Je suis content d’avoir l’âge que j’ai, parce que quand ça aura vraiment dégénéré, je serai mort et je n’ai pas d’enfants. » Le ton est donné. Voilà pourquoi il a choisi d’intituler le nouvel album de Godsticks Void, en référence à ce « vide » – son studio, sa musique – vers lequel il préfère se retirer plutôt que de se confronter aux dérives nocives de nos sociétés – divisions, absence de nuance, confrontations et rigidités idéologiques – qui s’accentuent un peu plus chaque jour.

Un album musicalement plus sombre et mordant qui aura donné du fil à retordre aux quatre musiciens, et en particulier à un frontman habitué à se dévaloriser, même s’il a appris avec le temps à dompter la petite voix critique qui le hante depuis sa jeunesse. Car au-delà de la musique et de l’analyse sociétale, c’est aussi pour approfondir une discussion sur le perfectionnisme, le contrôle et l’exigence, déjà amorcée la dernière fois, que nous nous sommes entretenus avec un artiste toujours aussi généreux et intéressant dans les propos qu’il partage.

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Chronique   

Sunn O))) – Sunn O)))


Malgré ses trois décennies de carrière, sa dizaine d’albums, son statut de groupe culte et la quantité d’encre qu’il a fait couler, ce n’est que maintenant que Sunn O))) a décidé de sortir un album qui porte le même nom que lui. Album-manifeste, album-résumé de carrière, album du retour aux sources pour les rois incontestés du drone ? Difficile à dire tant la musique du groupe est déjà minimaliste, chargée de signification, et instantanément reconnaissable, mais ce nouvel opus est sans doute un peu de tout ça à la fois : avec un personnel réduit à son strict minimum – Greg Anderson et Stephen O’Malley avec leurs deux guitares Gibson, une infinité d’amplis, et un producteur ingénieux, Brad Wood – il pousse l’esthétique, le concept et la magie du groupe dans ses retranchements…

Car si Sunn O))) est plus minimaliste que jamais, c’est aussi l’album d’un maximalisme paradoxal dont le groupe est coutumier mais qui est porté ici à son paroxysme. Chaque chanson est composée de 130 à 180 pistes de guitares ; chaque riff est déplié pendant de longues minutes, répété à l’infini ; chaque silence, crépitement ou changement de note prend des proportions cataclysmiques. Après presque trente minutes de drones rocailleux, « Butch’s Guns », avec ses pauses soudaines et son passage quasi sludge, semble aussi trépidant qu’un film d’aventures : c’est qu’au fil de l’album, le pouvoir du bourdon se révèle, monumental et indépassable, hypnotique, pratiquement tangible. Comme toujours, les appels du pied aux mondes de la musique expérimentale voire de l’art contemporain sont évidents, pourtant Sunn O))) est encore du metal, peut-être même seulement du metal, au sens littéral – celui qui naît dans les entrailles aux vibrations infinitésimales de la Terre – comme au sens figuré – celui de Venom, name-droppé dans le titre du deuxième morceau, « Does Anyone Hear Like Venom? », comme si la petite révolution de ce groupe avait été avant tout d’entendre des sons jamais perçus auparavant. C’est exactement ça que Sunn O))) nous apprend à faire : à percevoir la puissance littéralement tellurique du metal, et les correspondances sonores entre un nid de frelons et la collision de glaciers – l’album est d’ailleurs ponctué d’eau ruisselante et même de chants d’oiseau. Le récit d’un enregistrement bucolique avec vue sur les arbres environnants, les photos de presse dans la forêt et le texte de Robert Macfarlane, grand écrivain de la nature, qui accompagne le disque ne font que confirmer ce que la musique dit déjà : plus que de l’abstraction, c’est du monde dans sa matérialité la plus rugueuse, la plus immédiate, et paradoxalement peut-être la plus oubliée que Sunn O))) se fait l’écho.

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Interview   

Sepultura : la mort comme opportunité


Sepultura, c’est bientôt fini. 8 décembre 2023, ce dernier annonce célébrer ses quarante ans avec… une tournée d’adieu, qui sera immortalisée par un album live. L’ultime concert devrait avoir lieu fin 2026, sans les frères Cavalera qui ont refusé l’invitation. Dommage. Ce qui n’était pas prévu en revanche est que le groupe fasse un détour spontané en studio pour enregistrer un EP, quatre nouvelles chansons, baptisé The Cloud Of Unknowing. Le constat est clair : Sepultura, même dans ses derniers instants, n’est pas du genre à faire dans la créativité nostalgique. Irrémédiablement, il regarde devant lui, s’exprimant comme ça le chante, allant piocher un piano jazzy par-ci, une atmosphère éthérée par-là. C’est aussi cette liberté et cet élément de surprise qu’on a toujours aimés chez les Brésiliens. Mais d’ailleurs, est-ce vraiment la fin ? Après tout, ils arrêtent, mais ils n’ont pas dit pour combien de temps…

Nous en parlons ci-après avec Andreas Kisser qui montre que cet adieu est celui à des chaînes, aux dictats de l’industrie, à la pression des calendriers, plus qu’à l’entité Sepultura qui pourrait, un jour, revenir, de la même manière qu’ils ont fait cet EP : quand ils s’en sentiront l’envie et avec honnêteté. Dans les échanges qui suivent, il est également question du cas Eloy Casagrande, parti un peu comme un voleur – à en croire Andreas – chez Slipknot, mais aussi de la philosophie que le groupe a toujours adoptée et promue, consistant à penser par soi-même et être soi-même, et à se connecter à son humanité.

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Chronique   

Cage Fight – Exuvia


Cage Fight s’aventure hors de sa zone de confort. Écrit au cours de la pandémie, le premier album éponyme du groupe s’était presque imposé en réaction épidermique à l’angoisse de l’époque. Oppressant, violent, rapide, ce premier long format posait les bases solides d’une approche hardcore sans concessions. Si Cage Fight aurait pu jouer la carte de la sécurité, il démontre avec Exuvia qu’il est en mesure d’explorer d’autres voies.

La mue rapide du son de Cage Fight n’a rien d’une surprise. Le groupe a certes accouché d’un premier album brut de hardcore récréatif, mais la chanteuse Rachel Aspe (ex-Eths) et le guitariste James Monteith (TesseracT) avaient déjà fait état par le passé de leurs capacités à jouer astucieusement avec les contrastes. Leur besoin de s’exprimer dans les teintes les plus brutales se dilue de fait partiellement avec Exuvia, dont le contenu résulte d’une collaboration de groupe plus posée et ose s’aventurer dans des voies parallèles. S’il regorge de décharges acérées, le disque prend parallèlement le temps de poser des ambiances et de surprendre. Des choix qui nécessitent l’emploi de véritables lignes mélodiques, arme à double tranchant que le quartet utilise avec finesse. Exuvia évite les facilités d’usage et fait même état d’un vernis obscur encore plus appuyé que son prédécesseur. L’ensemble captive dans son univers terrifiant et déroule une série de riffs thrashisants littéralement écrasants (« The Hammer Crush », titre sans équivoque). La musique de Cage Fight est millimétrée, implacable, furieuse. Rachel Aspe y évolue avec une versatilité poussée et bienvenue. Sa voix se métamorphose constamment, muant subitement des growls les plus viscéraux en des passages clairs dégoulinants de noirceur (« Elegie », qui ferme le disque dans un tourbillon d’émotions à fleur de peau). Le disque est clairement cathartique. Le groupe y exorcise toute sa rage, ses ressentis négatifs voire sa rancœur (« Un bon souvenir », torpille en puissance aux lyrics expéditifs). Cage Fight s’impose définitivement avec un album complexe, personnel et efficace.

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  • A Perfect Circle @ Zénith Paris
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