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Chronique   

Sunn O))) – Sunn O)))


Malgré ses trois décennies de carrière, sa dizaine d’albums, son statut de groupe culte et la quantité d’encre qu’il a fait couler, ce n’est que maintenant que Sunn O))) a décidé de sortir un album qui porte le même nom que lui. Album-manifeste, album-résumé de carrière, album du retour aux sources pour les rois incontestés du drone ? Difficile à dire tant la musique du groupe est déjà minimaliste, chargée de signification, et instantanément reconnaissable, mais ce nouvel opus est sans doute un peu de tout ça à la fois : avec un personnel réduit à son strict minimum – Greg Anderson et Stephen O’Malley avec leurs deux guitares Gibson, une infinité d’amplis, et un producteur ingénieux, Brad Wood – il pousse l’esthétique, le concept et la magie du groupe dans ses retranchements…

Car si Sunn O))) est plus minimaliste que jamais, c’est aussi l’album d’un maximalisme paradoxal dont le groupe est coutumier mais qui est porté ici à son paroxysme. Chaque chanson est composée de 130 à 180 pistes de guitares ; chaque riff est déplié pendant de longues minutes, répété à l’infini ; chaque silence, crépitement ou changement de note prend des proportions cataclysmiques. Après presque trente minutes de drones rocailleux, « Butch’s Guns », avec ses pauses soudaines et son passage quasi sludge, semble aussi trépidant qu’un film d’aventures : c’est qu’au fil de l’album, le pouvoir du bourdon se révèle, monumental et indépassable, hypnotique, pratiquement tangible. Comme toujours, les appels du pied aux mondes de la musique expérimentale voire de l’art contemporain sont évidents, pourtant Sunn O))) est encore du metal, peut-être même seulement du metal, au sens littéral – celui qui naît dans les entrailles aux vibrations infinitésimales de la Terre – comme au sens figuré – celui de Venom, name-droppé dans le titre du deuxième morceau, « Does Anyone Hear Like Venom? », comme si la petite révolution de ce groupe avait été avant tout d’entendre des sons jamais perçus auparavant. C’est exactement ça que Sunn O))) nous apprend à faire : à percevoir la puissance littéralement tellurique du metal, et les correspondances sonores entre un nid de frelons et la collision de glaciers – l’album est d’ailleurs ponctué d’eau ruisselante et même de chants d’oiseau. Le récit d’un enregistrement bucolique avec vue sur les arbres environnants, les photos de presse dans la forêt et le texte de Robert Macfarlane, grand écrivain de la nature, qui accompagne le disque ne font que confirmer ce que la musique dit déjà : plus que de l’abstraction, c’est du monde dans sa matérialité la plus rugueuse, la plus immédiate, et paradoxalement peut-être la plus oubliée que Sunn O))) se fait l’écho.

Chanson « Glory Black » :

Album Sunn O))), sorti le 3 avril 2026 via Sub Pop. Disponible à l’achat ici



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