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Live Report   

Le gothique lumineux de Motionless In White


Il fut un temps où Motionless In White incarnait une frange presque underground du metalcore américain. Un mélange de gothique outrancier, d’indus et de romantisme noir qui divisait autant qu’il séduisait. Album après album, le groupe de Pennsylvanie a pourtant affiné sa formule. Les refrains sont devenus plus fédérateurs, la production plus léchée, l’identité visuelle plus assumée. Sans renier les racines sombres, Chris Motionless et ses comparses ont appris à écrire des hymnes capables de remplir des salles de plus en plus vastes.

Ce soir au Zénith, on mesure le chemin parcouru. Trois écrans géants, une scénographie pensée pour l’ampleur, de la pyrotechnie en pagaille, Motionless In White joue désormais dans la cour des groupes qui transforment un concert en spectacle total. Et après un Olympia marqué par une extinction de voix et un set écourté, il flotte dans l’air comme une idée de revanche.

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Interview   

Ant Nebulä : rebooted machine


Emmanuel « Mammouth » Bonnaud à toujours été un bidouilleur et un adepte du do-it-yourself. Le chanteur-guitariste a expérimenté pendant près de trente années au sein de Sleeppers, formation noise-rock devenue culte auprès des adeptes de musiques pointues, à défaut de véritablement se tailler une place parmi les locomotives commerciales de la scène française. Sabordé à la surprise générale en pleine composition de son septième album, Sleeppers voit désormais ses différents membres vaquer à de nouvelles occupations. Si son projet principal appartient désormais au passé, Mammouth en porte de son côté l’héritage. Plus vivant que jamais, il trouve un nouveau souffle avec Ant Nebulä, trio post-rock / stoner aux enluminures expérimentales qui pose ses fondations sur ce que Sleeppers a patiemment construit au cours des dernières décennies.

Après deux EP majoritairement composés de démos initialement prévues pour son ancien groupe, le musicien franchit avec Stars Aligned Machine le cap du premier album en conservant la même philosophie artistique. Le disque est audacieux, puissamment rock mais assurément ouvert. Indépendant et guidé par son amour de la musique au sens large, Emmanuel Bonnaud pose avec ce disque les jalons d’une seconde partie de carrière que l’on espère tout aussi prolifique et intéressante que ses années Sleeppers.

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Chronique   

The Veer Union – Reinvention


The Veer Union aura connu son lot de tumultes. Seul rescapé d’un projet déjà vieux de plus de vingt ans, le frontman Crispin Earl a patiemment reconstruit son effectif, démarche qui l’a un temps amené à assurer le chant seul. L’occasion de témoigner de sa polyvalence tout en épiçant légèrement une formule initiale typée rock afin de la laisser mariner vers un metalcore assumé. Une mue que le groupe achève définitivement avec Reinvention, album sur lequel le bassiste-chanteur Glen Clark s’empare d’un poste laissé vacant pendant près de huit années.

Les Canadiens sont de vieux briscards du metal alternatif. Ils en ont connu l’explosion et la transformation, conservant une position d’éternel outsider qui n’aura probablement pas aidé à la stabilité d’un line-up à géométrie variable. Dégainé dans la foulée d’un Welcome To Dystopia concis et percutant, leur nouvel album ne réinvente rien. Du moins en profondeur. The Veer Union affine encore un peu plus son style et ses affinités ultra-mélodiques, tout en profitant de l’intégration de Clark pour renforcer subtilement ses contrastes. Le groupe se veut malin dans ses intentions. Il déroule une approche mainstream et calibrée de sa musique mais évite l’aspect irritant d’un Nickelback de la grande période FM. Si les morceaux de Reinvention sont plus ou moins interchangeables, ils affichent ce dynamisme explosif et ces décharges de saturation appuyées qui leur confèrent une épaisseur suffisante bien que parfois superficielle. Le quatuor fait dans le simple et efficace, contrebalançant l’aspect catchy d’un soft-metalcore standardisé par un jeu vocal plus versatile. Crispin Earl injecte le brin d’émotion nécessaire en multipliant les modulations / harmonies et use de l’intensité offerte par les backings puissants de Clark pour mettre en valeur une série de refrains bien troussés (« My Empire », « Meet Your Maker »). Les détracteurs pourront légitimement reprocher un léger manque de personnalité à The Veer Union. Les autres profiteront simplement d’une belle ribambelle de hits radiophoniques.

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Interview   

Kreator : artisan du stadium thrash


S’il a connu quelques écarts de conduite et qu’il aime encore varier les plaisirs d’album en album, Kreator a, en particulier depuis l’aube des années 2000, trouvé les ingrédients du succès, avec un savant mélange de brutalité, de mélodie, d’hymnes et, certainement, d’un petit quelque chose en plus qui lui appartient. On le voit aujourd’hui : chaque nouvel album est un événement qui suscite les passions, pratiquement autant qu’une sortie d’un des membres du Big Four américain.

Depuis sept ans, les Teutons ont ajouté un nouvel atout dans leur manche en la personne du frenchie Frédéric Leclercq. Bassiste – mais originellement guitariste –, il endosse au sein de Kreator un rôle plus large fait sur mesure : « Avant, il n’y avait personne qui venait avec son ordinateur pour enregistrer, qui retravaillait les démos, qui proposait des alternatives, qui revoyait les harmonies, etc. », comme il l’explique lui-même. Et c’est avec lui, cinq mois après notre dernier entretien pour Sinsaenum, que nous avons échangé pour en savoir plus sur le nouvel album Krushers Of The World. Comme à son habitude généreux, chaleureux et jovial malgré – ou grâce – à une vie bien remplie, il est rentré avec nous dans les détails de conception de ce seizième disque, en faisant divers détours, que ce soit par Morbid Angel, le récit d’une quasi-arrestation en Suède, la passion pour les films d’horreur et le groupe Goblin, ou… un pentagramme dans les toilettes.

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Interview    Radio Metal   

De l’Abîme Naît l’Aube : naissance du rituel


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L’univers de De l’Abîme Naît l’Aube a mis quelques années à se peaufiner. Pensé dès 2018, puis véritablement lancé et composé quatre ans plus tard, le premier album Rituel : Initiation voit seulement le jour en ce début d’année. Le groupe de post-metal suisse a pris le temps de se faire connaître au passage grâce à ses performances live initiatiques et envoûtantes, au point d’acquérir une fanbase suffisante pour financer son premier disque. Il faut dire que la tribu honore déjà ses premiers fidèles avec trois clips venant illustrer progressivement son récit mystique. Se revendiquant aussi bien des formations issues de la Church Of Ra que de collectifs comme Heilung, De l’Abîme Naît l’Aube éclot aujourd’hui au grand jour avec une forme déjà mature et réfléchie. Les mélodies progressives et immersives sont servies par une production impeccable, supervisée de main de maître, avec le mix de Tim De Gieter d’Amenra et le mastering de Nikita Kamprad (Der Weg Einer Freiheit). Côté esthétique, les costumes et les mises en scène dépeignent l’aura chamanique d’un metal volontairement très ouvert. Si De l’Abîme Naît l’Aube est une formation encore jeune, elle a pourtant déjà tout d’un groupe accompli.

En somme, rien ne semble laissé au hasard au sein de la tribu de DANA. La fraîche sortie numérique de Rituel : Initiation est l’occasion pour nous de faire plus ample connaissance avec les musiciens, qui évoqueront en direct leurs aspirations et leur démarche artistique plurielle. Les membres fondateurs du groupe — le guitariste et compositeur Dominique Blanc et le chanteur Sébastien Defabiani — ainsi que le batteur et booker Valentin Boada, le bassiste et directeur lumières Valerian Bürki et la chanteuse et directrice artistique Fantine Schütz seront dans notre émission Repas de Corbeaux ce lundi soir.

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Chronique   

New Found Glory – Listen Up !


Que reste-t-il aux gamins des années 2000 de leurs années adolescentes ? Des souvenirs rendus flous par les années qui filent au rythme des événements de la vie, et un possible sentiment de mélancolie qui revient en boomerang chaque vendredi soir. Un paquet de groupes ont disparu, souvent par la force des choses – un membre décédé, une popularité qui se délite –, ou se sont aventurés vers des horizons artistiques différents. New Found Glory, éminent représentant du son punk teenage de l’époque, est pour sa part resté fidèle à son approche initiale.

La plupart des anciennes gloires du pop-punk ont fait le choix de laisser « mûrir » leur musique, la remodeler ou l’aborder sous un angle plus sérieux. New Found Glory ne semble pas vraiment se poser la question de la pertinence de sa musique après plus de vingt ans de carrière. Les mecs s’éclatent, point. Une philosophie à la cool qui fait du bien en ces temps troubles. Listen Up ! est un disque qui file la banane et propulse en à peine quelques accords sur le sable chaud d’une plage californienne, option soleil couchant et bière légère en bonus. Un retour à une insouciance confortable, ode à la déconnexion offerte par dix compositions aux riffs sautillants. New Found Glory vise la composition ultra-catchy, les mélodies légères et les refrains qui tapent du pied. Une formule immuable, que le groupe s’évertue à appliquer avec un sérieux à toute épreuve ainsi que des gimmicks savoureux – les fameux wow-wow de « You Got This ». Listen Up ! parlera aux désormais quarantenaires, d’autant plus que le groupe s’amuse à distiller çà et là une certaine nostalgie – « Dream Born Again » semble tout droit extrait d’American Pie. Célébrer le son d’une décennie révolue est-il pour autant synonyme de ringardise ? Pas foncièrement. Épaulé par une production claire et moderne, New Found Glory offre un album simple mais direct, concis et bien construit. Une capacité à aller à l’essentiel sans jamais laisser retomber l’intérêt qui témoigne d’une aisance toujours intacte en matière de songwriting. Let’s ride.

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Interview   

Megadeth : le tempo d’un grand final


Toutes les bonnes choses ont une fin, et Dave Mustaine a eu la clarté d’esprit de mettre un terme à Megadeth alors que ce dernier avait atteint un nouveau sommet dans sa carrière, avant que ses problèmes physiques ne deviennent insurmontables et ne dégradent ses prestations. Ce dix-septième album, sans titre, sera donc le dernier. S’il n’a pas été conçu dès le départ avec cette idée en tête, il en a tous les marqueurs, entre un condensé de ce qui fait l’essence de la formation, confessions, point final épique avec « The Last Note » et boucle qui se referme avec la reprise du « Ride The Lightning » de Metallica.

Quelques semaines après avoir échangé avec Dirk Verbeuren au sujet de son projet grind Bent Sea, nous avons convenu d’un nouveau rendez-vous pour discuter en profondeur d’un disque qui a tout d’une sortie par la grande porte, mais aussi revenir sur les dix ans, déjà, que le batteur a passés aux côtés d’un des inventeurs du thrash (nous nous étions d’ailleurs entretenus avec lui au moment de son arrivée dans le groupe). Il nous plonge à la fois dans la conception du disque et dans le groupe lui-même, balayant certains préjugés sur un leader à la forte personnalité, revenant sur les remaniements de ces dernières années, définissant sa propre place et les rôles qu’il s’est trouvés au sein du quatuor, dérivant sur divers sujets tels que la technologie et évoquant son avenir. Un entretien long, riche et instructif à lire sans modération.

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Chronique   

Converge – Love Is Not Enough


Avec Love Is Not Enough, Converge ne cherche pas à frapper plus fort, mais plus juste. Et c’est là que le disque se démarque. Le propos est clair : l’amour, sans acte, sans responsabilité, sans présence réelle, ne suffit pas. Ce n’est pas un slogan. C’est une fissure morale. Et toute la forme musicale découle de cette idée. Les morceaux ne sont pas là pour exploser puis disparaître. Ils insistent. Ils martèlent. Ils laissent des traces. L’ouverture n’est pas frontale, elle installe une gravité intentionnelle. Puis la machine accélère. Des riffs courts, une batterie qui claque, une tension compacte. Mais très vite, quelque chose change. La vitesse ne sert plus d’échappatoire. Les structures ralentissent, s’alourdissent, laissent respirer des silences inconfortables. C’est dans ces espaces que l’album devient viscéral. Pas dans la brutalité pure mais bien dans une certaine retenue. A l’image de « To Feel Something » où les passages de voix plus « posés » sont plus intenses. La singularité du disque tient d’ailleurs à cette manière de faire durer l’émotion. La première moitié attaque. La seconde pèse. On passe de la colère extérieure à une introspection plus trouble. Ainsi sur « Bad Faith », les attaques sont répétitives, obsédantes. Au contraire, « Amon Amok » a des riffs plus épais, presque doom par moments.

La production de Kurt Ballou refuse toute brillance artificielle, elle repose sur un son dense, granuleux. On entend les frottements, la tension, la fatigue. Ce n’est pas propre, c’est humain. Converge semble refuser la résolution facile. Les morceaux ne « libèrent » pas la pression, ils la déplacent. Ils la transmettent. Chaque titre ajoute une couche de frustration, de désillusion, de besoin de sens ou de peur du vide. Et puis il y a cette fin, « We Were Never The Same ». Écrite autour du deuil, elle change tout. Là, le fond et la forme fusionnent totalement. La musique et la voix se font plus lourdes comme si elles acceptaient enfin de regarder la douleur sans la masquer derrière le chaos. La ligne de guitare est entêtante avec une touche de malaisance. La rage devient question. Pourquoi savons-nous nous rassembler dans la perte, mais si rarement dans la joie ? Ce qui rend Love Is Not Enough si prenant, c’est la lucidité. À près de trente-cinq ans de carrière, Converge continue d’essayer de comprendre notre nature imparfaite, c’est ce qui rend le disque profondément viscéral.

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Live Report   

Smith/Kotzen : quand le hard-blues rock adulte s’impose sans nostalgie


Il y a des soirs où Paris prend une claque rock en plein visage. Ce 6 février au Trianon, Adrian Smith et Richie Kotzen jouent pour la première fois en France dans le cadre de la tournée Black Light / White Noise Tour en support de la sortie du second album du tandem. Son écoute confirmait la solidité du duo, entre classic rock musclé et soul-blues moderne. Les guitares dialoguaient avec élégance, alternant riffs tranchants et solos expressifs, sans jamais tomber dans la démonstration gratuite. Les harmonies vocales chaleureuses et immédiatement identifiables étaient un point fort des compères. Efficacité, maturité, rien à prouver, la question du live se posait pour confirmer les choses !

Ce soir, le public est majoritairement constitué de fans d’Iron Maiden, d’amateurs de blues, de hard rockeurs avec ou sans veste à patchs, et de guitar nerds assumés. L’ambiance dans la salle, quasi pleine, est à la fois feutrée et électrique. Il y a également cette attente particulière que l’on ressent lorsque l’audience sait qu’elle va assister à quelque chose de précis, et non à un show formaté. C’est ce qui va se passer tout au long de cette soirée !

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Chronique   

Sylosis – The New Flesh


Sylosis a opéré une renaissance progressive à l’issue de sa période d’hibernation. Un temps concentré sur Architects, dont il fut membre permanent, le guitariste-chanteur Josh Middleton a réactivé son groupe avec l’idée d’en refaçonner légèrement les contours. Bien que fidèle à l’essence de sa musique, le frontman aborde depuis quelques années l’écriture en affichant le souhait de pousser en avant les éléments essentiels sans se contraindre à une profusion de technicité. Avec The New Flesh, Sylosis achève sa mue.

Sylosis n’a plus grand-chose à prouver. On sait le groupe capable de tricotages complexes et de superpositions rythmiques comme mélodiques ébouriffantes. Middleton a progressivement changé d’optique, et il affirme sans complexe sa volonté de dégrossir la formule pour laisser exploser la puissance d’un riffing affûté. L’album se profile à ce titre comme l’œuvre la plus accessible d’une discographie désormais importante. Il tire occasionnellement mais prudemment vers des enluminures core, sans jamais sombrer dans la facilité. La formation reste d’une rigueur extrême dans ses constructions, autant teintées d’un profond respect aux monuments du thrash que d’une modernité clinquante dans sa mise en valeur des mélodies. Il n’y a chez Sylosis aucune véritable velléité popisante, aucun compromis. The New Flesh est un disque exigeant, redoutable, massif. Ses accents accrocheurs (le single « Erased », « Adorn My Throne » et ses claviers synthwave) n’entachent en rien l’intensité sombre de l’ensemble. Il est ici davantage question de « lisibilité » que de « simplification » de son art. Si les émotions percent plus aisément, la musique de Sylosis n’est en effet pas foncièrement moins riche que par le passé. Bien au contraire. Les leads virtuoses s’invitent lorsqu’ils peuvent servir le morceau et Middleton témoigne d’une versatilité vocale habile, maîtrisée et totalement imprévisible, qui passe d’un chant saturé vibrant au registre clair en conservant une authenticité précieuse. The New Flesh est un disque décomplexé. Il est surtout d’une profonde justesse.

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  • A Perfect Circle @ Zénith Paris
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