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Interview   

Ant Nebulä : rebooted machine


Emmanuel « Mammouth » Bonnaud à toujours été un bidouilleur et un adepte du do-it-yourself. Le chanteur-guitariste a expérimenté pendant près de trente années au sein de Sleeppers, formation noise-rock devenue culte auprès des adeptes de musiques pointues, à défaut de véritablement se tailler une place parmi les locomotives commerciales de la scène française. Sabordé à la surprise générale en pleine composition de son septième album, Sleeppers voit désormais ses différents membres vaquer à de nouvelles occupations. Si son projet principal appartient désormais au passé, Mammouth en porte de son côté l’héritage. Plus vivant que jamais, il trouve un nouveau souffle avec Ant Nebulä, trio post-rock / stoner aux enluminures expérimentales qui pose ses fondations sur ce que Sleeppers a patiemment construit au cours des dernières décennies.

Après deux EP majoritairement composés de démos initialement prévues pour son ancien groupe, le musicien franchit avec Stars Aligned Machine le cap du premier album en conservant la même philosophie artistique. Le disque est audacieux, puissamment rock mais assurément ouvert. Indépendant et guidé par son amour de la musique au sens large, Emmanuel Bonnaud pose avec ce disque les jalons d’une seconde partie de carrière que l’on espère tout aussi prolifique et intéressante que ses années Sleeppers.

« Je ne faisais pas assez de musique et ça me frustrait. J’avais le sentiment d’être bloqué avec Sleeppers, de faire des maquettes seul mais de ne pas pouvoir les répéter en groupe. »

Radio Metal : Tu as formé Ant Nebulä suite à la séparation de Sleeppers, groupe de noise qui a été actif pendant près de trente ans. Peux-tu revenir sur la genèse de ce nouveau projet ?

Emmanuel « Mammouth » Bonnaud (chant & guitare) : Vers 2018-2019, nous avons essayé de nous voir régulièrement avec Sleeppers afin d’avancer sur un nouvel album. Ça faisait quatre ans que je travaillais sur l’écriture et j’avais près d’une vingtaine de maquettes. Je voulais que nous répétions, mais il était difficile de nous rendre tous disponibles. Entre les enfants et le travail, nous avions beaucoup de mal à trouver des créneaux communs. C’était devenu compliqué, même si nous sommes parvenus à cette période à nous voir occasionnellement pour travailler de nouveaux morceaux. Après quelques répétitions, nous avons cependant fait le constat que l’ambiance avait changé, que nous n’étions pas motivés de la même manière par le projet. Nous avons mis fin à Sleeppers. De mon côté, j’avais déjà évoqué à plusieurs reprises avec Eric, le batteur, l’envie de monter un nouveau groupe. Je ne faisais pas assez de musique et ça me frustrait. J’avais le sentiment d’être bloqué avec Sleeppers, de faire des maquettes seul mais de ne pas pouvoir les répéter en groupe. Lorsque nous avons décidé de faire une pause, j’ai contacté Eric et nous avons immédiatement travaillé sur mes morceaux, dans un premier temps en guitare-batterie.

Tu as évoqué une frustration liée à la situation de Sleeppers, qui n’avançait pas comme tu l’aurais souhaité. Est-ce que le fait de repartir de zéro avec un nouveau projet, avec un public et une histoire à construire, n’est pas décourageant après une longue carrière dans la musique ?

Tout dépend comment tu vois les choses. Avec Sleeppers, nous avions des difficultés à communiquer et nous ne trouvions pas de temps pour répéter. Comme nous avions de l’expérience et que nous nous connaissions bien, j’avais proposé de travailler différemment. L’idée était de s’envoyer les maquettes, de bosser chez soi, découper, changer des détails etc. Travailler en amont nous aurait permis de faire une sélection avant de nous rendre en studio une semaine, huit à dix heures par jour, avec l’objectif d’attaquer un morceau le matin et de l’avoir enregistré le soir. Je suis certain que ça aurait pu être intéressant de finaliser ensemble des morceaux que nous avions déjà plus ou moins validés en amont. On enregistre les instruments le soir, quitte à travailler le chant par la suite. L’idée n’a pas été retenue. Je pense que chacun avait envie de s’investir dans de nouveaux projets, avec de nouvelles personnes. C’est dommage, parce que le label At(h)ome était partant pour sortir ce septième album, avec notamment une sortie en vinyle. Notre tourneur After Before avait également tâté le terrain pour une éventuelle tournée des trente ans. Le Covid-19 est arrivé juste derrière également. Aujourd’hui, je ne ressens plus de frustration. Nous avons très rapidement été très actifs avec Eric, puis Stéphane qui a rejoint à la basse. Nous avons pu répéter toutes les semaines, et nous sortons désormais un album complet après deux EP. Je n’ai jamais fait autant de musique qu’actuellement. C’est évidemment pénible de repartir de zéro, mais le plaisir de faire de la musique est là. Quand tu arrives avec quasi vingt maquettes mais que personne n’est chaud pour répéter, c’est frustrant. Tous les morceaux des deux EP d’Ant Nebulä, à part « Bad Buzz » et « Bliss », étaient envisagés pour un septième album de Sleeppers, parmi d’autres titres qu’auraient pu proposer Laurent et Raf. J’avais beaucoup de matière.

Est-ce que tu as le sentiment que le public de Sleeppers a suivi dans cette nouvelle aventure ?

Lorsque nous jouons sur Bordeaux, les gens qui aiment Sleeppers sont au rendez-vous. Très honnêtement, la musique d’Ant Nebulä s’inscrit dans la continuité de celle de Sleeppers, il ne faut pas se mentir. J’ai conservé le même accordage de guitare et l’écriture est assez similaire. Les vieux fans s’y retrouvent.

Stéphane occupait initialement le poste de bassiste. Il a été remplacé pour Stars Aligned Machine par Elodie. Pour quelles raisons a-t-il quitté le groupe ?

Stéphane n’a participé qu’à l’enregistrement du premier EP. Bastien nous avait rejoint pour le second. Nous avons un problème de stabilité des bassistes avec Ant Nebulä ! Stéphane jouait auparavant dans Jenx, un groupe de metal bordelais. Il était aux claviers. Il n’avait pas fait de scène depuis près de dix ans et s’était lancé depuis dix ans dans de la composition musicale pour la télévision. Nous étions voisins et j’étais donc souvent amené à le croiser. De fil en aiguille, j’avais été amené à lui présenter mon projet et à lui faire écouter mes maquettes. Nous n’avions pas de bassiste et il a tout de suite adhéré. Il dispose d’un studio, ce qui nous a permis d’enregistrer chez lui. C’est Stéphane qui a enregistré le premier EP, il lui a apporté un son assez monstrueux. Quelques mois plus tard, il m’a annoncé qu’il avait comme projet de déménager au Pays basque. Pour le coup, c’était la douche froide. Nous étions le bec dans l’eau, mais nous avons rapidement croisé la route de Bastien, qui avait vingt-cinq ans mais qui est arrivé avec sa fougue et son talent. Il a joué sur le second EP mais souhaitait se consacrer à des projets personnels. Elodie est une amie de longue date. Elle s’est rapidement intégrée, nous nous entendons à merveille.

Ant Nebulä est assez actif, contrairement à Sleeppers qui pouvait s’engager dans des phases d’écriture assez longues. Au-delà des méthodes de travail et du fait que tu puisses désormais répéter souvent, est-ce que tu as trouvé avec ce nouveau projet des automatismes de composition différents ?

J’ai toujours été extrêmement productif. C’était le cas pour le potentiel album de Sleeppers puisque j’avais vingt ossatures de morceaux, c’était du travail vraiment avancé. Je trouvais que nous laissions filer trop de temps entre deux albums. Quatre ou cinq ans, c’est long. Mais je ne pouvais pas forcer les autres, donc j’accumulais les maquettes. Avec Ant Nebulä, nous envisageons une sortie dès que nous avons la matière. L’album n’est pas encore disponible et j’ai déjà trois ou quatre autres morceaux en chantier pour la suite. Nous n’allons pas envisager une sortie immédiatement derrière Stars Aliened Machine, mais peut-être dans deux ou trois ans.

« Quand je suis à la gratte, nous faisons du rock. Je ne veux pas tout mélanger, notamment en partant d’une base dubstep et en ajoutant de la guitare par-dessus. Ça me semble ridicule. »

L’album arrive après deux EP. Est-ce que le groupe avait besoin de se rassurer avec des formats courts, de « tester le terrain », avant de se lancer dans un projet de plus longue haleine ?

J’ai le sentiment que la façon de « consommer » de la musique a changé, et que le format EP était plus adapté pour plusieurs raisons. Les auditeurs vont davantage être dans une approche « découverte » pour les nouveaux projets, deux à quatre titres permettent de mettre l’eau à la bouche. Douze à quinze titres, c’est trop. C’est aussi plus cher à produire pour un groupe, qui doit être dans une dynamique différente. Enregistrer un EP est plus simple, les coûts de production sont moindres et ça permet d’aller droit à l’essentiel. En quelques morceaux, tu peux frapper les esprits curieux immédiatement. Nous avons enregistré deux formats courts, puis nous avions assez de contenu pour un album complet. En vérité, je n’ai pas vraiment planifié les choses. Nous avions des morceaux, nous souhaitions les sortir rapidement. Nous aurions pu réunir les EP sur un album complet, mais est-ce que ça aurait vraiment changé les choses ? Je ne sais pas. La façon d’écouter de la musique change, même s’il y a toujours de vieux résistants qui achètent des disques et aiment les écouter en entier, s’imprégner de l’atmosphère, s’immerger dedans. Nous n’avons rien calculé. Sur le coup, le choix de l’EP nous semblait judicieux.

Tes influences sont nombreuses et transpirent clairement de la musique d’Ant Nebulä, qui conserve une orientation noise, indus et rock 80’s. Est-ce un cachet que tu n’as pas retrouvé dans la musique au cours des décennies suivantes ?

J’écoute quand même beaucoup de sorties récentes, que ce soit Mastodon, le dernier Deftones, etc. Il y a des choses que je trouve très inspirantes. Il y a d’ailleurs, sur ce disque, des petits arrangements et des morceaux qui vont plus dans ce type de son. Mais c’est sûr que mon écriture s’inscrit dans le même univers que celui de Sleeppers. On reconnaît mon son.

Est-ce que tu parviens à retrouver l’essence du rock telle que tu l’as connu aux débuts de Sleeppers à travers les sorties modernes ?

Je pense. Le rock est cyclique, tout comme d’autres genres musicaux, dont les musiques électroniques. Il m’arrive de me prendre une beigne en écoutant un nouveau groupe qui fait pourtant un rock déjà vu, mais qui va l’aborder sous un angle nouveau. Ça peut être un son de basse ou un grain de voix différent, voire tout simplement une touche personnelle. On se trouve aspiré. Je ne connais pas tout, j’écoute beaucoup de vieilleries et je suis parfois surpris par des groupes comme Mastodon, Isis ou Red Fang. J’aime beaucoup Red Fang. Ce groupe déborde d’imagination et va très loin dans les riffs ; leurs albums sont bien branlés.

Le groupe expérimente davantage avec ce premier album. Le disque présente d’ailleurs une construction en deux parties : la « Face A » est constitué de morceaux purement rock et la « Face B » laisse place à des compositions plus aventureuses, expérimentales. La répartition est-elle volontaire, même si l’album n’est à ce jour pas envisagé pour une sortie vinyle ?

Tout à fait. Les albums de Sleeppers étaient construits sur le même schéma. Les morceaux plus accessibles, plus « commerciaux », étaient disposés au début. Il y avait toujours un point de rupture à partir duquel nous proposions autre chose, des sons différents, des collaborations ou des arrangements avec des machines. Il semble naturel de ne pas placer les morceaux les plus expérimentaux en début de disque, et c’est exactement le cas avec Stars Aligned Machine. J’ai travaillé sur des interludes bizarres en guitare sèche-piano, sur la base de machines ainsi que d’extraits de films. Ces interludes viennent se positionner entre les morceaux, ce qui me semblait plus intéressant que d’enchaîner les titres rock. Je pense que les auditeurs sont aujourd’hui disposés à apprécier ce genre de choses.

Tu exprimes notamment sur cette seconde partie d’album tes envies electro, dub et steppas. Ce sont des territoires que tu as notamment eu l’occasion d’explorer à travers tes morceaux solos ou plus occasionnellement au sein de Sleeppers, avec des titres comme « Values (R)evolution » ou « Landscapes ». De quelle manière ton rapport aux machines a-t-il évolué avec la technologie ?

Quand je suis à la gratte, nous faisons du rock. Je ne veux pas tout mélanger, notamment en partant d’une base dubstep et en ajoutant de la guitare par-dessus. Ça me semble ridicule. En ce qui concerne mes maquettes, j’utilise Cubase depuis trente ans. J’ai également Addictive Drums qui me permet de recréer des parties de batterie réalistes. Je maîtrise bien ces logiciels, et j’enregistre également moi-même les guitares et la basse. Les maquettes que je peux produire sonnent bien, elles servent de base de travail au batteur et à la bassiste. Chacun peut bien évidemment mettre sa patte et travailler les arrangements. Je passe beaucoup de temps sur les machines, et je prépare d’ailleurs un nouvel album big beat / dubstep. Il devrait être encore plus barré que le disque de trip hop / dubstep que j’avais sorti il y a treize ou quatorze ans sous le nom de Mammouth Dub. Je suis en plein chantier là-dessus et j’ai déjà pas mal de matière. J’ai deux ordinateurs qui tournent en même temps. J’ai un bazar de fou et des synthés virtuels dans Serum et Massive (deux plugins pour les synthétiseurs, ndlr). Je bricole toujours !

« Joy Division est un groupe culte. Leur discographie est un sans-faute. Si tu écoutes du rock et que tu n’as jamais écouté Joy Division, quelque chose ne va pas. »

Tu utilises les mêmes outils qu’aux débuts de Sleeppers ?

Mon séquenceur, c’est Cubase. Je le maîtrise bien, donc je ne vois pas l’utilité d’en changer. Les synthés virtuels peuvent par contre évoluer. J’ai beaucoup utilisé Massive, j’ai également Motion que j’adore et Serum depuis quelque temps. C’est un synthé assez puissant qui permet de produire des sons incroyables. C’est une usine à gaz. Il m’arrive d’employer d’autres petits softs occasionnellement. Ça m’amuse.

Tu développais souvent sur des étendues très longues lorsque tu utilisais les sons électroniques. Ce n’est pas le cas pour Stars Aligned Machine, puisque tu mises ici davantage sur des formats resserrés. Est-ce que tu as eu peur de perdre l’auditeur en route ?

J’ai en effet tendance avec le temps à partir sur des morceaux plus courts. Tu évoquais « Landscapes » plus tôt. Il s’agit d’une collaboration avec le groupe Rageous Gratoons qui se prêtait bien à un format long. Pour cet album d’Ant Nebulä, je voulais davantage envisager les titres électro sous la forme d’interludes. Mais j’utilise également un peu de machines sur des morceaux comme « Ninth Life », qui a été enregistré avec Deborah du groupe Herein. Il y a un peu d’habillage électronique sur l’introduction mais le morceau conserve un format classique. Je voulais également proposer plusieurs featurings avec ce disque. Xavier, le bassiste de Jenx, intervient sur « Trigger ». L’ex-guitariste de Sleeppers, Raf, a enregistré une partie sur « Ghostlike », un morceau plus orienté pop-rock. Dasha est pour sa part présente sur le morceau instrumental « White Noise – The Sequel ».

As-tu retrouvé certains automatismes de collaboration en composant de nouveau avec Raf ?

« Ghostlike » est le titre le plus pop du disque. J’ai tout de suite pensé à Raf pour travailler sur un habillage de guitare. Il venait justement d’acquérir un E-Bow (appareil électronique émettant un champ électromagnétique sur les cordes de guitares et produisant un son semblable à celui d’un archet, ndlr). Je lui ai envoyé le morceau, et il m’a fait un retour deux jours plus tard. Nous avons plié l’enregistrement en une demi-heure. Il a ajouté tous les solos avec l’E-Bow, ils sonnent comme une guitare slide. C’était une collaboration évidente.

Deborah de Herein chante par ailleurs sur « Ninth Life », dont l’instrumentation évoque inévitablement Tool. Tu as fait le choix de lui laisser la quasi-intégralité de l’espace vocal et de n’intervenir qu’en soutien, un choix audacieux et assez rare. Est-ce que tu considérais le morceau comme plus efficace en lui laissant le plein contrôle du chant ?

Clairement. En maquettant de titre, j’ai également enregistré du chant. Il était haut perché mais ça ne sonnait pas. Ce morceau avait besoin d’une voix féminine. Il est plutôt doux et il fonctionne mieux avec le chant de Deborah. Si elle ne l’avait pas fait, je me serais orienté vers une autre chanteuse. Deborah va notamment le chanter à l’occasion de la release party le 28 février 2026, puisque nous jouons avec Herein sur cette date. Pour les dates qui vont suivre, c’est Elo, la bassiste, qui va assurer le chant. Elle s’en sort très bien, et c’est mieux que si je m’y collais moi-même.

Est-ce qu’Elo a une expérience de chanteuse ?

Complètement. C’est une personne que je connais depuis longtemps. Elle faisait de la batterie dans un groupe de rock, de la guitare dans un autre. Elle est également à l’aise à la basse et chante très bien. C’est une multi-musicienne. Elle joue dans un cover-band de Pink Floyd et d’autres projets dans le Sud-Ouest. Tout le monde la connaît, c’est une figure locale.

L’album intègre une reprise de « She’s Lost Control » de Joy Division. Que représente ce groupe dans ta culture musicale et ta construction personnelle ?

C’est un groupe culte. Leur discographie est un sans-faute. J’avais lu qu’il s’agissait de l’un des groupes les plus cités en référence par les musiciens. Si tu écoutes du rock et que tu n’as jamais écouté Joy Division, quelque chose ne va pas. Si tu écoutes ce groupe, tu adhères forcément. C’est fédérateur, tu ne peux pas être déçu. Il n’y a que deux albums, Unknown Pleasures et Closer, ainsi qu’une poignée de singles, mais c’est culte. J’ai beaucoup écouté étant adolescent. A l’origine, cette reprise est un hasard. J’avais un morceau avec une basse qui partait dans les aigus et une construction qui ressemblait à « She’s Lost Control ». Du coup, je suis carrément parti sur une reprise. C’était un accident mais ça fonctionne.

« Musicalement, j’ai tourné une grosse page avec la fin de Sleeppers. C’était un mal pour un bien. Aujourd’hui, je m’éclate. J’ai l’impression de faire beaucoup plus de musique qu’avant. »

Tu utilises un sample issu de Blade Runner 2049 sur « Dead Dream ». Est-ce que le film original a une importance particulière pour toi ?

C’est un film magnifique. Nous étions très fans de Blade Runner avec Harrison Ford et nous l’avons beaucoup samplé. Sur l’album Cut Off de Sleeppers, que nous venons d’ailleurs de rééditer pour ses vingt-cinq ans, le morceau « Clonin’ Masse With Boudha ADN » débute avec un chant de Geisha. C’est un chant japonais qui tourne et qui est samplé de Blade Runner. Il y a sur cet album d’autres samples qui sont issus de ce film. Ce sample d’intro sur lequel nous venons poser notre musique pour « Clonin’ Masse With Boudha ADN » a également été utilisé par le groupe Near Death Experience. Nous croisions souvent les gars et nous nous accusions mutuellement de nous être piqué le sample ! C’était un groupe d’Orléans qui répétait dans la colocation des Burning Heads. Le son des Burning à l’époque était assuré par Jacques [Garnavault], qui était également bassiste dans Near Death Experience. Il a produit deux disques de Sleeppers et nous a fait un temps le son également. Il assure des sets live techno maintenant sous le nom de David Green, il est associé au label Infrabass.

Est-ce que le fait de travailler sur la réédition anniversaire de Cut Off a pu influencer ton écriture pour Ant Nebulä ?

Pas du tout. Par contre je l’ai réécouté avec plaisir. La production me fait halluciner, le son est monstrueux. Nous avions enregistré au studio Le Chalet à Bordeaux, un lieu qui n’existe plus, avec Fred Norguet aux manettes. Je n’avais pas posé l’oreille sur ce disque depuis longtemps, et ce n’est pas Cut Off qui m’inspire en ce moment. En fait, il n’y a rien de particulier qui m’inspire. Je joue de la guitare tous les jours, je tombe sur des riffs et je compose des morceaux naturellement. J’ai une écriture un peu automatique et un paquet de riffs dans mon téléphone. J’enregistre des petits bouts et ensuite je brode. Concernant Cut Off, c’était une période intéressante. La fin de l’ère en trio, dont c’est le point culminant.

Les interprétations peuvent être multiples derrière la symbolique de l’œil, qui est au cœur de l’artwork. Vous abordez d’ailleurs l’album avec le morceau « The Girl With X-Ray Eyes ». Est-ce que le disque déroule une thématique particulière autour du voyeurisme qui semble se développer dans nos sociétés modernes ?

Le visuel vient de Jeff Grimal, un artiste de Bordeaux. Il met en avant un monolithe venu du ciel qui peut être à l’origine de l’alignement de certains éléments, d’où le nom de l’album, Stars Aligned Machine. Ce n’est pas un titre choisi au hasard puisque beaucoup de choses se sont alignées dans ma vie. En ce qui concerne « The Girl With X-Ray Eyes », les textes évoquent une fille qui voit à travers ton âme et tes pensées, comme un extraterrestre qui peut te comprendre. J’avais envie de faire un clip complètement fou avec ça, on verra si nous le ferons. Notre société est axée sur le voyeurisme à travers les réseaux sociaux, le fait de se montrer constamment, mais il n’y a pas vraiment de symbolique développée derrière l’image de l’œil. Sur le premier EP, le morceau « Peoplesuckers » évoque par contre ce sujet, les « suceurs de people ». C’est une critique contre ce système de « m’as-tu-vu » et de réseaux qui ne m’intéresse pas. J’ai les mêmes opinions aujourd’hui. « White Noise » va donner lieu à un clip qui sortira dans le courant du mois de janvier. Le réalisateur, Jérémy Trellu, souhaitait aborder la thématique de la pollution et de la destruction de la planète. Chaque morceau de ce nouvel album aborde un sujet différent. « Ninth Life » est une extrapolation autour de la neuvième vie. Dans certaines cultures ou religions, on peut être amené à évoquer les sept ou neuf vies d’un chat.

As-tu le sentiment d’avoir vécu plusieurs vies, aussi bien sur le plan musical que personnel ?

Tout à fait. Musicalement, j’ai tourné une grosse page avec la fin de Sleeppers. C’était un mal pour un bien. Aujourd’hui, je m’éclate. J’ai l’impression de faire beaucoup plus de musique qu’avant. En ce qui concerne le volet personnel, j’ai connu des changements et tout s’est aligné récemment.

Ant Nebulä joue encore majoritairement sur la région Aquitaine. Est-ce qu’il est désormais plus compliqué de tourner dans de bonnes conditions ?

C’est beaucoup plus difficile actuellement. Il y a désormais beaucoup plus de groupes qu’à mes débuts avec Sleeppers, mais paradoxalement moins de lieux pour jouer. Ça bouchonne. Dans les années 90, il y avait plein de salles différentes, c’était facile. Il n’y avait pas de réseaux sociaux mais on tirait des flyers et on trouvait des lieux associatifs dans tous les coins. On pouvait faire des concerts partout, il y avait peu de groupes et tout le monde se connaissait plus ou moins. Maintenant, c’est l’inverse. Il y a énormément de groupes, et des bons. Ils ont un pote qui fait de la vidéo, un autre graphiste, etc. Ils proposent directement un clip qui déboîte. Par contre, lors d’un concert, on ne peut pas tricher. Les gens voient tout de suite si c’est bien ou pas. Il y a de nombreux groupes qui arrivent avec des idées fraîches, mais ils n’ont pas la possibilité de trouver des lieux pour se produire. Aller jouer en dehors du Sud-Ouest, c’est actuellement compliqué pour nous. Nous allons prochainement faire deux dates avec le groupe Zëro, constitué d’anciens membres de Bästard. Ils jouent à Périgueux au Moulin du Rousseau, et à Bordeaux à La Maison, chez Allez Les Filles. J’aimerais bien que nous puissions faire des concerts plus loin, mais nous n’avons pas d’opportunités dans l’immédiat. J’essaie d’établir des connexions avec des gars de Lyon, de Grenoble, des coins où Sleeppers pouvait se produire par le passé. Les frais grimpent vite pour faire jouer un groupe, surtout s’il est gourmand. De notre côté nous ne sommes que trois sur la route, tu nous files cinq cents balles, nous venons, mais si nous traversons la France, il faut que ce soit au moins pour deux dates, trois dans l’idéal. Nous n’allons pas faire un aller-retour à Lyon pour une unique date et quatre cents balles. Mais j’espère que nous allons arriver à faire des dates pour cet album.

Interview réalisée en visio le 22 décembre 2025 par Benoît Disdier.
Retranscription : Benoît Disdier.

Facebook officiel d’Ant Nebulä : www.facebook.com/antnebulaofficial.

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