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Chronique   

Kauan – Wayhome


Entre un Kaiho cotonneux et sans chant guttural, un Ice Fleet étrangement lo-fi, une flopée d’enregistrements live et une réimagination d’un ancien album, les plus aigris diront que cela faisait bien dix ans qu’on n’avait pas eu un album « normal » de Kauan. Il faut dire que Sorni Nai (2015) avait fait forte impression, exposant avec élégance, sur un concept original (cherchez donc « Affaire du col Dyatlov »…), les codes du groupe. Une combinaison de post-rock, de doom et de folk plus aisée à manier sur le papier qu’en pratique. Le « retour à la maison » évoqué par Wayhome brosse des concepts allant de la mort à la renaissance. Les visuels – coton et tissu se désagrégeant – reflètent cette ambiguïté. Il en va de même côté musique : Kauan est chaleureux sous sa couche de glace. Ses arpèges, le chant clair, et à plus grand titre les chœurs, ont quelque chose d’une figure parentale qui nous enveloppe de son aile. Le finnois, langue de niche s’il en est, ajoute à l’atmosphère de mystère. Les claviers ornementent ce travail et osent, cette fois, davantage rouler des mécaniques.

Moins frontal, Wayhome exploite quelques leitmotivs plus bruitistes que mélodiques : des sons façon musique concrète jalonnent l’album. Le batteur lui-même, traité de manière particulière, donne parfois l’air de tester la résonance d’une porte de cave. Le doom ménage ses effets, comme s’il lui fallait remonter un torrent à contre-courant. Les guitares saturées font peu à peu leur nid, de même que le chant guttural, dont la nature et la fonction suggèrent du papier de verre. Wayhome sonne comme la recherche d’une certaine harmonie, une association complexe entre enfermement et grands espaces immaculés, ou la réconciliation entre le domaine psychique et le monde tangible. Les plus pressés ne verront là qu’une compilation d’intros et d’outros, mais un alignement de planètes peut révéler des nuances et une narration hors pair. Il s’agit précisément du type d’album qui se montre sous un nouveau jour au casque, allié à une ballade en pleine nature.

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Interview   

Mass Hysteria sur le toit du monde metal


C’est une forme de consécration qu’a vécue le groupe français Mass Hystaria le 29 juin 2024, en jouant à 20h30 sur la Mainstage 1 du Hellfest. D’autant que le live, c’est LE terrain de jeu favori du groupe, qui lui permet d’exprimer toute sa puissance. C’était leur cinquième passage à Clisson, et il semble que les planètes du metal aient été parfaitement alignées. Malgré la pluie, l’osmose entre le groupe et le public a été indéniable, et se ressent sur Vae Soli, l’album live qui vient de sortir.

Sur la scène – et son snake pit – prévue à l’intention de Metallica, qui a officié quelques heures plus tard, Mass Hysteria a délivré une prestation de haut vol. Fred et Yann, les deux guitaristes du groupe, nous ont livré leurs ressentis (contrastés !) sur ce moment très intense, individuellement et collectivement.

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Chronique   

Bell Witch & Aerial Ruin – Stygian Bough Vol. II


Si le funeral doom en général repousse les limites du metal – en lenteur, en lourdeur, en tristesse –, c’est sur le terrain de la longueur que Bell Witch s’est particulièrement illustré, notamment sur le monumental Mirror Reaper (2017), et plus encore sur Future’s Shadow Part 1: The Clandestine Gate (2023), première partie formée d’une seule chanson de près d’une heure et demie (!) d’un édifice encore plus vaste. Mais lors de ses collaborations avec le musicien de dark folk Aerial Ruin, la musique du duo revient à des dimensions plus humaines. C’était le cas sur le premier volume de Stygian Bough (2020), et c’est toujours le cas sur le deuxième, sorti en novembre. Et paradoxalement, c’est peut-être dans ce format plus conventionnel que Bell Witch parvient véritablement à montrer toute l’étendue de son talent…

Sur ces quatre morceaux d’une dizaine de minutes, il n’est en effet pas question de réduire l’espace déployé par les musiciens, et encore moins de diluer leur intensité émotionnelle. Qu’elle prenne la forme d’un funeral doom épuré (« Waves Became The Sky »), d’un riff chargé de menace entrelacé d’ambient minimaliste (« King Of The Wood »), de folk délicate (l’ouverture de « From Dominion ») ou de longs solos lyriques (la fin de « The Told And The Leadened »), la musique qui résulte des efforts conjoints de ces deux projets a l’élégance aérée d’une cathédrale, tour à tour imposante et fragile, toujours habitée. De quoi explorer une vaste palette de sentiments, du désespoir le plus nu à l’élévation la plus vertigineuse, échos peut-être du tout aussi immense et fouillé Rameau d’or de James Frazer – une somme sur les mythologies et les religions – où les musiciens sont allés puiser leur inspiration, et renouer avec une sorte de classicisme – au sens de doom traditionnel, voire de classic rock – qui rappelle parfois leurs compatriotes de Pallbearer. Dans la droite lignée du premier volume mais bénéficiant d’une production plus ambitieuse, Stygian Bough Vol. II permet à tous les musiciens impliqués de briller – la basse gronde, la batterie ancre les passages les plus éthérés, les voix, toujours claires cette fois-ci, emplissent l’espace – et donne à la condition humaine des dimensions de tragédie.

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Interview    Radio Metal   

Enthroned ouvre son grimoire


Fer de lance du black metal belge, Enthroned a profondément changé de forme en trente ans. Bien qu’aucun membre du line-up d’origine ne soit encore présent, la bête demeure bien vivante. Le groupe serait-il protégé par une force obscure qui le dépasse ? Ce n’est pas totalement impossible, selon les dires de Nornagest, leader et porte-voix d’Enthroned. Avec Ashspawn, le groupe poursuit son cheminement vers l’occultisme et le symbolisme ésotérique. Au point que ce douzième album a été écrit en collaboration avec le mystérieux Gilles de Laval, figure de référence de l’occultisme moderne. Depuis plusieurs années, Enthroned s’éloigne de la simple musicale au profit d’un metal extrême plus subtil. Ce nouvel opus s’inscrit pleinement dans cette démarche.

Des évolutions personnelles aux aspirations ésotériques de la formation, les sujets ne manquent pas pour échanger avec Nornagest. Le vétéran de la scène black metal sera à notre table dans Repas de Corbeaux ce lundi soir. L’émission démarre à 20h30 sur l’antenne de Radio Metal et sera disponible dès mardi matin en podcast.

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Interview   

Avralize : l’œil dans le rétro


Avralize ne lève jamais le pied. Alors que Freaks est encore tout frais dans les esprits, les Allemands dévoilent une direction artistique nouvelle et rafraîchissante avec leur nouvel album Liminal. Précédé par une série de singles qui auront imposé un univers rétro coloré et déjanté, ce second disque voit le quatuor pousser son désir d’expérimentation plus loin, plus fort. Sans jamais rogner sur l’efficacité d’un metalcore qui s’inscrit avec brio dans les tendances modernes, Avralize impose sa personnalité et son originalité. Et le groupe surprend en conférant à sa musique une couleur rétro parfois kitsch mais délicieusement aguicheuse, riche de bizarreries et autres bidouillages sonores dont il a le secret.

Avralize semble faire de la musique de nerds, pour les nerds. L’entretien qui suit s’est donc logiquement et à plusieurs reprises orienté vers leurs références liées à la pop-culture, et plus particulièrement la série Stranger Things, dont le groupe attend la nouvelle saison avec une impatience non dissimulée.

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Live Report   

Gojira : triomphe à domicile


Ce 9 décembre, l’Arkéa Arena avait des allures de point d’orgue. Depuis plusieurs semaines, la grande tournée française de Gojira retourne l’Hexagone ville après ville, un véritable marathon national où chaque date affiche complet en un clin d’œil. Bordeaux ne fait pas exception : la date a attiré du monde, gonflée d’un brassage international où se mêlent accents anglais, espagnols et francophones survoltés. Il faut dire que les Landais ne viennent pas si souvent jouer « à domicile », et encore moins dans ce contexte : depuis leur prestation saisissante aux Jeux olympiques, Gojira a franchi un palier de notoriété que peu d’artistes français — tous styles confondus — peuvent revendiquer.

Ce soir, tout respire l’événement exceptionnel. Les fans historiques côtoient ceux qui ont découvert le groupe entre deux anneaux olympiques, et chacun semble mesurer la rareté de l’instant. Même l’Arkéa envoie un signal fort : bars fermés pendant le set de la tête d’affiche, histoire de ne pas détourner une seule minute de ce qui s’annonce comme une soirée percutante. Dans la fosse comme dans les gradins, l’électricité est palpable. Gojira parcourt la France en conquérants ; à Bordeaux, ils rentrent à la maison. Et toute la salle n’attend qu’une chose : l’explosion.

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Chronique   

Volumes – Mirror Touch


Volumes aurait pu jeter l’éponge à plus d’une reprise. Le groupe aura connu son lot de mouvements de line-up, les conflits internes et le drame. Alors que son guitariste historique Diego Farias venait de déserter les rangs, ce dernier décède en effet quelques jours plus tard. Étrangement, les Américains n’ont jamais souhaité pourvoir le poste et collaborent depuis avec des musiciens de session. Mirror Touch est à ce titre le second album réalisé sous la forme quatuor, quatre ans après un Happy? cathartique.

Si la musique de Volumes s’est ouverte aux mélodies ciselées, le groupe n’a jamais vraiment cédé une once de terrain à la facilité. Mirror Touch fait preuve d’une intensité lourde, tension qui se conjugue aussi bien dans les moments les plus accessibles que lorsqu’il s’agit d’empiler les riffs massue. Le groupe déroule certes un son -core parfaitement assumé, mais voit bien plus loin et n’hésite jamais à déconstruire les schémas standards du genre. Il lorgne constamment vers une écriture progressive et aventureuse qui offre à ce cinquième opus son lot de détours labyrinthiques. Il y a chez Volumes une schizophrénie chronique, un aspect indomptable passionnant. Les Américains sont passés maîtres dans la composition de morceaux efficaces et popisants, parfois jusqu’à frôler l’overdose de refrains catchy (l’irrésistible « California »). Ils finissent pourtant inévitablement par sombrer vers une rage décapante et les enchaînements techniques. L’album regorge de rythmiques syncopées et de riffs élastiques purement djent, d’enluminures cyber-électro, de couches et superpositions. Le chant est tout aussi imprévisible. Michael Barr et Myke Terry interviennent aussi bien en clean qu’en registre hurlé, et entremêlent leurs lignes vocales sans user des ressorts classiques. Certains morceaux déferlent brutalement, sans un rayon de lumière (« Bottom Dollar », « Sidewinder »). D’autres réchauffent le cœur par leurs envolées satinées. Volumes mise le reste du temps sur un équilibre précis et inspiré. Mirror Touch est un jeu d’équilibriste créatif constant. Superbe.

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Interview   

Bukowski : de la lave fleurit l’espoir


La résilience coule dans le sang bouillant de Bukowski. Confronté au décès de son membre fondateur, bassiste et parolier Julien Dottel, le groupe aurait pu légitiment choisir d’en rester là. Il a souhaité poursuivre son aventure, autant pour lui que pour faire vivre l’héritage de son frère d’armes. En résulte Cold Lava, un brûlot rock’n’roll qui va à l’essentiel et aligne onze pépites aux refrains imparables. Une reconnexion à ses racines que Bukowski a voulu totale en s’enfermant de nouveau au studio Sainte-Marthe de Francis Caste, producteur historique du groupe ayant officié sur les albums Amazing Grace, The Midnight Sons et Strangers.

Si Cold Lava s’inscrit de fait dans une certaine forme de « tradition » du son Bukowski, il symbolise autant le renouveau que la sérénité. Le groupe y apparaît plus soudé et complice que jamais, comme en témoignent les propos de Mathieu Dottel et Romain Sauvageon dans l’entretien qui suit. Les musiciens évoquent à cette occasion l’équilibre et les méthodes de travail qu’ils ont tous eu à trouver pour envisager l’après, la contribution essentielle de leur nouveau bassiste Max Müller ainsi que l’optimisme qui leur semble désormais nécessaire de trouver au quotidien.

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Chronique   

Lord Of The Lost – Opvs Noir Vol. 2


Opvs Noir Vol. 2 sort de sa tanière et, avec lui, Lord Of The Lost poursuit sa descente dans les ténèbres avec une assurance presque désarmante. Là où le premier volume posait les bases d’un univers opulent et dramatique, ce second chapitre en affine les contours, comme s’il explorait chaque ombre avec une précision nouvelle. La patine gothique, toujours présente, se fait ici plus sensuelle, plus intérieure, presque murmurée.

« The Fall From Grace » confirme cette ambition cinématographique : un piano lointain à la Hans Zimmer qui éclot lentement avant de devenir un morceau ample, presque lumineux. Une bouffée d’air avant la plongée : « Would You Walk With Me Through Hell » renverse aussitôt l’atmosphère. Sombre, ardent, presque vicieux, le titre façonne un véritable hybride avec Infected Rain, comme une chanson d’accueil aux portes de l’enfer. Plus loin, « Walls Of Eden » offre une respiration essentielle : plutôt que courir après un paradis fantasmé, Harms suggère de trouver l’Eden dans ce que l’on est. Tempo lourd, refrain aérien, batterie métronomique — un équilibre fragile mais puissant entre gravité et apaisement. L’album dévoile aussi des fulgurances intimes : « One Of Us Will Be Next », guidé par un piano délicat et un solo aux accents de « November Rain », rappelle une vérité simple : l’un de nous sera le prochain. Une mélancolie qui donne du poids à chaque instant. « The Last Star » étend enfin l’univers vers le cosmique : l’image d’une ultime étoile mourante, portée par des guitares doublant parfois la ligne vocale et un arrangement électronique presque à la Daft Punk. Parmi les collaborations, celle avec IAMX se distingue nettement. Le titre est fait pour Chris Corner, tant sa voix unique le façonne et l’ancre dans son esthétique, comme un pont entre deux mondes introspectifs.

Ce deuxième volume semble confirmer que la trilogie s’imposera comme l’une des œuvres les plus sensibles et profondes de Lord Of The Lost. Le groupe reprend les codes du Vol. 1 sans chercher à surprendre artificiellement : il préfère approfondir, consolider, densifier, comme si la vraie innovation résidait dans la façon de polir les ombres et d’y trouver une touchante beauté. On en redemande — et ça tombe bien : le Vol. 3 arrive bientôt, prêt à achever cette étreinte noire étrangement réconfortante…

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Live Report   

Last Train : Le minimalisme éclatant


Last Train a eu une année bien chargée. Le groupe a été vu partout : sur les routes, dans les salles pleines, sur les scènes des festivals en tout genre, dont un Hellfest remarqué. Sans bruit inutile, Last Train s’est imposé comme un groupe majeur du rock français. Ils avancent lentement mais sûrement, avec une identité forte et une base de fans solide.

Car Last Train est avant tout un groupe indépendant, au sens propre. Production, organisation, direction artistique : ils gèrent tout eux-mêmes. Cette autonomie se ressent dans leur musique, dans leurs choix, dans leur façon d’occuper une scène. Autour d’eux, une petite famille se serre les coudes, et le quatuor continue de grimper. Les dates complètes au Trianon et le Zénith à venir en sont la conséquence logique.

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  • A Perfect Circle @ Zénith Paris
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