Chez Avatarium, la musique, c’est beaucoup de choses : un miroir de la vie, de l’humain, une énergie à dompter, un héritage – celui de Leif Elding (Candlemass) à l’origine du projet, de Black Sabbath en tant qu’inspiration première, du jazz et du classique pour certaines composantes, voire de Dostoïevski pour sa philosophie… – et une symbiose artistique entre la chanteuse Jennie-Ann Smith et le guitariste Marcus Jidell. En effet, depuis le retrait d’Edling en 2017, le couple – dans la musique comme dans la vie – a pris les rênes de la composition, non sans crainte au début, pour un résultat largement à la hauteur.
C’est dans une suite logique que s’inscrit Between You, God, The Devil And The Dead, à la fois en proposant quelques échos du premier album de 2013 et en faisant progresser la formule. Nombre des chansons et/ou riffs ont été cette fois écrits au piano, un instrument offrant un autre point de vue que la guitare mais au moins aussi dynamique, une notion chère au groupe qu’il s’efforce travailler en studio comme en live. Nous discutons de tout ceci et plus avec Marcus Jidell.
« La musique, c’est comme la vie, c’est de l’énergie. Quand tu joues en poussant très fort le volume de l’enceinte, il faut contrôler cette énergie. Il faut être dans la maîtrise du son. C’est comme dompter un cheval sauvage. Quand tu parviens à le dompter, c’est merveilleux. »
Radio Metal : Avec ce nouvel album, on retrouve un Avatarium plein de riffs dans un style classic doom, rappelant parfois le premier album, comme sur « Long Black Waves ». Quelles étaient les motivations derrière ce semi-retour aux sources ?
Marcus Jidell (guitare) : Nous avons fait une tournée après l’album précédent, Death, Where Is Your Sting, et j’ai ressenti l’envie de faire un album plus orienté riff, avec des chansons qui seraient amusantes à jouer live. C’était l’un des premiers paramètres que j’ai eus en tête, car j’adore jouer des riffs heavy et je m’éclate à jouer les vieilles chansons. C’est génial de jouer des riffs heavy sur une guitare bruyante ! [Rires] C’était donc l’une des raisons. Cet album opère en effet un petit retour aux sources, mais il contient également plein de nouveaux éléments. J’adore le premier album, il est fantastique, mais si on compare, on voit bien que nous avons mûri et que nous continuons à aller de l’avant.
Tu viens de dire que tu adorais jouer de la guitare bruyante, et j’ai lu que ça te faisait te sentir vivant intérieurement. Qu’est-ce qui provoque cet effet ? Est-ce les vibrations, quelque chose de physique qui est transmis de ton médiator vers l’enceinte puis de retour vers ton corps ?
Oui, c’est un tout. La musique, c’est comme la vie, c’est de l’énergie. Quand tu joues en poussant très fort le volume de l’enceinte, il faut contrôler cette énergie. Si tu fais des erreurs ou manques de précision, ça transparaît et ça sonne merdique [rires]. Il faut être dans la maîtrise du son. C’est comme dompter un cheval sauvage. Quand tu parviens à le dompter, c’est merveilleux. C’est donc un défi. Tu n’es pas là les mains derrière la tête et tout se fait tout seul, il faut vraiment contrôler les choses. J’aime ça, je trouve que c’est amusant. Et c’est de l’énergie brute, j’adore ce son, ce sont de bonnes vibrations. Aujourd’hui, les gens n’utilisent plus ces gros amplis, mais quand tu le fais, c’est toi qui contrôles la dynamique. Dans Avatarium, parfois nous jouons très fort, parfois certaines parties de chansons sont très calmes, douces et tendres, et c’est moi qui contrôle ça. C’est important, car je suis le musicien. Le batteur, le bassiste et moi, c’est nous qui sommes censés contrôler la dynamique et pas l’ingénieur du son, par exemple. C’est comme quand on joue de la guitare acoustique ou du piano, on peut jouer très fort, mais l’idée est aussi de pouvoir jouer de manière calme.
Est-ce plus dur d’avoir ce contrôle en live où il y a énormément de paramètres que tu ne contrôle pas, justement ?
Oui, bien sûr. Ça fait partie du défi et de ce qui rend ça amusant, quand tu parviens effectivement à contrôler le son. Il faut vraiment être sur le qui-vive et focalisé. Je vois plein de musiciens qui tournent et jouent avec des bandes et ce genre de choses, et je vois qu’avec l’âge, ils perdent leur passion. Ils sont plus intéressés par le fait de boire une bière ou peu importe. C’est parce qu’ils sont enchaînés, ils sont les esclaves des machines. Forcément, ils perdent la passion de la musique, car ils ne jouent pas vraiment, ce sont des ouvriers d’usine. Il n’y a rien de mal à être un ouvrier d’usine, mais ce n’est pas de ça qu’il est question dans l’art. L’art, c’est s’exprimer, oser se mettre des défis et prendre des risques.
Le fait est que vous avez un son assez caractéristique et quoi que vous fassiez, vous sonnez comme Avatarium. Quels seraient pour toi les nouveaux éléments dont tu parlais plus tôt ?
J’ai commencé à jouer plus de piano – j’étais justement en train de m’entraîner dessus, juste avant que nous nous parlions. Je suis frustré parce que je ne suis pas aussi doué que j’aimerais l’être. Quand je joue, parfois ça sonne bien, puis tout d’un coup, ça sonne comme de la merde [rires]. Mais c’est comme ça quand on apprend un instrument. Je m’y suis mis parce qu’il y a quelques années, nous avons fait venir le vieux piano de Jennie-Ann – il a fait cinq cents kilomètres, de la côte ouest à la côte est, c’est un sacré voyage pour un piano – et je l’ai réparé. C’est un bon petit piano, il sonne très bien. J’ai donc commencé à en jouer tous les jours et quand je joue d’un instrument, je trouve des idées. Du coup, nombre d’idées sur l’album ont été écrites au piano. Ça change un peu, parce qu’on ne compose pas exactement les mêmes choses au piano et sur une guitare. Je dirais donc que c’est l’une des grandes différences.
D’après toi, quelle est la valeur ajoutée de cette manière de faire pour composer des riffs doom ?
Je trouve que ça fonctionne bien parce que je peux jouer un riff avec ma main gauche et ajouter des accords avec ma main droite, ce qui apporte une autre dimension, car ça me donne de nouvelles idées quand j’entends des accords en même temps qu’un riff. Et avec un piano, tu as une autre vision des notes et de la musique, c’est un point de vue plus aérien. D’un autre côté, quand je prends ma guitare et que je la branche dans un Marshall, quelque chose de brut et de primitif en ressort, et c’est tout aussi fantastique. Je trouve que ça fonctionne bien de passer de l’un à l’autre, de combiner les deux, quand je compose et que je m’entraîne. J’aime l’énergie brute d’une guitare électrique et c’est différent du piano, donc les deux ont leurs valeurs distinctes. Après, il faut aussi traduire les parties composées au piano en Avatarium et certaines choses fonctionnent et d’autres ne fonctionnent pas. Il y en a que je n’aurais jamais cru être destinées à Avatarium, mais je les ai jouées à Jennie-Ann et elle a aimé. Il y a pas mal de choses qui n’étaient pas censées être sur l’album et que nous avons choisi d’inclure grâce à elle. Je lui fais confiance ; c’est ainsi que nous travaillons ensemble. Nous sommes parfaitement honnêtes l’un envers l’autre quand nous composons de la musique. Si nous n’aimons pas quelque chose, nous le disons, et pareil si nous aimons.
« La façon dont le batteur accorde ses peaux, dont il utilise ses fûts, dont j’utilise mon ampli, etc., tout est fait pour que nous puissions jouer de la musique dynamique. Si tu as un de ces sons modernes qu’on entend aujourd’hui, tu ne peux pas être dynamique. »
Justement, comment transformes-tu une partie de piano en riff de guitare, un morceau de piano en chanson pour groupe de rock ? Car ce sont deux contextes très différents…
Oui, c’est une bonne question. Tu essayes et soit ça fonctionne, soit ça ne fonctionne pas [rires]. Il y a certains types de mélodies, d’accords et de sons que j’aime, et peu importe l’instrument que je prends, j’ai tendance à graviter autour de ces derniers. Chaque personne a sa propre musicalité, ses propres trucs qui ressortent quand elle commence à jouer d’un instrument. J’écoute beaucoup de musique classique et en particulier Beethoven dernièrement, or certaines de ses compositions au piano sont assez doom ! Il y a certaines pièces classiques que j’adore qui possèdent des éléments doom. Ce n’est donc pas si éloigné. Un piano peut sonner vraiment heavy. C’est un instrument qui a plein de facettes, un peu comme une guitare. Une guitare électrique peut être douce, elle peut sonner comme un rayon de soleil, et elle peut sonner lourde, dramatique, méchante, et donner l’impression que l’enfer se déchaîne, elle peut être tout. C’est pareil avec un piano. On a tous entendu le thème des Dents De La Mer. On peut faire sonner un piano effrayant et on peut le faire sonner très beau.
Vous avez travaillé sur cet album pendant un an et demi. Jennie-Ann a dit que « ces choses prennent du temps ». Considères-tu que ce type de musique a besoin de temps pour voir le jour, se développer organiquement et atteindre sa pleine maturité ?
Oui, absolument. Et je pense que toutes les bonnes œuvres d’art ont besoin de temps. On est des êtres humains, on ne peut pas être à la fois créatifs et critiques. Pour moi le processus se passe ainsi : d’abord on est créatif, on compose des choses, puis il faut se reposer un peu, écouter ce qu’on a fait et voir ce qui était bien et ce qui ne l’était pas. J’aime l’écrivain Charles Bukowski : il écrivait le soir en buvant un peu, puis le matin, après s’être réveillé, il lisait tout avec un regard critique et se mettait à faire des modifications. C’est un peu pareil pour nous, si ce n’est que nous ne buvons pas en composant de la musique [rires]. Des personnes comme Mozart et Shakespeare étaient supposément capables de faire les deux en même temps, créer et critiquer, mais une personne ordinaire n’en est pas capable. C’est pourquoi c’était des génies à un tout autre niveau. Tous ceux que je connais, moi y compris, on doit donner du temps au temps. Surtout que je travaille sur plein de projets différents. Jennie-Ann et moi avons deux jours par semaine dédiés à la composition musicale. C’est ce que nous avons fait pour cet album. Les autres jours, je travaille avec Leif Edling de Candlemass ou d’autres groupes, je compose d’autres musiques pour autre chose. Donc je travaille avec Jennie-Ann pendant deux jours et une semaine plus tard, après avoir fait plein d’autres choses – et ça vaut aussi pour elle –, nous réécoutons. Ça nous aide à prendre du recul sur la musique, car c’est facile de tomber amoureux d’idées, mais toutes les idées ne sont pas bonnes. C’est donc très important d’apprendre à jeter ce qui ne fonctionne pas. Ce n’est pas forcément mauvais, c’est juste que ça ne convient pas à telle chanson en particulier. C’est comme un puzzle. Les pièces doivent bien s’imbriquer. On n’a pas totalement le contrôle là-dessus. Jennie-Ann dit qu’il faut être en lien avec le grand esprit, et c’est un peu ça. Les meilleures chansons que nous écrivons, je ne sais pas exactement comment elles nous sont venues. C’est juste que quelque chose s’est passé durant le processus ; ce peut être un long processus et, tout d’un coup, boum, maintenant on sait, ça s’ouvre.
D’un autre côté, il faut bien s’imposer des échéances : dans ce cas, n’y a-t-il pas une frustration ou une peur de passer à côté de quelque chose, peut-être l’éventualité de faire une meilleure chanson ?
Oui, mais il faut aussi terminer les choses, car certaines personnes continuent de travailler éternellement et ça ne veut pas dire que le résultat sera meilleur. Donc nous fixons des dates butoirs. Je trouve que cette année et demie que nous avons passé sur cet album, c’était bien. Je ne sais pas si ça aurait été plus rapide si nous avions travaillé tout le temps tous les jours, probablement ; nous pourrions probablement faire un album en quelques mois. Mais je ne sais pas, nous n’avons pas essayé !
Tu as déclaré que « maintenant que [tu es] plus vieux, [tu as] un nouveau regard sur la vie et sur la musique ». Estimes-tu que les deux vont de pair ?
Oui. C’est la raison pour laquelle je continue à faire de la musique : c’est un monde infini à explorer. Et la vie peut être pareille si on le veut, si on ne cesse pas d’être curieux, de se développer et d’être celui ou celle qu’on veut être. Donc en effet, je trouve que ça va de pair.
« Les machines sont censées être des outils pour nous aider, pas nos maîtres. Or dans nombre de musiques aujourd’hui, les machines sont les maîtres et l’artiste est l’outil. Ce n’est pas bon du tout, car on finit comme dans Terminator [rires]. »
Jennie-Ann vient en partie du jazz tandis que, toi, tu viens du classique. Penses-tu que les deux participent à l’identité d’Avatarium, d’une façon ou d’une autre ? En l’occurrence, il y a dans votre musique beaucoup de finesse qu’on ne retrouve pas dans tant de groupes de doom que ça : est-ce que ça vient de là ?
C’est possible. C’est sans doute vrai. Nous sommes tous les deux intéressés par ces deux genres qui ont peut-être un peu plus de dynamique et d’élégance que d’autres types de musique. J’aime le punk rock aussi, les Sex Pistols, Motörhead, etc. mais j’aime aussi Beethoven. Je suis comme ça. Dans Avatarium nous avons la possibilité de combiner ces univers musicaux, car nous pouvons avoir une attitude un peu punk rock, mais aussi des choses un peu jazzy ou l’élégance d’un morceau classique. C’est ce qui rend Avatarium vraiment amusant et qui fait qu’il est intéressant de travailler avec ce groupe. La dynamique, que ce soit en termes d’émotion, de volume, de tempo, etc., m’a toujours manqué dans d’autres groupes ; avec tous les groupes dans lesquels j’ai joué, ça m’a manqué. Les groupes de hard rock que j’adore, en particulier Deep Purple, ont énormément de dynamique quand on écoute leurs vieux enregistrements live. Je trouve que c’est ce qui rend la musique plus intéressante à écouter et à jouer. Lorsque quelqu’un crie constamment, ça finit par te fatiguer au bout d’un moment. Parfois, c’est bien de chuchoter ; quand quelqu’un chuchote, tu te demandes ce qui est raconté et tu commences à prêter attention, à bien écouter. Puis quand ça devient plus fort, ça crée un contraste qui marque l’esprit. Voilà pourquoi la dynamique est importante, de la même manière qu’elle l’est aussi dans la vie quotidienne, et c’est directement hérité du jazz et du classique.
Nous avons également travaillé pour transcrire cette dynamique en concert, avec nos instruments et tout. C’est pourquoi il faut que je joue dans un ampli plus old school qui est capable de jouer aussi bien fort que doucement, avec un côté un peu bluesy, délicat. Et le batteur ne peut pas utiliser de trigger et ce genre de chose : lorsque Habo [Andreas Johansson] joue de la batterie, c’est extrêmement dynamique. Il peut jouer avec une frappe extrêmement douce mais aussi extrêmement lourde et puissante. La façon dont il accorde ses peaux, dont il utilise ses fûts, dont j’utilise mon ampli, etc., tout est fait pour que nous puissions jouer de la musique dynamique. Si tu as un de ces sons modernes qu’on entend aujourd’hui, tu ne peux pas être dynamique et, à mon sens, ça devient de la musique de machine, il n’y a plus beaucoup d’humain là-dedans. Je m’intéresse à l’humain ; je m’intéresse à la philosophie, la psychologie, la religion, la spiritualité, etc. et toutes ces choses sont humaines, pas robotiques. J’aime les machines, comme les amplis de guitare – si on veut appeler ça une machine – et le matériel d’enregistrement, mais je n’ai pas envie qu’elles prennent le contrôle. Elles sont censées être des outils pour nous aider, pas nos maîtres. Or dans nombre de musiques aujourd’hui, les machines sont les maîtres et l’artiste est l’outil. Ce n’est pas bon du tout, car on finit comme dans Terminator. On a tous vu le film, il faut faire attention ! [Rires] Il faut protéger l’âme humaine.
Tu as joué du violoncelle étant enfant : penses-tu que la pratique de cet instrument a influencé ton jeu de guitare, d’une façon ou d’une autre ?
Un petit peu. Il y a des phrasés ou des manières de jouer que j’ai pris au violoncelle, donc oui, je peux dire que ça m’a influencé. Et quand des gars comme Eric Clapton et, surtout, Richie Blackmore ont commencé à jouer de la guitare, on retrouvait un petit peu le son d’un violon ou d’un violoncelle. Jimmy Page est connu pour avoir fait usage d’un archet, mais c’était plus un truc visuel cool qu’autre chose. J’ai essayé, mais sur une guitare électrique, avec des cordes en acier, ce n’est pas pareil, ça ne fonctionne pas bien. On ne peut pas retrouver le même effet que sur un violon ou un violoncelle. Ceci dit, je produis pas mal de sons atmosphériques de ce type en studio avec ma guitare, en utilisant des pédales de volume, des pédales d’écho, de la guitare slide et ce genre de choses, y compris des choses qui ressemblent à des cordes. Dans les albums d’Avatarium, plein de choses qu’on croirait être des claviers sont parfois, en réalité, plusieurs couches de guitares avec divers effets. Les slides peuvent d’ailleurs donner l’impression d’utiliser un archer suivant la manière dont on les fait.
Même si vous avez travaillé avec Leif Edling sur les premiers albums, Jennie-Ann et toi êtes devenus le duo de compositeurs d’Avatarium et avez dû apprendre à écrire ensemble. Qu’as-tu appris d’elle et qu’a-t-elle appris de toi ?
Je crois que le plus important est que nous avons appris à nous faire mutuellement confiance, car nous avons compris que nous étions capables de composer de la super musique ensemble. A chaque fois que j’écoute la chanson éponyme sur l’album The Fire I Long For, j’en suis tellement fier, car elle est tellement fantastique ! Et c’est là que je sais que Jennie-Ann et moi pouvons parfois écrire de la merveilleuse musique ensemble, et si nous l’avons fait une fois, ça veut dire que nous pouvons le refaire. Ce que nous avons appris, c’est aussi à être humbles et à nous écouter. Nous avons fait un pacte quand nous avons commencé : nous devons tous les deux aimer une idée pour qu’elle soit retenue, car c’est généralement là que ça devient bon. Si nous ne l’aimons pas tous les deux, nous devons la mettre à la poubelle. C’est genre : « Ok, on aime tous les deux ce couplet. D’accord, c’est bien, on a un bout de chanson. » Puis peut-être que je trouve un refrain, je dis : « Qu’en dis-tu pour un refrain ? » Elle dit : « Hmm… Non, je ne trouve pas ça terrible. » Je l’ai proposé, donc c’est que probablement ça me plaît, donc il faut que je sois humble, que je dise « d’accord » et que je prenne sur moi le fait qu’elle n’aime pas mon idée. Nous avons appris à ne pas être sentimental avec nos idées et à passer à autre chose, s’il le faut, pour essayer de trouver la meilleure solution que nous aimerons tous les deux. Nous avons aussi compris que ça produit quelque chose de plutôt bon que ni moi ni Jennie-Ann n’aurions composé seuls. Je suis extrêmement content de notre collaboration.
« Quand Jennie-Ann et moi avons dû commencer à composer nous-mêmes, j’ai eu un peu peur, parce que je craignais que nous ne puissions pas faire des albums aussi bons, car, à cause de son héritage, Avatarium se doit d’être excellent. »
Quand nous avons commencé à composer de la musique ensemble, nous avions à nos côtés Leif Edling qui est extraordinaire. C’est un compositeur vraiment génial. C’est lui qui nous a demandé : « Pourquoi n’écrivez-vous pas des chansons ? » Quand nous avons dû commencer à la faire, j’ai eu un peu peur, parce que je craignais que nous ne puissions pas faire des albums aussi bons, car, à cause de son héritage, Avatarium se doit d’être excellent. Surtout quand nous avons fait The Fire I Long Fort, nous étions tous les deux intimidés, mais nous avons eu le courage d’essayer et nous avons trouvé qu’en fait, c’était plutôt bon ! Certaines chansons étaient même vraiment très bonnes. Maintenant, avec ce Between You, God, The Devil And The Dead, j’ai vraiment l’impression que nous avons atteint un niveau où nous sommes capables d’écrire de très bonnes chansons ensemble. Je suis donc très fier cet album. Je trouve que, si on l’écoute comme un tout, du début à la fin, c’est un album très constant en qualité et aussi très intéressant ; c’est peut-être même le meilleur que nous ayons fait.
Est-ce que ça aide d’être mari et femme pour obtenir cette confiance mutuelle dans la musique ?
Oui, si tu n’as pas une grande fierté. Si tu as trop de fierté, alors tu voudras que tes propres idées soient choisies. Mais si tu peux te débarrasser de ta fierté, je pense que oui, ça peut vraiment aider. J’ai réfléchi à ça, car je lis au sujet de groupes que j’aime, comme Judas Priest, Black Sabbath, etc. Souvent, lorsqu’ils ont fait leurs grands albums, ils vivaient ensemble et étaient comme une famille. Quand vous vivez ensemble, comme nous, vous écoutez de la musique… Par exemple, j’écoute quelque chose et je dis : « C’est pas mal ça ! Peut-être qu’on devrait faire un truc dans ce genre. » C’est un processus en continu, même si nous avons un enfant et qu’il court dans tous les sens et fait le fou, car nous parlons tout le temps de musique et nous sommes sur la même longueur d’onde. Quand j’ai commencé à plonger dans l’œuvre de Beethoven il y a quelques années, Jennie-Ann s’y est également mise. C’est donc un peu comme ce que faisaient les groupes dans le temps. Je trouve que ça aide beaucoup. En tout cas, ça a été bon pour nous. Au début, c’était un peu un défi, et ça l’est toujours, mais la vie doit être un défi. La vie, c’est comme la musique, elle a besoin de tension pour qu’il y ait du relâchement, et alors ça devient intéressant. Il faut des deux.
Est-ce que Leif continue d’influencer ce groupe aujourd’hui, ne serait-ce qu’indirectement ?
Il nous influence toujours. Je le rencontre pratiquement toutes les semaines. Nous travaillons sur des choses. Je travaille avec lui sur Candlemass. C’est comme si c’était mon grand frère. C’est l’un de mes meilleurs amis, je l’adore. Il est fantastique. Sans lui, Avatarium n’existerait pas. Il en a posé les bases au début, c’est-à-dire que la musique devait être sombre, lourde et poétique. C’était ses trois mots clés et nous les utilisons toujours. C’est bien, car nous pouvons toujours nous y référer : sombre, lourd et poétique, c’est l’atmosphère que doit avoir la musique. Il continuera donc toujours à nous influencer. Ça fait environ douze ans que je travaille avec lui, pour Candlemass, Avatarium, Doomsday Kingdom et d’autres projets. Il a été très généreux et gentil dans sa démarche créative. Je lui demande des choses et il m’en apprend beaucoup, donc ma démarche créative est très semblable à la sienne. Je suis inspiré par sa manière d’être créatif. Je me souviens quand nous avons commencé à travailler ensemble, il m’a montré un article dans un gros journal suédois au sujet du « flow », et chaque fois que nous nous retrouvions, il me ramenait un nouvel article là-dessus, car c’est une notion importante pour lui. Et il m’a fait découvrir des musiques, sa manière d’écouter la musique, sa façon d’élaborer une chanson, d’arranger une chanson, etc. C’est donc quelqu’un d’extrêmement important pour moi. Je lui suis éternellement reconnaissant, car il m’a permis de trouver ma propre personnalité dans ma façon de composer et jouer de la musique. Nous ne sommes pas censés être des copies l’un de l’autre, mais quand tu apprends des méthodes de travail et que tu as des bases, des règles, etc., alors tu peux commencer à développer ton propre style et ta propre personnalité.
Quels sont les méthodes ou les outils de composition que tu as appris de lui ?
Une chose très importante est de toujours enregistrer les petites idées. Quand je me pose pour jouer du piano ou de la guitare, si trouve un truc que j’aime, je l’enregistre toujours. Après, je peux l’oublier et me mettre sur autre chose. Quand je me mets en mode composition, je passe en revue tous ces petits enregistrements, je les écoute, et de temps en temps, je trouve quelque chose de très intéressant que je peux utiliser pour en faire un morceau. Puis j’écoute encore et je tombe sur autre chose, j’assemble le tout, ou alors ça m’inspire et je trouve une autre partie. En faisant ça, tu obtiens une banque d’idées dans laquelle tu peux fouiller quand tu veux. Ainsi, je ne suis pas obligé de démarrer avec une page blanche quand je me mets à composer de la musique. De même, si on a besoin d’un riff pour une chanson, je prends mon dictaphone et j’écoute : « Peut-être celui-ci ? Non, peut-être celui-là ? » et parfois je peux trouver un truc qui sera parfait. C’est une bonne astuce, je la recommande !
« Même si on dit que la vie prend fin avec la mort et qu’après il n’y a rien, notre manière de vivre et ce qu’on fait restent extrêmement importants parce que tout ce qu’on fait affecte d’autres gens. Les énergies voyagent, et peuvent voyager longtemps. Quelque chose que je fais aujourd’hui pourrait avoir un effet dans quatre cents ans. J’y crois vraiment. »
Tu as révélé qu’une chanson dans l’album était au départ très typée « Paranoid », mais que finalement elle ne sonne plus du tout comme ça.
En effet, cette chanson ne sonne plus du tout comme « Paranoid ». Il s’agit de « Until Forever And Again ». Nous voulions faire un court morceau entraînant et au final, nous nous sommes retrouvés avec un long et lent morceau doom. Mais il se trouve que c’est devenu l’un de mes préférés !
Je sais de Jennie-Ann que sur l’album précédent, tu avais insisté pour faire de « Nocturne » un hommage au Black Sabbath de l’époque Ozzy. Est-ce que Black Sabbath reste une référence inaltérable pour toi ?
Tony Iommi, avec son son de guitare, a été extrêmement important. C’est probablement la principale inspiration pour Avatarium. J’aime les vieux morceaux d’Ozzy avec Black Sabbath, mais j’aime encore plus le Black Sabbath de Ronnie James Dio, c’est mon héros. Ce qu’ils ont fait sur Heaven And Hell et Mob Rules est exceptionnel. Si on veut écouter du hard rock, je ne crois pas qu’on puisse trouver mieux que ça, car il y a tout dedans : le côté dramatique, l’obscurité, les rayons de soleil qui percent, le rock n’ roll, le doom, etc. Il y a tout ce que j’aime dans le hard rock ! Sa manière de chanter était tellement extraordinaire. Et j’aime les deux batteurs, Bill Ward et Vinny Appice ; ils sont assez différents mais ils sont tous les deux fantastiques sur les albums sur lesquels ils jouent. D’un autre côté, j’écoute beaucoup l’album Sabbath Bloody Sabbath qui est aussi fantastique. Black Sabbath, c’est le groupe de hard rock numéro un.
Il y a un morceau instrumental vraiment heavy sur l’album qui s’intitule « Notes From The Underground ». Qu’est-ce qu’il exprime, pour toi ?
Son premier riff a lui aussi été écrit au piano quand j’étais en train de m’entraîner. On y retrouve un côté latin voire oriental. Habo joue du Darbouka, qui est un instrument de percussion perse. Le dernier riff est vraiment heavy, j’aime bien ! Ce sont « les carnets du sous-sol », donc c’est les pensées de quelqu’un assis dans une cave et qui ferait peut-être mieux parfois de sortir voir le soleil [petits rires]. En fait, Les Carnets Du Sous-Sol est un roman de Dostoïevski. Je l’ai lu à peu près au même moment, donc ça m’a inspiré. Dostoïevski est mon auteur préféré. J’ai trouvé que c’était un nom sympa et amusant pour un morceau car des « notes » peuvent à la fois être des écrits et des notes de musique. C’est aussi marrant de faire des instrumentaux. C’est une autre manière d’aborder la musique.
Dostoïevski est-il l’équivalent littéraire de Black Sabbath pour toi ?
[Rires] Peut-être. Il parle des pensées sombres de l’homme mais aussi de viser la lumière. Black Sabbath a aussi ces éléments. Ils ne recherchent pas l’obscurité, mais ils la montrent et en parlent. Vouloir se rapprocher de l’obscurité, si on fait le parallèle avec certains groupes de black metal ou autre, ce n’est pas bien, mais il faut en avoir conscience. Je crois aux démons, je crois qu’ils existent, et on doit faire attention à eux, car on ne veut pas d’eux dans sa vie. Ils essayent d’entrer dans notre esprit et on doit s’en protéger. Dostoïevski traite beaucoup de la psychologie, de l’esprit humain, de notre manière de réagir, des religions, etc. C’est très intéressant. C’est très profond ! Je l’ai lu quand j’étais très jeune mais j’ai vraiment commencé à apprécier ses romans ces dernières années, au point où il m’obsède presque. Si vous devez lire un de ses romans, il faut que vous lisiez Les Frères Karamazov. Pour moi, c’est son chef-d’œuvre.
Tu parlais de dynamique et de contrastes : le passage de « Notes From The Underground » à la chanson éponyme de l’album à la fin en est un bon exemple, ça résume bien tout le concept d’Avatarium…
Oui. Quand nous avons fait « Moonhorse » sur le premier album, c’est là que nous avons découvert que nous pouvions combiner du chant et de la guitare acoustique avec des riffs vraiment heavy, et que ça créait ainsi tout un monde. En studio ou autre, parfois, on parle d’heureux accidents, et Avatarium c’est ça. Leif avait écrit des chansons et m’avait demandé si je pouvais l’aider à enregistrer des démos. Puis nous avons parlé de chanteurs et nous avons essayé avec Jennie-Ann, juste pour qu’elle nous aide avec les démos. Quand elle a commencé à chanter, je crois qu’elle a elle-même été un peu surprise. Nous étions tous surpris, car quelque chose s’était passé. Nous avons simplement eu de la chance que cette combinaison de musique sombre et de la voix de Jennie-Ann nous ait été donnée. Nous en sommes très reconnaissants, et ce nouvel album en est la continuation.
« Pour moi, la musique a un lien avec les choses que l’on ne voit pas, que l’on ne peut pas prouver. C’est comme l’amour ou Dieu. On travaille avec quelque chose qu’on ne peut pas voir. La musique est donc une manière d’entrer en contact avec son âme. »
L’album s’intitule Between You, God, The Devil And The Dead. Quelle est la relation ou le lien entre ces quatre entités ?
Les paroles ont été écrites par Jennie-Ann, mais je crois en Dieu et au diable. Le diable n’est pas un ami [rires], je l’ai appris par expérience ; il cherche à bousiller nos vies et veut que nous soyons malheureux. Dieu est une force aimante et si tu lui donnes tes plus sombres secrets, tu peux repartir de zéro et trouver la paix, alors que le diable veut que tu restes coincé dans cette obscurité, car ainsi tu es malheureux et tu te détestes ou tu détestes les autres, c’est ce qu’il veut. C’est mon opinion sur ces deux entités. Puis la mort, on sait qu’on va mourir mais on ne sait pas ce qui se passe après.
Dans la chanson éponyme, Jennie-Ann chante : « Les fantômes du passé nous mènent loin et vite. » As-tu toi-même de nombreux fantômes du passé ?
J’avais l’habitude d’en avoir beaucoup. C’est ce que je voulais dire : si tu restes là-dedans, tu deviens malheureux. On a tous des fantômes du passé, mais l’idée est de se pardonner, de pardonner à autrui et de passer à autre chose. Personne n’est parfait, on est tous humains, et c’est très bien comme ça, mais le pardon est extrêmement important. Je m’y exerce. J’essaye vraiment d’adopter la pratique du pardon dans ma vie. Il m’a fallu longtemps. Il y a eu beaucoup de choses pour lesquelles ça a été très dur de pardonner, me concernant et concernant des gens de mon entourage, mais j’ai fini par pardonner la plupart. Quand tu y parviens, alors tu peux te relever et tout recommencer. La vie, c’est ça : on échoue et on recommence, on échoue et on recommence… On se relève toujours. On ne reste jamais à terre. En tout cas, c’est ainsi que j’essaye de vivre. C’est une bonne manière de penser, parce qu’on est censés être heureux et vivants, et faire de notre mieux. C’est ce qu’une force aimante – que j’appelle Dieu – veut qu’on soit. Il veut qu’on soit heureux, mais il faut prendre soin de soi et être bon avec soi-même et avec les autres, du mieux possible. Puis on échoue, on tombe et on se relève à nouveau ! [Rires]
Thématiquement parlant, une nouvelle fois, cet album parle beaucoup de la mort. La dernière fois, Jennie-Ann nous a dit être « curieuse à propos de la mort depuis qu[’elle est] enfant » et qu’elle se posait beaucoup de questions. Qu’en est-il de toi ? Quelles ont été ta relation avec la mort et ta vision de celle-ci ? Partages-tu sa curiosité ?
Evidemment, c’est intéressant. Ma relation à la mort est de savoir que cette vie sur terre n’est pas éternelle, et avec un peu chance, me le rappeler m’aide à faire attention à ce que je fais de ma vie, à ma façon de traiter les autres, à ma façon de me traiter moi-même, etc. Je commence à ressentir qu’une vie après la mort existe, mais de quoi s’agit-il ? Personne ne le sait. Si on essayait d’imaginer comment ça peut bien être, on serait probablement très loin de ce que c’est réellement. Mais même si on dit que la vie prend fin avec la mort et qu’après il n’y a rien, notre manière de vivre et ce qu’on fait restent extrêmement importants parce que tout ce qu’on fait affecte d’autres gens. C’est également une idée de Dostoïevski dans Les Frères Karamazov. Si je suis de mauvaise humeur, que je vois un enfant et que je lui lance un regard noir, on ne sait pas ce qui arrive à cette émotion quand je la lui transmets. C’est comme quand un patron crie après un employé, et que celui-ci revient chez lui et frappe sa femme… Ces énergies voyagent, et peuvent voyager longtemps. Une énergie négative voyage, tout comme les bonnes énergies. Dostoïevski disait aussi que si tu as un tendre et affectueux souvenir de ton enfance, il peut t’aider dans ta vie d’adulte quand tu te retrouves dans une situation vraiment difficile. Ces souvenirs peuvent aider à sortir de l’obscurité. On retrouve ça dans la psychologie moderne, mais Dostoïevski en parlait déjà. Donc tout ce que l’on fait compte. A savoir si la vie après la mort existe, oui, je le crois, même si je ne sais pas ce que c’est, mais même si ça n’était pas le cas, notre comportement ici-bas reste très important, car les énergies voyagent. Quelque chose que je fais aujourd’hui pourrait avoir un effet dans quatre cents ans. J’y crois vraiment. Il faut donc faire attention. C’est aussi ce qui rend la vie plus amusante et intéressante. J’ai fait plein de choses idiotes dans ma vie. Tout ce que je peux faire, c’est de ne pas les reproduire, passer à autre chose, être le meilleur possible, être une bonne personne aimante.
Sur l’album précédent, il y avait une chanson, « Stockholm », au sujet d’une personne qui s’était suicidée. Cette fois, « My Hair Is On Fire (But I’ll Take Your Hand) » a également été inspirée par un suicide dont Jennie-Ann a été témoin. Les deux chansons sont-elles connectées au même événement ?
Non, c’est malheureusement deux événements distincts. Jennie-Ann devrait en parler elle-même, mais la personne dont parle « Stockholm » était un de nos amis. Le suicide, c’est tellement triste. C’est tellement horrible quand les gens n’ont pas d’espoir et prennent cette décision. J’espère vraiment que tous ceux qui ne serait-ce qu’envisagent cette issue parlent à un ami ou à un membre de leur famille. Il doit toujours y avoir un autre moyen et il y a toujours un peu d’espoir quelque part. Pour une raison quelconque, Jennie-Ann a vécu ces expériences. C’est la vie. Mais personne ne devrait avoir à se suicider. C’est aussi une raison pour être aussi bon que possible avec son entourage. Evidemment, tout ne dépend pas de nous, mais on peut faire de notre mieux. Et il y a toujours de l’espoir, toujours ! Je pense que c’est très important de le souligner.
« Je ne suis pas parfait, j’ai encore un long chemin à parcourir, mais je pense que j’aurais été pire sans la musique [rires]. C’est l’un de mes dons, donc je dois l’utiliser. Ce n’est pas une option. Parfois, je l’ai même vu comme une malédiction, mais maintenant je sais que c’est un don. »
Avatarium a toujours été une exploration de la condition humaine et du sens de la vie. Penses-tu que la musique, d’une manière ou d’une autre, que ce soit en mettant une idée sur papier ou à travers une forme de méditation, peut aider à résoudre les tumultes existentiels et les énigmes philosophiques ?
Oui, totalement. Ça m’a beaucoup aidé dans ma vie. Ça fait trente ans que je joue professionnellement de la musique ; j’ai commencé quand j’avais dix-neuf ou vingt ans. J’ai aussi fait d’autres choses, mais parfois je me demande : « Pourquoi est-ce que je joue encore de la musique ? Pourquoi est-ce que je ne fais pas autre chose, un truc différent ? Pourquoi semble-t-il que je doive à tout prix continuer à jouer de la musique ? Pourquoi est-ce important pour moi ? » Et je ne peux pas jouer n’importe quelle musique mais de la musique qui signifie quelque chose pour moi. Ce n’est pas genre : « Oh c’est amusant de jouer et d’avoir un public. » Ce n’est pas juste ça. L’une des raisons, c’est probablement ce que tu viens de dire. Pour moi, la musique a un lien avec les choses que l’on ne voit pas, que l’on ne peut pas prouver. On ne peut pas prouver que telle chanson est meilleure que telle autre chanson. On ne peut pas prouver que telle chanson me touche vraiment. C’est comme l’amour ou Dieu. On travaille avec quelque chose qu’on ne peut pas voir. Je peux rencontrer un musicien à l’autre bout de la planète, nous ne pouvons pas nous parler parce que nous n’avons pas la même langue, mais nous pouvons commencer à jouer de la musique ensemble avec nos instruments, nous pouvons communiquer sans avoir recours à des mots. La musique, c’est un contact avec l’invisible, avec les esprits, tout. La musique est donc une manière d’entrer en contact avec son âme. C’est donc très important. Je ne serais évidemment pas le même si je n’avais pas été musicien. Je ne suis pas parfait, j’ai encore un long chemin à parcourir, mais je pense que j’aurais été pire sans la musique [rires]. C’est l’un de mes dons, donc je dois l’utiliser. Ce n’est pas une option. Parfois, je l’ai même vu comme une malédiction, mais maintenant je sais que c’est un don.
Il y a une chanson intitulée « Lovers Give A Kingdom To Each Other ». Est-ce qu’elle reflète ta relation avec Jennie-Ann ?
Peut-être ! Mais ce sera à elle de répondre. J’adore cette chanson, elle est magnifique. Elle nous est aussi venue un peu toute seule. Je l’ai réécoutée l’autre jour et je me suis dit : « Ouah, comment a-t-on écrit cette chanson ? Comment c’est arrivé ? » [Rires]
En dehors d’Avatarium, Jennie-Ann travaille comme psychothérapeute. Est-ce que ça aide d’avoir une psychothérapeute dans un groupe ?
Je ne sais pas ! Si nous tournions beaucoup, peut-être. Elle est intelligente et a une bonne intuition. Sa personnalité est évidemment une part importante d’Avatarium et du son du groupe, mais ce n’est pas comme si nous faisions des séances avec elle, en confiant ce que nous avons sur le cœur [rires]. Tout ce que je peux dire, c’est que nous avons de la chance de l’avoir dans le groupe.
D’un autre côté, tu es le producteur du groupe, et on dit souvent qu’être producteur c’est à moitié être un psychologue ou un psychothérapeute. Es-tu d’accord avec ça ?
Oui, j’imagine qu’il faut avoir quelques compétences là-dedans, car enregistrer de la musique et jouer live peut être très stressant. Comme nous en avons parlé, la musique ce sont des vibrations, des émotions, et un moyen d’atteindre des sentiments qu’on ne peut définir mathématiquement ; tout d’un coup tu joues une note et quelque chose se passe. En tant que producteur, tu dois savoir quand ça se produit et être toujours prêt à l’enregistrer. C’est très important. Quand je travaille avec des groupes, comme il y a beaucoup de tension et de stress quand on enregistre de la musique, je pense qu’il est important d’essayer d’être calme et d’avoir un peu de ces compétences. Il faut donc que je sois moi-même équilibré ; quand je ne le suis pas, ce n’est généralement pas bon.
Avez-vous des plans de tournée pour 2025 ?
Nous en parlons. Jennie-Ann et moi avons un enfant, il a six ans, il vient de commencer l’école et tout, donc c’est compliqué pour nous de beaucoup tourner, mais nous avons des plans. Avec un peu de chance, nous pourrons faire quelques concerts en Europe. Nous allons aussi faire quelques festivals – je sais qu’il y en a déjà certains de prévus. J’adore jouer live, surtout avec Avatarium. Nous espérons que les gens aimeront l’album et j’encourage tout le monde à acheter les albums au format physique, parce que ça aide les groupes à survivre. Spotify est horrible, ça tue la musique, donc ceux qui achètent nos albums physiques contribuent vraiment à la survie d’Avatarium et à la possibilité d’en faire des nouveaux.
En parlant de format physique : allez-vous un jour sortir l’album live An Evening With Avatarium sorti en 2020 et qui n’est pour l’instant disponible qu’en numérique ?
Nous avons vraiment envie de le faire. Quand nous avons fait cet album, nous étions chez Nuclear Blast, mais peut-être que nous pourrons en faire quelque chose, car les gens posent parfois la question. Peut-être que nous pourrions demander à AFM Records s’ils veulent le sortir un jour. J’espère ! Ça serait fantastique. Nous voulons le faire, mais c’est une décision qui dépend de la maison de disques. Peut-être que nous pourrions le sortir avec des bonus, ça pourrait susciter leur intérêt.
Interview réalisée en visio le 20 décembre 2024 par Nicolas Gricourt.
Retranscription & traduction : Nicolas Gricourt.
Photos : Niklas Palmklint.
Site officiel d’Avatarium : avatarium.se
Acheter l’album Between You, God, The Devil And The Dead.






























Toujours en lien avec Candlemass, une information importante est tombée le 1e février : Messiah Marcolin est invité par le groupe pour honorer une réunion sur scène lors du Rock Hard Festival en Grèce les 12 et 13 septembre cette année.
En souhaitant qu’ils ne se brouillent pas encore une énième fois avant l’évènement et que la réunion perdure jusqu’à un nouvel album.
Très hâte d’entendre ce nouvel album en entier. Pour moi, le premier album est un vrai chef d’oeuvre, supérieur à bon nombre d’albums de Candlemass. L’enthousiasme s’est un peu calmé avec les albums suivants, mais chacun possède quelques pépites. Les extraits de ce nouvel album que j’ai pu entendre annoncent a priori un possible prochain chef d’oeuvre. Et puis Marcus est vraiment un guitariste hors pair (j’entends par là « avec une personnalité »), qui a digéré pas mal d’influences à la Iommi/Blackmore, mais en y apportant une touche vraiment personnelle.
Très fan de leur premier album en 2013 avec ce morceau final au solo gigantesque « Lady In The Lamp ». Douche froide dès le 2e album, suivi de 2 très albums « Hurricanes and Halos » et surtout de l’excellent « The Fire I Long For ».La prise en main par le couple suite à l’éloignement d’Edling était plutôt réussie et s’autorisait à se détacher d’un Doom peut-être trop conventionnel ce qui était un très bon choix. Depuis ça tourne en rond, plus de morceau de bravoure et Jennie-Ann a pris ce reflexe de forcer son chant, comme un rictus, désagréable à entendre. Son émotion fragile des débuts s’est envolée , dommage. De plus, ce changement perpétuel de line-up n’a pas été aidé, notamment au niveau des Keyboards et surtout des drums.
Ils ont encore un sacré potentiel mais on sent bien qu’on se rapproche de la fin …