En Australie, le rock est une musique forgée dans les pubs, testée à volume maximal, jugée à l’énergie plus qu’à la perfection technique. De cette tradition sont nés des monuments comme AC/DC, Rose Tattoo ou plus récemment Airbourne. C’est dans cette lignée qu’Avalanche s’inscrit aujourd’hui. La recette est éprouvée, leur premier album Armed To The Teeth la décline sur treize morceaux. Enregistré quasiment en conditions live, limité à trois prises par morceau, le disque privilégie l’impact et la spontanéité plutôt que la retouche millimétrée. Mené notamment par le couple formé par Steven et Veronica Campbell, Avalanche assume pleinement son ADN « Aussie rock ».
Déjà passé par la Nouvelle-Calédonie, le Japon ou Taïwan, désormais en tournée européenne aux côtés d’Airbourne, le groupe poursuit méthodiquement son implantation internationale. Pas de révolution esthétique à l’horizon — mais une constance assumée : faire du rock fort, direct, et sincèrement fédérateur. C’est à l’occasion de leur première venue en France que nous avons rencontré Veronica Campbell pour parler identité australienne, humour, famille… et tournées sans fin.
« J’ai vu AC/DC vers quinze ou seize ans, et après ça, j’ai commencé à prendre la guitare très au sérieux. Ça a été une révélation. »
Radio Metal : Pour commencer, pourrais-tu définir ce terme « Australian pub rock » qui est un peu étrange. Quelle est la spécificité de ce son et qu’est-ce que ça représente pour toi ?
Veronica Campbell (guitare) : Oui, bien sûr. C’est un peu difficile à mettre en mots, mais le pub rock australien, c’est la musique à laquelle tu penses quand tu imagines des gens en train de pogoter et de devenir fous dans un pub en Australie… ou ailleurs d’ailleurs. Ce sont des groupes comme AC/DC ou Airbourne qui ont porté ce son et l’ont élevé à un autre niveau. Je pense que c’est une musique pour tout le monde. Elle est issue de la classe ouvrière, mais elle parle à tous : jeunes, moins jeunes, hommes, femmes. Les thèmes sont universels : lâcher prise, oublier ses soucis, passer un bon moment, headbanguer. Si tu peux taper du pied et secouer la tête dessus, c’est du rock australien. C’est aussi la musique que j’écoutais enfant : AC/DC, Airbourne bien sûr, mais aussi Rose Tattoo, The Angels, Cold Chisel, Easybeats — qui comptait d’ailleurs des frères d’AC/DC dans ses rangs.
Quelle place la musique avait-elle chez vous ?
Énorme. Mon père s’appelle Elvis — mes grands-parents étaient fans d’Elvis Presley [rires]. Personne dans ma famille n’est musicien, mais tout le monde adore la musique. Mon père avait plein de vieux CD : Elvis, Queen, AC/DC, Guns N’ Roses, Rose Tattoo… Donc j’ai grandi avec ça, puis j’ai vraiment plongé dedans à l’adolescence. J’ai vu AC/DC vers quinze ou seize ans, et après ça, j’ai commencé à prendre la guitare très au sérieux. Ça a été une révélation.
Ce qui est frappant quand on vous écoute, c’est qu’on reconnaît immédiatement l’identité australienne. Mais aujourd’hui, la scène australienne est aussi très marquée par le metalcore. Avez-vous parfois l’impression d’aller à contre-courant ?
Oui et non. Quand nous avons commencé, il n’y avait pas beaucoup de groupes de rock à notre niveau. Nous jouons surtout avec des groupes metal, punk, indie. Depuis, il y a de plus en plus de formations rock qui émergent. Ça fonctionne par vagues. Mais cette musique a toujours été là. Les gens l’ont toujours aimée. Airbourne continue de remplir des salles partout dans le monde. AC/DC vient de faire une tournée des stades complète en Australie. Il y a aussi plein de jeunes groupes — comme The Southern River Band — qui tournent actuellement en Europe. Il faut juste savoir où chercher.
C’est votre tout premier album, Armed To The Teeth. « Armée jusqu’aux dents »… mais contre quoi ?
Ça me fait penser à la réplique de Rebel Without A Cause : « Contre quoi te rebelles-tu ? Qu’est-ce que t’as ? » [Rires]. En réalité, j’ai écrit le riff et trouvé le titre quand j’avais seize ans. C’est une rébellion adolescente contre tout et n’importe quoi. On a envoyé nos masters à Joel (O’Keeffe) d’Airbourne pendant l’enregistrement pour avoir son avis. Il a écouté l’album entier et nous a appelés, très enthousiaste : « J’adore ‘Armed To The Teeth’, c’est le meilleur morceau rock’n’roll que j’ai entendu depuis longtemps ! C’est comme ‘Let There Be Rock’. » Il nous a conseillé d’appeler l’album comme ça. J’avais écrit ce morceau à l’époque où j’apprenais à jouer les titres d’Airbourne et d’AC/DC. Entendre Joel me dire qu’il adorait, c’était irréel.
La pochette est bourrée de références, comment l’avez-vous pensée ?
Elle est remplie d’easter eggs liés aux chansons. Si tu regardes bien les détails et que tu écoutes les paroles, tu comprends où chaque élément se rattache. Joel a dit que ça ressemblait à une pochette d’hyperactif. Il s’y passe beaucoup de choses, mais si vous écoutez les morceaux, vous comprenez comment tout ça coïncide. Par exemple, un boxeur pour « Down For The Count », un père qui boit une bière pour « Dad, I Joined A Rock ‘n’ Roll Band », une sorcière blonde pour « Blondie », des piles d’argent pour « Going For Broke » sur le fait d’être fauché. Le kangourou fait référence à une ancienne chanson, « Get Back (To Fuckwit City) », qui parle de Sydney. Quand nous l’avons sortie, nous avions un visuel pour le merch où notre chanteur était représenté en kangourou rouge avec un blouson en cuir et une guitare.
Tous ces personnages sont « armés » à leur manière. Il y a une touche d’humour aussi, est-ce que c’est ça votre arme de choix ?
Oui, nous voulions que ce soit second degré, pas trop sérieux. L’humour australien est un élément très distinctif du rock australien. Quand tu écoutes Bon Scott, son charisme, sa façon de chanter avec ironie, c’est typiquement australien. Nous voulons transmettre ça.
« Quand tu écoutes Bon Scott, son charisme, sa façon de chanter avec ironie, c’est typiquement australien. Nous voulons transmettre ça. »
On sent aussi des influences blues et punk dans l’album.
Oui. J’adore le blues. Blake [Poulton] aime beaucoup le metal et le glam. Steven [Campbell] est plus dans le vieux metal et le stoner rock. Nous mélangeons le tout et voyons ce qu’il en ressort, et bien sûr, nous le rendons australien [rires].
Avec Steven, vous êtes un couple marié. Comment gérez-vous le fait d’être ensemble en permanence ?
Honnêtement, ça facilite beaucoup de choses. Nous ne nous manquons jamais. Nous pouvons travailler sur le groupe à tout moment et réveiller l’autre à deux heures du matin si nous avons une idée de riff [rires]. Le plus dur, c’est de déconnecter. Nous pensons toujours au groupe. Mais pouvoir faire le tour du monde et exercer sa passion avec la personne qu’on aime, c’est incroyable.
Comment s’est organisée cette tournée avec Airbourne ?
Joel est venu nous voir plusieurs fois à Melbourne. Il y a quelques années, nous jouions dans un bar miteux devant une vingtaine de personnes et il était dans le pit à pogoter. Il a dit qu’il voulait vraiment nous emmener en Europe, pensant que ça marcherait bien. Il s’est battu pour nous intégrer à la tournée. C’est un vrai défenseur du rock australien. Il veut soutenir les groupes. Nous ne pourrions pas être plus reconnaissants.
Tourner avec Airbourne, connus pour leurs shows spectaculaires, ça vous inspire ?
Oui, énormément. Je les observe chaque soir pour voir ce que nous pourrions faire. Je les avais déjà vus à quelques reprises auparavant en Australie. Après AC/DC, je pense qu’ils ont le meilleur show live. L’énergie est incroyable, le public participe énormément. Nous essayons aussi d’interagir beaucoup. J’essaie d’aller dans la foule, de jouer très près des gens – peut-être pas autant que Joel, cela dit [rires]. Blake laisse parfois un membre du public jouer de sa guitare à la fin du set. Certaines choses sont nées spontanément sur scène et nous avons décidé de les garder.
Est-ce que vous amenez aussi votre famille en Europe ?
Mon père est ici, justement. Il filme beaucoup de choses pour nous et nous aide au merch. C’est drôle parce que la chanson « Dad, I Joined A Rock ‘n’ Roll Band », je l’ai écrite du point de vue de moi à seize ans, quand j’ai annoncé à mon père que je voulais monter un groupe. Il n’était pas du tout content. Mais aujourd’hui, il est là avec nous et il s’éclate – plus encore que nous ! [Rires]
Dans la chanson, c’est amusant : on énumère plein de mauvaises choses… et la pire serait de rejoindre un groupe de rock. Est-ce que c’est vraiment la pire chose ?
Peut-être ! On parle de beaucoup de choses dans la chanson : rejoindre un groupe, avoir un accident de voiture, dépenser tout son argent en guitares… Ça dépend des parents. Le père de Steven, lui, était chanteur dans un groupe appelé Avalanche — c’est d’ailleurs de là que vient notre nom. Il a donc été plus compréhensif que la moyenne.
Pourquoi ton père ne voulait-il pas ?
Quand tu as seize ans et que tu annonces que tu veux devenir musicienne, tes parents savent qu’il n’y a pas d’argent là-dedans, que c’est très dur. Tu as une chance sur un million de réussir. Ils préfèrent que tu ailles à l’université et que tu trouves un « vrai » travail. Mais il a vu notre passion. Il a vu que nous avancions, et maintenant, il nous soutient.
Vos premières impressions de l’Europe ?
Nous adorons. Les publics sont formidables. Nous restons toujours au stand merch après les shows pour rencontrer les gens. Nous sommes presque déjà en rupture de vinyles et de CD. Nous avons signé plus d’autographes que jamais. Nous avons pris plus de photos que jamais. Tout le monde est adorable, tellement accueillant. Les gens sont vraiment prêts à nous donner une chance. Nous leur en sommes très reconnaissants. Il y a une vraie communauté ici.
« Plus nous pouvons nous rapprocher du live, mieux c’est. Nous avons une règle : trois prises maximum par morceau. Si tu ne l’as pas au bout de trois, tu ne l’auras pas. »
Il y a quelque chose de très positif et solaire dans votre musique. Même si la vie est dure, il faut se relever et avancer. C’est une énergie dont on a besoin. Tu penses que c’est peut-être la clé pour conquérir l’Europe ?
Oui, peut-être. Si les gens continuent de venir nous voir et de rocker avec nous, nous continuerons de revenir. Nous préparons déjà notre retour. Nous travaillons sur certaines choses en ce moment. Nous espérons revenir cet été, quand il fera moins froid ! Gardez un œil ouvert, nous ne devrions pas tarder à annoncer de nouvelles dates.
Vous avez déjà joué en territoire français, en Nouvelle-Calédonie, ce qui est précieux là-bas car peu de groupes rock font le déplacement. Comment avez-vous vécu cette expérience ?
C’était incroyable. C’était notre première fois hors d’Australie. Les gens parlaient français, évidemment, mais ils connaissaient toutes les paroles — alors que nous chantons en anglais. Nous étions soufflés. Il y avait quatre cents ou cinq cents personnes au premier concert. Tout le monde était déjà à fond dès le premier morceau. Nous n’avons même pas eu besoin de « gagner » le public. Et la nourriture était excellente ! Après ça, nous nous sommes dit que nous devrions tourner le plus possible. Ça nous a donné le goût.
Et après ?
Le Japon. Nous y avons été trois fois maintenant. Les gens sont très réservés en journée, mais dès qu’ils ont bu quelques verres, ils deviennent complètement fous ! La scène live y est très forte. Le rock y reste très populaire. Certains groupes japonais avec qui nous avons joué sont incroyables — parmi les meilleurs musiciens du monde. Ils sont très perfectionnistes là-bas. Si tu fais quelque chose, tu le fais au maximum.
Justement, c’est intéressant car vous, vous avez choisi d’enregistrer presque en live, avec l’énergie plutôt que la perfection.
Oui. Notre point fort, c’est le live. Nous voulions capturer cette énergie et montrer ce qu’est vraiment le rock. Nous ne voulions pas être artificiels. Nous ne voulions pas enregistrer quelque chose que nous ne pourrions pas jouer sur scène. Certains groupes le font, mais je n’aime pas quand c’est trop produit, qu’on enregistre petit bout par petit bout – certains nous disent même qu’ils enregistrent note à note ! Je trouve ça dingue. Plus nous pouvons nous rapprocher du live, mieux c’est. Nous avons une règle : trois prises maximum par morceau.
Trois prises seulement ?
Oui. Si tu ne l’as pas au bout de trois, tu ne l’auras pas. Il y a quelques petites « erreurs » sur l’album. Le public ne les entendra peut-être pas, mais elles sont là. Elles n’étaient pas forcément prévues, mais elles fonctionnent dans le morceau, autrement nous ne l’aurions pas sorti. Pour moi, cet album est une capsule temporelle : c’est exactement ce que nous étions à ce moment-là. En live, nous changeons parfois des choses : solos rallongés, nouvelles sections, surprises… et nous continuerons à le faire.
Vous travaillez sur cet album depuis un moment. Il est sorti, mais j’imagine que vous pensez déjà au prochain. Sera-t-il dans la même veine ou voulez-vous changer un peu ?
Nous jouerons toujours du rock australien. Ce sera toujours fort, avec de gros accords. Nous n’allons pas commencer à faire des ballades. Mais évidemment, nous voulons aller plus loin. Nous cherchons à faire chaque chose plus grande et meilleure que la précédente. C’est ce que vous pouvez attendre.
Qu’est-ce qu’on peut vous souhaiter pour la suite ? Quel est votre rêve ?
Revenir ici, encore et encore. Nous adorons l’Europe. Nous voulons tourner partout dans le monde. Nous avons fait l’Australie, le Japon, Taïwan, la Nouvelle-Calédonie. Le Royaume-Uni la semaine prochaine. Si nous pouvions tourner pour toujours, ce serait parfait. La plus longue tournée du monde.
Interview réalisée en visio le 21 février 2026 par Marion Dupont.
Retranscription & traduction : Marion Dupont.
Photos : Jay Brad.
Site officiel d’Avalanche : www.avalanchebandrock.com.
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