Pour peu, on l’aurait presque oublié, et ça aurait été sacrément dommage, car Karnivool fait assurément partie de l’élite du metal progressif, ce qu’il prouve une fois de plus avec In Verses. Un quatrième album qui voit le jour treize ans après le précédent. C’est long, trop long, mais la récompense est là dans une musique profonde, fine et équilibrée, entre espoir et désespoir, mélodie et expérimentation, où l’évasion est permanente.
C’est le chanteur Ian Kenny et le guitariste Drew Goddard qui ont répondu à nos questions pour lever le voile sur une conception difficile étalée sur treize années. Le désespoir, justement, n’était jamais loin pour les Australiens, embourbés dans un processus qui avançait à petit pas. Mais voilà, à force de persévérance, par amour pour la musique et le groupe, avec l’aide des bonnes personnes, ils ont fini par en venir à bout. Les deux musiciens nous racontent tout ça et rentrent, pour notre plus grand plaisir, dans leurs méandres créatifs.
« Quand tu fais partie de Karnivool, le groupe te brisera le cœur autant qu’il sauvera ton âme à de multiples reprises. C’est l’expérience à la fois la plus difficile et la plus enrichissante à laquelle on puisse participer. »
Radio Metal : Treize ans séparent In Verses de son prédécesseur, Asymmetry. Pourtant, le groupe ne s’est jamais officiellement séparé pendant tout ce temps et est même resté assez actif sur scène. Alors, que s’est-il passé durant toutes ces années ?
Ian Kenny (chant) : Il nous faudrait plusieurs heures. Je plaisante [rires].
Drew Goddard (guitare) : Treize ans en trente secondes ! Il s’est passé plein de choses diverses et variées dans la vie des cinq membres. Il y avait d’autres projets, d’autres boulots, des enfants qui sont arrivés pour certains d’entre nous… Bref, nous n’avons pas travaillé sur l’album tout le temps. Nous y avons travaillé sérieusement pendant les premières années après la sortie d’Asymmetry, de 2014 à 2017, et après ça, il a été fait par petits bouts, nous y revenions de temps en temps. Il s’est vraiment passé plein de choses. C’était un gros défi pour nous, mais nous y sommes arrivés.
Ian : Nous n’avons absolument pas travaillé à plein temps sur l’album. Nous travaillions dessus quand les gens étaient disponibles et dans de bonnes dispositions créatives. Quand l’inspiration était là et que des idées fusaient, nous en profitions au maximum. Quand nous étions dans l’impasse, nous nous arrêtions pour laisser les choses se calmer et respirer, sachant que ça arrivait très souvent.
Drew : Et même quand nous n’étions pas bloqués, il arrivait que nous nous séparions pour chacun partir dans son coin – nous sommes parfois un peu comme des chats errants [petits rires].
Ian : Oui, ça dépendait de la disponibilité de chacun, que ce soit au niveau santé mental, physique ou autre. Bref, comme nous l’avons dit, il y a eu la vie qui s’est immiscée autour de ça. Il y avait peut-être une autre façon de faire, mais pour nous, ça n’a pas marché. C’est comme ça, on n’y peut rien.
N’y avait-il pas des doutes ou la tentation d’abandonner pendant tout ce temps ? À quel point ce long processus a-t-il mis à l’épreuve la patience collective du groupe ?
Drew : Il y a vraiment eu beaucoup de doutes et de remises en question. Quant à jeter l’éponge, abandonner, je suppose que personnellement, j’ai flirté avec cette idée à plusieurs reprises quand j’étais dans des moments difficiles, genre : « Fait chier, c’est trop dur » et je laissais tomber. Mais il y avait toujours quelque chose qui me ramenait : la musique, les chansons, ce que nous avions créé, et aussi notre amitié au sein du groupe. C’était évident qu’il n’y avait qu’une seule option pour moi : terminer l’album. Comme l’a dit Ian, il fallait juste attendre le bon moment, quand tout le monde était dans un bon état d’esprit créatif et que le timing le permettait. Tout était une question de trouver les bonnes circonstances pour que ça se fasse.
Ian : Oui, tout à fait. Nous avons tous ressenti ce que Drew a dit. Nous avons tous traversé des moments de doute où nous n’arrivions pas à entrevoir de solution, où nous ne savions pas comment nous en sortir dans les situations les plus délicates. Cela dit, je ne pense pas que nous ayons jamais abandonné. Nous laissions les choses se calmer ; nous faisions une pause pour permettre aux gens ou à la situation de revenir à la normale. Quand tu fais partie de Karnivool, le groupe te brisera le cœur autant qu’il sauvera ton âme à de multiples reprises. C’est l’expérience à la fois la plus difficile et la plus enrichissante à laquelle on puisse participer. Alors, nous nous appuierons toujours sur cet espace créatif gratifiant qui nous ramène à la raison pour laquelle nous faisons ce que nous faisons, et qui nous permet de surmonter les difficultés, heureusement – putain, Dieu merci ! [Rires]
« Nous n’avons jamais de blocage créatif par un manque d’idées, mais plutôt par un excès d’idées ou par un manque de clarté dans nos processus. Il n’y a pas de formule, nous n’en avons jamais eu ; nous évitons délibérément d’en avoir. »
Drew, tu as déclaré avoir tendance à te sentir « débordé par la quantité de travail que représente un album de Karnivool ». Cela signifie-t-il que le groupe a plus de créativité que vous ne pouvez en gérer individuellement ou que ça devient parfois tout simplement incontrôlable ?
Drew : Oui, nous n’avons jamais de blocage créatif par un manque d’idées, mais plutôt par un excès d’idées ou par un manque de clarté dans nos processus. Il n’y a pas de formule, nous n’en avons jamais eu ; nous évitons délibérément d’en avoir. Ça fait partie intégrante de notre façon de faire : il y a une part de surprise. Nous essayons d’explorer de nouveaux horizons au sein de notre dynamique créative, de voir ce qui est possible entre les membres du groupe. Et c’est souvent de là que vient le sentiment d’être submergés. Moi-même, je me sens souvent débordé, pas seulement par ça, mais par toute entreprise qui en vaut la peine à mes yeux, c’est toujours semé d’embûches. C’est là que l’adage « petit à petit, l’oiseau fait son nid » prend tout son sens, tout comme le fait d’être bien entourés. Par exemple, l’arrivée de Forrester [Savell] à la fin, et de ce jeune homme, Owen Thomas, a été une véritable aubaine. Forrester a une superbe éthique de travail et a pris les rênes les deux premiers mois l’année dernière, puis Owen a pris sa suite. Ça nous a vraiment permis de nous lancer en studio. Nous y sommes arrivés grâce à un travail d’équipe.
Forrester avait été impliqué sur les deux premiers albums. Était-ce rassurant de retravailler avec lui ?
Ian : Oui, je pense que tout le monde a senti ce côté rassurant. C’était plus qu’une relation familière. Nous renouions avec très une bonne communication et compréhension, au point d’atteindre un état de grâce par moments. Forrester est vraiment doué dans son domaine, mais il est aussi très compétent pour composer avec Karnivool. Il nous comprend, autant que possible – autant que nous nous comprenons nous-mêmes [rires]. Il a joué un rôle essentiel pour faire avancer le projet, remobiliser tout le monde et faire décoller le tout. C’était génial. Il est incroyable.
Habituellement, avec Karnivool, et je suppose que c’est encore plus vrai pour cet album, les chansons proviennent de différentes périodes, un peu comme la création d’un collage. Quand vous regardez le résultat, qu’y voyez-vous ? Reflète-t-il vos vies, ce que vous avez vécu pendant cette période, comme un journal intime ?
Oui, à bien des égards, certains que nous comprenons et d’autres non. C’est une compilation d’idées, de sentiments et de réactions accumulés au cours de ces treize dernières années, en tant que personnes et en tant que groupe, à travers tout ce que nous avons vécu, notamment en lien avec toutes les galères que nous avons traversées en cherchant à faire cet album que nous avions en ligne de mire depuis si longtemps. Il s’est passé plein de choses, des bonnes, des mauvaises. Je pense qu’il y a eu beaucoup de changements en treize ans. Le monde est un endroit étrange quand on l’observe. Enfin, c’est sympa d’y vivre, mais quand on le regarde de plus près, on se dit : « Putain, qu’est-ce qui se passe ? » [Petits rires] D’une certaine façon, j’ai l’impression que l’album est arrivé au bon moment dans un contexte qui va mal.
Drew : Pour moi, parfois ça parle d’expériences vécues, mais parfois la musique que nous créons a une façon étrange de préfigurer des expériences à venir. Nous essayons de créer quelque chose qui nous touche, et parfois ça reflète notre vie, parfois c’est notre réaction au monde extérieur ou à notre monde intérieur, ou autre chose. Ça porte généralement sur nos vies, du moins par moments, parce que certains passages sonnent assez dramatiques, or nous ne vivons pas comme ça constamment. Une bonne partie de l’album est assez sombre, alors que je peux sortir aujourd’hui et il fait un temps magnifique. Je suis d’ailleurs allé à la plage ce matin. J’ai de la chance de vivre ici. Nous rencontrons évidemment des défis et nous créons clairement des œuvres qui reflètent nos vies, mais pas totalement ; l’album ne correspond pas toujours complétement à notre vécu. Nous pouvons distiller ces moments d’angoisse et ces émotions négatives qu’on ressent tout au long de l’album, ces tensions et ces soulagements, etc. Au final, ça nous aide, c’est thérapeutique, autant que c’est amusant et stimulant pour nous. Avec un peu de chance, ça aura le même effet sur les autres. C’est tout ce que nous pouvons espérer.
« Karnivool atteint sa forme ultime, sa forme idéale, quand il fonctionne comme une échappatoire, mais il y a des moments durant le processus où ce n’était pas du tout ça, où j’avais plutôt l’impression d’être dans une prison dont j’essayais de m’échapper [petits rires]. »
L’album est très riche, même au niveau sonore. Certains sons étranges ont, en l’occurrence, été créés avec une sorte de générateur de signaux appelé Drone Commander. Expérimentez-vous beaucoup avec la technologie et les sons de cette façon ? Est-ce que ça fait partie de votre inspiration pour composer des chansons ?
Oui. L’expérimentation est une part essentielle de la créativité de ce groupe. Surtout au début, quand nous commençons à composer, il arrive souvent qu’une chanson naisse d’un son bizarre ou alors nous enregistrons une idée et nous y ajoutons… ce peut être un étrange générateur de signaux, une pédale d’effet, un synthé virtuel, un plug-in, un son de voix ou peu importe quoi. Je peux aller jusqu’à essayer un instrument dont je ne sais absolument pas jouer. Nous nous autorisons tout ce qui produit un son intéressant, surtout quand c’est un son différent que je n’ai jamais entendu auparavant ; ce genre de choses m’attire. Mais oui, ce que tu mentionnes a vraiment donné naissance à plusieurs choses. Le morceau « Drone » a été construit autour du son généré par cette petite boîte. C’est pareil avec « Aozora », le son au début vient de la même machine. Ça a été fait en une seule journée, juste en jouant avec cet instrument que nous avions emprunté. Parfois, ce genre d’expérimentation porte ses fruits. Nous adorons la technologie et les instruments analogiques.
La plupart des chansons ont un titre d’un seul mot. C’est assez courant chez Karnivool. Malgré le fait que le groupe joue une musique progressive, avec des morceaux relativement longs et riches, croyez-vous à l’idée de dire beaucoup avec peu ?
Oui, pour ce qui est des titres de chansons. Concernant les chansons de Karnivool, il s’y passe quand même pas mal de choses, c’est assez complexe, mais je pense que cet album est un retour à l’essentiel, à une certaine retenue. Ce n’est pas parce qu’on peut faire quelque chose qu’on doit le faire. Une chanson comme « Salva » est basée sur trois accords pour sa majeure partie.
Ian : Oui, je suis d’accord. Je pense qu’il y a beaucoup de retenue dans cet album parce que nous avons laissé beaucoup d’espace dans certaines parties et que nous avons réduit certaines choses à la fin. Les chansons en disent toujours beaucoup, peu importe la manière dont nous les présentons. Pour ce qui est des titres, franchement, je ne sais pas trop. Réfléchissons-nous beaucoup aux titres ? Je ne crois pas. Nous réfléchissons beaucoup à la musique et aux chansons, mais les titres ? Pas vraiment et je ne pense pas que ce soit nécessaire. Je ne pense pas que ce soit si important. Ce qui importe, c’est le sentiment que procure la chanson, peu importe comment on l’intitule.
Drew : Parfois, il y a un titre provisoire qui reste, comme « Aozora » ou « Drone Commander » qui est simplement devenu « Drone ». Parfois, la chanson et les paroles finissent par refléter le titre, ce dernier s’intègre naturellement. « Aozora » en est un parfait exemple. Je ne savais même pas ce que ça voulait dire à l’époque. Je ne me souviens plus d’où ça vient. Je pensais que c’était Hos [Mark Hosking] qui l’avait trouvé, mais lui pense que c’est moi. Tout ce que nous savons, c’est que c’est un mot japonais stylé que nous prononçons probablement très mal, mais c’est ce qu’il suggère qui compte : une couleur, une idée, une sensation, un état d’esprit, comme un ciel bleu. C’est comme essayer de se libérer de la prison intérieure dans laquelle on s’est enfermé.
Justement, dans « Aozora », il y a cette phrase qui est répétée : « Encore en train d’attendre la grande évasion ». Quelle serait votre grande évasion ? Karnivool ?
Ian : Ah, c’est une bonne question ! Oui, je suppose. Il y a assurément des moments où c’est le cas. L’évasion dans Karnivool, c’est quand le groupe joue et que, dans notre performance, nous atteignons ces moments de pure fluidité, où plus personne ne pense, où tout le monde ressent et est complètement absorbé par un langage à part entière, un espace indescriptible, qu’il faut juste vivre. C’est la liberté, une évasion totale, c’est tout simplement incroyable. Il y a assurément ce genre de récompense, d’évasion, lors de nos performances et dans la créativité du groupe. Ces paroles dans « Aozora » rejoignent ce que Drew disait, ce bleu Aozora, ce ciel bleu, cette liberté, être tellement absorbé par ce qui est là et vouloir juste être libre en dehors de je ne sais quoi.
« Quelle est la différence entre l’espoir et la foi ? Je ne crois pas que les deux soient différents. Pour moi, il y a une forme de passivité associée à l’espoir. Pour quelqu’un qui se sent désespéré, la première étape est de retrouver l’espoir, mais c’est l’état d’esprit, c’est l’action, qui compte vraiment. »
Drew : Karnivool atteint sa forme ultime, sa forme idéale, quand il fonctionne comme une échappatoire, mais il y a des moments durant le processus où ce n’était pas du tout ça, où j’avais plutôt l’impression d’être dans une prison dont j’essayais de m’échapper [petits rires], surtout quand j’étais en plein dans des périodes difficiles de ma vie et que ça semblait se refléter dans la difficulté que j’avais à donner une forme définitive à ces chansons. Enfin, ce n’est jamais aussi terrible, mais sur le moment, quand on ne va pas bien, on peut avoir cette impression. Au final, la musique, c’est la liberté pour moi. C’est une façon de se libérer, de s’évader et d’échapper un moment aux soucis du monde.
C’est intéressant, car la chanson comporte des moments de tension, de claustrophobie, et d’autres de libération, de respiration. Ça symbolise bien l’idée d’évasion. On peut se demander si c’est le thème qui inspire la musique ou l’inverse.
Ian : La plupart du temps, c’est la musique qui inspire le thème. Nous réagissons à la façon dont sonne le début des chansons. Il y a toujours une émotion associée, une couleur particulière, un changement harmonique, etc. Un thème se crée progressivement au fur et à mesure que le morceau se développe. Parfois, nous avons déjà des thèmes, mais en général, le thème émerge à mesure que la chanson se construit et que nous découvrons comment nous réagissons et ce que ça nous fait ressentir.
Je sais, Ian, qu’avec les paroles, tu as tendance à te nourrir du rythme. Comment travailles-tu avec le rythme pour finalement formuler des mots, des phrases ?
Je crois que ma réaction au rythme que joue le groupe dans les chansons est de construire mon phrasé autour et en fonction. Je commence par un tas de mots qui n’ont aucun sens, mais j’aime la façon dont ils sont agencés. C’est du charabia, mais j’aime la fluidité, la façon dont ça amène la section suivante ou dont ça crée une ambiance particulière. Ensuite, si j’accroche vraiment, je suis pris au piège, parce qu’alors, il faut que je trouve un super texte qui prenne ça en compte, même si ce que je racontais initialement était du n’importe quoi. J’ai toujours considéré que mon travail consistait à lier les éléments, en partant du haut, ou de la mélodie principale, jusqu’en bas, c’est-à-dire le rythme. Une fois que je suis satisfait de ce j’ai, il faut trouver de bonnes paroles. C’est ça, le plus dur.
Tu as avoué que c’est en plein cœur de la création que tu te sens le plus en sécurité, que tu peux baisser ta garde. T’autorises-tu une vulnérabilité dans Karnivool que tu ne t’autorises pas ailleurs ?
C’est vraiment une bonne question. Je pense que ça vient du processus créatif de Karnivool, parce qu’il peut se passer plein de choses en même temps. Du coup, il faut baisser sa garde, se laisser aller, pour atteindre un état optimal, et laisser ses oreilles simplement écouter et nous guider. Alors oui, je pense qu’il faut être vulnérable dans ces moments-là pour finir par trouver ce qu’on cherche, ou alors c’est ce qu’on cherche qui nous trouve, étrangement. La patience est primordiale. Je ne suis pas le meilleur quand il s’agit d’être patient, mais j’apprends [rires].
Drew : Tu t’es amélioré ! Il faut de toute façon de la patience pour faire partie d’un groupe.
Ian : [Rires] Oui. En tout cas, ça peut être super gratifiant, quand on parle de flux créatif, de faire tout son possible pour laisser les morceaux atteindre l’état émotionnel dont ils ont besoin. Ils peuvent te donner de l’amour en retour.
C’est un album qui oscille entre espoir et désespoir. Drew, tu as d’ailleurs déclaré que l’espoir « a tendance à nous déposséder un peu de notre pouvoir ». Trouvez-vous que l’espoir a tendance à nous rendre passifs, à nous enfermer dans l’attente plutôt que dans l’action ?
Drew : C’est intéressant. Je ne sais plus qui a dit ça : « L’espoir est un lourd fardeau ». Je me souviens avoir entendu ça. Quelle est la différence entre l’espoir et la foi ? Je ne crois pas que les deux soient différents. Je pense qu’il est important d’avoir de l’espoir, mais tout dépend de la façon dont on le définit. Pour moi, il y a une forme de passivité associée à l’espoir. C’est mon point de vue, mais ce serait différent selon les personnes et ça dépend du contexte.
« Il se passe quelque chose d’étrange et d’intemporel quand nous créons de la musique. C’est comme une sorte d’auto-réalisation qui prend tout son sens plus tard, une sorte de rétro-causalité. »
Ian : C’est une question délicate. Je pense que l’espoir et le désespoir ne sont que des rappels. C’est quelque chose qui est là, à l’horizon, qui nous dit : « Personne ne le fera à votre place. Vous devez vous en occuper vous-même. » Vous pouvez espérer que quelqu’un change les choses, les fasse pour vous ou les améliore, mais non, personne ne le fera. Vous devez vous en occuper vous-même et vous vous sentez désespéré. Du coup, vous vous dites : « Bof, cette option ne me plaît pas vraiment non plus », alors vous finissez par vous prendre en main.
Drew : Je ne veux pas minimiser l’espoir pour quelqu’un qui se sent désespéré, car la première étape, c’est de retrouver l’espoir, mais passer à l’action, c’est encore autre chose. Une lueur d’espoir suffit à quelqu’un qui traverse une période très difficile. C’est super important, mais ce n’est que la première étape. On peut le voir comme une étape, mais c’est l’état d’esprit, c’est l’action, qui compte vraiment.
Il y a comme un sentiment victorieux de célébration dans la façon dont vous concluez l’album avec « Salva » : dans quelle mesure cela reflète-t-il le sentiment cathartique que vous avez éprouvé en terminant l’album ?
C’est tout à fait ça.
Ian : Ça correspond parfaitement. A la fin de l’album et surtout à la fin de « Salva », dans les dernières parties du morceau, il y a beaucoup de célébration et de libération. L’atmosphère s’allège pour un album qui est plutôt tendu et sombre, mais quand je dis plus léger, je veux dire que ça s’éclaircit. On a l’impression de voir la lumière du soleil percer à travers les nuages.
Drew : La fin a été écrite très tôt. Elle n’a même pas été composée dans l’idée que ce soit la fin de l’album. C’était juste une composition musicale. Je crois qu’il est devenu évident plus tard que tout ça deviendrait la conclusion, car ça avait du sens. Nous avons ajouté les cornemuses et intégré à la dernière minute en studio la partie qui dit : « Let the sea wash away everything. » C’était même après la phase de préproduction, nous étions déjà bien avancés dans l’enregistrement. Jon [Stockman], notre bassiste, croyait beaucoup en la chanson et essayait plein de trucs différents avant de tomber là-dessus. C’est intéressant. C’est même drôle que cette fin ait parfaitement rempli son rôle de conclusion et de célébration pour nous, mais en soi, elle était déjà écrite depuis longtemps. Comme je l’ai dit, il se passe quelque chose d’étrange et d’intemporel quand nous créons de la musique. C’est comme une sorte d’auto-réalisation qui prend tout son sens plus tard, une sorte de rétro-causalité ou je ne sais quoi. Enfin, ce n’est peut-être pas aussi bizarre, mais parfois on a cette impression : « Waouh, c’est tellement parfait ! », alors qu’on ne pensait pas vraiment consciemment à ça.
Que peut-on attendre de Karnivool à l’avenir ? Avez-vous tiré des leçons de ce processus, de ces treize années ?
Ian : Oui, je crois que nous avons beaucoup appris de ces treize années. Il y a plein de choses que nous savons faire maintenant, et plein que nous ne referions pas. Disons qu’il y a plein de points positifs que nous pouvons mettre en œuvre. Le groupe est vraiment ravi d’avoir quelque chose à partager à nouveau. C’est génial, pour nous comme pour ceux qui aiment notre musique. Nous sommes heureux de poursuivre sur cette lancée. Il y a encore beaucoup à venir.
Interview réalisée en visio le 25 février 2026 par Nicolas Gricourt.
Retranscription & traduction : Nicolas Gricourt.
Photos : Tobias Sutter (1), Kane Hibberd (2, 6), Courtney McAllister (3, 5).
Site officiel de Karnivool : www.karnivool.com.
Acheter l’album In Verses.


































