Dans le monde de la guitare, Paul Gilbert est définitivement un cas à part. Aussi talentueux que loufoque dans certaines idées qui lui viennent, il aime faire ce que personne n’aura même songé à faire. Dernier exemple en date, son nouvel album WROC. Un peu d’histoire : vers 1744, le jeune futur premier président des Etats-Unis d’Amérique George Washington s’adonne à un exercice d’écriture scolaire, recopiant mot pour mot une traduction anglaise de cent dix règles de civilités publiées en Angleterre vers 1640, elles-mêmes issues d’un manuel d’étiquettes français de 1595 rédigé par des jésuites.
Quel rapport avec Paul Gilbert ? C’est précisément dans ce recueil qu’il a pioché douze règles de bonne conduite pour les transformer en chansons, puisant dans toute une panoplie d’influences musicales, du blues au heavy metal, pour un singulier panachage d’époques. De quoi apprendre quels sont les bons comportements à suivre en société tout en s’amusant. Dans l’entretien qui suit, le musicien – qui, après une série d’albums a essayé d’imiter le chant à la guitare, reprend le micro – nous explique l’origine de l’expérience et la façon dont il l’a menée à bien, faisant appel, pour certaines tâches, à une IA pas toujours fiable et stimulant son « générateur mélodique intérieur »… L’occasion également de réfléchir à certaines de ces règles de civilité, mais aussi de revenir brièvement sur la fin de Mr. Big.
« Globalement, je préfère l’idée de civilité, de retenue et de stoïcisme au fait d’être extravagant et de partir en vrille. C’est mon instinct naturel. »
Radio Metal : Ton nouvel album, WROC, tire son inspiration d’une source pour le moins inattendue : un recueil de George Washington baptisé Rules Of Civility And Decent Behaviour In Company And Conversation (les règles de civilité et de bonne conduite en société, ndt). Comment diable cette idée t’est-elle venue ?
Paul Gilbert (guitare & chant) : Je n’en suis pas sûr ! Si ce n’est que je l’avais lu il y a de nombreuses années, peut-être vingt-cinq ans. Je n’y ai pas trop pensé depuis et d’une façon ou d’une autre, il s’est rappelé à moi [rires]. Je venais tout juste de terminer le dernier concert de Mr. Big au Japon et j’étais dans l’avion pour un long voyage retour à la maison. Je me disais : « D’accord, c’est la fin de Mr. Big. Qu’est-ce que je devrais faire ensuite ? Si je fais un autre album solo, à quoi il devrait ressembler ? » C’est là que l’idée d’adapter les règles de civilité en paroles m’est venue. J’avais mon téléphone et de l’IA, donc j’ai initié une conversation à ce sujet. Plus j’y pensais, plus ça fonctionnait, plus ça me plaisait. Quand je suis rentré chez moi, j’ai pris une guitare et j’ai transformé ça en mélodies. Je ne m’étais jamais autant éclaté à écrire des chansons, c’était merveilleux !
Qu’est-ce que ce livre représente pour toi ? Quelle est ton histoire avec lui ?
Je ne l’avais jamais lu quand j’étais à l’école. C’est après que je l’ai acheté de moi-même. Je l’ai trouvé car j’avais acheté un tas de livres. Il y en avait avec tous les écrits de Benjamin Franklin, tous ceux de Thomas Jefferson, tous ceux de George Washington. J’avais donc ces gros bouquins. Ce ne sont pas des histoires. C’est presque comme obtenir le mot de passe de la boîte mail d’une personne et lire tous ses courriels. Tu peux remonter le temps et voir de quoi elle parlait. Il y avait beaucoup de lettres et ce genre de choses. C’est ainsi que je l’ai eu au départ, mais jusqu’à présent, je n’avais dit à personne que j’avais trouvé ces livres.
C’est un ouvrage très ancien, écrit par George Washington vers 1744 comme exercice d’écriture scolaire, mais ses origines remontent encore plus loin. Cependant, quelle est, selon toi, sa pertinence aujourd’hui, plusieurs siècles plus tard, en 2026 ?
J’ai lu qu’à l’origine ça avait été écrit en France ! (Il s’agissait d’un manuel d’étiquette français de 1595 rédigé par des jésuites, ndlr). Je le trouvais pertinent me concernant, à la fois de manière modeste et de manière plus importante. De manière modeste parce qu’il y a des règles là-dedans sur les bonnes manières à table, par exemple : ne mets pas un gros morceau de nourriture dans ta bouche, car personne n’a envie de te voir mâcher la bouche ouverte [rires]. Mais il y a des choses plus importantes : « Ne montre pas ta joie face au malheur d’autrui. » Il s’agit de respecter les gens. Globalement, je préfère l’idée de civilité, de retenue et de stoïcisme au fait d’être extravagant et de partir en vrille. C’est mon instinct naturel, mais je peux certainement le perfectionner en lisant ce livre [rires].
Dans un monde qui semble de moins en moins civilisé, c’est presque un message que tu fais passer en réintroduisant certaines de ces règles de civilité.
On peut le voir comme ça, mais globalement, je crois qu’il faut commencer avec soi – en tout cas, c’est ce que je fais. Si je veux changer le monde, la seule chose que je puisse faire, c’est me changer moi-même. Je vis très proche d’une épicerie. J’y vais et je prends de délicieux gressins au fromage. En rentrant à pied, c’est très tentant d’en prendre un et de le manger en marchant dans la rue. Dans la chanson « Go Not Thither », il est dit : « Ne mangez pas dans la rue. » Alors, au moment de craquer, je me dis : « Non. George Washington a dit de ne pas manger dans la rue. » Et je change quelque chose à ma vie ! C’est un tout petit changement, mais il m’a donné confiance en moi : je peux peut-être faire un changement plus important, je suis capable de me contrôler. Pour moi, c’est bien plus utile que de rentrer dans des débats sur internet [rires]. En tout cas, j’ai vraiment adoré faire cet album, surtout musicalement, car, au final, mon objectif est musical. Je veux faire un album. Si en plus je peux promouvoir certaines règles de civilité, c’est un bonus. Et puis ça a été un véritable voyage dans le temps. Je ne suis pas historien, donc j’ai fait des recherches et c’était passionnant. Je me suis dit que j’allais faire des interviews, alors autant me renseigner un peu [rires]. Je ne savais pas que le livre avait été écrit en France, je l’ai découvert, et j’en ai appris davantage sur la vie de George Washington. J’ai vraiment beaucoup apprécié ce voyage à travers l’histoire.
« Si j’écris une mélodie sur une partition, je ne maîtrise pas ce langage. Mais sur un manche, je vois tout de suite à quoi ressemble une mélodie. Du coup, quand j’écris mes propres mélodies, j’ai une idée précise de ce que j’aime visuellement. »
Tu as déclaré que tu cherchais ton propre Bernie Taupin – le parolier d’Elton John – et que tu as finalement trouvé George Washington pour l’incarner. Même si tu as déjà écrit des textes par le passé, est-ce une étape du processus qui te rebute ?
Typiquement, quand un musicien écrit des paroles, il essaye d’écrire sur la base de son propre vécu. Je l’ai fait, mais parfois, je ne suis pas très intéressé par mon propre vécu [rires]. Je trouve l’histoire de George Washington beaucoup plus intéressante que mon quotidien. Je suis père, donc je me lève le matin, je coupe des pommes pour le déjeuner de mon fils. Je pourrais en faire une chanson, et je pourrais d’ailleurs probablement en faire une plutôt pas mal, mais pour moi, ce n’est pas aussi intéressant que l’était ce livre. De même, j’aime le défi consistant à partir des mots de quelqu’un d’autre sans les dénaturer et à créer une mélodie autour. C’est comme un puzzle : quand je le résous, j’obtiens quelque chose de nouveau auquel je n’aurais pas pensé. Je peux quand même le faire un peu si j’utilise mes propres mots, mais j’ai l’impression que travailler avec un collaborateur qui m’apporte de nouveaux mots me permet d’explorer des pistes que je n’aurais pas explorées seul.
Qu’est-ce qui t’a convaincu que ces règles de civilité pouvaient fonctionner sous forme de chansons ? Et comment as-tu procédé ? Car ces règles n’ont pas été écrites pour être chantées…
Il y a ça et le fait que c’est du vieil anglais. C’était le défi. Tout ce que j’ai fait, c’est essayer. Je me suis posé avec une guitare et j’ai trouvé des mélodies, des accords, etc. Certaines règles étaient plus faciles que d’autres. Je ne les ai pas toutes faites. Certaines sont très longues, c’était trop. J’avais tendance à me cantonner aux plus courtes. De même, quand tu écris des paroles, il y a souvent des répétitions, donc c’est ce que je faisais. Par exemple, la phrase : « If you soak bread in the sauce let it be no more », je répétais « let it be no more », la dernière partie de la phrase. Ça donne davantage l’impression d’une chanson.
Tu parlais d’IA, et je sais que tu l’as aussi utilisée pour ordonner ces règles des plus petites aux plus longues. Cela signifie-t-il que tu es quelqu’un, surtout en tant qu’artiste, qui accueille l’IA à bras ouverts plutôt que de la craindre ?
J’ai adoré utiliser l’IA ! Mais je dois clarifier ça. Au départ, je l’utilisais simplement pour discuter de l’idée, pour la mûrir. Ensuite, j’ai demandé à l’IA : « S’il te plaît, mets ces règles dans l’ordre », car ainsi, je pouvais facilement trouver une règle courte ou longue. C’est plus simple pour chercher. Mais en faisant ça, l’IA a changé les règles sans que je m’en aperçoive ! Après ça, j’ai écrit la chanson « Conscience Is The Most Certain Judge ». J’en étais très content : « Ouah, le résultat est super ! J’adore ! » Je crois que j’ai emmené mon fils à son cours de badminton ou quelque chose dans le genre. Je venais tout juste de composer cette chanson et je n’arrivais plus à me souvenir de certaines parties. Je me suis donc dit que j’allais faire une recherche sur Google, avec les passages dont je me souvenais, pour retrouver la règle associée, mais rien n’en est ressorti. J’étais là : « C’est bizarre. Pourtant, c’est une des règles de Washington, ça devrait ressortir dans la recherche. » J’ai fini par requestionner l’IA et je lui ai demandé : « Quelle règle est-ce ? » L’IA m’a répondu : « Ce n’est pas une règle. » J’ai dit : « Mais tu me l’as donnée avec les autres règles ! » L’IA a rétorqué : « J’ai dû halluciner. » J’étais là : « Oh, bon sang… » J’avais le cœur brisé, car je me demandais si je devais maintenant abandonner la chanson, car ce n’était pas une vraie règle de Washington, or j’avais travaillé dessus et j’aimais beaucoup les mélodies. Je me suis dit que, d’abord, j’aime la musique. Ensuite, quand je regardais les paroles, je pouvais voir comment l’IA avait pioché une idée ici, une idée là pour les assembler. Ce n’était pas exactement les mêmes mots, mais le sens restait le même. Alors je me suis dit que j’allais la laisser comme ça, mais je ne faisais plus confiance à l’IA et j’ai pris le livre pour n’utiliser plus que ce dernier. Le truc avec l’IA, c’est qu’il faut vérifier soi-même. On ne peut se fier à l’information donnée sans la vérifier, car ensuite l’IA elle-même revérifie et souvent, elle est là : « Je suis content que tu aies vérifié, car j’avais complément tort ! »
As-tu déjà utilisé l’IA pour générer de la musique « dans le style de Paul Gilbert » ?
Il a un site web que j’ai essayé. J’étais curieux. C’était surprenant, les lignes de basse, notamment, étaient très bonnes. Tout était vraiment parfait, évidemment, car c’est généré par un ordinateur. Tout est parfaitement dans le temps, parfaitement juste, etc. C’est bien, mais personnellement, j’aime le côté humain et j’entends la différence. Souvent, de nos jours, quand je compose, je fais une chanson avec de multiples tempos et je fais des choses que l’IA ne pourrait probablement pas comprendre ou bien faire. Par exemple, dans « If You Soak Bread In The Sauce », il y a trois parties distinctes avec des légers changements de tempo. Je pense que, en tout cas à l’heure actuelle, l’IA soit ne pourrait pas le faire, soit, si elle le faisait, ça ne sonnerait pas naturel. Ça reste mieux fait par des humains.
« Je me sens toujours obligé d’avoir beaucoup d’énergie et de surprendre. Il faut que ma musique soit explosive, qu’il se passe toujours quelque chose. Je suis presque paniqué à l’idée que le public s’ennuie. »
Tu as déclaré que ne pas pouvoir t’« empêcher de rechercher quelque chose que personne d’autre n’oserait tenter, quelque chose qui ne pourrait provenir que de [ta] vie, de [ton] histoire et de [tes] influences particulières ». A-t-il toujours été important pour toi de te distinguer de tes pairs, de faire en sorte que les gens puissent toujours dire : « C’est Paul Gilbert » ?
[Rires] Je crois, oui ! C’est quelque chose dont je suis fier quand je termine un projet : je sais que ça me ressemble. J’aime mes pairs. Quand j’entends Andy Timmons, Richie Kotzen, Zakk Wylde, Ty Tabor… Bref, tous ces guitaristes de ma génération, je les adore. A la fois, je sais qu’aucun d’entre eux ne porterait un chapeau tricorne et écrirait des chansons basées sur les règles de civilité de George Washington [rires]. Je suis fier de trouver un endroit où personne n’aurait jamais ne serait-ce que pensé aller.
WROC est ton premier album chanté en dix ans, depuis I Can Destroy. On sait que ces dernières années, tu t’es concentré sur l’idée de chanter, littéralement, avec ta guitare, en partie parce que tu te sentais limité par ta voix. Alors pourquoi être revenu à la voix ?
Je pense que les tournées de Mr. Big m’ont beaucoup apporté en confiance, car je chantais énormément d’harmonies. De plus, pendant les balances, j’étais souvent le chanteur principal : Eric [Martin] reposait sa voix avant le concert, alors avant son arrivée, je chantais une ou deux chansons. Le résultat était plutôt bon ! Du coup, j’ai pris confiance en moi. Bien sûr, quand j’écris mes propres mélodies, je peux les adapter à mon intensité, à mon timbre et à ce qui sonne naturellement avec ma voix. Je pense aussi savoir gérer mes limites. Avant, s’il y avait une note aiguë, j’essayais de l’atteindre en voix de poitrine à chaque fois, ce que je réussissais une ou deux fois, mais après, je m’épuisais la voix pour toute la soirée. Maintenant, je peux la chanter en voix de tête et tenir beaucoup plus longtemps. J’utilise des petites astuces comme ça.
Tu as beaucoup étudié le chant ces dernières années afin d’en reproduire les subtilités à la guitare, notamment avec The Dio Album. Aujourd’hui, ce travail a-t-il une influence sur ta voix ?
Quand j’ai appris à jouer des mélodies à la guitare, ça a beaucoup influencé ma façon d’écrire, car maintenant, j’ai une représentation visuelle des mélodies. Je suis vraiment mauvais en lecture à vue. Si j’écris une mélodie sur une partition, je ne maîtrise pas ce langage. Mais sur un manche, je vois tout de suite : « Ah, voilà à quoi ressemble une mélodie. » Du coup, quand j’écris mes propres mélodies, j’ai une idée précise de ce que j’aime visuellement. Parfois, c’est facile de faire une mélodie qui se résume à trois notes. À la guitare, c’est un peu trop simple pour ce que je veux faire ; je veux que la mélodie soit plus développée, avec des parties aiguës, des parties graves, ou des notes qui ne rentrent pas dans la tonalité, et je crée une modulation. Maintenant, quand je joue une mélodie à la guitare, je me dis aussitôt : « Tiens, c’est peut-être un peu trop simple », ou alors il faut que j’ajoute une note inattendue pour surprendre, puis un accord pour que ça sonne bien. Mais la base vient de ce que ferait une voix. Le fait est que c’est le principal instrument mélodique utilisé par l’humanité depuis vingt mille ans, ou quelque chose comme ça – depuis des temps immémoriaux –, donc dans la plupart des cas, un instrument ne fait qu’imiter la voix. Bien sûr, les instruments peuvent aller plus loin – je peux faire beaucoup de choses à la guitare qu’une voix ne peut pas faire – mais fondamentalement, c’est à la voix et à la mélodie que les humains réagissent. C’est ce qui nous semble naturel.
Tu as décrit la chanson « Conscience Is The Most Certain Judge » comme étant pleine de « modulations audacieuses » et de « grandes surprises ». Puisque ces règles n’ont pas été écrites pour être chantées, cela a-t-il naturellement introduit un élément d’imprévisibilité dans la musique ?
Absolument ! Dans le refrain, ça fait [chante]. C’est un rythme qui vient un peu de nulle part. J’essayais de trouver comment faire fonctionner ces paroles. Au début, je me suis dit : « Oh, c’est vraiment bizarre ! » Mais c’est devenu ma partie préférée, parce que ça marche, ça colle au rythme, et puis soudain, un nouveau rythme arrive et surprend. Et je pense qu’il faut cette surprise à ce moment précis, parce que le tempo est plutôt lent, ça devient peut-être un peu trop prévisible, alors ça réveille l’auditeur. Pour moi, ça devient l’accroche du morceau.
Tu as inclus la célèbre mélodie du film Rencontres du troisième type à la fin de « Every Action Done In Company ». Comment cette idée t’est-elle venue ?
Tout d’abord, c’est une mélodie géniale. Parfois, quand on joue une mélodie à la guitare, le motif que ça dessine sur le manche est surprenant. En tant que guitariste, je trouve ça intéressant, et là, en l’occurrence, je ne m’attendais à ça. J’ai donc beaucoup appris en la jouant. Et je l’utilisais souvent comme fin pour d’autres morceaux. Je faisais des concerts et à la fin d’un morceau, le groupe était en délire et je me mettais à jouer cette mélodie en modulant autour. C’est quelque chose que j’ai fait pendant longtemps, et finalement, je l’ai mise sur un album ! La science-fiction est un genre toujours passionnant. Je n’ai vu le film en entier que récemment, mais il est très lié à mon enfance car c’était un grand succès à l’époque et, même si je ne l’avais pas vu, j’avais vu la bande-annonce, avec les extraterrestres et cette étrange mélodie. Ça m’avait marqué à l’époque.
« Souvent, les mêmes choses sortent de mes mains, alors que parfois, mon générateur mélodique intérieur me surprend vraiment. Et s’il n’y a rien dedans, je dois trouver un moyen de le mettre en route. Pour moi, c’est très honnête, c’est comme dire la vérité. »
« Spark Of Celestial Fire » dure plus de huit minutes. C’est l’un de tes morceaux chantés les plus longs – peut-être même le plus long, je ne suis pas sûr. Comment en es-tu arrivé à un tel résultat ?
Je ne sais même plus exactement. Évidemment, je commence toujours par les paroles. Je ne crois pas avoir procédé dans l’ordre. J’avais probablement d’abord la partie centrale, avec un côté pop. Ensuite, j’ai cherché un contraste, car le tempo est modéré, confortable et propice à la mélodie, mais il me fallait quelque chose pour dynamiser le tout. J’ai peut-être ensuite trouvé la partie instrumentale du début, et puis j’ai adoré les paroles – c’est la dernière règle de Washington, la numéro 110 : « Efforce-toi de garder vivante en toi cette petite étincelle de feu céleste qu’on appelle conscience ». C’est très poétique. Alors, je voulais vraiment en faire quelque chose, mais quand l’idée m’est venue, le tempo était complètement différent, mais d’une certaine manière, j’ai trouvé ça cool. Des groupes comme Iron Maiden ou Black Sabbath le font : ils ont deux ou trois morceaux dans un seul, avec des changements de tempo, de groove, etc. Pendant la majeure partie de ma carrière, je ne le faisais jamais, c’est récent, mais j’adore ça. Ça me fait un peu penser à la création d’un medley, ce que je fais plus souvent ces derniers temps. J’ai tellement de morceaux que lors de mes concerts, il m’arrive de composer un medley pour pouvoir en jouer vingt-cinq en quinze minutes. C’est un peu le même principe. Je trouve que ça crée de belles surprises.
La dernière chanson, « George Washington Rules », est la seule qui ne soit pas basée sur l’une des règles. C’est un morceau très influencé par le blues vintage, mais tu l’as qualifié de « personnellement révolutionnaire ». Pourquoi ?
Au départ, je ne comptais même pas l’inclure dans l’album. Un matin, je me suis réveillé avec cette chanson en tête, ainsi que l’idée des paroles, alors je l’ai notée rapidement. Ensuite, je l’ai jouée pour Doug [Rappoport] et Timmer [Blakely]. Ils riaient et souriaient. Je me suis dit : « Ils ont bien réagi, alors on va peut-être la travailler. » J’adore le rock and roll à la Chuck Berry. Quand j’étais petit, c’est comme ça que j’ai appris la guitare. J’ai appris « Johnny B. Goode » et plein d’autres morceaux du même genre. AC/DC, c’est très Chuck Berry, d’ailleurs. Dès que je peux jouer ce style de guitare, je suis aux anges ! Le solo est très difficile, car j’ai repris des suites d’accords gospel que j’avais entendus dans une chanson de Nina Simone et je les ai intégrés. C’est compliqué pour moi. J’ai dû beaucoup m’entraîner pour me préparer à jouer ça, et je ne pouvais pas vraiment improviser. Je devais jouer exactement la partie. C’est facile à l’oreille, ce n’est pas exotique, mais pour un guitariste, c’était un défi !
Tu évoques Nina Simone, or WROC fait appel à de nombreux styles et tu as mentionné diverses influences : Black Sabbath, Iron Maiden, AC/DC, Steppenwolf, Burt Bacharach, Todd Rundgren, les Beatles, etc. Mais au final, ça sonne vraiment comme du Paul Gilbert. À ton avis, qu’est-ce qui fait que Paul Gilbert sonne autant comme Paul Gilbert ?
Oh, bon sang ! C’est une bonne question. C’est un peu un mélange de plusieurs choses. C’est comme une soupe. C’est un florilège de ce avec quoi j’ai grandi et de ce que je suis capable de faire, et je pense que ça continue de s’enrichir. Récemment, j’ai pris beaucoup plus d’assurance avec la guitare slide. C’est certain que je n’avais pas cette maîtrise avant. Du coup, je joue des mélodies slide et vocales à la guitare… Même si je chante sur l’album, beaucoup de solos commencent par la mélodie. Bien sûr, le côté shred est toujours présent à un moment ou un autre. Je pense qu’il y a une énergie… D’une certaine manière, c’est à la fois un avantage et un inconvénient : je me sens toujours obligé d’avoir beaucoup d’énergie et de surprendre. Quand j’écoute un groupe comme Pink Floyd, ça me scotche, parce qu’il y a tellement d’espace, les tempos sont lents, les mélodies sont simples, etc. Franchement, je ne peux pas faire ça ! Il faut que ma musique soit explosive, qu’il se passe toujours quelque chose. Je suis presque paniqué à l’idée que le public s’ennuie, alors j’ai toujours envie de balancer quelque chose. Ça vient peut-être de Mark Varney, le patron de mon premier label, Shrapnel. Il me disait : « Paul, mets des parties de guitare de dingue partout ! » Et ça a marché. Les gens ont adoré les vieux morceaux de Racer X. Du coup, même quand je joue une chanson pop, je me dis : « Il faut que j’y ajoute un petit truc pour l’enflammer. » J’ai du mal à me calmer ; j’ai même un morceau qui s’appelle « Sir, You Need To Calm Down ». J’aimerais bien y arriver. Parfois, je me dis que ma musique serait sans doute plus facile à écouter si j’arrivais à me détendre.
« J’ai tendance à m’intéresser aux choses anciennes, qu’il s’agisse de livres ou de musique. Si je veux trouver de nouvelles musiques qui m’inspirent, je me tourne généralement vers le passé. »
Ça me rappelle une vidéo de toi où tu montrais deux manières de jouer les accords très simples de « I Like Rock », l’une très banale, l’autre avec beaucoup d’énergie, et tout d’un coup, ça sonnait comme du Paul Gilbert…
Merci ! Ça me rappelle quand j’ai vu Brian May à un atelier de guitare une fois. Il a gratté un accord de La. C’est le même accord que tous les guitaristes jouent, mais ça sonnait comme du Brian May. C’était immédiatement reconnaissable. Les mêmes notes, le même doigté, mais un son totalement unique.
Tu as déclaré au sujet de cet album que « très peu de choses viennent de [tes] doigts. Ça vient de [ton] sens de la mélodie. » Ton potentiel d’amélioration aujourd’hui, en tant que compositeur et guitariste, réside-t-il principalement dans une meilleure connexion avec ton « générateur mélodique intérieur », comme tu l’as toi-même appelé ?
J’adore écouter mon générateur mélodique intérieur. Parfois, il n’y a rien dedans [rires], mais c’est intéressant d’y prêter attention, car c’est tellement différent de l’utilisation des doigts. Les doigts font toujours quelque chose, mais c’est généralement toujours la même chose, c’est comme s’ils se disaient : « C’est mon habitude, je sais que ça marche. » Donc souvent, les mêmes choses sortent de mes mains, alors que parfois, mon générateur mélodique intérieur me surprend vraiment. Et s’il n’y a rien dedans, je dois trouver un moyen de le mettre en route. Pour moi, c’est très honnête, c’est comme dire la vérité. Ça me permet aussi d’apprécier l’improvisation d’autres musiciens. Mes improvisateurs préférés sont peut-être les bluesmen et les jazzmen. Avant d’écouter BB. King, par exemple, je peux penser : « Oh, il joue juste un blues lent. » Mais lorsque je l’écoute, je me dis : « Non, il dit la vérité ! » Je sens qu’il joue ce qu’il entend dans sa tête. Ce n’est pas juste un enchaînement de doigtés, il chante ce qu’il joue. Bizarrement, quand je l’écoute avec cet état d’esprit, j’apprécie beaucoup plus. C’est la même chose quand j’écoute Miles Davis ou un grand improvisateur de jazz. Je n’écoute pas tant les parties ; j’écoute ce qu’ils entendent dans leur tête. C’est ça, pour moi, qui est vraiment intéressant.
Je suppose aussi que tu as atteint un tel niveau de technique désormais que tu dois aller au-delà de ça pour être encore meilleur.
Je peux me lasser de ma technique. Parfois, si on veut jouer un truc, il faut tellement le répéter qu’une fois celui-ci maîtrisé, on n’a plus envie de l’entendre [rires]. C’est comme si tu travaillais dans la cuisine d’un restaurant indien. J’adore la cuisine indienne en tant que client, mais si tu y travaillais, tu sentirais le curry toute la journée et, en rentrant chez toi, tu dirais sans doute : « Je veux manger n’importe quoi, sauf du curry ! » [Rires]
L’album a été enregistré en live en quatre jours au Hallowed Halls de Portland. Je sais qu’un enregistrement live était déjà prévu pour Werewolves Of Portland. Était-ce une sorte de revanche contre la Covid-19 qui vous en avait empêchés à l’époque ?
Tu as raison. Pendant la pandémie, c’était le moment idéal pour jouer avec moi-même. Mais j’adore jouer avec un groupe. Tous les membres étaient formidables : Timmer Blakely à la basse, Doug Rappoport à la guitare et Nick D’Virgilio à la batterie. D’abord, répéter, c’est super, parce qu’on a un ressenti et qu’on peut faire de bons ajustements. Faire des overdubs et des démos, c’est différent de jouer vraiment avec d’autres musiciens. On peut les observer, voir leurs réactions, un peu comme un public, avant de présenter ça à une plus large audience. Et puis, en studio, on sait tout de suite si on a la bonne prise. Et si ce n’est pas le cas, on le sait aussi : « C’était pas mal, mais on devrait en refaire une. » Quand on obtient enfin la bonne prise, elle dégage une énergie unique. C’était donc merveilleux. En plus, nous avons tout filmé ! Aujourd’hui, j’adore présenter ma musique avec une vidéo, et pas une simple vidéo en playback, mais la vraie session. Quand je joue le solo, je ne fais pas semblant. C’est le vrai solo, tel qu’il a été enregistré ! Imagine s’ils avaient filmé pendant l’enregistrement de Van Halen I et qu’on avait pu voir Eddie [Van Halen] enregistrer « Eruption », ça aurait été incroyable ! Mes albums ne sont pas aussi légendaires que Van Halen I, mais je trouve ça vraiment génial de pouvoir voir les vraies sessions d’enregistrement.
Tu changes de collaborateurs sur presque chaque album. Comment as-tu choisi les musiciens qui t’accompagneraient cette fois-ci ?
Si possible, j’essaie de trouver des musiciens du coin, c’est plus facile pour les répétitions. Nous répétons une fois par semaine, car il me faut une semaine entière pour écrire deux chansons. À la fin de la semaine, je dis : « Voilà, j’ai deux chansons. Venez vendredi, on les répète et on fait une démo. » La semaine suivante : « Tiens, j’ai deux autres chansons. » Une fois que tout est écrit, nous répétons tous les jours pour bien tout mémoriser. C’est beaucoup plus simple si tout le monde habite près de chez moi. Le seul qui n’habitait pas à proximité, c’était Nick. Du coup, je lui envoyais les démos. Sur les démos, je jouais de la batterie pour lui donner une idée de ce que je recherchais. Bien sûr, je veux que tout le monde joue bien et c’est un plus s’ils chantent. Nick chante super bien. Doug et Timmer chantent bien aussi. Tout le monde chante les harmonies sur l’album.
« On peut se réjouir du malheur d’autrui, mais il ne faut le montrer à personne [rires]. C’est plutôt sage, car il est assez difficile de changer ses sentiments. C’est à la portée de tous : si une mauvaise pensée vous traverse l’esprit, ne la mettez pas à exécution ! »
Comme nous l’avons évoqué, tu as repris des textes vieux de plusieurs siècles et tu les as transformés en chansons inspirées de différentes périodes musicales, notamment le blues. Ce lien avec le passé, ce pont entre les époques, a-t-il une valeur symbolique pour toi ?
C’était enrichissant car c’était vraiment agréable. J’ai appris des choses en cours de route et j’espère les partager. Probablement que beaucoup de gens n’ont jamais entendu parler des règles de civilité de George Washington. Elles portent ce nom car il est la personne la plus célèbre à qui elles sont associées. Comme nous l’avons dit, elles ont été écrites en France par des érudits jésuites, puis traduites en Angleterre, etc. Leur parcours est donc assez long. Je pense qu’en général, peut-être est-ce dû à mon âge, mais j’ai tendance à m’intéresser aux choses anciennes, qu’il s’agisse de livres ou de musique. Si je veux trouver de nouvelles musiques qui m’inspirent, je me tourne généralement vers le passé. Récemment, j’ai découvert un album de Peggy Lee des années 60 que j’adore. Je l’écoute en boucle, car il a de superbes mélodies et l’orchestre qui l’accompagne est incroyable. Ça arrive probablement avec l’âge. D’une certaine manière, le passé devient de plus en plus intéressant. Alors que lorsque j’étais jeune, je m’intéressais à ce qui se passait sur le moment. C’est tout simplement mon instinct qui me guide.
Quelques questions rapides au sujet des règles de civilités : laquelle te serait la plus chère ?
La cent dixième, l’« étincelle de feu céleste », est sans doute la plus belle à mes yeux. C’est comme un magnifique poème. Elle me touche profondément. Mais je ne sais pas si elle va changer mon comportement. C’est un peu comme l’effet que provoque une chanson : elle joue sur nos émotions. En revanche, celle qui a vraiment changé mon comportement, c’est « ne mange pas dans la rue », parce que j’adore manger dans la rue ! À chaque fois que je suis sur le point de le faire, je me dis : « Non ! » Et j’y arrive, donc celle-ci a vraiment eu un impact sur ma vie. À part ça, j’ai remarqué « garde les pieds bien ancrés au sol », parce que je ne le fais presque jamais. Je suis toujours penché, positionné n’importe comment, avec les pieds qui traînent dans tous les sens. Donc, celle-là, je n’y arrive pas encore, mais peut-être un jour !
Laquelle rejetterais-tu ?
Il y en a que je n’ai pas mises en chanson. Il y en a une — je ne me souviens plus laquelle — qui parle de vermine. Je crois que c’était à l’époque où les gens avaient des poux, ça disait : « Ne gratte pas la vermine » ou « Ne touche pas à la vermine ». C’est dégoûtant [rires]. Je suis vraiment content de ne pas avoir de vermine dans les cheveux. J’espère que ça restera comme ça !
Laquelle t’a vraiment fait réfléchir ?
Une qui m’a fait réfléchir est celle-ci : « Ne montre pas ta joie face au malheur d’autrui. » Le texte dit « ne montre pas ta joie ». La montrer, ça veut dire que les autres la voient. Mais ça ne dit rien de ce qui se passe à l’intérieur. Autrement dit, d’une certaine manière, ça signifie qu’on peut se réjouir du malheur d’autrui, mais qu’il ne faut le montrer à personne [rires]. C’est plutôt sage, car il est assez difficile de changer ses sentiments. Ce que l’on ressent n’est qu’une réaction, comment la modifier ? Mais on peut changer la façon dont on l’exprime. On ne peut pas changer ce qui se passe à l’intérieur, mais on peut changer la façon dont on le montre aux autres. Pour moi, c’est réaliste. Ce n’est pas trop demander. C’est à la portée de tous : si une mauvaise pensée vous traverse l’esprit, ne la mettez pas à exécution !
Laquelle t’a surpris ?
« Ne fais pas le paon », ce qui signifie simplement « ne te pavane pas avec tes vêtements » ou quelque chose comme ça, mais c’était une métaphore intéressante. Je ne m’attendais pas à tomber sur le mot « paon ». Je pense que ça surprend tout le monde quand il écoute, genre : « Est-ce que tu viens de chanter à propos d’un paon ? » [Rires]
« Pat Torpey m’influence énormément au quotidien, car chaque matin, dès que je me lève, je m’installe à ma batterie et je travaille toutes les parties qu’il m’a apprises. Son esprit est donc toujours présent en moi, car il a été mon professeur de batterie ! »
Pour finir sur un autre sujet : tu as mentionné la fin de Mr. Big. Quel effet ça te fait de te dire que ce groupe n’existe plus, pour de bon ?
Je trouvais le timing parfait. J’étais content de ce que nous avions pu faire parce que nous savions que c’était la fin. Par exemple, nous avons réussi à composer une dernière chanson, « Forever In Our Hearts ». Je l’ai écrite, mais elle était inspirée par Billy [Sheehan], qui avait l’habitude de faire un discours chaque soir à la fin du spectacle. Il disait toujours : « Vous serez à jamais dans nos cœurs. » J’aimais beaucoup ça, alors j’ai écrit la chanson en m’en inspirant. Je ne pense pas que j’aurais pu l’écrire si j’avais pensé : « On repart en tournée l’année prochaine, on va faire un autre album, etc. » Mais je savais : « C’est maintenant ou jamais, c’est notre dernière chance. » Cette énergie, cette conscience que c’était notre dernière opportunité, je pense, a rendu la chanson meilleure et nos concerts meilleurs. Cet état d’esprit, je crois, a permis de créer quelque chose de vraiment formidable.
Quel est ton sentiment, avec le recul, sur vos retrouvailles en 2009 ?
C’était vraiment un super moment, nous avons passé de supers années. Cette reformation a été inspirées par une jam session improvisée lors d’un de mes concerts solos. Billy est arrivé, Pat [Torpey] aussi, et Richie Kotzen était là. Nous avons juste improvisé sur scène, et c’était génial. Nous souriions, le public était en délire. C’est ce qui a déclenché cette envie de nous dire : « Hé, quand on joue ensemble, c’est vraiment agréable ! » Pour moi, c’est une façon très sincère et touchante de se retrouver. Depuis, nous avons fait énormément de choses. Quand je veux y penser, je ne sais même plus par où commencer : ça fait beaucoup d’albums, beaucoup de musique, beaucoup de tournées !
Vous avez perdu Pat Torpey en 2018. Quel souvenir gardes-tu de lui aujourd’hui ?
Pat m’influence énormément au quotidien, car chaque matin, dès que je me lève, je m’installe à ma batterie et je joue « Poor Tom » de Led Zeppelin. C’est Pat Torpey qui m’a appris à la jouer. Je lui demandais toujours des cours de batterie, car j’adore cet instrument. L’autre chose sur laquelle je m’entraine, c’est un plan en double frappe que Pat m’a montré. Alors, chaque matin, je me lève et je travaille toutes les parties qu’il m’a apprises, j’en fais des variations, et je joue « Fool In The Rain » de Led Zeppelin que Pat m’a aussi appris, etc. Il a été mon meilleur professeur de batterie. Je devrais aussi mentionner Jeff Martin, qui est également un excellent professeur, mais je crois que c’est de Pat que j’ai appris le plus de plans. Son esprit est donc toujours présent en moi, car il a été mon professeur de batterie !
Te considèrerais-tu comme un batteur maintenant ?
Je joue de la batterie sur les démos, mais il y a certaines choses… Quand on est batteur de tournée et qu’on joue deux heures tous les soirs, on acquiert une certaine maîtrise de l’instrument. Je ne joue tout simplement pas autant qu’un batteur professionnel. Mais j’ai acquis certaines compétences ! Disons que je suis un batteur qui a du caractère. Je sais ce que je veux.
Est-ce que ça aide à la guitare de savoir aussi jouer de la batterie ?
Les deux ont une notion de rythme. A la guitare, surtout quand j’enseigne, je tape toujours du pied gauche pour marquer le tempo, comme un batteur avec son charleston. Pour moi, c’est essentiel. Je dis à mes élèves : « Avant de jouer quoi que ce soit, faites bouger votre corps, trouvez le groove et arrivez à le maintenir. Ça peut être avec la tête, les épaules, le pied, tout. » C’est souvent le point faible des guitaristes : ils ne bougent que les doigts et le rythme n’est pas bon. Je pense que ce simple fait de bouger le corps en rythme est important, car même un solo peut avoir une structure rythmique, simplement les notes sont plus aiguës. Et puis c’est agréable, je trouve que ça fait du bien !
Interview réalisée en visio le 28 janvier 2026 par Nicolas Gricourt.
Retranscription & traduction : Nicolas Gricourt.
Photos : Sam Gehrke.
Site officiel de Paul Gilbert : www.paulgilbert.com.
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top album de créativité et de diversité..Après les délicieuses reprises de Dio en version guitare, Paul se bonifie toujours comme le bon vin avec le temps!