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Interview   

Green Carnation : les chroniques d’une ambition


En 2020, alors que Green Carnation sortait Leaves Of Yesteryear, premier album post-reformation, le chanteur Kjetil Nordhus nous alléchait en parlant d’un « projet à long terme » et de « grandes nouvelles », sans nous en dire beaucoup plus. Cinq ans plus tard, on découvre l’ampleur du projet et sa première partie : une trilogie dont le point d’entrée s’intitule A Dark Poem, Pt. I: The Shores Of Melancholia. Les Norvégiens ne sont pas étrangers à l’ambition artistique, leur album de 2001, le mythique Light Of Day, Day Of Darkness, en incarne même la définition. Sans réitérer la formule, A Dark Poem, planifié depuis 2017, s’impose comme un projet massif qui, semble-t-il, est encore loin d’avoir montré toutes ses cartes.

A projet d’envergure, interview d’envergure. C’est avec Kjetil mais aussi Stein Roger Sordal, les deux instigateurs de cette trilogie musicale, que nous nous sommes entretenus pour livrer quelques secrets de conception, mais aussi mieux comprendre leur relation créative et l’évolution de leur place au sein du groupe.

« On peut comparer ça à un film : tu as quelques heures pour raconter une histoire. Ça a été un déclencheur, nous nous sommes dit que nous avions enfin le temps de faire quelque chose de plus grand. »

Radio Metal : À un moment donné, il a été question que le groupe sorte un album concept intitulé The Rise And Fall Of Mankind, qui devait être le deuxième volet de la trilogie The Chronicles Of Doom. Pourquoi ce projet n’a-t-il jamais vu le jour ?

Stein Roger Sordal (basse) : The Rise And Fall Of Mankind est quelque chose sur quoi Tchort travaillait. Il ne s’est pas mis tout de suite dessus après la période de Light Of Day, Day Of Darkness, mais c’est à ce moment-là qu’il a voulu faire une trilogie. Seulement, il n’a pas été en mesure de vraiment s’y mettre, donc nous avons voulu garder l’idée et la concrétiser sans lui, musicalement. Kjetil et moi avons travaillé dessus ensemble. Nous avons commencé en 2017. Il a fallu tout ce temps pour écrire et enregistrer toute la trilogie. L’idée était là, mais ce n’est que maintenant que ça a pu se faire.

Kjetil Nordhus (chant) : Nous trouvions que c’était mieux pour nous de garder l’idée et de la faire à notre manière, plutôt que de lui « voler » sa seconde partie de The Chronicles Of Doom. Heureusement, Tchort est de retour dans le groupe, après une pause de quelques années. Il est très motivé. Il avait besoin de régler des affaires personnelles. Il a hâte de voyager et jouer A Dark Poem pour les gens partout. On verra. Nous sommes encore très jeunes, alors on ne sait jamais ce qui peut se passer [rires].

En effet, Tchort n’a rien écrit sur le précédent album, ni sur celui-ci. Son projet The Rise And Fall Of Mankind a été abandonné et il ne tournait plus avec le groupe… On pouvait croire qu’il se désengageait du groupe…

Kjetil : Après être revenus en 2016, à l’occasion de l’anniversaire de Light Of Day, Day Of Darkness, nous avons discuté pour savoir si nous allions continuer en tant que groupe, si nous allions écrire de la nouvelle musique, etc. Quand nous avons décidé de signer un contrat de cinq albums avec Season Of Mist, le plan était dès le départ que les trois derniers seraient la trilogie. Nous avons laissé la porte ouverte à tous les membres du groupe pour qu’ils composent la musique de la trilogie, mais il s’avère au bout du compte que c’est seulement Stein Roger et moi qui nous en sommes chargés. Je suis sûr que Tchort se serait impliqué s’il avait été dans un bon moment de sa vie, mais il fallait qu’il règle d’autres choses – c’est parfois nécessaire. Ça lui a pris environ trois ans, ce n’est rien de dramatique, mais pendant ce temps, nous avons continué de travailler sur la trilogie, et maintenant, il est de retour dans le groupe. C’est super pour nous et je pense que c’est super pour lui. Nous sommes vraiment enthousiastes pour l’avenir.

Qu’est-il arrivé aux compositions initialement prévues pour The Rise And Fall Of Mankind ? Pensez-vous qu’elles sortiront un jour ?

Kjetil : Pour être honnête, je crois qu’il n’y a pas beaucoup de musique. C’était surtout une idée qui s’est développée dans son esprit. Nous en avons parlé et tout, il y avait quelques trucs, mais pas beaucoup plus que quelques idées musicales. Ce n’est pas comme s’il y avait une autre trilogie en attente [petits rires].

« Nous n’avions pas conscience de la quantité de travail que ça allait demander. Je ne suis même pas sûr que nous nous serions engagés là-dedans si nous avions su. »

Cinq ans se sont écoulés depuis Leaves Of Yesteryear, et cette nouvelle trilogie a débuté avant même sa parution – la dernière fois tu nous as dit que tout était prévu depuis 2018. Cela signifie-t-il que vous aviez besoin de temps, ou que vous avez délibérément voulu prendre votre temps ?

Kjetil : On peut dire que nous savions que ça allait être une tâche colossale pour les compositeurs. Compte tenu de ce que nous voulions et de ce qu’il fallait que ce soit, c’était un énorme projet. Comme j’ai pu te le dire la dernière fois, le plan était dès le début de faire d’abord Leaves Of Yesteryear, puis la réédition d’Acoustic Verses l’année suivante, pour nous donner du temps pour mener la trilogie à bien. Le processus d’écriture a pris sept ans et nous avons été en studio d’avril à décembre l’année dernière – pas forcément tous les jours, huit heures par jour, il y a eu les vacances d’été, etc. Le temps que nous avons pris pour la terminer signifie qu’il y a des variations naturelles au sein des chansons. Elles ont été écrites à différentes périodes de nos vies. Si tout avait été écrit en six mois, je pense qu’on aurait possiblement obtenu une atmosphère unique. Stein Roger et moi avons tous les deux perdu notre père durant la période d’écriture, Stein Roger a également perdu sa mère. Ce genre de changement dramatique fait quelque chose à l’être humain et influe sur sa façon de voir sa place dans le monde et en privé. Parce que nous nous sommes accordé tout ce temps pour venir à bout de l’album, peut-être que celui-ci est plus varié, même si les thèmes abordent souvent les mêmes questions, sentiments et pensées. Je pense que c’était bien que nous prenions notre temps.

Se lancer dans une trilogie est ambitieux et, inévitablement, ça crée des attentes. On s’attend à quelque chose d’exceptionnel, surtout venant d’un groupe qui a réalisé Light Of Day, Day Of Darkness : cette pression était-elle présente dès la conception du projet ?

Stein Roger : C’est sain. Nous voulions un gros projet. On peut comparer ça à un film : tu as quelques heures pour raconter une histoire. Ça a été un déclencheur, nous nous sommes dit que nous avions enfin le temps de faire quelque chose de plus grand. Sur le plan de l’enregistrement, le travail en studio était différent au début des années 2000. Maintenant, tout le monde a un home studio. On peut se poser et faire de la préproduction, composer, enregistrer, etc. autant qu’on veut. Nous étions tout le temps dans notre chalet dans la montagne norvégienne, parce que nous le pouvions ! C’était inspirant d’avoir un gros projet, de nous dire que c’était plus qu’un simple album.

Kjetil : Tu poses aussi la question de la pression : après Light Of Day, Day Of Darkness, nous avons choisi de partir dans une tout autre direction, pour explorer d’autres genres musicaux sur des albums différents. C’était une manière de ne pas poursuivre dans la même veine, car Light Of Day, Day Of Darkness est un album spécial à bien des égards, pour plein de gens, nous y compris, et en tant qu’artiste, on ne veut pas se répéter. Je vois bien que la maison de disques a utilisé un narratif épique pour ramener cette trilogie dans la lignée de Light Of Day, Day Of Darkness. Je peux le comprendre, parce que c’est la première fois depuis Light Of Day, Day Of Darkness que nous avons un projet aussi ambitieux. Tous nos albums ont été des projets ambitieux, évidemment, à bien des égards, mais là, c’est encore un autre niveau. Je crois que nous n’avions pas conscience de la quantité de travail que ça allait demander. Je ne suis même pas sûr que nous nous serions engagés là-dedans si nous avions su, mais maintenant, nous pouvons être très fiers de l’avoir fait, que nous n’ayons fait aucun compromis. Cela dit, je n’ai pas souvenir que nous ayons parlé de la moindre pression.

Stein Roger : Non, en effet. Season Of Mist nous a soutenus depuis le début sur ce projet. Ce qu’ils nous disent aujourd’hui est qu’ils sont super contents de ce que nous faisons. Ils aiment beaucoup l’album. Tout a été enregistré maintenant, donc il n’y a plus rien à faire. Il reste plus qu’à mixer et masteriser les albums deux et trois, mais tout est fait. Il n’y a plus de retour arrière possible [petits rires].

« Il n’y avait aucun compromis avec Light Of Day, Day Of Darkness. Et je pense que c’est resté l’une des caractéristiques de notre carrière depuis. »

L’excellence de Light Of Day, Day Of Darkness et le lien profond que cet album entretient avec les fans de Green Carnation ne deviennent-ils pas parfois un fardeau ? Les gens attendent toujours de retrouver un disque comme celui-là ou, au moins, un disque ayant une connexion avec lui…

Stein Roger : Quand nous avons sorti Light Of Day, Day Of Darkness, la maison de disques ne voulait pas qu’il y ait qu’une seule longue chanson. Elle voulait que nous la découpions en plusieurs pistes, car c’est la norme. De leur point de vue, les morceaux plus courts font que c’est plus facile à promouvoir et à vendre. C’est très dur de vendre un single d’une heure ! [Rires] Mais nous l’avons quand même fait comme ça.

Kjetil : Il n’y avait aucun compromis avec Light Of Day, Day Of Darkness. Et je pense que c’est resté l’une des caractéristiques de notre carrière depuis. Par exemple, personne ne s’attendait à ce que nous fassions Acoustic Verses, mais nous l’avons fait à cent pour cent. En parlant avec les gens qui écoutent Green Carnation depuis Light Of Day, Day Of Darkness, on voit qu’ils ont toujours eu cet album en référence. Et curieusement, Acoustic Verses est l’album qu’ils rapprochent le plus de Light Of Day, Day Of Darkness. Je ne crois pas que, musicalement, A Dark Poem fera dire qu’il est typiquement dans la veine de Light Of Day, Day Of Darkness. Ce serait totalement inintéressant pour nous de faire ça. Nous n’avons pas du tout pensé à Light Of Day, Day Of Darkness en composant les chansons. Nous avons été extrêmement ambitieux. Je dois dire que c’est de loin notre plus gros projet, musicalement parlant. Nous ne pouvons pas encore tout vous dire, mais il y aura des surprises – et même des grandes, je crois – dans la trilogie. Nous avons placé la barre très haut et nous n’avons fait strictement aucun compromis sur ce que nous voulions. Or c’est exactement ce qui s’est passé avec Light Of Day, Day Of Darkness – et bien sûr aussi avec les autres albums, mais comme ce dernier n’est constitué que d’une chanson d’une heure, c’est plus facile pour les gens de remarquer que c’est spécial.

Vous avez déclaré avoir « fourni un travail considérable sur une très longue période et [être] convaincus que ce projet marquera une étape importante dans la carrière de Green Carnation ». Pouvez-vous nous parler du travail accompli ? Quelle a été la partie la plus difficile ?

Stein Roger : Déjà, obtenir la quantité de musique nécessaire. Quand tu enregistres un album, tu composes généralement beaucoup plus de musique qui n’est pas retenue. Il y a donc eu une quantité énorme de musique composée pour ce projet. Ça prend aussi beaucoup de temps d’écrire les paroles – en tout cas, pour moi. Sans compter que nous avons quinze à vingt-cinq versions de chaque chanson ! Nous n’avons eu de cesse de les réarranger jusqu’à parfois nous dire : « Ok, cette chanson ne fonctionne pas du tout, autant la jeter. » C’est pourquoi il a fallu plusieurs années rien que pour écrire des morceaux, puis encore plus de temps pour les arranger, et l’enregistrement, c’est encore autre chose. Composer, arranger, écrire les paroles, c’est très chronophage, car c’est de la musique assez complexe si on compare à de la pop. Il s’y passe un peu plus de choses. Nous n’avons pas envie de nous simplifier le travail juste pour que ce soit plus facile. Nous sommes Green Carnation !

Kjetil : Nous avons commencé en 2017 en regardant les idées que nous avions déjà et nous avons passé beaucoup de temps à parler de ce que nous voulions concrètement créer. Nous nous sommes donné un vaste horizon temporel pour tout planifier comme il faut, sachant que personne ne savait ce qui allait se passer en 2020 avec le Covid-19, par exemple. Ensuite, nous avons commencé à nous rendre dans ce chalet à la montagne, Stein Roger et moi, pendant deux à cinq jours à chaque fois, juste pour rentrer dans la musique et travailler à fond en mettant les téléphones portables, la télévision, etc. de côté. Nous buvions quelques bières, mangions, puis nous nous remettions sur la musique, et arrivait un moment où nous ne pouvions plus, il fallait aller se coucher. Le lendemain, c’était pareil. Je me souviens que parfois nous travaillions pendant des heures le soir sur, par exemple, une transition d’un thème à un autre qui ne dure que deux ou trois secondes ! Puis nous trouvions quelque chose : « Oh, c’est génial, sauvegarde. On va se coucher. » Et le lendemain, nous étions super nerveux à l’idée de réécouter ce que ça donnait. C’est arrivé à quelques reprises [rires].

« C’est comme si tu avais un grand bol de soupe, que tu mettais tous les ingrédients dedans et qu’après avoir goûté, tu te rendais compte qu’il y a trop de tout, donc tu retires ingrédient par ingrédient jusqu’à obtenir la recette parfaite. »

Vous avez tous les deux écrit l’intégralité des morceaux : comment fonctionne votre collaboration ?

Stein Roger : Généralement, j’ai une mélodie ou un riff que j’ai soit enregistré chez moi ou trouvé sur place. Ensuite, nous voyons quelle direction nous voulons prendre à partir de là et nous faisons des essais. J’avais donc pas mal de musique écrite et nous nous sommes posés ensemble pour travailler dessus. C’était des idées très basiques, parfois au piano, parfois juste une ligne de basse. Nous programmions une batterie, nous ajoutions des parties dessus, nous en retirions, nous en rajoutions, etc. C’est comme si tu avais un grand bol de soupe, que tu mettais tous les ingrédients dedans et qu’après avoir goûté, tu te rendais compte qu’il y a trop de tout, donc tu retires ingrédient par ingrédient jusqu’à obtenir la recette parfaite, plutôt que de faire l’inverse.

Kjetil : Même en studio, nous avons beaucoup fait ça. Le producteur Endre [Kirkesola] était là : « Il faut aérer ça, il faut que ce soit plus ouvert, retirez les guitares du couplet et laissons juste la basse, la batterie et les claviers. » Stein Roger joue de tous les instruments, si on compte la boîte à rythmes, ce qui est un énorme avantage quand on compose. Il peut faire des parties de piano, jouer de l’orgue, de la basse, de la guitare, etc. Mon rôle est plus dans l’arrangement de la musique ou en étant le pénible qui dit : « Ça, ça fonctionne seulement à quatre-vingt-douze pour cent, il faut que ce soit à cent pour cent. Que peut-on faire sur cette transition entre ces deux thèmes ? » Une chose que j’ai apprise à force de faire ça pendant de nombreuses années est qu’il y a une énorme différence entre quatre-vingt-douze pour cent et cent pour cent. Parfois, tu peux travailler sur les huit derniers pour cent aussi longtemps que les quatre-vingt-douze premiers pour cent. J’ai appris ça notamment en travaillant sur la version live de Light Of Day, Day Of Darkness en 2016. Nous n’avons rien laissé passer qui ne serait pas à cent pour cent ce que nous voulions que ce soit. Parfois, quand nous étions dans la montagne, nous étions pas mal frustrés, mais ça valait la peine, car je pense que nous avons atteint cent pour cent sur les démos de toutes les chansons. Ensuite, il fallait que nous soyons ouverts encore à d’autres changements quand nous étions en studio, car nous avions des oreilles neuves à notre disposition. C’est pourquoi nous voulions qu’Endre Kirkesola soit le producteur, car ses oreilles sont importantes pour Green Carnation.

Stein Roger : C’est un magicien du son et un producteur fantastique. De même, sans être trop technique, si tu vas en studio avec une démo et quelque chose que tu crois fonctionner, le fait d’utiliser des sons saturés, des guitares qui sonnent énormes, etc., ça remplit vite le spectre, donc il faut repenser les arrangements. Si tu veux que les parties de chant, de chœur, de guitare lead, etc. ressortent et que tu mets toutes les guitares et tout le reste dedans, ça finit par surcharger et tuer la chanson. Il faut aussi réfléchir à tout ça au moment de l’enregistrement. Ça fait maintenant tellement longtemps que nous faisons ça, mais ça reste excitant de peaufiner en studio, en retirant ou ajoutant des parties, en essayant des choses, etc.

Kjetil : C’est aussi très différent de travailler sur le matériel qu’on a dans un home studio et sur celui auquel on a accès dans un vrai studio. Nous et Endre savons que, même si on a dix claviers super cool, on n’est pas obligé de tous les utiliser en même temps que les guitares. C’est quelque chose qu’on apprend avec le temps. Je me souviens avoir lu une interview de Roxette, je crois. Il y avait un nouveau clavier sur le marché et ils l’ont utilisé sur leur album. Ils ont utilisé tous les sons partout, sur toutes les chansons de l’album ! [Rires]

Stein Roger : Cela dit, c’est toujours amusant quand on a un nouvel instrument.

Kjetil : Mais il faut laisser la musique décider. C’est ça la clé.

« C’est assez incroyable que nous soyons là aujourd’hui et que tout soit prêt. Je n’ai jamais douté que nous y parviendrons, mais parfois, quand tu vois la montagne de choses qui restent à accomplir, ça donne le vertige. »

Kjetil, tu n’avais pas beaucoup participé à l’écriture des chansons jusqu’à présent, à l’exception de « When I Was You » sur The Quiet Offspring. Le fait de participer au processus de composition t’a-t-il aidé à mieux penser tes lignes vocales au sein de la musique plutôt que de les ajouter après coup ?

Kjetil : Dans notre façon de composer ensemble, je dirais qu’il y a souvent des lignes vocales connectées à un thème – tout du moins, une idée ou un brouillon. Ensuite, dans le home studio, quand nous faisons les démos, nous essayons d’adopter une ligne vocale. Je ne dirais pas que c’est juste ma ligne vocale ; c’est plus la ligne vocale de Stein Roger avec mon influence.

Stein Roger : Nous travaillons depuis tant d’années ensemble que, lorsque je fais des lignes vocales, j’ai Kjetil, sa voix, à l’esprit, car je sais que c’est lui qui va chanter. Je fais donc des esquisses vocales simples et ensuite, c’est lui qui les finalise et fait ce qu’on entend sur l’album. C’est un bon exemple de travail en symbiose.

Kjetil : C’est l’artiste islandaise Björk qui a dit qu’en musique, un plus un égale toujours trois. C’est ce qui se passe quand nous travaillons ensemble : tu as tes idées, je donne mon avis, et tout d’un coup autre chose émerge.

Stein Roger, sur A Blessing In Disguise, je crois que tu avais deux chansons, sur The Quiet Offspring, la moitié de l’album était de toi, puis les trois chansons originales de Leaves Of Yesteryear étaient de toi, et désormais tu signes la trilogie complète avec Kjetil. Comment t’es-tu retrouvé à prendre de plus en plus de place, tant dans la composition que dans les paroles ?

Stein Roger : Je pense que c’était un processus naturel. Je suis arrivé après Light Of Day, Day Of Darkness. Ils ont enregistré l’album en studio avec Endre, Tchort et Anders Kobro, puis ils m’ont demandé si je pouvais venir faire la basse et ils ont demandé à Kjetil s’il pouvait faire le chant. Nous sommes arrivés pour faire quelque chose qui était plus ou moins fini, et pour ma part, il fallait juste que je fasse la basse. Puis Tchort m’a demandé de rejoindre le groupe. Le fait est que j’ai toujours composé des morceaux. Au début des années 90, j’avais un groupe de thrash pour lequel j’écrivais, j’ai aussi fait de la pop dans les années 90 avec mon groupe norvégien, et ainsi de suite. La composition a toujours été importante pour moi. Donc quand j’ai discuté avec Tchort de mon intégration dans le groupe, j’ai dit que je ne pourrais absolument pas me contenter d’être un bassiste, il fallait aussi que je compose – pas que je voulais tout faire non plus, car c’était le projet de Tchort. Mais ça a évolué avec le temps. Tchort avait plein de projets en cours à l’époque, donc il y avait plus d’espace pour que je puisse composer pour Green Carnation, et j’étais inspiré par le groupe car c’est de la musique que j’adore et je me suis adapté à son atmosphère. C’est naturellement que je me suis retrouvé à beaucoup composer.

Quand nous avons fait A Blessing In Disguise, Tchort était très content des deux chansons que j’ai apportées. Ensuite, nous sommes allés enregistrer The Quiet Offspring à Marseille, j’avais plein de chansons mais il n’y avait pas beaucoup de textes, mais ils m’ont donné du vin à boire tous les jours, je me promenais autour de la piscine et c’est ainsi que je me suis mis à écrire des paroles sur place, au studio [rires]. Acoustic Verses est arrivé et Tchort n’avait plus beaucoup d’inspiration à ce moment-là, tandis que moi, j’étais prêt à assumer ce rôle, lui laissant le temps de faire ce qu’il avait besoin de faire. Nous ne voulions pas arrêter. Evidemment, il y a eu une longue pause. Quand nous avons fait Leaves Of Yesteryear, c’était un peu comme un nouveau départ.

Kjetil : Tu es aussi le seul musicien professionnel du groupe, qui vit uniquement de la musique. Les autres ont un boulot à côté. Tu as donc été super actif avec tous tes projets durant les dix années de pause. C’était donc très naturel pour toi de t’imposer comme l’un des compositeurs principaux. Je n’y avais jamais pensé, mais nous sommes arrivés dans le groupe et nous avons évolué avec le groupe. Et ce n’est pas que nous, ça vaut pour tous les musiciens qui ont rejoint le groupe. Par exemple, le guitariste Bjørn Harstad est une part énorme du son de Green Carnation depuis qu’il est arrivé. Tu arrives donc dans une entité et tu la développes. Maintenant, c’est à toi et moi qu’il incombe de poursuivre le développement, car la vie veut que certaines personnes soient très actives, puis qu’elles se mettent en retrait et que d’autres prennent le relais. Depuis que le groupe s’est reformé, je pense que ça a été assez stable, que ce soit le line-up ou la composition. Je pense que nous avons trouvé une manière d’écrire ensemble qui convient très bien à Green Carnation dans les années 2020. Je pense que nous savons mieux maintenant ce qu’est Green Carnation. Je me souviens quand nous avons fait Leaves Of Yesteryear, nous avons discuté de ce qui rendait ce groupe unique, de quand nous étions les meilleurs. Nous avons parlé de ce genre de chose, or nous n’avions jamais fait ça au début des années 2000. Nous avions juste une idée et nous la suivions du mieux que nous pouvions. Je suis fier de tous les albums que nous avons sortis à l’époque, mais l’approche est différente maintenant, et je pense que c’est lié à l’âge.

« Pour quelqu’un qui a grandi avec une vraie ligne de démarcation entre ce qui vrai et ce qui est faux, [notre époque] est un véritable casse-tête mental. Il y a donc un sentiment de déconnexion, d’aliénation, d’inquiétude et de mélancolie. »

Stein Roger : Nous avons vingt ans de plus !

Kjetil : C’est un peu philosophique, mais je crois que c’est vrai qu’on aborde ce qu’on fait sous des angles différents avec le temps. Ce projet de trilogie a été extrêmement bien planifié, par exemple, car nous coopérons avec des gens qui eux-mêmes planifient longtemps à l’avance. Quand nous étions jeunes, il pouvait arriver que nous ayons une bonne idée mais c’était bien trop tard pour la concrétiser. Ça m’est arrivé des centaines de fois. Mais cette fois, nous savions que pour faire en sorte que tout soit à la hauteur et obtenir un album dont nous serions super fiers jusqu’à la fin de nos jours – ce qui était une énorme motivation en soi –, il fallait que nous nous accordions suffisamment de temps. Et ça ne concerne pas que la musique et les paroles, mais tout. Il y a des centaines de gens, d’éléments, etc. qui doivent agir et être comme il faut pour y arriver. Je trouve que c’est assez incroyable que nous soyons là aujourd’hui et que tout soit prêt. Je n’ai jamais douté que nous y parviendrons, mais parfois, quand tu vois la montagne de choses qui restent à accomplir, ça donne le vertige. Il fallait y aller étape par étape, tout en ayant le tableau complet en tête. Il fallait songer maintenant à ce qui allait venir un an et demi plus tard, ce que nous n’aurions jamais fait quand nous avions la vingtaine !

La première partie de A Dark Poem s’intitule The Shores Of Melancholia. De toute évidence, la mélancolie est omniprésente dans Green Carnation, mais quelle est la source de cette émotion chez vous ?

Kjetil : Les paroles reflètent l’atmosphère des chansons.

Stein Roger : A Dark Poem, comme son nom l’indique, est plutôt sombre, parle de ce qui se passe dans le monde aujourd’hui et n’offre pas un regard très positif sur l’avenir, peut-être parce que je suis parent, j’ai deux enfants, même s’ils ont grandi maintenant, et que ça m’inquiète de voir où en est notre époque. Si on prend du recul, peut-être que le monde est meilleur qu’il a été, mais personnellement, je suis davantage inquiet que je l’ai été – sans doute à cause de mon âge et de mes enfants, justement. Quand on regarde la situation politique un peu partout, l’environnement, l’avènement de l’IA, la vitesse à laquelle tout va, etc., ce sont des sujets sur lesquels je trouve intéressant d’écrire car ils amènent une authentique préoccupation. Je n’ai pas besoin d’écrire sur le fait de marcher dans la rue et d’embrasser une fille au clair de lune. Ça ne m’intéresse pas [rires].

Kjetil : Certaines thématiques que nous abordons dans les textes sont typiques de notre génération. Parfois, tu te dis : « J’en ai marre de tout ça, je veux me déconnecter du monde, partir dans la montagne et être seul pour avoir un petit peu de contrôle. » Je suppose que ce serait pire encore pour la génération de nos parents, mais on comprend un petit peu ce qui se passe et, à la fois, on ne sait plus vraiment ce qui est vrai, par exemple. Pour quelqu’un qui a grandi avec une vraie ligne de démarcation entre ce qui vrai et ce qui est faux, c’est un véritable casse-tête mental. Dès qu’on allume la télé ou l’ordinateur, on ne sait pas du tout si ce qu’on y voit est vrai ou pas. Il y a donc un sentiment de déconnexion, d’aliénation, d’inquiétude et de mélancolie.

Stein Roger : C’est là tout le thème de A Dark Poem. Comme In The Woods l’a dit : « Generally More Worried Than Married » [rires]. Soit dit en passant, c’est drôle, car « The Shores Of Melancholia » est basé sur le poète français Arthur Rimbaud. Il a fait un poème sur Ophélie, l’héroïne d’Hamlet. Et ceci est mon interprétation de ce poème. Ça va donc de Shakespeare à Rimbaud, et de Rimbaud à moi. J’ai lu nombre de ses poèmes ces dernières années, donc il y a de très fortes références sur cette chanson.

« Avec Light Of Day, Day Of Darkness en 2016, nous invitions les gens dans quelque chose, nous les y maintenions pendant une heure et ensuite, nous les relâchions. Certains avaient pleuré tellement c’était intense au sein de cette bulle. C’est après cette prise de conscience que nous nous sommes mis à travailler sur un set live qui ne s’arrêtait jamais. »

Justement, Stein Roger, tu as déclaré que « A Dark Poem est un recueil de chansons qui explorent les sentiments d’aliénation à travers des questions existentielles et jusqu’au plus profond de l’être. » Percevez-vous cet album comme un voyage intérieur pour l’auditeur ? Y voyez-vous une dimension méditative ?

Kjetil : J’en ai brièvement parlé dans la question précédente. Je crois que beaucoup de gens reconnaîtront les thèmes que nous traitons dans les textes ou des éléments de ceux-ci, et utiliseront la musique pour essayer de trouver des réponses à certaines de ces questions. Evidemment, nous ne pouvons pas décider de la façon dont les gens écouteront notre album, mais d’après les premiers retours des gens, certaines chansons leur parlent vraiment. C’est super, car nous ne sommes pas des personnes destructives, donc si les gens peuvent utiliser nos chansons à des fins positives dans leur vie, ce sera un bel accomplissement pour nous. C’est le genre de retour que nous avons souvent eu dans notre carrière. Par exemple, Light Of Day, Day Of Darkness signifie énormément pour beaucoup de monde, mais « Lullaby In Winter » de l’album suivant est une chanson pour laquelle tellement de gens m’ont dit qu’elle avait changé leur vie. Ce n’est jamais l’objectif quand on écrit une chanson ou un texte, mais quand les gens établissent une connexion avec sa musique, on ne peut rien demander de plus.

« The Slave That You Are » est un retour au passé agressif de Green Carnation, avec la participation vocale de Grutle Kjellson d’Enslaved. Est-ce une façon de dire que, malgré l’évolution du groupe, vous n’avez jamais renié vos racines ?

Kjetil : C’est vrai. Depuis que nous avons commencé à écrire de la nouvelle musique en 2017 et 2018, nous avons été pleinement conscients de notre passé, mais ça a été aussi important pour nous d’utiliser ce passé dont nous sommes fiers et de l’actualiser aux années 2020. On vient tous de quelque part, je pense que les racines du groupe sont importantes et « The Slave That You Are » est, en effet, à un retour à notre histoire dans le metal extrême, mais d’un autre côté, j’ai aussi eu des retours de gens qui ont été peut-être un peu choqués lorsque le morceau a commencé, car ce n’est pas ce qu’ils attendaient de Green Carnation en 2025. Mais quand c’était terminé, ils disaient : « Ok, en fait, c’est une chanson normale de Green Carnation avec juste un emballage légèrement différent. » Je trouve que l’identité de la chanson est vraiment celle de Green Carnation en 2025.

Nous aurions pu choisir de mettre mon chant clair dans les couplets, mais, encore une fois, nous nous sommes refusés au moindre compromis. Nous avons voulu que la chanson décide dans quelle direction et jusqu’où nous allions la tirer. Le premier riff était très agressif et il fallait que le reste de la chanson se développe de manière à puiser un maximum d’énergie dans ce riff. En studio, la batterie est devenue de plus en plus extrême. Au final, nous avons compris qu’il nous fallait un autre type de chant. J’ai essayé de faire du chant extrême et nous avons essayé de, non pas tricher, mais mettre beaucoup d’effet sur la voix. Le résultat sonnait pas mal, mais nous préférions faire appel à quelqu’un d’envergure dans le domaine, au lieu de prendre un raccourci, pour ainsi dire. Par chance, nous avions évoqué avec Grutle l’idée de faire quelque chose ensemble – c’est ce que font souvent les musiciens après onze heures du soir [petits rires]. Ça faisait donc un moment que nous parlions de ça, et cette fois, ça s’est concrétisé. Ce n’est pas comme si nous avions fait la chanson en sachant d’emblée qu’il y aurait du chant extrême dessus, mais c’est devenu une évidence à partir de la version dix-sept ou dix-huit.

« Je pense que les gens ne réaliseront pas que c’est véritablement une trilogie avant le troisième. C’est là que tout le monde dira : ‘Oh, d’accord, c’est ça qu’ils voulaient dire !' »

Enslaved est un groupe qui a lui aussi beaucoup évolué : vous reconnaissez-vous dans leur parcours et leur liberté créative ?

Kjetil : Oui. Je pense que la plupart des groupes – à l’exception peut-être des gens qui travaillent avec l’IA – diraient que la liberté créative est indispensable. Nous avons à peu près le même âge que les gars d’Enslaved. Il y a des groupes qui évoluent en même temps que toi, et pour moi, Enslaved en fait partie. Opeth en fait aussi partie. J’aime beaucoup tous leurs nouveaux albums. Ça convient plutôt bien à un homme de cinquante ans, mais apparemment ça convient aussi à de nombreuses autres personnes. Anathema est un autre groupe qui a évolué avec moi. Et peut-être que Green Carnation fait aussi partie de ce genre de groupes, je n’en suis pas sûr, mais il y a des signes montrant que c’est possible. Bref, la liberté artistique est bien sûr essentielle pour nous et pour plein d’autres groupes qui font leur propre musique. Ça n’a jamais été un problème quand nous avons parlé avec Season Of Mist. Ils voient notre artwork quand il est terminé et nous leur disons comment l’album va s’appeler, par exemple. Nous choisissons le studio, le producteur, la personne qui fait le mix, celle qui le masterise et tout le reste. Je pense qu’ils savaient quel genre de groupe ils signaient parce que nous les connaissions déjà d’avant. Il n’y a jamais eu la moindre discussion où ils ont essayé d’influencer nos choix.

Stein, tu as déclaré : « Nous espérons garder le public captif avec nous jusqu’à la dernière seconde du troisième album. » « Captif » est un mot fort, que vous avez employé à plusieurs reprises, et qui peut avoir une connotation négative, mais que signifie ce terme pour vous ? La musique a-t-elle toujours été pour vous un univers à part, un refuge où l’on se coupe du monde extérieur ?

Stein Roger : Oui. C’est mon canal pour évacuer. Je ne veux pas parler aux gens des choses dont je parle en musique. Je veux l’écrire. Je veux me vider de ces choses, parce que j’éprouve un besoin de régler des problèmes dans ma tête et les mettre sur papier – ou, en tout cas, que ce soit écrit quelque part – pour les voir. J’ai l’impression d’en retirer quelque chose quand je les mets à l’écrit. Peut-être que c’est ce que d’autres font quand ils parlent à quelqu’un de leurs problèmes, qu’ils partent marcher en forêt ou qu’ils font de l’exercice, mais personnellement, j’ai dû mal à en parler, donc je l’écris. Puis quand les gens me posent des questions dessus – car ils le font tout le temps –, c’est plus facile pour moi d’en parler, car j’y ai déjà réfléchi.

Kjetil : Concernant le mot « captif »… En 2017, au moment où nous étions en train de mettre en place un set live constitué de morceaux plus courts, avec peut-être quelques discours entre, j’ai pensé que nous perdions un peu de magie. Alors qu’avec Light Of Day, Day Of Darkness, que nous avons joué en 2016, nous invitions les gens dans quelque chose, nous les y maintenions pendant une heure et ensuite, nous les relâchions. Ils étaient donc émotionnellement épuisés après. Certains avaient pleuré tellement c’était intense au sein de cette bulle. C’est après cette prise de conscience que nous nous sommes mis à travailler sur un set live qui ne s’arrêtait jamais en 2017, 2018 et 2019. Ça commençait à la première chanson et ça s’arrêtait après la dernière. C’est ce que nous voulons dire par « captif ». On pourrait aussi parler de maintenir le public dans une bulle, ce qui signifie la même chose pour nous. Maintenant, nous sortons trois albums. Le premier se suffit à lui-même, tout comme le second, et je pense que les gens ne réaliseront pas que c’est véritablement une trilogie avant le troisième. C’est là que tout le monde dira : « Oh, d’accord, c’est ça qu’ils voulaient dire ! » Je pense que le troisième album connectera l’ensemble. Là, ce sera super pour les gens de mettre le premier et d’écouter tout, et tout fera sens, ce qui les poussera à rester dans la bulle pendant la durée de trois albums. J’espère que c’est ce que feront certains auditeurs.

Évidemment, je n’ai pas écouté les deux autres volets de la trilogie, mais apparemment, ils « varient en termes de style » : comment décririez-vous les deux autres albums ? Y a-t-il une logique dans les variations d’un album à l’autre ? Chaque album représente-t-il une direction spécifique ?

Kjetil : Il y a des différences. Par exemple, le second album contient des chansons très calmes, alors que celui-ci n’en contient aucune. Ce sera donc un album plus calme, mais ce sera aussi un album très doom – en particulier l’une des chansons. Le troisième album contient des éléments totalement nouveaux pour Green Carnation, que nous n’avons jamais eu avant, et ça conclura le tout. Le troisième album sera super différent des deux premiers.

Stein Roger : A la fois, on pourra aussi les écouter à part. Je pense qu’on prendra plaisir à écouter la seconde partie seule.

Interview réalisée en visio le 1er septembre 2025 par Nicolas Gricourt.
Retranscription & traduction : Nicolas Gricourt.
Photos : Lars Gunnar Liestøl (2, 6, 9).

Facebook officiel de Green Carnation : www.facebook.com/GreenCarnationNorway.

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