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Live Report   

Frozen x Arcane Night – Hardcore VS Black Metal : la bataille au cœur du Salem


Il fallait bien que ça arrive. Une battle comme peu l’auraient espéré. L’affrontement de deux sous-genres du metal, deux publics différents pour deux ambiances contraires mais finalement peut-être pas si éloignées. Qui sortira vainqueur de cette rencontre ? La réponse n’est peut-être pas celle à laquelle on s’attendrait, car plus qu’un affrontement, l’idée derrière tout ça reste une union entre deux vilains petits canards de la scène extrême.

Quoi de mieux qu’un soir d’hiver plein de brouillard pour lancer ce genre d’hostilités ? Le public se satisfera non pas de trois, ni quatre ou encore cinq prestations live, mais bien de six concerts menés par six groupes savamment choisis dans le roster de Frozen Records lors de cette soirée Frozen x Arcane Night organisée conjointement par le label et leurs amis issus du tattoo shop L’Arcane Sans Nom situé à Bordeaux. Une alliance cent pour cent atlantique, entre la Loire-Atlantique et la Gironde, prometteuse, tant par son affiche que par son choix de promouvoir la localité et la scène française qui a, aujourd’hui encore, tant besoin d’être mise en avant.

Artistes : SorcererÆthĕrĭa ConscĭentĭaKiboshNature Morte – Citrus – Limbes
Date : 6 décembre 2025
Salle : Le Salem
Ville : Le Haillan [33]

Limbes est le projet de Guillaume « Limbes » Galaup qui ouvre le bal ce soir et se tient face à la foule, seul sur scène. Celui-ci va commencer par établir les bases : crier hors du micro le plus fort possible, comme pour extirper ses démons ou les échauffer pour pouvoir les laisser s’exprimer plus facilement via le micro ensuite. Il est seul, avec sa guitare, mais anime la salle comme si on était face à un quintet, appuyé par les bandes enregistrées en arrière-fond. Le black metal du one-man band se fend de couleurs de dark ambient et laisse derrière chaque morceau un sentiment de vulnérabilité et d’hypersensibilité. On sent que derrière ces cris se cache un esprit quelque peu torturé ayant la musique comme échappatoire. Le show ne s’arrête pas aux peu de titres proposés : Guillaume vit sa musique et la laisse paraître sur son visage, yeux fermés sur les instrus planantes et dramatiques. Le temps file à une vitesse folle et lorsque celui-ci quitte la scène, reste une énergie pesante dans le Salem, comme si un envoûtement s’était subtilement jeté sur le public de cette Frozen x Arcane Night.

Thématique de la soirée oblige, c’est au tour des Montpelliérains de Citrus de prendre place sur scène. Ne vous fiez pas aux sourires sur leurs minois, la déflagration prise en pleine poire lors du premier morceau va vous retourner l’estomac. Amateurs de son « sale », vous êtes servis. Le mélange punk hardcore du quartet fonctionne bien, l’énergie qui en découle dans la fosse servira d’illustration à ces propos : les coreux se sentent enfin en terrain conquis et se lancent dans leurs classiques jetés de membres à travers la fosse, mais tout en faisant attention – plus ou moins – à son prochain. Le chanteur de la formation est explosif, volant presque la vedette à ses camarades de scène qui ne déméritent pourtant pas – et disons-le, quel régal de voir une femme dans ce genre de scène, qui plus est à la basse ! Le joyeux bordel continue avec les minutes qui s’égrènent et tout à coup les esprits s’échauffent : coreux VS blackeux se disputent dans la fosse, en même temps, c’est dans le titre de la soirée. Une fois les tensions retombées, la conclusion reste la même : une putain d’énergie via des sons courts et percutants, pas mal d’échanges avec le public et un taux d’amusement à cent pour cent contre un taux de dégâts quasi néant. La formation agrume aura donné un concert acide ce soir au Haillan !

Setlist :

intruder/intro
Soaked With Anguish
Have A Life
The Game
Who’s Laughin’ Now
Abuse Of Power
Yuzu
P.a.w.n.
Exploit The Fear
When Life Gives You Lemons
Reality

Nature Morte n’est pas un nom totalement inconnu. Le trio étant réputé pour ne jamais faire dans la demi-mesure, il va à nouveau nous démontrer sa faculté à capter l’attention du public avec un set efficace malgré la bestialité libérée par ses prédécesseurs. Le guitariste gère lui-même les lumières, et ça marche carrément car c’est celles-ci qui vont mettre en avant tout le contraste de Nature Morte : lumières vives et blanches s’opposeront à des ambiances aux lasers bleus et rouges plongeant tout de suite la salle dans un plan plus planant, presque cosmique. Le groupe évolue donc dans une fumée opaque, laissant le trio apparaître de manière spectrale. Côté musique, ça envoie : la ligne entre le black metal et le post-rock est elle aussi parfois floue, le chant éraillé de Chris Richard semble douloureux, presque possédé, mais vibrant d’une puissance folle. Ses comparses guitariste et batteur rendent l’ensemble totalement homogène et l’on sent la complicité entre les artistes. Malheureusement, le set touche à sa fin après un timide « merci, bonne soirée, nous étions Nature Morte ». Les cinq titres joués auront laissé une marque indélébile dans l’esprit du public amateur de peinture auditive.

Setlist :

Monday Is Fry Day
Banquet Overflow For The Mind House
Knife
Nights’s Silence
The Pier

« Pour vous reposer y a du black après donc là, bougez-vous le cul ! » Cette phrase pourrait à peu près servir de live report en tant que telle. Kibosh est décrit par Frozen comme du « chaotic metal hardcore » et là encore, on ne peut être plus réaliste. Entre le chanteur qui se tape le front à grands coups de micro, le public qui chante dans ledit micro, les musiciens qui balancent des kicks dès que l’occasion se présente pour habiller les drops qu’ils lâchent et la batterie qui, vaille que vaille, essaie de tenir la baraque, l’addition est salée. Le groupe se laissera cependant aller à un peu d’émotion en remerciant les groupes partageant l’affiche avec eux ainsi que la salle et évidemment les organisateurs de cette soirée : Frozen Records et l’Arcane Sans Nom. Les lights sont peu travaillées mais finalement, cette approche colle totalement à la DA présentée. Sur l’avant-dernier titre, Joseph, chanteur de Citrus, rejoint les joyeux lurons sur scène avant que le frontman de Kibosh pète son micro et soit « forcé » d’utiliser celui de son guitariste, les risques du live dans ces conditions, dirons-nous ! Après avoir retourné la salle, on se demandera qui des artistes ou du public a perdu le plus de litres de sueur durant cette prestation explosive.

Setlist :

No Rest
This Place Is For Me Alone
Pray For The Rain
Porcelain Jab
Ruin
Your Shape
Diamonds Aren’t Forever
Rust & Ember
Philosophy Of A Knife
Smother Me

Les lumières se fadent et la tête d’affiche black de la soirée monte sur scène. Du changement s’est fait pour la formation nantaise Æthĕrĭa Conscĭentĭa depuis la sortie de leur dernier album The Blossoming en juin 2024, avec notamment l’arrivée d’un nouveau batteur en la personne de Valentin Henault, et du coup Paul Breheret qui, lui, est passé de la batterie au chant principal et aux percussions sur pads électroniques. Parlons de ce dernier : il arpentera tout au long du set la scène de long en large, comme un lion en cage faisant des allers-retours incessants, manière de se déplacer qui rappelle un peu les codes de mouvements des formations hardcores, genre qui lui collerait parfaitement à la peau. Tristan Brachi, à la guitare, l’appuie au micro d’un growl bien plus grave, ce qui donne du répondant à l’ensemble. Second détail à noter : ce soir les parties de saxophone sont des bandes enregistrées, le saxophoniste du groupe étant absent de cette prestation live. Le rendu, bien que moins magistral, n’en est pas moins affecté : les inclinaisons progressives et atmosphériques combinées à une agressivité montant crescendo soulèvent la fosse à l’unisson. Celle-ci offre de gros headbangs à tout va, les coreux semblent à leur place face avec Æthĕrĭa Conscĭentĭa, comme s’ils ne sortaient finalement pas de leur zone de confort en retrouvant certains codes liés à leurs goûts personnels.

Ce soir, « seulement » cinq titres seront joués, dont une grosse majorité est issue d’un The Blossoming qui aura fait chavirer le cœur de plus d’un. Le temps file à une vitesse folle et certains titres, dont l’éponyme, font retomber peu à peu l’ambiance électrique par leur durée contrastée avec ce qu’il nous a été offert d’écouter plus tôt dans la soirée, comme une outro parfaitement travaillée et pensée pour l’entame de cette fin de nuitée. En résumé, du beau boulot pour qui aime les mélanges de styles et souhaite se plonger dans l’univers d’un black metal accessible qui sait, aussi, casser des nuques.

Setlist :

Astral Choir
Haesperadh
Wrath Of The Virikoï
Endless Cycle
The Blossoming

Une lumière rouge plane sur le Salem, parfaite illustration de la rage qui anime les Parisiens. Sorcerer, c’est du son sortant tout droit des tripes et qui vous remue d’une manière pas forcément si agréable que ça la première fois. Ce à quoi on assiste là est violent : le public monte sur scène à maintes reprises pour chanter – ou gueuler – dans le micro, s’enchaînent des stage dives incessants (la promiscuité de la salle permet de beaux échanges entre les artistes et leurs aficionados) et globalement, deux mots suffisent pour décrire cette communion : bagarre générale. Le chanteur alterne des regards profonds presque dépressifs et une énergie brutale venant agresser nos oreilles, parfois s’enroulant le fil du micro autour du cou ou ouvrant grand les bras pour accueillir la brutalité renvoyée par la fosse. Les musiciens, moins expressifs, jouent d’une cohésion millimétrée pour établir un set efficace et percutant.

Au fur et à mesure des titres, le public chante de plus en plus dans un échange qui laisse à penser que ce genre de choses fait partie des us et coutumes de Sorcerer en live dans des salles intimistes. Les gros drops retournent les poitrines et les cœurs en leur sein, et se fait tout d’un coup entendre une question timide : « Hey, tu peux me garder mes lunettes stp ? » Si même les binoclards en retirent leur outil de vision, c’est que ça va swinguer fort. Et c’est le cas, le public se lance dans une chorégraphie décousue, où plus rien ne fait sens mais finalement les jets de bras et de jambes rassemblent plus qu’ils n’éloignent. Et c’est dans cette euphorie que le groupe lâche un final « merci à tous, nous sommes Sorcerer de Paris » et que les portes se rouvrent, laissant s’échapper la vapeur issue de ce dernier set totalement déjanté.

Setlist :

Only God Forgives
Fortress
In The Arms Of Mortality
Devotion
Dominion’s End (xRepentancex cover)
The Eternal Grief
Someone Else’s Skin
See Of Decline



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