Un peu de répit, mais jamais vraiment d’arrêt. Alors que Landmvrks traverse une année 2025 historique — Olympia complet, tournée mondiale, triomphe aux Foudres du Metal —, Nicolas Exposito trouve le moyen d’ouvrir une parenthèse. Pas un contre-pied, plutôt un espace parallèle : celui de Moonball, projet personnel où il explore une voix qui cherche encore son souffle. Il compose des mélodies qui parlent d’autre chose. D’un autre soi, peut-être.
Avec JP, Alex et Kévin, le guitariste marseillais explore ici un territoire entre punk rock, grunge moderne et indie introspectif. Une musique moins frontale, mais pas moins sincère. Et si Parallel Frame, le nouvel EP, sonne plus affirmé que son prédécesseur, c’est parce qu’il s’ancre dans quelque chose de profondément personnel : un thème à la frontière du rêve et du trouble, inspiré d’une expérience bien réelle, celle du syndrome d’Alice au pays des merveilles. Un trouble rare, presque poétique, où la perception du temps et de l’espace se distord, et qui devient ici une métaphore filée pour la confusion, la perte de repères, mais aussi la réconciliation avec soi-même.
Quelques jours avant de repartir sur les routes européennes — Milan, Cologne, Bruxelles, Lyon —, nous avons pris le temps de discuter avec Nicolas Exposito de ce projet. Entre passion du punk rock, syndrome méconnu et quête de sens, Moonball trace sa voie à travers les reflets d’un autre monde.
« Chanter, c’est une purge, mais ça m’intéresse, parce que ça demande énormément de technique, de respiration et de rigueur, et que j’apprends encore. Un chanteur qui tourne et dit qu’il aime chanter, j’ai du mal à le croire [petits rires]. »
Radio Metal : Le punk rock est un style très vaste, qui englobe des approches parfois très différentes : certains groupes y mettent beaucoup d’engagement et de révolte, d’autres adoptent un ton plus léger, presque fédérateur — mais qui peut aussi aider à traverser des moments difficiles. Toi, quel est ton rapport à cette musique ?
Nicolas Exposito (chant & guitare) : J’ai baigné dans le punk rock. C’est ce qui m’a donné le goût de la musique et surtout de la guitare. J’ai fait mon éducation musicale à l’adolescence. Ce n’était pas Linkin Park ou Slipknot, mais plutôt Blink-182, NOFX, Bad Religion, etc. Les premiers morceaux que j’apprenais à la guitare, c’était du Green Day. Mon amour pour la musique a donc commencé avec ce style-là. C’est pour ça que j’ai toujours composé ce style de musique à côté du metal et de Landmvrks. J’ai même eu un groupe de punk rock il y a une quinzaine d’années. A un moment, j’en ai eu marre de chercher des chanteurs – c’est un peu galère d’en trouver –, donc j’ai continué à faire mes compos et je me suis dit que j’allais me mettre au chant. En plus, ça me permettait de progresser pour Landmvrks, parce que c’est un exercice très compliqué. Je salue tous les chanteurs de la planète, car je trouve que c’est l’instrument le plus dur. Le punk rock, le rock, même le punk en général, ça fait partie de mon ADN. J’ai commencé par là, donc c’était une évidence pour moi de concrétiser cet amour que j’ai depuis toujours.
C’est quoi le premier album de punk rock que tu as acheté ?
Je pense que le tout premier, c’est The Young And The Hopeless de Good Charlotte en 2002. C’est le premier objet physique que j’ai eu. On me l’a prêté et je l’ai bien poncé de A à Z. Je me disais : « Qu’est-ce que c’est que ce truc-là ? C’est donc ça que le punk rock aux Etats-Unis ? »
Qu’est-ce qui t’a marqué dans cet album ?
Je pense que ce sont les mélodies, parce qu’à l’époque, je ne connaissais rien à l’anglais. J’avais peut-être treize ou quatorze ans, donc je ne comprenais rien. C’était vraiment les sonorités qui m’attiraient ; c’était totalement différent de tout ce que j’avais pu écouter au collège. À cet âge-là, on écoutait la musique que tout le monde entendait à la radio, et d’un coup, d’entendre des guitares électriques comme ça, ça m’avait choqué. C’est ce qui m’a donné envie de jouer de la guitare, pour avoir ce style-là. Après, Good Charlotte a ouvert tout un monde, celui de la musique avec tous les groupes et les dérivés de l’époque. Je suis tombé dans la marmite grâce à ça.
Il y a aussi une influence grunge qui ressort sur certains de vos morceaux, notamment dans le travail de la voix. Est-ce quelque chose que tu as voulu explorer et accentuer, ou bien c’est venu plus naturellement au fil de la composition ?
C’est une bonne question. Je n’ai pas vraiment réfléchi. Bien plus tard, j’ai toujours écouté des groupes comme Nirvana, Basement ou Superheaven, donc tout ce côté un peu grunge moderne. En essayant de faire des voix, j’ai naturellement, malgré moi, eu ce ton un peu grunge. Quand tu es en studio et que tu poses ton chant pour la première fois, tu ne sais pas vraiment quelle est ta voix. J’ai essayé plusieurs techniques et c’est celle avec laquelle j’étais le plus à l’aise, sans trop y penser. Pour être honnête, je n’ai pas réfléchi à la manière dont je voulais chanter. Il fallait simplement que ma voix accompagne les morceaux que j’avais écrits instrumentalement, et que je les habille d’une façon ou d’une autre. J’ai fait comme je pouvais. C’est pour ça que c’est un exercice intéressant pour moi : en plus de composer la musique, je me mets sur la voix et j’essaie de ne pas desservir l’instrument, de trouver la mélodie que j’entends sur mes démos.
On sent vraiment une évolution entre les deux EP, notamment au niveau du chant. Cette fois, c’est plus affirmé, plus maîtrisé, avec davantage de nuances. Le ressens-tu aussi ?
Oui, je le ressens. Entre les deux EP – il y a eu deux ou trois ans, si je ne dis pas de bêtises – nous avons beaucoup tourné avec Landmvrks, et je chante de plus en plus. Je fais pas mal de backs et j’aide Flo [Salfati] sur des fins de refrains. Ça m’a permis d’être plus à l’aise avec mon chant, surtout depuis mes premières tournées avec Moonball, où j’ai commencé à comprendre un peu cet instrument, qui est vraiment très compliqué. J’ai la chance aussi d’enregistrer avec Flo, qui est chanteur, donc il me donne des techniques ; c’est un très bon producteur, il m’a beaucoup aidé sur les prises. Du coup, je progresse naturellement. Le fait de chanter davantage m’a vraiment mis plus à l’aise pour cet EP. J’avais fait le premier EP comme je pouvais, un peu à l’instinct, mais j’ai davantage travaillé le deuxième. On dit toujours que pour s’améliorer, il faut s’exercer, donc je chante de plus en plus. Quand je suis arrivé en studio pour enregistrer le deuxième EP, je m’étais beaucoup entraîné sur l’interprétation. Je savais déjà comment aborder mes morceaux, donc c’était beaucoup plus facile. Chanter et interpréter quelque chose que tu viens d’écrire, c’est super dur. Là, j’étais vraiment dans une approche différente. Nous avons le luxe d’avoir un studio avec les gars, ce qui fait que nous ne comptons pas les heures, donc nous avons pu vraiment bosser ça à fond, selon ma vision. C’est bien si tu ressens une évolution, parce que je me suis bien traqué en studio !
« Un soir, ça m’est réarrivé dans mon lit, ce syndrome d’Alice au pays des merveilles où tout devient un peu distordu, au niveau des murs, etc. Personne ne connaît. Je me suis dit que si je pouvais le faire connaître à travers ma musique, autant le faire. »
Rise Of The Northstar ont eux aussi ont beaucoup insisté sur le rôle de Flo, notamment dans sa capacité à comprendre le chant.
Oui, c’est un très bon producteur : je n’enregistrerais pas le chant si ce n’était pas avec Flo.
Et puis avec la relation que vous avez, il y a forcément une confiance. J’imagine que tu te sens libre de tout essayer, en sachant que tu auras un retour sincère, un avis qui compte pour toi.
Bien sûr. Après nous, ça a toujours été comme ça dans Landmarks. Flo et moi, nous savons très bien comment nous travaillons. Nous nous connaissons tellement par cœur que le studio est un jeu d’enfant. Nous passons tellement nos journées là-bas, que ce soit avec Landmarks ou d’autres groupes, que quand l’un de nous est derrière la cabine, nous n’avons même pas besoin de nous parler. Nous avons compris tous les deux ce qui se passe. Par exemple, il n’a même pas besoin de me dire que c’était mauvais, je comprends ce qu’il veut dire. Ça arrive, aussi bien lui que moi : nous n’avons pas besoin de nous dire que c’était mauvais pour comprendre que la prise n’était pas bonne.
Maintenant que tu es dans cet exercice, chanter est-il devenu essentiel pour toi ?
Oui et non. Je n’aime pas tant que ça. Ce que je préfère, c’est vraiment composer et jouer de la guitare. J’aime bien le faire parce que ça me sort de ma zone de confort et que c’est un très bon exercice. C’est très dur de jouer de la guitare et de chanter en même temps. J’y prends du plaisir, justement parce que j’essaie de comprendre comment bien exécuter quelque chose que je fais mal. Cela étant, je ne peux pas dire que j’aime chanter, car je trouve ça vraiment difficile. En ce moment, nous répétons avec Moonball et je galère, je manque de technique. Clairement, il faudrait que je prenne des cours de chant. Je n’en ai jamais pris. Ce n’est pas quelque chose qui me fait vibrer. En vrai, chanter, c’est une purge, mais ça m’intéresse, parce que ça demande énormément de technique, de respiration et de rigueur, et que j’apprends encore. Un chanteur qui tourne et dit qu’il aime chanter, j’ai du mal à le croire [petits rires]. Ça fait mal à la gorge, il ne faut pas parler… Mais c’est plaisant quand même, je m’amuse à le faire. En tout cas, ce n’est pas mon truc favori. Je chantonne, ça me suffit.
En plus de chanter, tu es aussi le frontman du projet. C’est toi qui le portes, qui composes, qui chantes, c’est ton image. C’est un rôle assez différent de ce que tu fais avec Landmvrks. Est-ce un positionnement dans lequel tu te sens à l’aise aujourd’hui ?
Être leader sur scène, frontman, c’est un bon exercice. C’est rigolo, parce que tu as un peu plus la parole. Sur un concert de Moonball, c’est plus détendu, je me permets de dire deux ou trois blagues. L’ambiance est bon enfant, et cet exercice-là me plaît. Mais ce n’est pas le fait d’être leader, plutôt celui d’être chanteur. Je préfèrerais juste jouer de la guitare. Ce que je trouve beau chez les chanteurs, c’est cette capacité à tenir une heure face au public, les yeux dans les yeux. C’est fatigant. Un guitariste ou un batteur, on ne se cache pas derrière un instrument, mais on a un prétexte pour faire autre chose sur scène : s’accorder, se tourner, boire un coup. Le chanteur, lui, est seul, tout le monde le regarde. C’est un autre exercice. M’y confronter me permet de mieux comprendre tous les mécanismes d’un groupe. Quand j’arrive avec Landmvrks, c’est comme si j’avais gagné de l’expérience. Peu importe le concert, même petit, le fait de faire quelque chose de différent devient une force pour Landmvrks. C’est ça qui est intéressant, c’est ce que j’aime dans un side project comme Moonball.
Ce projet est-il aussi une manière pour toi de te retrouver ou de mieux comprendre qui tu es ? Parce qu’on sent que tu explores beaucoup de choses, que tu sors de ta zone de confort.
Pas de mieux comprendre qui je suis – c’est peut-être trop psychologique –, mais de mieux comprendre le musicien que je suis. De quoi je suis capable ? Jusqu’où je peux aller ? Est-ce que je suis capable de le faire ? Si oui, combien de temps ? C’est essayer d’aller sur d’autres chemins pour savoir, en tant qu’artiste, où sont tes limites. Par exemple, je pourrais très bien prétendre faire une chanson de rap, mais je ne vais pas le faire parce que je sais que je suis très mauvais. Par contre, est-ce que je peux essayer de faire une tournée et de chanter en étant leader ? Oui, tant mieux pour moi, ça me fait une carte en plus dans mes compétences. J’aurais tout aussi bien pu être dégoûté et me dire : « Ok, ce n’est pas pour moi, j’ai essayé, on passe à autre chose. » Il s’agit donc vraiment d’essayer de voir de quoi je suis capable.
« Même si tu joues dans des plus petites salles, même si la fan base est moins importante, tout ce qui m’intéresse, c’est d’être sur scène et de faire de la musique. »
Sur ce projet, tu explores le thème du syndrome d’Alice au pays des merveilles, avec cette idée de distorsion du temps, de l’espace, de l’identité… C’est un concept à la fois complexe et fascinant. Pourquoi ce choix ? Est-ce quelque chose qui te touche personnellement ?
C’est un syndrome que j’ai personnellement. C’est pour ça que j’en parle dans les chansons. Pour l’histoire, j’ai ce syndrome depuis que je suis tout petit, mais je n’ai jamais su ce que c’était. Je me rappelle que quand j’en parlais à mes parents, ils me disaient qu’ils ne comprenaient pas. C’est vraiment un syndrome peu connu, j’ai l’impression. Un soir, ça m’est réarrivé dans mon lit, cette espèce de syndrome où tout devient un peu distordu, au niveau des murs, etc. C’est souvent dans le noir, mais rien de grave. Je prends mon téléphone et je tombe sur une vidéo TikTok d’un mec qui en parle. Et là, j’hallucine, parce que je mets enfin un mot sur ce truc qui, pour moi, n’existait pas. C’était un youtubeur, Dr Nozman, qui fait des explications un peu scientifiques. Je regarde la vidéo, il est quatre ou cinq heures du matin, et je comprends enfin ce syndrome. J’étais en train d’écrire cet EP et je ne savais pas trop de quoi parler. Je me suis alors dit qu’il fallait que je parle de ce syndrome, parce que c’est très imagé. C’est pour ça que la pochette symbolise un peu ce syndrome d’Alice au pays des merveilles. C’est quelque chose qui me touche, parce qu’à chaque fois que j’en parle, personne ne connaît. Je me suis dit que si je pouvais le faire connaître à travers ma musique, autant le faire. C’est pour ça qu’au moins trois chansons de l’EP en parlent. Après, il en y a une plus axée sur le thème du film The Truman Show, mais ça me tenait à cœur de parler de ce syndrome. Les gens l’appellent le syndrome d’Alice au pays des merveilles, mais c’est en fait le syndrome de Todd. Je trouvais que ça faisait un thème mortel pour l’EP. J’ai donc développé toute la pochette et les paroles autour.
Le premier single que tu as sorti, c’est « The Mirrors I’ve Made ». En soi, le titre est très évocateur.
Oui, ça en parle clairement, mais on arrive à voir toute la globalité de l’EP une fois qu’on comprend la pochette avec les paroles. Le syndrome est tellement méconnu que ça ne parle pas aux gens. Mais j’invite tout le monde à aller voir cette vidéo du Dr Nozman sur le syndrome de Todd. Ça a été une révélation : « Putain, OK, ce que j’ai depuis tout petit, c’est ça ! » Du coup, ça m’a donné toute cette ligne directrice sur l’EP. Je trouvais ça original d’en parler, je n’avais jamais vu ça ailleurs. Apparemment, quand tu commences à chercher, tu vois qu’il y a plusieurs personnes qui sont touchées. Il y a des formes plus graves que d’autres. Moi, c’est vraiment un tout petit peu, ça m’arrive seulement quand je m’endors, donc ce n’est pas très grave, mais il y en a à qui ça arrive en marchant. Et ça m’arrive très rarement, peut-être une fois tous les deux mois. C’est pour ça que c’est un syndrome qui n’est pas très grave. Quand tu te renseignes, tu vois que ce n’est pas une plaie d’avoir ça, mais ça existe.
Tu mentionnais « Seahaven », en hommage au film The Truman Show avec un clip vraiment très soigné et des invités. Peux-tu nous en parler ?
Dans les invités, il y a Flo, Juju – notre ingé son avec Landmvrks –, et Rudy – notre bassiste. Pour la petite histoire, nous avons tourné ce clip dans nos locaux de répétition, un petit local, tout en fond vert. C’est vraiment un clip cent pour cent fond vert. Il nous fallait des figurants. J’ai dit aux gars : « Allez, venez, j’ai besoin de figurants. » Ils ont joué le jeu avec plaisir. C’était drôle. Enorme chapeau à Aurélien Mariat qui a réalisé le clip à partir de mon idée un peu farfelue. Je lui ai dit : « On n’a pas le temps, il faut tourner un clip, donc on va tout faire en fond vert, et toi, tu te débrouilles en postprod. Désolé pour toi. » Honnêtement, c’est un de mes clips préférés. Je le trouve réussi pour les moyens que nous avons mis dessus, c’est un truc de ouf. Je lui ai dit que c’était mon clip préféré de lui ; même si tout est fait en fond vert et en postprod sur ordinateur, je le trouve magnifique.
C’est donc toi qui as eu l’idée de faire ce concept ?
Quand j’ai écrit cette chanson, je cherchais un autre thème que le syndrome d’Alice au pays des merveilles, parce que je n’allais pas écrire cinq chansons sur le même sujet, ça aurait fini par gonfler les gens. Comme je suis un énorme fan de Jim Carrey – j’ai vu tous ses films, The Mask peut-être cent fois, The Truman Show pareil –, je me suis dit que j’allais faire en sorte d’être Jim Carrey dans The Truman Show et que j’allais parler comme si j’étais lui. D’où Seahaven, qui est la ville du Truman Show. J’ai trouvé ça drôle de me mettre à sa place. Ensuite, j’ai eu l’idée de faire un plagiat du Truman Show pour le clip, en assumant complètement de reprendre les mêmes scènes, comme celle de l’escalier. J’ai trouvé ça vraiment marrant, en mode : « Si le film était sorti cette année, on aurait pu être la BO du film. » C’est un petit clin d’œil à un de mes films préférés, et j’ai trouvé ça drôle à faire.
Finalement, avec cet EP, tu dévoiles beaucoup de choses sur toi.
Oui. Je parle du Truman Show, qui est un de mes films préférés. Je parle de mon syndrome. J’ai écrit des choses plus personnelles que sur le premier EP. Sur le premier, je n’avais quasi rien écrit. C’était surtout Alex [Barcos], le bassiste de Moonball, qui m’avait aidé parce que je n’avais aucune idée, aucune inspiration. Et là, j’étais inspiré, je voulais aller jusqu’au bout. Forcément, j’ai parlé de sujets assez personnels. En tant que chanteur, c’est quand même plus cool de chanter des chansons qui te touchent. C’est peut-être aussi pour ça qu’elles sont mieux interprétées, parce que ce sont des sujets qui me parlent directement. Tant mieux si les auditeurs le ressentent. Ce sont des choses qui me touchent. Franchement, c’est un EP vrai. Il n’y a pas de chichi, comme on dit.
« C’est plus stressant de jouer dans une petite salle et de voir toutes les personnes que de jouer sur une mainstage du Hellfest devant trente mille personnes, où ça devient très impersonnel. »
Tu vas continuer à faire des EP ou il y a un monde où tu fais un album entier ?
Il faut voir avec le temps, avec Landmvrks, etc. Dans tous les cas, j’écris toujours à côté, que ce soit pour Landmvrks, pour Moonball, pour des trucs personnels ou des choses qui ne sortiront jamais. Par exemple, j’ai mon lien Dropbox avec peut-être quarante ou cinquante compos qui ne sortiront jamais, parce que ce n’est pas le bon moment ou que c’est un style totalement différent. Je pense que nous pourrons sortir un album quand j’aurai un peu plus de temps pour écrire. On verra comment cet EP est reçu, mais dans tous les cas, je continuerai toujours d’écrire de la musique pour me faire plaisir.
Kévin [D’Agostino] racontait que « The Great Unknown » était, à la base, parti d’un petit jam très punk rock. D’ailleurs, au début du morceau, on entend un son très Blink-182, presque comme un clin d’œil. Puis ça évolue vers quelque chose de plus Linkin Park, mais c’est ça aussi qui est enrichissant : quand on joue ensemble, il peut toujours se passer quelque chose d’imprévu.
Oui, nous avons composé cette chanson sans forcément nous dire que c’était pour Landmvrks. Nous écrivons toujours, et à tout moment, ça peut finir pour Landmvrks ou pour un autre groupe. Nous avons cette volonté d’être très créatifs. Par exemple, sur la dernière tournée, nous avons composé une chanson de hardcore. Nous écrivons tout le temps, peu importe le projet. Après, oui, le projet Moonball demande à être développé. La suite logique serait de sortir un album, mais on n’y est pas encore.
Quand on regarde ton année 2025, elle a vraiment quelque chose d’exceptionnel, non ? Un album incroyable, un concert mémorable à l’Olympia, une tournée interminable aux États-Unis, et puis les Foudres du Metal avec les prix de meilleur artiste et meilleur album…
Nous ne nous sommes pas arrêtés ! Nous avons eu un petit mois de répit. Je repars en tournée avec Moonball dans deux semaines, mais parce que ça me plaît. Ce qui me plaît avant tout, c’est faire de la musique. Même si tu joues dans des plus petites salles, même si la fan base est moins importante, tout ce qui m’intéresse, c’est d’être sur scène et de faire de la musique. Même s’il y a un Olympia, un Zénith ou autre, la finalité, c’est de faire de la musique. Tant mieux si ça marche, j’en suis très reconnaissant, mais c’est encore mieux si tu prends plaisir à jouer tout le temps.
Avec Landmvrks, il y a ce gros succès, ces grosses scènes, mais là, avec un projet plus punk rock, tu retrouves le contact direct, une énergie brute, presque dans le pit. Justement, n’est-ce pas aussi un kiff de revenir dans des petites salles, d’aller chercher les gens un par un ?
Oui, c’est clair. En janvier, nous avons fêté nos dix ans avec Landmvrks et nous sommes retournés dans une petite salle à Marseille, avec deux cent cinquante personnes. C’est plus stressant de jouer dans une petite salle et de voir toutes les personnes que de jouer sur une mainstage du Hellfest devant trente mille personnes, où ça devient très impersonnel, une marée noire. Le fait de jouer dans une salle plus intimiste, à titre personnel, je trouve ça plus stressant. Les gens pensent que tu stresses plus devant une grande foule, mais c’est l’inverse. Surtout avec Moonball, où je prends la place de leader, c’est encore plus stressant de tenir une petite salle que de tenir une foule de soixante mille personnes où tu as un mouvement de masse et tu sais, par exemple, que les gens vont sauter. Alors que s’il y a dix personnes devant toi et qu’elles ne sautent pas, tu le vois tout de suite. Mais c’est un bon exercice. C’est pour ça qu’on apprend tout le temps.
Qu’est-ce qu’on peut te souhaiter de plus après une année comme celle-ci ?
De continuer à faire ça ad vitam æternam, c’est tout ce qu’on veut, avec plaisir !
Tu disais que Moonball avait déjà fait quelques dates, et qu’il y en avait d’autres à venir…
Nous sortons l’EP la semaine prochaine et nous faisons une petite tournée en Europe. Nous jouons à Milan, en Allemagne, en Belgique et en France. À la base, c’était censé être mon mois off après la tournée, mais je voulais quand même faire un petit truc pour la sortie de l’EP. Je me suis dit que ce serait bien de pouvoir le jouer, parce que c’est bien beau de l’enregistrer, mais comme je dis souvent, le plus cool, c’est de le vivre sur scène. Même s’il y a Kévin dans ce groupe, il y a aussi JP et Alex, le guitariste et le bassiste, et ça leur fait plaisir de partir en tournée. C’était le seul créneau que j’avais pour défendre cet EP. Nous avons mis notre booker sur le coup : « C’est la seule semaine que nous avons, si tu peux trouver un truc, ce serait parfait, sinon, tant pis, on trouvera d’autres dates. » Ça nous tenait à cœur de sortir l’EP et d’aller le défendre directement dans les salles. Nous avons la chance d’ouvrir à Lyon pour Resolve, qui sont de très bons amis. J’y serais allé de toute façon pour les supporter. Ils m’ont proposé, j’ai dit : « OK, avec plaisir. » Même si je trouve que c’est un peu gros pour Moonball, c’est cool.
Interview réalisée en visio le 31 octobre 2025 par Marion Dupont.
Retranscription : Marion Dupont.
Site officiel de Moonball : moonballband.com.
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