ENVOYEZ VOS INFOS :

CONTACT [at] RADIOMETAL [dot] FR

Chronique   

The Ruins Of Beverast – Tempelschlaf


Depuis la sortie de The Thule Grimoire début 2021, The Ruins Of Beverast avait concentré ses efforts sur le live. C’est pour Tempelschlaf, son septième album, qu’il a repris le chemin du studio. À la fois fiable – on retrouve à chaque fois un black/doom très atmosphérique – et imprévisible – de la noirceur corrosive de Rain Upon The Impure à l’étrange psychédélisme tribal d’Exuvia, le territoire arpenté est vaste –, riche d’une vingtaine années de carrière et toujours prêt à explorer de nouveaux horizons, The Ruins Of Beverast continue sur ce nouvel opus ses mutations.

Et ces mutations, cette fois-ci, ont l’allure d’une synthèse. Au fil de l’heure de Tempelschlaf, on retrouve de nombreux paysages entraperçus dans les sorties précédentes du projet, le metal incisif des premiers albums (« Day Of The Poacher », « Alpha Fluids ») comme les longs passages hallucinatoires du milieu des années 2010 (« Tempelschlaf »), la religiosité tourmentée de Blood Vaults (« Cathedral Of Bleeding Statues ») ou encore le chant clair des sorties récentes. Ce qui fait la suture entre ces éléments différents, c’est le riffing très reconnaissable d’Alexander von Meilenwald, la tête pensante du projet, mais aussi les rythmiques tribales qui hantent sa musique depuis quelques albums maintenant et qui lui donnent une assise à la fois viscérale et hypnotique : la batterie, dont la production souligne le naturel, pulse et propulse l’auditeur dans ce qui tient moins du sommeil suggéré par le titre que du rêve, du cauchemar, ou d’un état ambigu de semi-éveil. Des solos inventifs et singuliers (au centre de « Babel, You Scarlet Queen! », au début « Last Theatre Of The Sea ») en émergent avec éclat, tout comme certains intermèdes, le rock gothique et les arpèges lumineux qui ponctuent le traditionnel final monumental (« The Carrion Cocoon »), par exemple. Pas aussi nébuleux et narcotique que ses prédécesseurs, plus direct, Tempelschlaf gagne de l’épaisseur à chaque écoute : on n’en attendait pas moins de Meilenwald, qui s’impose une fois de plus comme une valeur sûre.

Ecouter des extraits…



Interview   

The Birthday Massacre : une histoire de temps


The Birthday Massacre est un groupe extrêmement occupé. Le sextuor originaire de Toronto sillonne inlassablement les routes du monde entier depuis maintenant près de vingt ans, tout en conservant un rythme de production stakhanoviste. Pathways, son dixième album – si l’on prend bien en compte Nothing And Nowhere, premier enregistrement indé dont cinq morceaux seront réutilisés pour des disques ultérieurs – aura d’ailleurs été publié entre deux grosses séries de dates. Peu de promo, pas de chichi. The Birthday Massacre reste impeccable sur disque, mais semble vivre pour le frisson du live.

Parvenir à arrêter un créneau d’interview avec la charismatique chanteuse Sara « Chibi » Taylor s’apparente de fait à une bataille de longue haleine, et ce malgré toute la bonne volonté de l’attaché de presse du groupe. Lorsque ce dernier revient vers nous avec un unique créneau de trente minutes à peine vingt-quatre heures plus tard, c’est à prendre ou à laisser. Quelques mois après la sortie de Pathways, la frontwoman revient dans l’entretien qui suit sur l’approche artistique de son groupe, son amour des années 80 ainsi que sur le temps qui passe. Un temps dont elle semble parfois manquer, ce qui ne l’empêche pas de se prêter au jeu de l’interview avec une bonne humeur communicative.

Lire l’interview…



Chronique   

Lionheart – Valley Of Death II


Retour sous le soleil brulant de Californie. Lionheart poursuit son travail de façonnage d’un hardcore beatdown dont il a très tôt esquissé les contours, formule qu’il reproduit désormais sans réelle volonté de renouvellement mais à laquelle il parvient à injecter une énergie intacte. Conceptuellement inscrit dans la continuité de Valley Of Death, initialement sorti en 2019, leur huitième album en reprend les ingrédients fondamentaux : précision du riffing, vélocité des tempos et gimmicks gangsta hip-hop.

Les Américains de Lionheart ont fait le choix d’adopter une position de puristes. Le son du groupe s’est certes affiné et légèrement gonflé, adoptant ci et là quelques contours metalcore, mais il est resté profondément ancré dans la mouvance HxC, genre par essence codifié auquel le quintet ne déroge jamais véritablement. Lionheart se démarque plus volontiers par un line-up d’une solidité à toute épreuve et d’une rigueur quasi stakhanoviste dans ses sorties. Valley Of Death II s’inscrit à ce titre dans une forme de tradition pour partie héritée des parrains de Hatebreed. Les structures sont limpides, sans fioritures. Lionheart enquille les riffs punk acérés, mosh-parts et autres passages 2-step alignés consciencieusement sur des lignes de basse amples à souhait. L’ensemble est comme souvent extrêmement concis – vingt-trois minutes pour dix titres – et extrêmement fédérateur. S’il ne dévie pas de sa ligne artistique originelle, Lionheart s’amuse à établir des connexions entre les concepts de ses albums, reprenant le principe de numérotation propre au rap US. Le frontman Rob Watson et sa bande imposent ici l’ambiance étouffante d’un Los Angeles caniculaire. Un paysage urbain, sale et poisseux, abandonné aux ballets des low-riders ainsi qu’aux rassemblements nocturnes improvisés. Les sirènes retentissent, les clébards donnent de la voix (le refrain de « Chewing Through The Leash ») et la camaraderie s’impose naturellement. En témoignent les featurings qui ponctuent judicieusement ce huitième album aussi authentique qu’efficace.

Ecouter des extraits…

Interview   

Lord Of The Lost : une vue de l’intérieur


Lord Of The Lost, voilà un groupe qui nous occupe régulièrement par ses nombreuses sorties et sa force de proposition intarissable ces dernières années. Mais, si vous avez encore faim, la formation allemande a de quoi vous rassasier une bonne fois pour toutes avec Opvs Noir, une trilogie de trente-trois titres dignes d’un buffet médiéval sonore, et le tout servi sur un plateau d’argent option trois volumes étalés sur trois saisons : été, hiver et printemps. Le Vol. 1, paru durant la douce canicule aoûtienne, présentait un fond sombre, torturé, plongeant dans les méandres de l’âme humaine tandis que le Vol. 2 contraste par sa sortie au cœur du froid de décembre et l’aspect salvateur de la noirceur. Fort de pas moins de quinze featurings, l’œuvre globale, sans aller jusqu’à signer un retour du groupe à son époque Judas, s’inspire du panel d’émotions humaines à trois cent soixante degrés les plus violentes, profondes et intenses.

Le premier volume ayant attiré notre attention, nous sommes donc à nouveau partis à la recherche de réponses aux nombreuses questions que ce triptyque a pu soulever. Chris Harms restant en majorité la tête pensante du seigneur des perdus, c’est cette fois sur lui que nous avons jeté notre dévolu. Loin d’être las de parler de son dernier bébé à trois têtes, il expliquera avec plaisir son cheminement introspectif personnel à travers les années, évoquant aussi le rêve fou de voir Lord Of The Lost comme bande originale d’un film tout en nous offrant une analyse sociétale intéressante. Il nous aura, une heure durant, amenés à creuser encore plus profond au sein de notre soi intérieur sombre et chaleureux à la fois.

Lire l’interview…



Chronique   

Unprocessed – Angel


Qu’est-ce que le metal « moderne » ? Dans la surenchère de ces dernières années, le metalcore et ses dérivés ne sont pas en reste : toujours plus de vitesse, de brutalité et d’idées folles. Le risque est de lasser le chaland, si cette course n’a d’autre finalité que d’impressionner. Fort heureusement, des projets préservent et développent une personnalité, comme Unprocessed, dont la réputation se nourrit d’un gros régime de tournées et des prouesses du chanteur-guitariste Manuel Gardner Fernandes, devenu incontournable dans le cercle des « gratteux ».

Les accents pop ne sont pas pour Unprocessed un complexe, et ce chant clair aurait toute sa place dans de la synthwave. Même certains élans furieux recèlent une dose d’émotion qui confère un charme certain à la formation. On pense parfois sur l’album au screamo voire à Birds In Row, avec des zigzags à la frontière de la saturation. Le côté « lave-linge » de certaines séquences où les instruments se changent en couteaux à émincer tranche assurément avec le caractère plutôt intimiste du disque. Les collaborations hip-hop ou deathcore, loin de vulgaires parachutages, rebattent les cartes et bouleversent notre vision du projet. Les affleurements néo (« Solara ») peuvent faire voir en Unprocessed la collusion de Slipknot et Polyphia (peut-être avec un peu de Linkin Park ?). À propos de Polyphia : deux de leur membres avaient donné un coup de main sur l’album précédent, et on retrouve ici avec plaisir une grande variété de sons de guitares. Entre les timbres de bol tibétain et les aussi impitoyables qu’incontournables « tchonk tchonk », toutes les onomatopées du dictionnaire ne suffiraient pas à couvrir les émanations de ces cordes. Malgré l’âcreté qui prévaut dans le mode d’expression et le propos lui-même, la joie de composer et d’interpréter est plus que palpable en Angel. Pour revenir à nos histoires de modernité : le mieux reste de ne rien supposer et de laisser l’auditeur juge et maître.

Ecouter des extraits…



Radio Metal   

Top 50 2025 : l’hémicycle a tranché


Discussions agitées, colères lors des prises de parole au micro, provocations immatures entre collègues, voire même quelques intimidations : le classement du Top 50 de Radio Metal n’a définitivement rien à envier au vote du budget à l’Assemblée nationale. La grande différence, c’est que chaque année, l’équipe éditoriale s’accorde pour vous le délivrer presque en temps et en heure. Ainsi, le Top 50 des albums metal 2025 représente les goûts des principaux contributeurs de Radio Metal, et peut-être ceux de ses plus fidèles lecteurs et auditeurs…

En 2025, Radio Metal a proposé plus de cent vingt interviews, deux cent trente émissions et cent quarante chroniques d’albums. Comme chaque année, cette liste est donc loin d’être exhaustive. Elle ne s’appuie ni sur des statistiques d’écoute ni sur les tendances du moment, mais simplement sur les sentiments et les émotions partagés à l’écoute de ces albums. Ce classement revendique toutefois un certain éclectisme, à l’image de notre média, et a vocation à être épluché par des passionnés. L’objectif premier reste inchangé : remettre en lumière des disques qui auraient pu passer sous votre radar. Aussi, nous invitons celles et ceux qui le souhaitent à partager leurs découvertes et révélations de l’année, voire à dresser leur propre liste dans les commentaires.

Voir le classement…



Interview   

Kadavar : détruire pour reconstruire


Kadavar est un groupe plein de surprises. Si bien qu’on ne sait jamais à quelle sauce on sera mangé avec leur prochain disque… ni quand. Car à peine I Just Want To Be A Sound sorti que, quelques mois plus tard, la même année, paraissait K.A.D.A.V.A.R. Et là où le premier avait agréablement étonné autant qu’il avait décontenancé par ses prises de libertés stylistiques, sa lumière, ses contours pop, son travail du son et même l’intégration d’un quatrième membre, le second revient aux fondamentaux du groupe : riffs gras, simplicité et obscurité. Même dans les thématiques, ils s’opposent, ou plutôt se complètent : quand l’un regarde à l’intérieur, l’autre se tourne vers le monde extérieur. Mais les deux ont tout de même un point commun : une forme de destruction. Et c’est ainsi que Kadavar a organisé sa renaissance.

Après avoir échangé avec le chanteur-guitariste Christoph « Lupus » Lindemann au sujet de I Just Want To Be A Sound, c’est naturellement le batteur et producteur Christoph « Tiger » Bartelt que nous avons interrogé cette fois-ci – et un peu le bassiste Simon « Dragon » Bouteloup qui traînait dans les parages ! – pour compléter la vision de ce quasi-diptyque, qui pourrait bien devenir un triptyque…

Lire l’interview…



Chronique   

Yellow Eyes – Confusion Gates


Les New-Yorkais de Yellow Eyes ne perdent pas de temps : avec sept albums en quinze ans, ils semblent déterminés à tracer leur propre route, parallèle à celle des grands noms du black atmosphérique à l’américaine, mais plus obscure, plus souterraine, plus tortueuse. L’expérimental et finalement assez peu metal Master’s Murmur, sorti en 2023, faisait figure de parenthèse dans leur discographie ; avec la sortie de Confusion Gates, il prend tout son sens. Innervé de motifs, thématiques et processus créatifs déjà présents sur Master’s Murmur, Confusion Gates retourne au black metal inventif et mélodique qui a fait connaître Yellow Eyes, avec quelque chose en plus…

Car l’ouverture presque pastorale qui ouvre les deux premiers morceaux ne dure qu’un temps : elle laisse rapidement place à des riffs à la Krallice, particulièrement intenses sur la fin de « The Thought Of Death », servis par une production brute et chaude qui permet à la basse de prendre toute la place qu’elle mérite. Sur la bonne heure que dure l’album, les idées fusent, créant un black metal aux facettes multiples – extatique sur « A Forgotten Corridor », à l’ampleur quasi symphonique sur « The Scent Of Black Mud », intense et va-t-en guerre sur « Confusion Gate » – entrecoupé d’interludes ambient à la fois bucoliques et chargés d’une menace diffuse (« I. Nocturne »). Comme ses paroles, version quasi surréaliste des histoires de quêtes dans une nature hostile qui abondent dans le vieux black norvégien, la musique de Confusion Gate est toujours légèrement à côté de ce qu’on en attend, hantée lorsqu’elle semble lumineuse, chaleureuse à son plus hostile, dessinant un entre-deux à la fois inquiétant et familier. Confusion Gate porte bien son nom (« portail de la confusion ») : avec son mélange ingénieux de l’approche décloisonnée du post-black metal et d’aspects plus traditionnels, il charme à la première écoute (on pense au lead vénéneux du début de « Suspension Moon » par exemple), apparaît ensuite déstabilisant à force de revirements et d’intrications, pour finir au fil des écoutes par se révéler dans toute sa splendeur, riche, atmosphérique et liminal à souhait.

Ecouter des extraits…



Interview   

Lunatic Soul : une éclipse pour un nouveau jour


Toutes les bonnes choses ont une fin, mais est-ce un problème ? Plutôt une nécessité, si on souhaite voir un jour les bonnes choses qui doivent arriver derrière. Ainsi, dix-sept ans après la naissance du projet Lunatic Soul, huit albums produits dans la discographie du projet, le leader des proggeux polonais de Riverside Mariusz Duda arrive enfin au terme (qui fut plus éloigné que prévu !) de son grand « cycle de la vie et de la mort » avec The World Under Unsun.

L’achèvement de cette thérapie musicale soulève immanquablement une foule de questions, que nous nous sommes empressés de poser au principal intéressé, en plus de tenter d’éclaircir certaines zones d’ombre de l’éclipse solaire que constitue ce dernier (double) album. Nous en profitons pour mesurer le chemin parcouru et revenir plus en profondeur sur quelques-uns des épisodes échus.

Lire l’interview…



Chronique   

FauxX – Anteroom


Tapi dans le noir, FauxX serpente sournoisement loin des projecteurs. Né de la rencontre entre Joachim Blanchet de Hoa Queen et « Job » Tronel des bondissants Tagada Jones, le projet évolue dans une dimension parallèle, un univers sombre et glaçant dont les portes ne s’ouvrent qu’aux initiés. Avec Anteroom, son second album, le duo offre le choix entre pilule bleue et pilule rouge. Rester dans l’ignorance de la réalité, ou ouvrir son esprit vers des horizons décharnés et hypnotiques. Une déconnexion aussi soudaine que violente.

FauxX efface tous les repères. Sa musique est entière et viscérale, sans demi-mesure. Elle rebute en quelques mesures, ou happe en à peine plus d’un gimmick. Le combo livre avec ce second opus des peintures sonores. On sombre dans les tréfonds sales et grinçants d’un metal industriel sans concession, déshumanisé et nihiliste – le chant de Blanchet est tendu et écrasant. Quelques points d’accroche freinent occasionnellement la chute dans cet abîme sans fond de noirceur vénéneuse. Un refrain (« Sun Of Despair », « Dig »), un semblant d’accalmie (l’introduction de « Poison Life ») ou une mélodie de guitare nette parviennent occasionnellement à prendre le dessus sur le fracas des machines, signe de résilience émergeant d’un maelstrom de désespoir. FauxX ne laisse jamais la lumière se propager véritablement. Le groupe matraque, écrase, sur-tapisse ses structures. Anteroom est froid jusqu’à l’horreur, rappelant aussi bien les étendues cauchemardesques d’un Matrix que celles du monde d’Hellraiser (« Latch On », morceau lourd et poisseux). Les guitares imposent les motifs, mais l’électronique tourne inlassablement autour. La répétition des boucles vrombissantes et des samples, renforcée par un jeu de batterie robotique, confère au disque un aspect aliénant. L’apocalypse techno-dystopique de FauxX est aussi effrayante qu’attirante, à la fois belle et douloureuse. Elle rappelle brutalement ce que doit être la musique dans sa forme la plus passionnante : une expérience, et non un simple divertissement.

Ecouter des extraits…



  • A Perfect Circle @ Zénith Paris
    previous arrow
    next arrow
     
  • 1/3