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Chronique   

Moonspell – Opus Diabolicum


Adapter la musique de Moonspell à la sauce orchestrale résonne presque comme une évidence. Le groupe portugais est un pilier indémodable du metal gothique, style originel qu’il a su transcender au fil des années en témoignant d’une créativité aventureuse, et l’approche extrêmement théâtrale de son art s’accorde harmonieusement avec la puissance d’un ensemble symphonique. Comme à leur habitude, les Portugais abordent l’exercice sans jamais sombrer dans la facilité et apportent au travers de cet Opus Diabolicum une vision nouvelle de leur musique.

De nombreux groupes metal se sont risqués à habiller leurs travaux de cordes et de cuivres. La force de Moonspell est probablement de disposer d’un terreau fertile à une collaboration de cette ampleur, le travail conjoint proposé pour ce concert événement évitant avec brio l’écueil de l’ajout anecdotique d’arrière-fond. Moonspell et le Lisbon Sinfonietta Orchestra misent sur une partition symphonique ample et audacieuse. L’orchestre respire littéralement et prend le temps de s’installer le temps d’une introduction longue et sinueuse, qui impose une atmosphère inquiétante inspirée des compositeurs de la Renaissance. Une ambiance qui s’entremêle parfaitement à la noirceur vénéneuse des guitares, épaisses et hypnotiques. Il pourrait, à ce titre, paraître évident de les accompagner majoritairement par la puissance des cuivres, mais le chef Vasco Pearce de Azevedo fait le choix pertinent de laisser s’exprimer la finesse des cordes. Il évite également de multiplier les couches d’arrangements inutiles, respectant les fabuleux contrastes de la musique de Moonspell, et notamment ses passages les plus éthérés (les couplets de « Breathe »). Les décharges épiques gagnent elles en grandiloquence, dynamitées par des superpositions d’harmonies vocales profondes. Moonspell surprend parallèlement en optant pour des morceaux devenus peu courants ces dernières années, projetant notamment le mésestimé album 1755 au premier plan avec quatre extraits. Un superbe témoignage live.

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Interview   

Mammoth : l’héritage sans le poids


Depuis 2021 et la sortie de son premier album, Wolfgang Van Halen poursuit son chemin avec Mammoth, projet qu’il a choisi de construire seul, de la composition à l’enregistrement. Loin de se reposer sur son héritage familial, il s’est imposé en trois albums comme un musicien complet, capable de mêler efficacité rock et sincérité dans l’écriture. Après un deuxième disque paru en 2023, il revient en 2025 avec un troisième qui témoigne d’une évolution naturelle : plus assuré dans son rôle de frontman, plus ouvert à l’expérimentation, il n’hésite pas à explorer des terrains variés, du heavy de « Selfish » aux ambiances plus atmosphériques de « The Spell ».

Enregistré avec son producteur de longue date Michael « Elvis » Baskette, ce nouvel effort confirme la volonté de Wolfgang d’installer Mammoth comme un projet pérenne, loin des comparaisons et des a priori. À travers ces nouvelles compositions, il aborde sans détour ses angoisses, ses doutes, mais aussi sa passion intacte pour la musique. Nous avons échangé avec lui autour de ce disque et de la manière dont il conçoit aujourd’hui son identité artistique.

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Chronique   

Chat Pile / Hayden Pedigo – In The Earth Again


Si ce sont avant tout leurs deux albums, les remarqués God’s Country et Cool World, qui les ont fait connaître, les Américains de Chat Pile sont depuis leurs débuts ouverts aux collaborations, comme le montrent leurs splits avec Nerver et Portrayal Of Guilt. C’est avec un autre Texan, le guitariste Hayden Pedigo, qu’ils ont décidé de pousser cette logique encore plus loin. En effet, In The Earth Again n’est pas un split, mais le résultat des efforts conjugués de ces deux projets aux sonorités éloignées, mais partageant un rapport ambivalent avec l’Amérique rurale dont ils sont originaires, et un amour pour ce que la musique a de plus cinématographique. Grands espaces, villes désolées et société en décomposition sont donc au programme de cet album unique, à la fois parenthèse et ouverture pour tous les musiciens impliqués.

Cinématographique, In The Earth l’est résolument. De l’introduction douce et mélancolique « Outside » à l’intense et dépouillé « A Tear for Lucas », l’americana instrumentale d’Hayden Pedigo, avec son finger-picking traditionnel et son approche anticonformiste, se fond remarquablement bien dans les paysages plus chargés peints par Chat Pile. Protéiforme – les chansons oscillent du très Chat Pile (« Never Say Die! », « Fission/Fusion ») au très Pedigo (« I Got My Own Blunt to Smoke »), atteignant ici et là l’équilibre, voire de véritables moments de grâce (« Behold A Pale Horse ») –, cette collaboration donne lieu à des morceaux variés, inventifs et évocateurs, désespérés parfois, amers ou rêveurs, ponctués d’arpèges délicats et de couches de noise, de l’intermède (« Inside ») à la fresque dystopique (« The Matador »). C’est peut-être le single « Radioactive Dreams » qui illustre le mieux ce que ces deux entités se font l’une à l’autre : la guitare de Pedigo devient liminale, crépusculaire, et la rage de Chat Pile se teinte de beaucoup de vulnérabilité et d’une mélancolie très années 1990. Les musiciens de Chat Pile nous avaient confié qu’ils considéraient leur musique comme une forme – glauque, brute, urbaine – d’americana : aux côtés de l’un des représentants les plus rafraîchissants du style, c’est bien ainsi qu’elle apparaît, envers sombre et désabusé d’un rêve américain qui ne dupe plus grand monde.

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Live Report   

Helloween : La citrouille fête ses 40 ans


Helloween célèbre ses quarante ans de carrière, un anniversaire symbolique pour l’un des groupes fondateurs du heavy speed metal européen. En ce 22 octobre, sur la scène du Zénith de Paris, transformée pour l’occasion en véritable lieu de culte du metal, les rockers allemands ont choisi d’inviter en première partie les Beast In Black, héritiers directs de leur univers épique et mélodique.

Devant quatre mille cinq cents fans, toutes générations confondues, la soirée s’annonce comme un moment de communion électrique entre un public fidèle et des musiciens qui ont su traverser ces quatre décennies sans perdre leur énergie, leur musicalité ni leur humour.

Entre nostalgie des débuts et puissance scénique, Helloween promet un grand spectacle où la virtuosité technique rencontre une intimité métallique rare, rappelant à chacun pourquoi la citrouille réunie reste une légende vivante du heavy metal mondial.

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Chronique   

Mass Hysteria – Vae Soli : Hellfest MMXXIV


Mass Hysteria est un groupe de scène. S’il a su se construire une discographie culte, le groupe s’est parallèlement taillé une solide réputation de performeurs. En témoigne sa programmation sur l’une des mainstages du Hellfest 2024, événement qui lui aura offert l’occasion de s’exprimer dans toute sa démesure. Vae Soli : Hellfest MMXXIV est certes la septième sortie d’un enregistrement live pour le quintet français. Elle est cependant l’une des plus marquantes.

Mass Hysteria est à son firmament. Une position éphémère, que les musiciens semblent pourtant occuper sans vaciller depuis de nombreuses années. Mass Hysteria a traversé des périodes de doutes, de recherche artistique, connu des remaniements d’effectifs. Il reste « tenace », d’une résilience rare, et constant dans sa positivité. Ce nouvel enregistrement étale jusqu’à plus soif toute la puissance d’une musique compacte, redoutablement efficace et ponctuée de refrains fédérateurs. Mass Hysteria est d’une générosité débordante lorsqu’il s’agit de la scène. Un sens du partage authentique, palpable et sans filtre. Le quintet ne triche pas et livre avec ce disque une retranscription d’une absolue fidélité. Le chanteur Mouss Kelai n’est pas toujours parfaitement juste voire occasionnellement légèrement essoufflé – le refrain de « Positif À Bloc ». Le label aurait pu également couper quelques interventions entre les morceaux. Mais Mass Hysteria privilégie l’authenticité d’un enregistrement vrai, vibrant et vivant. Les musiciens déroulent leurs morceaux sans pilotage automatique, épaulés par un son extrêmement massif qui transporte sans difficulté dans la folie épique du moment. On aurait aimé retrouver cette générosité à travers une tracklist XXL. Mass Hysteria se concentre sans surprise sur son répertoire récent, faute de bénéficier d’un temps de jeu illimité. Qu’importe les classiques absents (pas de « Furia », un choix étonnant), Vae Soli : Hellfest MMXXIV est un instantané précieux qui marque l’un des jalons essentiels d’une carrière remarquable.

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Interview   

Monkeys On Mars : univers en fusion


Les collaborations entre artistes, plus encore quand il s’agit de groupes entiers, ont toujours un parfum de surprise et d’excitation. On avait vu en 2022 au Hellfest l’association scénique entre Regarde Les Hommes Tomber et Hangman’s Chair. La même année, c’est Cult Of Luna et Perturbator qui joignaient leurs forces pour proposer un album commun sous le nom de Final Light. Une collaboration qui avait vu le jour au Roadburn Festival, aux Pays-Bas, coutumiers du fait et dont nous vous parlons régulièrement. En 2025, c’est les Bordelais de Mars Red Sky et les Suisses de Monkey3 qui ont décidé de mélanger leurs effluves créatifs, à la fois en studio et sur scène. Un mariage qui tombe sous le sens compte tenu d’univers qui se rapprochent, mais aussi se complètent – l’un a un chanteur, l’autre un claviériste, en l’occurrence. Deux groupes de qualité qui promettaient une fusion de haut vol : décollage garanti !

Nous avions déjà rencontré Boris de Monkey3 et Jimmy de Mars Red Sky en juin dernier à Clisson. Depuis, nous avons pu poser une oreille sur leur premier méfait discographique qui prend la forme d’un EP. L’occasion de les convier une nouvelle fois pour compléter la discussion et les entendre nous dire tout sur ce projet on ne peut plus prometteur et qui, espérons, donnera envie à d’autres groupes francophones de s’essayer au croisement musical.

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Chronique   

Avatar – Don’t Go In The Forest


The clown is back in town. Alors que Samhain – Halloween pour les non-initiés – révèlera un mince voile entre le royaume des vivants et celui des morts en ce 31 octobre, Avatar – par psychologie inversée – invite ses freaks à s’aventurer dans des bois obscurs et inquiétants. Pour son dixième album, le groupe frappe fort, avec un artwork déroutant et un titre qui sonne comme une mise en garde pleine de sous-entendus. L’album s’ouvre d’ailleurs sur « Tonight We Must Be Warriors », un appel aux armes gentillet et mélodieux, où petite flûte, chœurs et roulements de tambour instaurent un rythme martial, forçant à marcher au pas dans cette expédition musicale. Contraste immédiat avec « In The Airwaves » qui vient percer les tympans à coups de riffs gras et batterie slipknotienne. Une composition, en dépit d’un refrain pop, parmi les plus virulentes du groupe, taillée pour le headbanging et le live. « Captain Goat » déploie ensuite un mélange singulier de thème marin, refrain malin et atmosphère folk-viking, démontrant le goût du groupe pour le second degré et la théâtralité facile d’accès.

Si des titres tels que l’éponyme misent sur une accroche quasi addictive, le disque ne se limite pas à des tubes faciles et homogènes. Présenté comme le plus sombre et sérieux depuis longtemps, il aborde des thèmes puissants : accepter l’obscurité pour vivre pleinement et se battre dans la douleur commune pour trouver l’unité. L’heure est à l’éclectisme aussi bien émotionnel que social. Ainsi, la ballade gothique « Howling At The Waves » côtoie le groove funky et la distorsion de « Death And Glitz », tandis que « Dead And Gone And Back Again » prouve qu’accessibilité peut rimer avec puissance, même si l’enchainement global paraît parfois complexe à saisir. Avec un sens aigu du spectacle, Avatar signe sans doute ici son album le plus progressif à ce jour, combinant hymnes immédiats, virages inattendus et un scénario sonore riche. Voilà une forêt dans laquelle on s’aventure sans savoir ce qu’on y trouvera… mais dont on ressort changé.

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Live Report   

Lacuna Coil : gothique et terriblement vivant


Depuis plus de trente ans, Lacuna Coil construit patiemment son univers à part dans le metal gothique et alternatif. Dix albums, deux EP, trois live, des compilations, un duo vocal composé de Cristina Scabbia et Andrea Ferro devenu emblématique et une énergie scénique intacte, le quintette milanais continue de surprendre et de séduire contre vents et marées.

Pour défendre son dernier album Sleepless Empire, sorti en février 2025 chez Century Media, le groupe parcourt l’Europe depuis début octobre jusqu’en décembre au fil d’une tournée marathon, multipliant les escales d’Italie en Scandinavie, en passant par l’Espagne, l’Allemagne, la Suisse, la Belgique, le Luxebourg, la Suisse et le Royaume-Uni. Du côté de la France, cinq dates sont prévues : le 11 octobre à La Boite Noire de Meisenthal, le 12 octobre à l’Elysée Montmartre à Paris, le 14 octobre au Bikini de Toulouse, le 21 octobre à La Belle Electrique de Grenoble et le 1er décembre au Splendid de Lille. En ce mardi 14 octobre, c’est donc au Bikini, à Toulouse, que le public découvre cette nouvelle tournée dans une ambiance attendue depuis longtemps. En effet, le dernier passage de Lacuna Coil dans la ville rose remonte à 2019, dans la même salle, en première partie d’Eluveitie. Autant dire que le concert de ce soir en tête d’affiche marque un retour très attendu par les fans.

Devant les portes, on sent déjà une impatience contenue au sein des spectateurs qui arborent t-shirts noirs et vestes gothiques. Certains ont fait le déplacement depuis pas mal de villes de la région Occitanie, prêts à retrouver la force scénique des Italiens. La soirée commence avec les Américains de Nonpoint venus mettre le public en condition avec leur mélange de metal énergique et de groove percutant.

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Chronique   

The Depth Beneath Us – Descent


Les Pennsylvaniens de The Depth Beneath Us, après une entrée en matière remarquée via leur album éponyme, ont savamment préparé leur retour. La pochette maritime rappelle la potomanie du post-rock, mais le concept est un peu plus sioux : Descent étudie le conflit sous toutes ses formes : sociétal, interpersonnel, romantique… Pour ne pas sombrer dans la morosité, l’album met en lumière les solutions correspondantes : se divertir, voyager, entrer en une profonde méditation… Si les musiciens du groupe restent reconnaissables, il y a en Descent un état d’esprit nouveau, et chacun semble avoir avalé un lion de mer. Les trois guitares ne sont pas un luxe, mais le fer de lance d’une approche quasi symphonique. Ne se contentant pas de leads entraînants, elles libèrent de grands espaces ou nous entortillent dans des rythmiques plus fourbes (« Descent » et son « Tool lumineux »). Revendiquant des structures post-metal et injectant un peu de folie progressive old-school, l’album est un concentré d’aventure et d’euphorie, qui s’accorde quelques notes d’effroi en fin de « Jealousy Professor ».

La classe d’« Intermission » (sur l’album précédent) est mêlée à une énergie aux multiples saveurs – le tout sans prétention aucune, juste avec du fun et de l’envie. Descent sait laisser respirer tout en barrant la route à l’ennui. La réverbération duveteuse s’y marie à des coups de griffes plus directs ; « Emprise » aurait pu être affublé de stridulations power metal sans que cela surprenne. Les pistes sont grassouillettes sans s’éterniser : « Apollonian » raconte une histoire bien fournie en « seulement » six minutes et demie. Sur « 117B », le batteur démontre la prépondérance de son rôle, introduisant un solo de guitare langoureux, tandis que « Closure » nous adresse un au revoir néofolk avec juste ce qu’il faut de précautions pour éviter le hors-sujet. Descent est gorgé de notes d’espoir, même si les accalmies tendent fatalement à être temporaires. Cette musique, en tout cas, restera un moment en qui daignera l’accueillir.

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Interview   

Igorrr : l’âme et la machine


Quand il s’agit de parler d’Igorrr, c’est presque toujours Gautier Serre qui s’exprime. Mais cette fois, changement de perspective : Marthe et JB prennent la parole. C’est la première année qu’ils se prêtent à l’exercice de la promo, et cela donne un éclairage différent sur une machine artistique déjà bien installée. Ils restent les « petits nouveaux », mais leur regard apporte une fraîcheur et une sincérité rares.

Leur parcours explique en partie cette complémentarité. Marthe vient du chant lyrique, qu’elle cherche à sortir de son cadre traditionnel. JB arrive du metal extrême, dont il maîtrise les codes et l’intensité. Deux mondes très éloignés, mais qui trouvent dans Igorrr un terrain commun. L’un apporte une noirceur abrasive, l’autre une lumière singulière. Ensemble, ils incarnent cette tension permanente entre brutalité et raffinement, chaos et beauté.

À travers eux, Amen prend une autre dimension. L’album n’apparaît plus seulement comme la vision démesurée de Gautier, mais comme le fruit d’une aventure collective. Marthe et JB racontent l’apprentissage, les doutes, les ajustements, mais aussi la liberté et l’excitation de faire partie d’un projet unique. Leur parole met en avant ce qui fait la force d’Igorrr aujourd’hui : une identité en mouvement, nourrie par des sensibilités différentes, et toujours prête à repousser les limites.

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  • A Perfect Circle @ Zénith Paris
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