L’Australie n’est pas qu’un exportateur occasionnel de groupes à succès. C’est une véritable école du rock. Le circuit des pubs est une formation à lui seul : volume élevé, scènes exiguës, public exigeant, proximité physique constante. On ne triche pas. On tient la scène ou on disparaît. De cette culture est né un son identifiable immédiatement : riffs implacables, structures directes, énergie brute, refus du superflu. AC/DC en a posé les fondations mondiales. Rose Tattoo en a incarné la face la plus abrasive. Depuis les années 2000, Airbourne perpétue cette tradition avec une régularité presque imperturbable.
La France est devenue l’un de leurs bastions européens. Une fidélité construite au fil des tournées, des festivals, des salles combles. Ils seront d’ailleurs au Motocultor Festival cet été. Le message porté par cette scène australienne reste d’une simplicité désarmante. La vie cogne, mais il faut avancer. Et pour avancer, quoi de mieux que d’écouter du rock et de boire des bières ? Ce soir, les trois groupes proposent de prendre du plaisir autour de valeurs simples et de déconnecter un peu.
Artiste : Airbroune – Asomvel – Avalanche
Date : 21 février 2026
Salle : Paris
Ville : Le Zénith [75]
Venu de Sydney, Avalanche revendique clairement l’héritage pub rock australien. Les riffs sont familiers, les structures éprouvées, les refrains immédiatement identifiables. On reconnaît les codes avant même que le morceau ne soit totalement installé. Ce classicisme peut donner une sensation de déjà-entendu, mais en live, cela devient un atout. Les titres s’imposent naturellement, sans résistance. La basse, menée par le leader du groupe, est particulièrement mise en avant dans le mix. Une présence inhabituelle dans ce type de configuration. Veronica capte vite le regard, elle descend dans la fosse, cherche le contact. Le geste n’est pas anodin, c’est leur première tournée européenne et le plus gros show de leur carrière. L’envie de conquérir n’est pas feinte. Scène sobre. Backdrop simple. Lights minimalistes. Tout repose sur l’attitude. Et surtout sur une énergie positive communicative.
Avec Asomvel, le décor change mais la filiation reste assumée. Le parallèle avec Motörhead saute aux yeux et aux oreilles. Look cuir intégral et gros rock bien lourd. Tout est là pour marquer l’héritage. Le chanteur avec sa coupe de cheveux, ses rouflaquettes et son attitude joue encore plus la ressemblance avec Lemmy Kilmister. Musicalement, c’est du rock’n’roll rapide, abrasif, efficace. Les cinq musiciens occupent chaque centimètre de scène avec une énergie débordante. La jeunesse compense largement les imperfections. Vocalement, toutefois, la comparaison reste délicate. Le grain et la projection n’atteignent pas la dimension mythique du modèle, et une légère fragilité se fait sentir ce soir-là. Le temps d’un morceau il répète à l’infini qu’il aime le rock’n’roll, le message est passé ! De toute façon, dans une salle parsemée de t-shirts Hellfest, Airbourne ou AC/DC, le public est acquis. Asomvel n’a peut-être pas encore trouvé sa pleine singularité, mais l’intention et la fougue sont indéniables.
Quand Airbourne entre en scène, il n’y a aucune zone d’incertitude. Pas de suspense. Pas de pari artistique risqué. On sait exactement pourquoi on est là. Et c’est précisément pour ça que ça fonctionne. Le mur d’amplis est empilé comme une déclaration d’intention. Le backdrop occupe l’arrière-plan, pas d’écrans en vie. Les lights sont prêtes. Quelques flammes s’élèveront au moment opportun. C’est du Airbourne dans le texte. Le set démarre avec « Gutsy ». D’entrée, le ton est donné. Riff massif, tempo direct, aucune introduction inutile. Ça frappe immédiatement. La mécanique est parfaitement huilée. Les riffs sont simples, mais redoutablement accrocheurs. Les structures sont limpides, mais taillées pour le live. Chez Airbourne, l’efficacité n’est pas un hasard, c’est une stratégie.
Au centre de cette tempête contrôlée, Joel O’Keeffe ne laisse jamais le moindre espace au relâchement. Il provoque, stimule, exige. Le concert est intégralement filmé ? Alors on se donne encore plus. Il le rappelle. Il insiste. Il pousse la salle à se dépasser. Et ça fonctionne. Parce qu’à partir du moment où l’énergie sur scène est totale, elle devient forcément collective. La salle, d’ailleurs, est déjà bien chauffée. Parmi les joyeux lurons présents on retrouve une banane géante et des licornes à patchs. L’ambiance est festive, presque familiale. On est là pour partager. Le set avance et l’on sait que certains moments arriveront. Ce sont des rendez-vous. Joel descend dans la fosse avec sa guitare, jouant au milieu du public comme pour abolir toute distance. Il éclate une canette de bière sur son front avant d’arroser les premiers rangs. Plus tard, il orchestre les fameux lancers de verres et de gobelets avec une précision qui tient presque de la performance sportive. Certains éléments ont évolué, mais le cœur du rite est intact. Airbourne ne change pas radicalement son spectacle mais Joël ne semble plus chercher à escalader les amplis et donner des sueurs froides à ses équipes…
La setlist, elle, est construite comme une montée en puissance assumée. Après les morceaux récents du début, les classiques prennent progressivement le relais. « Back In The Game » déclenche un premier grand choc collectif. « Raise The Flag » soude la salle en un seul bloc et « Diamond In The Rough » maintient la tension. Puis vient l’emballement final. « Breakin’ Outta Hell » est accueilli comme un hymne. Le deuxième frère O’Keefe vient tourner la manivelle de l’alarme pour lancer « Live It Up », c’est le rituel attendu. Le rappel enfonce le clou « Ready To Rock ». Et lorsque le riff démarre, les fameux « oh oh oh » envahissent l’espace. Ces chœurs-là ne s’arrêtent pas avec le morceau. On les entendra encore dans les toilettes, dans le hall, dehors à la sortie du Zénith, jusque dans le métro. Une traîne sonore qui prolonge le concert au-delà des murs. Puis « Runnin’ Wild ». Pas de surprise, encore une fois. Juste la confirmation que tout ce que le public était venu chercher est au rendez-vous.
C’est peut-être là la vraie force d’Airbourne. Oui, on sait à quoi s’attendre. Oui, la formule est rodée. Oui, les codes sont répétés. Mais rien n’est tiède. Tout est joué avec une intensité maximale. Tout est porté par une énergie positive assumée. Et dans cette fidélité à soi-même, dans cette générosité sans second degré, Airbourne continue de prouver que le rock australien n’a pas besoin d’être complexe pour être fondamentalement puissant.
Photos : Julien Bardin @ Luxembourg, Esch-sur-Alzette, Rockhall

































