Il y a vingt ans, personne ne savait vraiment ce que deviendrait la rencontre entre Mark Tremonti et Myles Kennedy. Ce mercredi, voir Alter Bridge partager l’affiche avec Sevendust et Daughtry n’a rien d’anodin. Trois groupes issus de la même matrice 90’s avec leur héritage grunge et rock alternatif américain, et une inclination pour la tension permanente. Ce qui rend la soirée particulièrement intéressante, c’est cette continuité. Sevendust rappelle la rudesse de la scène alternative originelle. Daughtry incarne le versant plus radio, plus accessible de cette tradition. Et au sommet, Alter Bridge synthétise le tout avec une certaine puissance, de la technicité et de l’émotion.
Les deux premières parties restent encore peu connues du public français malgré le succès rencontré aux Etats-Unis. Un nouveau terrain de jeu donc pour tenter de conquérir un peu plus l’Europe. Les stars du jour, quant à elles, viennent de sortir un album éponyme avec une nouvelle dose de gros riffs heavy. Un choix fort après plus de deux décennies d’existence. Comme une manière de refermer la boucle. Comme si Tremonti et Kennedy disaient : voilà qui nous sommes aujourd’hui. Et c’est peut-être ça, le vrai fil rouge de cette soirée, le post-grunge n’a jamais disparu. Il a juste évolué.
Artiste : Alter Bridge – Daughtry – Sevendust
Date : 18 février 2026
Salle : Paris
Ville : Le Zénith [75]
Ce sont les vétérans de Sevendust qui ouvrent la soirée. Formé au milieu des années 90, le groupe appartient à cette vague post-grunge / metal alternatif qui a émergé dans le sillage du nu metal sans jamais s’y dissoudre complètement. La salle est encore très clairsemée lorsque les premières notes résonnent. Peu de monde, mais quelques fans bien vocaux dans les premiers rangs. Le son est massif. Guitares épaisses, basse omniprésente, batterie compacte. Sevendust joue lourd et sans détour. Les riffs martèlent tandis que les refrains essaient d’apporter un peu de mélodie. Au centre de l’attention, Lajon Witherspoon incarne l’énergie du groupe. Expressif, il multiplie les messages de gratitude. Il rappelle que le groupe n’est pas venu en France depuis près de quinze ans. Il parle d’amour, de connexion, d’envie de revenir plus souvent. C’est très mélo. Mais au fil du set, une impression s’installe, les morceaux finissent par trop se ressembler dans leur construction. Une redondance un peu trop marquée.
Changement d’échelle avec Daughtry. Dès l’entrée en scène, la différence se voit. Lumières millimétrées, fumée, installation progressive des musiciens. Le show est pensé, construit, scénarisé. C’est très, très américain. Porté par Chris Daughtry, le groupe assume une approche plus mélodique. Le rock reste présent, parfois musclé, mais l’écriture privilégie les refrains immédiats. C’est calibré et assez efficace. Une partie de la salle adhère immédiatement. Les mains se lèvent, les refrains sont repris. D’autres spectateurs restent plus réservés, peut-être moins sensibles à ce côté très « radio rock ». Mais impossible de nier la qualité d’exécution, ça joue impeccablement, ça sonne parfaitement. La reprise de « Separate Ways » de Journey, habituellement partagée avec Lzzy Hale, fait mouche. Le tube « It’s Not Over » déclenche l’un des plus gros retours du public. Le groupe reste sur scène pas loin d’une heure. Tout est très poli, sûrement un peu trop. On aimerait juste avoir un aspect plus rugueux ou quelques failles qui feraient dresser nos poils.
Puis l’attente monte d’un cran. Les lumières s’éteignent. La salle est désormais pleine lorsque Alter Bridge entre en scène. Les écrans s’allument et l’atmosphère change. Plus dense, plus intense, le public est venu pour eux. L’ouverture issue de leur nouvel album pose le ton. Les gros riffs sont de sortie, le son a encore pris en volume et les musiciens semblent ravis d’être dans ce petit Zénith. Le groupe assume le caractère ambitieux du nouvel album. Puis très vite, « Addicted To Pain » embraye et la salle explose. Le riff de Mark Tremonti frappe fort, précis, chirurgical. Le refrain est repris à l’unisson. La scénographie est assez simple, les écrans apportent une touche visuelle pour renforcer le côté immersif du show. Le jeu de light est assez minimaliste. Il n’y a pas d’envie d’aller chercher des effets de pyrotechnie ou de jouer avec des lasers. Avec Alter Bridge, c’est la musique avant tout.
Dans la première partie du show, « Silent Divide » et « Tested And Able » défendent brillamment le nouvel opus. Sur ce dernier titre, l’alternance vocale entre Tremonti et Myles Kennedy est un moment clé. Les deux se répondent, tissent un dialogue musical qui ne relève jamais du duel, toujours de la complémentarité. Et c’est là la grande force du groupe, cette absence totale d’ego. Kennedy peut briller, Tremonti peut prendre le lead sur « Burn It Down », chacun sert la musique avant son propre rôle. La complicité est visible, presque palpable. Myles va même jusqu’à dire que laisser Mark chanter pour seulement assurer les parties de guitare est son moment préféré du show. Un vrai petit couple qui fonctionne sans entrave depuis plus de vingt ans.
Musicalement, le groupe navigue entre technicité et finesse. « Fortress » déploie ses structures longues, presque progressives, parsemées de tension et respirations. « Watch Over You » suspend le temps. La salle entière, baignée de lumières de téléphones, chante, transformant ainsi le morceau en moment collectif. « Open Your Eyes », introduit en acoustique, évoque les débuts plus post-grunge du groupe. Une mélodie simple, qui monte progressivement jusqu’à l’explosion finale. Un titre qui sonne très Creed. Tout au long du set, Myles prend plaisir à travailler les passages en acoustique et à demander au public de chanter certaines parties. Sa bonne humeur naturelle et son amour de la scène sont communicatifs.
Les tubes s’enchaînent, il faut dire que la discographie des Américains commence à être plus que bien fournie. Avec l’excellent « Metallingus », Alter Bridge rappelle qu’il maîtrise l’art des gros morceaux efficaces. Mais c’est le rappel avec le sublime « Blackbird » qui vaut le détour. Ce morceau mérite à lui seul la peine de venir voir le groupe en live. Les solos de Tremonti puisent dans le blues, ils survolent toute la palette technique et émotionnelle du guitariste. Chaque note semble pesée. Kennedy plane au-dessus, voix claire, maîtrisée, intense. Le morceau prend une dimension quasi spirituelle. Un petit chef-d’œuvre !
La perfection n’étant pas de ce monde, c’est avec un petit incident technique que se clôt le concert. Au lancement de « Isolation », le morceau s’interrompt car Myles n’a pas la bonne guitare. Le groupe plaisante : « On n’est pas des robots ! » Le public applaudit la remarque et ce moment renforce encore le lien. Alter Bridge ne cherche pas l’esbroufe. Leur force réside dans l’équilibre et la capacité de transmettre leur sensibilité à travers des compositions pourtant bien ficelées. Un beau moment de complicité et de plaisir partagé.
Setlist (source Setlist.fm) :
Silent Divide
Addicted To Pain
Cry Of Achilles
Playing Aces
Fortress
Burn It Down
Open Your Eyes
Tested And Able
Broken Wings
Watch Over You
Silver Tongue
Rise Today
Metalingus
Rappels :
Blackbird
Isolation
Photos : Romaric Lacroix @ Lyon, Halle Tony Garnier.
































