En 2025, peu de groupes pouvaient prétendre à un retour aussi fort, aussi fédérateur. Deftones l’a fait sans effet d’annonce excessif, simplement avec un disque, Private Music, qui a dépassé toutes les attentes. Succès critique, chiffres de ventes inédits depuis longtemps, positions élevées dans les classements internationaux. L’album a réveillé quelque chose de plus large qu’un simple enthousiasme de fans. Car Private Music n’est pas un disque de repli. Il ne capitalise pas mécaniquement sur un héritage. Il affirme au contraire une vision toujours cohérente, parfois plus lourde, parfois plus abrasive, sans renoncer à cette capacité unique à créer des atmosphères suspendues. Deftones n’a jamais été un groupe figé dans une époque précise, et ce nouvel album rappelle à quel point son identité repose moins sur un style que sur un langage émotionnel.
Ce retour discographique a logiquement généré une attente immense. La tournée est massive, ambitieuse. À Paris, l’Adidas Arena affiche complet depuis des mois, bien avant que les premières notes ne résonnent. Ce qui frappe d’emblée, ce n’est pas seulement l’ampleur de la salle ou l’engouement. C’est la composition du public. Une foule étonnamment variée, en âge comme en influences musicales apparentes. Des fans historiques, marqués par Around The Fur ou White Pony, côtoient une génération plus jeune, venue découvrir un groupe dont l’aura dépasse largement les frontières du metal.
Artiste : Deftones – Danzel Curry – Drug Church
Date : 29 janvier 2026
Salle : Paris
Ville : Adidas Arena [75]
La soirée démarre avec Drug Church, dans des conditions techniques compliquées. La scène est déjà envahie par le dispositif de la tête d’affiche et le son évoque plus une répétition de garage qu’un véritable concert. Le groupe compense pourtant par une énergie sincère, une envie évidente de créer quelque chose avec la salle. Le chanteur multiplie les appels au mouvement, va chercher le public un par un et, malgré les limites matérielles, l’esprit est communicatif. Il demande comment on dit « jump » en français pour mieux inciter la fosse à sautiller joyeusement.
L’arrivée de Denzel Curry accentue le caractère volontairement hétérogène de l’affiche. Beats efficaces mais rapidement redondants, flow omniprésent, paroles saturées de provocations, le set impose un langage frontal qui ne cherche clairement pas le consensus. Sur scène, les deux artistes occupent l’espace sans relâche, multipliant les allers-retours et sollicitant chaque partie de la salle, demandant au public de se mesurer en décibels. La salle se divise. Une partie adhère franchement à cette proposition directe et énergique, tandis que l’autre choisit ce moment pour décrocher, parfois jusqu’à quitter la salle pour aller boire une bière. Un choix audacieux, assumé, cohérent dans l’idée de proposer une affiche fidèle à l’éclectisme de Deftones, mais forcément clivant dans un contexte chargé d’attente.
Quand Deftones monte enfin sur scène, il est déjà tard pour un jeudi, mais la fatigue n’a pas sa place. Les deux fosses sont compactes, les gradins pleins. Très vite, une évidence s’impose, on assiste avant tout à un Chino Moreno show. Tout est construit autour de lui. Non pas au détriment du groupe, mais avec cette sensation que la soirée se vit à travers sa présence. Il traverse la scène de gauche à droite, revient sans cesse vers les extrémités, cherche le regard, la réaction, l’adhésion. Une authenticité presque fébrile.
Le concert s’ouvre avec « Be Quiet And Drive (Far Away) », suivi très vite de titres comme « Rocket Skates » ou « Diamond Eyes ». L’impact est immédiat. Le son, en revanche, tarde à se stabiliser. Les premiers morceaux sont marqués par des problèmes de micro. Chino insiste pour travailler avec un micro filaire tout en étant équipé d’autres matériels qui le gênent clairement dans ses mouvements. On le sent parfois contrarié, obligé d’ajuster, de revenir en arrière. Cette fragilité technique fait presque partie du spectacle, tant elle contraste avec l’assurance qu’il dégage par ailleurs. Après, qui va voir un concert de Deftones pour le son ? Malheureusement la mauvaise réputation du groupe sur cet aspect n’est plus à faire.
Les nouveaux morceaux issus de Private Music occupent une place importante et s’intègrent naturellement au reste. pas moins de sept morceaux issus du dernier opus seront joués ce soir. « My Mind Is A Mountain » s’impose comme l’un des temps forts. La basse est massive, presque stoner par moments, la matière sonore plus dense que sur certaines périodes précédentes. « Infinite Source », et sa petite mélodie entêtante, s’est déjà hissé parmi les nouveaux standards du groupe. Malgré la diversité d’influences, l’univers Deftones apparaît d’une cohérence impressionnante. Le groupe sait alterner les atmosphères, passer du planant au lourd sans jamais rompre le fil.
Cette alternance est particulièrement frappante lorsque des titres récents sont ponctués par des classiques. « Digital Bath » fonctionne toujours, même si le rendu reste un peu trop dilué ce soir-là, manquant d’ampleur. À l’inverse, « Lhabia » crée une petite surprise. Old school, abrasif, il rappelle à quel point ce morceau reste d’une efficacité redoutable. « Rosemary », extrait de Koi No Yokan, suspend littéralement le temps. Un moment sublime, porté par une montée en tension lente et hypnotique.
La scénographie joue un rôle central. L’écran géant déploie des paysages de vagues, de montagnes, des images parfois abstraites, parfois très évocatrices. Rien d’envahissant, tout est pensé pour servir l’atmosphère. Sur « Change (In The House Of Flies) », le dispositif atteint son apogée. Derrière le groupe, un lever de soleil rougeoyant s’étend progressivement, gagnant l’espace au fil du morceau. Une esthétique presque apocalyptique, mais profondément poétique, qui accompagne la musique sans jamais lui voler la vedette.
Autre évolution notable, Chino prend régulièrement la guitare. Sur « Change » notamment, il se place sur l’estrade surélevée. Ce simple déplacement transforme l’équilibre visuel. Le groupe paraît plus soudé, plus compact. Il faut dire que Chino occupe tous les rôles à la fois, frontman, chanteur, showman, musicien. Cette présence instrumentale redonne une idée de groupe et laisse plus de place aux visuels, qui prennent une dimension cinématographique.
Le rappel achève de sceller la communion. « Cherry Waves » enveloppe la salle dans une douceur mélancolique avant que « My Own Summer (Shove It) » ne déclenche une explosion collective. « 7 Words » conclut la soirée avec une brutalité cathartique. Certains regretteront l’absence d’« Engine No. 9 », régulièrement joué sur d’autres dates, mais la cohérence de l’ensemble l’emporte largement.
Ce concert le confirme, Deftones n’est pas seulement un groupe qui survit à son héritage. Il le transforme, le renouvelle et continue de rassembler un public incroyablement large. En 2025, leur retour n’a rien d’un simple regard en arrière. Il est pleinement ancré dans le présent, habité, fédérateur. Et profondément beau.
Photos : Matthis Van Der Meulen.
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– Chronique de tous les albums de DEFTONES
– Article de fond sur les side projects de Chino Moreno
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Fin de la pré-commande : mardi 31 mars à 20H.
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