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Live Report   

Machine Gun Kelly, la dernière rockstar ?


Quand MGK a délaissé le rap pour plonger dans le pop-punk avec Tickets To My Downfall, beaucoup ont crié à l’imposture. Changement de costume opportuniste ? Virage marketing ? Le doute était réel. Et pourtant, l’album a explosé tous les compteurs. Il a reconnecté une génération à l’esthétique guitare-chorus-sincérité, avec un mélange d’authenticité et de mélodrame parfaitement calibré.

La collaboration avec Travis Barker apporte évidemment une crédibilité et une efficacité musicale indéniables. Mais ce qui séduit réellement, c’est autre chose, c’est cette manière dont MGK transpose une forme de flegme presque détaché dans son interprétation. Il ne surjoue pas la douleur, il la décrit à sa façon. L’anxiété, les addictions, les spirales affectives sont racontées avec une nonchalance qui parle à une génération habituée à verbaliser ses failles. C’est contemporain, direct, parfois mélodramatique et ça marche. Avec Mainstream Sellout, la mécanique semblait plus calculée, presque auto-consciente. Moins de surprise, plus de reproduction et pas mal de déception à la clé.

Puis est arrivé Lost Americana. Plus pop, parfois teinté de folk américaine, d’accents mid-country, d’une Amérique plus nostalgique que rageuse. Un disque moins adolescent, plus narratif, et contre toute attente, ça fonctionne aussi. Aujourd’hui, MGK n’a plus rien à prouver. Il peut naviguer entre rap, punk, rock et pop sans que son public décroche. Lui se présente comme « the last rockstar ». Formule provocante, mais en arena, la question mérite d’être posée.

Artiste : Machine Gun Kelly
Date : 27 février 2026
Salle : Adidas Arena
Ville : Paris [75]

Rideau fermé. Une voix grave, presque western, annonce l’arrivée de « la dernière des rockstars ». Le décor est posé : ego assumé, mythe amplifié, posture cinématographique. Quand le rideau tombe, le choc visuel est immédiat. Une guitare descend lentement du plafond vers la bouche d’une statue de la Liberté monumentale, dont on ne distingue que la tête et le bras tendu. Impossible de ne pas penser à l’imaginaire postapocalyptique de La Planète des Singes. Symbole américain déchu, enterré dans le sable. Et c’est de la bouche de cette statue que surgit MGK. Entrée rockstar absolue. Il récupère sa guitare comme un sceptre. Derrière lui, des écrans gigantesques saturent l’espace. Ses musiciens l’accompagnent, dont la géniale Sophie Lloyd, véritable moteur scénique.

L’ouverture avec « starman » et « don’t wait run fast » installent l’intensité. Les titres issus du dernier album font mouche grâce à leurs refrains très catchy. Visuellement, MGK joue la carte rétro, pantalon beige baggy, chemise aux accents vintage. Plus tard, les changements de tenue viendront appuyer cette dimension performative. Il ne se contente pas de chanter ses morceaux mais cherche à les incarner. On sent surtout un artiste heureux d’être là. Disponible, joueur, il occupe la scène avec naturel, utilise chaque recoin, multiplie les interactions et semble porter une véritable gratitude envers son public.

Après ces premiers titres, le set bascule vers un medley plus inattendu. Les musiciens s’approchent de l’avancée de scène pour lancer le riff de « Maybe » avant que l’ambiance change pour se tourner vers le rap. La bascule est nette. Accompagné d’un autre chanteur, il se lance dans une série de morceaux de cet univers. Flow plus agressif, posture corporelle transformée, gestuelle plus sèche, regard frontal. Tout est fait pour appuyer le changement. La salle suit sans hésiter. C’est peut-être là la force du concert, aucune dissonance entre les esthétiques. Qu’il soit dans le pop-punk flamboyant, le rock plus classique ou le rap, le public est toujours à fond.

On assiste moins à une juxtaposition de styles qu’à une circulation fluide entre les identités de MGK. Comme si toutes ces facettes coexistaient enfin sur un même plan, sans justification à fournir. Surtout, on a un artiste qui a envie de communiquer avec ses fans, que ce soit à chaque fois qu’il allume une cigarette sur scène ou pour partager des petites histoires de vie.

Quand débute « I Think I’m Okay », le concert change d’échelle. MGK grimpe dans la main de la statue de la Liberté, suspendu au-dessus du public. Aucun artifice massif. Il est seul, perché, avec ce morceau qui a marqué son basculement vers le pop-punk. Le contraste est fort entre le gigantisme du décor et la vulnérabilité du titre. Il retrouve sa guitare rose iconique pour lancer une séquence cent pour cent « Tickets To My Downfall ». C’est jouissif. Sur « Drunk Face », la nostalgie pop-punk frappe en plein cœur. MGK a réussi à transformer le mal-être adolescent en hymnes fédérateurs. La salle explose. Avec « Bloody Valentine », le public brandit des pancartes « will you be my bloody valentine? ». C’est à ce moment qu’il fait monter sur scène des fans de tout âge. On s’attendait à un moment sexy. Il choisit l’inverse en prenant le parti d’un instant bon enfant, presque familial. Pas de posture aguicheuse, juste un lien direct avec son public.

Il traverse ensuite littéralement la foule pour rejoindre une petite scène centrale et débute une performance acoustique. Ce choix change la géographie du concert, les fans éloignés profitent enfin d’une proximité réelle. La voix tient bien, le moment est bien réussi. Il glisse une reprise de « Wonderwall » de Oasis, reprise en chœur immédiatement. On peut regretter que ses musiciens restent sur la scène principale, leur présence aurait enrichi la séquence, mais l’effet immersion fonctionne et la rockstar, c’est bien lui.

Retour spectaculaire à la scène principale car MGK et Julia Wolf montent sur une plateforme suspendue pour interpréter « Iris » des The Goo Goo Dolls, bande originale de City of Angels. Julia Wolf impressionne par la puissance de sa voix. MGK, plus fragile, apporte une vulnérabilité intéressante au duo. Avec « Daywalker! », le show bascule dans une version quasi metal. Instrumentale lourde, flammes massives, intensité maximale. La salle explose. Une courte vidéo introduit « Concert For Aliens », avec deux extraterrestres discutant. L’aspect scénarisé évite tout temps mort. Lumières vertes, ambiance SF ludique, tout est bien codifié. L’enchaînement parfait avec « My Ex’s Best Friend », un énorme banger, chanté à l’unisson.

Après vingt-deux titres menés tambour battant, on pourrait croire la machine lancée vers une sortie classique. Il n’en est rien. L’encore relance immédiatement la dynamique, en jouant sur les contrastes. Avec « Twin Flame » MGK choisit l’intimité. Le morceau, écrit en écho à sa relation avec Megan Fox, tranche avec la tension précédente. Les lumières se font plus tamisées, l’interprétation plus retenue. La bascule est rapide avec « Papercuts ». Retour à quelque chose de plus nerveux, presque grunge dans l’attitude. Les guitares se densifient, la tension remonte d’un cran, comme pour rappeler que la fragilité n’exclut pas l’électricité. MGK reproduit les pas de danse popularisés dans le clip de « Cliché ». Il ne sera jamais un performeur chorégraphique hors norme et justement, c’est ce qui rend le moment attachant. L’effort amuse, la salle suit, l’autodérision désamorce toute prétention. Il conclut avec « Sweet Coraline » et « Vampire Diaries », plus récents, qui confirment l’adhésion du public aux nouvelles directions artistiques. Au total, trente et un morceaux enchaînés sur près de deux heures. Pyrotechnie mesurée mais efficace, plateformes suspendues, interludes vidéo, respiration acoustique, solos instrumentaux, tout est là pour assurer un show assez grandiose. Léger regret pour les musiciens, pourtant solides, qui ne bénéficient pas de l’exposition qu’ils mériteraient.

Photos : Emilie Bardalou.



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