Ashen poursuit son ascension. Après une première partie de tournée couronnée de succès, les Parisiens poursuivent leur Chimera tour avec une nouvelle série de dates. Revnoir, sensation metalcore des derniers mois, s’invite pour l’occasion en co-headliner de choix. Un plateau cohérent qui s’offre une enfilade de soirées sold-out, dont le petit club de l’Ubu, historique institution rennaise gérée par l’association en charge des Transmusicales. La file d’attente se prolonge jusqu’à perte de vue le long de l’avenue Jean Janvier, à tel point que l’on en vient à se demander si tout ce petit monde parviendra bien à trouver sa place dans les lieux. La salle est sans surprise pleine à craquer, et il était ce soir conseillé d’arriver en avance afin de s’assurer une visibilité convenable.
Les retardataires feront les frais de la disposition biscornue des lieux et de son fameux « pilier de l’enfer », détail architectural qui empêche une partie des spectateurs de percevoir le fond de scène. Mais qu’importe, tant l’avalanche de décibels délivrée par les formations suffit à s’assurer une satellisation massive. En deux sets bien équilibrés, les deux acteurs de cette soirée organisée par Garmonbozia prouvent qu’ils méritent plus que jamais leur place parmi les nouvelles locomotives de la scène metalcore française.
Artiste : Ashen – Revnoir
Date : 12 mars 2026
Salle : l’Ubu
Ville : Rennes [35]
Si Revnoir fait encore office de newcomer – ce que le frontman Maxime Rodriguez-Medallo ne manquera pas de souligner lors du set –, son parcours est particulièrement fulgurant. Le groupe a déjà sillonné les routes avec des noms confirmés du post-hardcore comme Future Palace et Our Mirage. Il a par ailleurs été sélectionné pour se produire sur la scène du Bataclan à l’occasion de la première célébration des Foudres, cérémonie qui n’aura pas manqué d’amener son lot de débats au sein du microcosme metal tout en offrant une visibilité non négligeable à quelques trop rares jeunes formations. C’est donc devant un parterre pour grande partie déjà acquis à sa cause que le quatuor vient présenter ses premiers travaux, dont les récents morceaux extraits de l’EP Coma. Un disque important pour les Parisiens puisque sorti par Arising Empire, l’un des labels européens les plus importants pour les nouvelles pousses metalcore. La moyenne d’âge constatée aux premiers rangs prouve par ailleurs de la capacité des groupes de la soirée à revigorer et faire évoluer le genre. Revnoir fédère, et il lui faut à peine plus de deux morceaux pour faire entrer en ébullition la micro-fosse de l’Ubu. L’intéressant « Into Quiet », proposé en entrée de set, fait pourtant les frais d’une balance encore hésitante. La batterie claque au premier plan alors que les guitares semblent sous-mixées et restent de fait difficilement perceptibles. Les corrections sont apportées manu militari et l’ensemble gagne résolument en ampleur.
Il est indéniable que la nouvelle garde metal avance avec ses codes et son approche du spectacle. Si l’on pourra parfois lui reprocher un léger manque de naturel, un groupe comme Revnoir affiche déjà un professionnalisme déconcertant. Les musiciens assument et portent leurs choix, dont celui de proposer un spectacle travaillé. Les Parisiens affichent leur souci du détail jusque dans leurs tenues de scène et déroulent leurs morceaux sans accrocs. Le son est certes extrêmement compressé, mais tout est parfaitement juste et en place. Les samples et autres ornements électroniques sont programmés à la milliseconde, la rythmique est impeccable, les lumières en envoient plein les mirettes et le chanteur Maxime Rodriguez-Medallo se montre convaincant. Outre le chant clair parfois exigeant, il tient le set à grands renforts de mimiques et d’invitations à participer. Le public est donc sollicité dès le second morceau, le bien nommé « The Pact », pour un wall of death massif puisqu’organisé en diagonale. Une variante originale qui prend en compte la configuration de la salle. Rodriguez-Medallo se mélange les pinceaux en annonçant « Invicible » un temps trop tôt. Le groupe a en effet revu l’ordre de sa set-list, notamment afin d’intégrer dans son set sa dernière pépite en date, « Red Ice », dévoilée le jour même via un clip superbe. La chanson, construite autour de contrastes vertigineux, est immédiatement adoptée. Revnoir délivre la suite tambour battant. Le contenu intégral de Coma y passe, ponctué de quelques titres plus anciens extraits de leur EP indépendant Revenant.
Revnoir dispose à mi-parcours le mélancolique « New World », unique occasion pour le guitariste Julien Ho-Tong de passer derrière le clavier. Le frontman réclame pour ce morceau l’éclairage des portables – à défaut de briquets, désormais bien minoritaires – avant de se lancer dans une démonstration vocale aux modulations propres et assurées. Les slams démarrent timidement au cours du dernier tiers de la prestation, avant un second wall of death judicieusement organisé au cours de l’efficace « Snake ». « Revenge » ainsi que le plus ancien « 20 mg » ferment la marche. Revnoir est certes en début de carrière, mais il affiche des ambitions artistiques qui devraient lui permettre de gagner rapidement du gallon, en témoigne son intégration à l’affiche de festivals importants – dont le Hellfest – ces prochains mois. Il fait désormais relativement chaud entre les murs étriqués de l’Ubu. Charge à Ashen de faire définitivement exploser le mercure.
Ashen a désormais un petit paquet de dates dans les jambes. Et force est de constater qu’en quelques mois, il a autant gagné en assurance qu’en notoriété. Il dispose maintenant d’une fanbase solide qui reprend l’ensemble des paroles mot pour mot, hurle et transpire sans se ménager. Conséquence directe de ce succès impressionnant : les premiers rangs deviennent irrespirables sans condition physique décente. Le groupe, qui a officialisé l’intégration du bassiste Nathan Hakoune au cours de sa trêve hivernale, est passé de la performance marathon à l’ultra-trail en conditions extrêmes. Tout comme pour Revnoir le son est pourtant décevant en début de show. Le très bon « Chimera » pâtit d’un mix une nouvelle fois particulièrement avare en guitares, alors même que la paire Niels Tozer / Antoine Zimer se donne déjà à plein régime. Contrairement à leur récente performance à Nantes, assurée malgré un virus qui avait limité la tonicité de certains de ses musiciens, Ashen reprend sa tournée dans une forme olympique. Le frontman Clément Richard affiche une envie dévorante d’en découdre, saute dans tous les recoins et fait rapidement tomber la veste. Une nécessité absolue compte tenu de la chaleur moite quasi délirante qui s’installe dans la salle.
Côté set-list, Ashen sécurise. Il s’appuie donc sur le même enchaînement qu’à l’occasion de la première partie de la tournée, interludes compris. La démarche n’a rien d’inhabituel, d’autant plus que le spectacle est parfaitement calibré et témoigne de la somme de travail fournie en amont. Le rythme, les transitions ou encore les lumières ont été soigneusement pensés. Il n’y a ce soir aucun temps mort, si ce n’est une respiration semi-acoustique et pétrie d’émotions amenée avec un « Living In Reverse » vibrant. Il serait particulièrement injuste de reprocher à Ashen de ne pas revoir son programme, le set étant encore tout frais. Il est par ailleurs d’une infinie générosité : les Parisiens jouent l’intégralité de leur répertoire, soit plus d’une quinzaine de morceaux exécutés avec une énergie débordante et communicative.
Les allergiques au metalcore pourraient évidemment avoir matière à commenter. Le son est surchargé de basses, les gars sont lookés à l’extrême – le batteur Tristan Broggia assure l’intégralité de la prestation sans poser ses lunettes de soleil – et les refrains ultra-mélodiques pleuvent à n’en plus finir. Le groupe porte son approche mainstream avec aplomb et occupe la scène avec une totale assurance, d’autant plus qu’il est techniquement en place. Un aspect carré qui n’est pas forcément propre à tous les jeunes groupes, le set reposant en toile de fond sur des contraintes liées aux nombreux samples et départs de boucles électroniques. Clément est parfaitement à l’aise en ce qui concerne les variations, et offre un « Crystal Tears » aux refrains percutants et accrocheurs. Probablement l’un des gros temps fort du concert. Les explosifs « Desire », « Meet Again » et « Altering » occasionnent ouragans et débordements au sein de la fosse avant que la cover de « Smells Like Teen Spirit » ne vienne légèrement calmer le jeu. Il était presque temps.
Passé le moment posé amené par « Living In Reverse », la machine Ashen reprend sa course effrénée. L’ultime soubresaut d’agressivité décomplexée est déversé par les riffs acérés du redoutable « Cover Me Red », au cours duquel l’assistance se plie à un ultime wall of death qui en laisse plus d’un sur les rotules. Ashen dédie « Outlier » à son public, posant là le point final d’un set buriné à souhait. Le hit metalcore « Throne » de Bring Me The Horizon est poussé subitement à fond dans les enceintes, offrant ainsi le prétexte nécessaire aux plus motivés pour prolonger de quelques instants leur séance de cardio. A l’extérieur, l’air a déjà un goût de printemps. Bien qu’encore frais, il est résolument salvateur.
Setlist :
Chimera
Angel
Sapiens
Crystal Tears
Desire
Meet Again
Altering
Smells Like Teen Spirit (Nirvana cover)
Sacrifice
Living in Reverse
Oblivion
Chimera’s Theme
Cover Me Red
Outlier
Photos : Caroline Vannier.

































